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Il est parti pour changer complètement de vie

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 10/01/11 | Mis en ligne le 06/04/12
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Je suis terriblement émue et secouée de te lire, Taoussouk. L'impression de croiser pour la première fois ma 'soeur jumelle'. Je suis française, mariée depuis 13 ans avec C., mauritanien noir. Notre relation amoureuse avait débuté 4 ans avant notre mariage. Nous avons 2 enfants, un garçon et une fille, de 7 et 11 ans. Pendant environ 10 ans, notre relation a été extrêmement forte, passionnelle, notre amour immense, notre bonheur presque parfait. Nous vivions en France, mais depuis notre rencontre, je savais que C. Voulait retourner à terme vivre dans son pays et j'essayais de m'y préparer doucement. J'avais simplement demandé à mon mari que nous ne concrétisions pas ce projet avant que notre appartement, que nous avions acheté avec un prêt sur 10 ans, ne soit entièrement payé. Les difficultés liées à nos différences culturelles, religieuses etc, nous les avions surmontées plutôt facilement. Notre fils est né et notre bonheur s'est intensifié. Nous avons été des parents comblés, heureux, très proches de notre enfant. C. S'occupait de son fils d'une manière qui rendait toutes mes amies jalouses ! Très longtemps, je n'ai pas su que l'enfance de mon mari avait été difficile, souffrante. Il n'aimait pas en parler et je savais simplement qu'il avait perdu sa mère à 16 ans, que son père avait été alcoolique et que pour protéger sa mère qu'il avait failli frapper un soir de beuverie, alors qu'elle était enceinte, mon mari avait fait emprisonner son père, dans un pays où l'alcool est prohibé, il n'avait que 11 ans. Que cela lui avait valu l'opprobre de toute sa famille, pour qui il avait commis un crime de "lèse-parenté"… Son père, il n'avait volontairement que très peu de contacts avec lui. Même quand il arrivait à ce dernier de passer en France, ils ne cherchaient pas à se voir. Nous ne nous sommes vus, mon mari, lui, moi et notre fils, qu'une seule fois en 2002, lors d'un voyage dans son pays. Ce père, est tombé malade, diabétique, amputé d'un bout de jambe. Mon mari lui a envoyé de l'argent pour se soigner pendant 2 ans. J'avais du mal à comprendre qu'il se sente redevable de quoi que ce soit à cet homme, mais j'ai laissé faire. Nous avons décidé d'avoir un 2e enfant ensemble, et j'étais enceinte jusqu'au cou, de 8 mois 1/2, quand mon beau-père, son père, est brusquement décédé. Mon mari n'a pas hésité une seconde à partir dès le lendemain dans son pays pour cette occasion. J'ai accouché de notre fille, sans lui à mes côtés. Il est revenu quelques jours plus tard, mais 2 mois après, il commençait la première crise, d'une série qui ne s'est jamais arrêté depuis, de maniaco-dépression. Et du jour au lendemain, il remettait en cause tout : notre couple, notre famille, notre vie en France. Il voulait partir, divorcer. Il ne l'a finalement pas fait mais j'ai entamé une psychothérapie personnelle pour faire face à ce tremblement de terre personnel et conjugal. J'ai aussi demandé que nous entamions une thérapie de couple, ce qu'il a accepté mais a souhaité arrêter au bout de 4 séances. Il est devenu peu à peu très différent de ce qu'il avait été jusque là. Enchaînant les hauts et les bas, traînant son mal-être comme son plus fidèle compagnon. Ma psy m'a expliqué que la mort de son père, qui avait été, je l'ai su entre temps, maltraitant avec lui pendant toute l'enfance de mon mari, avait provoqué chez mon époux une "décompensation" psychique, qui avait entraîné cette maladie maniaco-dépressive. Un peu comme une cocotte minute qui explose dans le psychisme d'un individu et provoque des dégâts. Mon mari lui, nie toujours à ce jour être *malade*. Et pourtant… Il déplorait aussi de plus en plus le fait que nous ne vivions pas encore en Mauritanie. Pas par nostalgie de son pays, car c'était un homme très adaptable, qui avait fait de bonnes études et avait un très bon job, mais parce qu'il s'y sentait une "mission". Venant d'une famille où l'engagement politique était une valeur sacrée, il voulait prendre la relève ! S'occupait moins de ses enfants, devenant irritable, adoptant une attitude de père avec moi, et non plus d'époux, lui qui n'était pas "macho" pour deux sous auparavant. Ses hauts et ses bas ont longtemps rythmé mon propre bonheur et pour ne pas sombrer tout à fait (il y avait aussi d'autres raisons, mais ce n'est pas le sujet ici) , j'ai eu