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Comment la garde alternée est elle vécue par un enfant

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De nombreux enfants, entre trois et huit/neuf ans dont les parents sont séparés sont amenés à mon cabinet par leur mère le plus souvent pour des difficultés qui sexpriment par des pleurs, des cris, de l'agressivité, au moment de partir chez leur père, et d'autres symptômes.

80 % de ces enfants sont en résidence alternée paritaire, 17 % sont en résidence élargie et 3 % sont en garde classique. Ils ne sont pas tous soumis à la résidence alternée, mais ils ont tous ces mêmes particularités d'être petits .

Les symptômes le plus souvent rencontrés chez l'enfant sont :

 

Les pleurs.

 

Souvent intenses au moment de la séparation d'avec la mère, pour les plus jeunes. Les enfants expriment en acte (se cacher sous la table) ou en mots (je ne veux pas, pourquoi partir ! ) leur refus.  

 

En consultation, ces enfants s'accrochent à leur mère. L'expression est fonction de leur âge mais les enfants nous montrent leur désarroi ;

 

La peur et l'anxiété.

 

Qui se traduisent par la difficulté de dormir, les cauchemars, le somnambulisme, l'agitation comportementale, et la demande de proximité très importante de l'enfant à sa mère et qui fait que celle-ci a l'impression de ne pouvoir sortir de la fusion, de la relation de dépendance ;

 

La colère, l'agressivité.

 

Vis-à-vis de la mère. L'enfant dit parfois clairement à sa mère : C'est de ta faute. Dernièrement, une fillette de 7 ans nous disait : De toute façon, la garde alternée ça arrange ma maman, alors que sa mère se débat avec la justice pour modifier le rythme de garde ;

 

Des difficultés avec le repère temps :

 

 

Combien de dodos il reste ? Maman on est quel jour ? Dis maman t'es sûre que je dois pas être chez papa ?  

Nous pouvons parler de non-acquisition du temps ou de perte de repères du temps mais personnellement, j'entends chez ces enfants leur profonde inquiétude par rapport au temps qui s'écoule et qui inexorablement va vers le changement quils ne veulent pas.

 

Chez certains enfants, j'entends leurs craintes, leur questionnement : Est-ce que c'est bien là que je dois être ? , qui traduit en réalité la crainte de leur père. Ainsi par exemple, cette enfant de cinq ans, dont le père nous a menacés par téléphone et lettre recommandée, si nous recevions l'enfant en consultation. Cette enfant se soumettait pour protéger sa mère. Pour cette enfant de cinq ans, papa est présent une semaine sur deux et omniprésent la semaine où il est chez la mère ;

 

 

 

Des comportements de fixation ou de régression :  

 

Énurésie, encoprésie, le parlé bébé (ne pas faire de phrase à 6 ans et demi) , se re-faire porter, recherche sans cesse la fusion : coller à la mère ;

 

Une santé fragilisée.

 

Avec accroissement du nombre de rhino et bronchites chez certains enfants, crises deczéma ;

 

Des troubles alimentaires.

 

Tels que l'anorexie  

 

 

Des problèmes scolaires :

 

Problème de concentration, désinvestissement ou, inversement, surinvestissement scolaire important, agressivité, hyperactivité, rejet par les autres enfants parce qu'il les colle, recherche sans raison apparente la proximité de la maîtresse ;

 

La dépression :

 

Tristesse, visage peu expressif, en retrait, "pas joyeuse, moins vivante et qui s'étiole" nous dit une maman. Chez cette enfant, le test de frustration de Rosenzweig, nous révèle un indice déprime bien plus élevé que la moyenne. Cette enfant de 8 ans a été en garde alternée, mais la mère est partie vivre en province, c'est donc son père qui a la résidence principale pour des raisons qui ne concernent pas l'enfant (la mère est partie du domicile conjugal avec son enfant).

 

Comment l'enfant vit la semaine chez sa mère.

 

Certains enfants jouent beaucoup et oublient tout le reste, ce qui manifeste une tentative de se réapproprier leurs jouets et les lieux. Ils collent à leur mère et tentent de combler le manque de la mère par la fusion. Ils ressentent une vive inquiétude par rapport au temps qui passe. Le père est omniprésent ; mais qui est réellement présent le père ou sa violence ? L'enfant n'est pas serein. Les mères confient : Il n'a pas le temps de se poser que déjà il lui faut repartir.  

 

Il est inquiet, préoccupé.