quelques aventures extra-conjugales. Cette infidélité n'a pas arrangé nos affaires, mais je n'avais pas su faire face autrement, j'étais désemparée de voir notre vie si heureuse autrefois partir en couilles. En même temps, je ne cessais pas de l'aimer, lui non plus. En juillet 2006, une crise plus forte que les autres, il nous a quittés brusquement. Pour s'installer chez son frère, à deux pas de chez nous. J'ai été effondrée, nos enfants aussi. Pendant les mois qui ont suivi, il s'est mis à s'investir de façon démesurée dans la politique de son pays, en oubliant presque de dormir (caractéristique des phases maniaques…). Il avait eu beau me quitter, il a quand même voulu que l'on parte tous les 4 en vacances en août, ce que j'ai accepté, prenant cela pour un désir de retour au bercail, alors que cela n'a été qu'une parenthèse dorée. Dans les mois qui ont suivi, il revenait sans cesse pour un oui, pour un non, me disant qu'il m'aimait toujours mais n'arrivait plus à vivre avec moi, insistant pour que l'on fête quand même notre anniversaire de mariage sur un WE qu'il avait organisé lui-même, multipliant les signes contradictoires. Cela a failli me rendre folle et au bout de 4 mois, j'ai entamé une procédure de divorce, la mort dans l'âme. En décembre de la même année, il m'annonçait, alors que je venais chercher les enfants qui avaient passé le WE avec lui, qu'il partirait deux ou trois mois plus tard s'installer définitivement en Mauritanie. Cette annonce a provoqué un cataclysme en moi. Je savais que s'il partait, il ne verrait plus ses enfants, par manque de moyens d'abord. Qu'il ne reviendrait plus et ne saurai s'en occuper "à distance". J'ai été très malade pendant 2 semaines, anticipant cet éclatement de notre vie familiale déjà bien éprouvée. Et puis, juste avant Noël 2006, il m'a dit qu'il voulait redonner une dernière chance à notre couple et notre famille et il m'a demandé de venir avec lui et nos enfants en Mauritanie. J'ai accepté, car je n'arrivais pas à me résoudre à une fin si pitoyable d'une si grande histoire d'amour et d'une si jolie famille… J'ai accepté tout en restant TRES LUCIDE sur son état de santé psychique et en me disant que je devais partir avec un projet de vie PERSONNEL, que je partais AVEC LUI et non POUR LUI. Car je savais que sa maladie ne nous mettrait pas à l'abri de rechute et d'un risque de séparation, à nouveau. Nous avons convenu que les enfants termineraient leur année scolaire en France, que lui partirait dès février 2007 pour lancer son projet professionnel, nous chercher une maison et préparer notre installation. Il est revenu 3 semaines en mai 2007 reprendre la vie commune avec nous, s'investissant à nouveau dans notre vie de couple et de famille. Moi, je préparais activement notre installation là bas, de France et surtout mon projet de vie en Mauritanie. Les seules précautions, mais ô combien précieuses, que j'ai prises avant de partir, c'était de prendre une année sabbatique au lieu de démissionner de mon job, au cas où et aussi de louer notre appart au lieu de le vendre comme le voulait mon époux. Je suis arrivée en Mauritanie début septembre 2007, pensant m'y installer pour de nombreuses années, espérant une vie de couple et familiale qui bénéficierait d'un nouvel élan, mais me préparant éventuellement à y vivre seule avec mes enfants, si les choses se gâtaient à nouveau. Mon mari ne m'a laissé aucun répit. Dès le lendemain de notre arrivée, il retombait "en crise". Et au bout de quelques jours, comme nous nous querellions, il me disait : "si tu n'es pas contente, tu peux toujours te casser (en France) !". Il passait tout son temps en réunions politiques, sur internet à écrire des articles pour son parti dont il était le responsable de la communication. Nous passions péniblement 1 heure par jour avec lui. Et il ne s'occupait pas de nos affaires arrivées au Port de NKTT, et des démarches administratives pour les récupérer. J'ai tenté de tenir. De me balader seule dans la ville, pour essayer de m'y repérer, d'y faire mes courses. D'apprendre le pulaar, sa langue. J'ai beaucoup aimé ce pays, ce que j'y ai découvert, cette ville, mais je m'y sentais seule et perdue. Il n'a pas fallu 2 mois pour que je commence à dépérir. Un jour, alors que je demandais à mon époux ce qu'il était encore prêt à mettre dans notre couple, il m'a répondu "rien, je n'ai plus rien à te donner. J'ai des choses importantes à faire mais plus avec toi… " La nuit suivante, j'ai voulu me suicider. C m'ayant vu partir avec des boîtes de médicaments, m'en a empêchée. Le lendemain, je voyais un psychiatre qui me mettait sous anxiolytiques et antidépresseurs et acceptait de ne pas m'hospitaliser, à condition que je sois surveillée nuit et jour par mon mari ou par un membre de sa famille et que nous venions quotidiennement le voir. Au bout de 4 jours à respecter ces consignes, le psy m'a avertie qu'il était inquiet pour mes enfants et moi, que mon mari allait de plus en plus mal et que nous étions en danger physique et psychique avec lui. Qu'il fallait que nous quittions le pays le jour même. J'ai obtempéré à moitié hagarde. J'avais noué connaissance avec des personnes de l'ambassade et du consulat de France à qui j'avais confié nos papiers, quand j'avais senti que les choses tournaient difficilement. L'après-midi même, j'étais au consulat de France, ce sont des personnels de chez eux qui sont allés chercher mes enfants à l'école et qui ont pris contact avec ma famille pour qu'ils nous paient un billet de retour en France. Nous sommes partis le soir même sous protection consulaire et policière jusque dans l'avion. Mon mari, ami du directeur de l'aéroport, avait tenté de nous empêcher de partir. Nous sommes donc revenus en France, presque 'tout nus' le 19 octobre 2007. Mes enfants n'ont jamais revu leur père depuis. Même si nous sommes parfois en contact téléphonique ou internet avec lui. Je suis tombée en profonde dépression à mon retour, ai été hospitalisée en psychiatrie 2 mois complètement et encore 4 mois en hôpital de jour. J'ai obtenu une reconnaissance d'affection longue durée pour ma dépression profonde, pour 5 ans. J'ai retravaillé pendant 1 an à mi-temps thérapeutique et cela ne fait que quelques mois que je parviens à retravailler normalement. Je me sèvre petit à petit des antidépresseurs, après avoir supprimé les anxiolitiques et neuroleptiques. Mon mari est resté prostré de cet arrachement pendant plusieurs mois aussi, ne touchant à rien dans la maison, ne retournant pas dans notre chambre et laissant pourrir le sac de plage à l'entrée… L'hiver dernier, j'ai su plusieurs mois après, qu'il a fait à NKTT une crise de schizophrénie, avec "apparitions" (selon lui) = hallucinations selon les médecins, violence envers autrui… Il a du être ligoté et a passé plusieurs semaines à l'hopital psy de NKTT. Et a été encore longtemps sous traitement ensuite. Aujourd'hui, il a refait sa vie avec une mauritanienne ayant déjà un enfant et se remet tout doucement, ce dont je suis heureuse, car je garde une terrible culpabilité de mon départ précipité. Pour ma part, j'ai assez vite rencontré un homme, un peu plus jeune que moi, et nous sommes tombés amoureux quelques temps après. J'ai choisi de ne pas refuser ce cadeau de Mme la Vie et nous avons commencé une histoire d'amour tous les deux, puis nous nous sommes installés ensemble. Cela va faire près de 2 ans 1/2. B., mon nouveau compagnon, et moi sommes profondément compatibles, il aime mes enfants comme s'ils étaient les siens et s'en occupe beaucoup et très bien. Mes enfants l'adorent. Il a aussi beaucoup de respect pour cette histoire particulière et difficile qui est la notre et comprend que j'aime toujours mon mari même si je ne suis plus amoureuse de lui, et que j'ai fait définitivement le deuil d'un quelconque retour en arrière avec lui. Nous ne sommes pas divorcés, je porte toujours le nom de mon époux et mon alliance. Mes enfants savent pourquoi nous ne vivons plus avec leur papa, pourquoi il n'est plus présent à nos côtés, sa maladie. Ils aiment toujours énormément leur papa, mais ils ont fait le deuil, eux aussi, de ce que leur papa ne pourra plus leur apporter. Ponctuellement, ils ont vu un pédopsychiatre, quand cela était trop douloureux pour eux et ils savent qu'ils peuvent appeler leur papa quand ils le veulent. Ils ont retrouvé pour l'essentiel leur insouciance de jeunes enfants, et pour moi, c'est une énorme victoire sur la Vie, et preuve que la résilience existe ! Ils savent qu'un jour, quand je serai suffisamment guérie de cet énorme traumatisme et que nous aurons plus d'argent, nous ferons un voyage en Mauritanie pour qu'ils revoient leur papa. Voilà mon histoire. Je reviendrai pour te donner quelques réactions que j'ai eues à la lecture de ton parcours à toi, car là, il est trrès tard et je travaille demain. Je te souhaite beaucoup de courage, de tendresse, pour toi-même et ta fille, et de lucidité dans cette situation déchirante que vous vivez. A très bientôt.
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237614
b
Moi aussi !
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