 

Qu'en est-il alors l'insouciance dont l'enfant a besoin pour grandir ? Est-ce qu'on ne lui vole pas son enfance, en le chargeant d'un poids qu'il n'a pas à porter ?

Il tente de dire sa souffrance et de changer les choses et met tout en oeuvre pour le faire au moment où il doit partir chez son père ;

Il exprime alors sa souffrance en utilisant trois canaux de communication :  

 

L'émotion (tristesse, colère, peur, agressivité) ,

 

L'action (s'accroche à sa mère, va se cacher) ,  

 

La pensée (je ne veux pas y aller ! ). Il tente de culpabiliser sa mère en la rendant responsable : C'est ta faute, ou en disant à qui veut l'entendre : "De toute façon la garde alternée arrange ma maman."  

 

La mère seule reçoit l'attaque due à la colère et la souffrance de son enfant. En effet, pour l'enfant, elle est la seule à pouvoir changer les choses. Les enfants refusent souvent d'en parler à leur père. Ils disent qu'ils ont peur d'être grondés ou que ça va faire de la peine à papa .  

 

Certains qui ont osé dire leur souhait à leur papa se sont entendus dire : "Mais alors tu ne me verras plus jamais." L'enfant est alors pris dans un conflit de loyauté.

Tous ces enfants que nous avons examinés ressentent leur père comme celui qui impose sa loi sans être à leur écoute.

 

Les pères.

 

La plupart nient les difficultés : Si l'enfant maigrit, c'est qu'il grandit !  

Les pères qui reconnaissent le mal-être de leur enfant, l'amènent consulter moult professionnels de la santé : orthophoniste, psychologues, pédopsychiatres  

À les entendre, ces derniers leur confirmeraient que c'est la mère de leur enfant qui est anxieuse et surtout que la mère aime trop son enfant ! .

 

Il y a donc chez ces pères-là un déni des besoins de lenfant, un déni de ce que peut apporter une mère à son enfant.

La pyramide de Maslow (Figure 9.1) , nous permet de comprendre la hiérarchisation des besoins. Selon Abraham Maslow, la satisfaction dun besoin ne peut être réalisée que si les besoins de niveau inférieur sont eux-mêmes satisfaits.

 

Figure 9.1 La pyramide de la hiérarchie des besoins selon Maslow.

 

Pour les enfants en résidence alternée, nous ne mettons pas en doute que les besoins physiologiques sont satisfaits par le père assisté dans la majorité des cas de ses parents ou de sa nouvelle compagne d'un côté et par la mère de l'autre. Dans ce cas, l'enfant peut donc accéder au deuxième niveau de la pyramide à savoir : son besoin de sécurité. Mais quels sont les ingrédients nécessaires à l'humain pour satisfaire son besoin de sécurité ?

 

Pour Maslow, l'humain a besoin :

 

D'être protégé physiquement et psychologiquement ;

 

D'un cadre stable avec un temps rythmé de façon régulière ;

 

De la constance de son environnement familial ;

 

De propriété (avoir des choses et lieux à soi).

 

Pour l'enfant soumis à la résidence alternée, ces besoins de base pour accéder à la sécurité ne sont pas satisfaits totalement et d'autant moins satisfaits quand les relations entre ses parents ont été et sont conflictuelles, voire violentes. Dans la majorité des cas qui nous sont soumis, c'est le père qui fait acte de violences verbales ou physiques : l'enfant se sent en insécurité dans sa relation avec le parent très autoritaire, voire violent : comment peut-il croire que ce père violent en parole ou en acte ne le sera pas avec lui ? Comment peut-il être sécure en voyant sa mère menacée ?

 

À savoir aussi que le cadre change toutes les semaines :  

 

Cadre matériel, cadre affectif, cadre pédagogique : comment l'enfant peut-il sy sentir bien. Il passe son temps à s'adapter, à chercher un nouvel équilibre Que d'énergie dépensée, alors que l'enfant aurait à rassembler toute cette énergie pour sa croissance ! Comment cette suite de séparation renouvelée peut-elle créer un monde stable et sécurisant pour l'enfant ?

Mais surtout, qu'en est-il du maternage, de la stabilité de ce maternage dont l'enfant a besoin pour se constituer un moi-peau (cf. Didier Anzieu) qui lui permettra de construire sa sécurité interne ?

Par moi-peau, écrit Didier Anzieu, je désigne une figuration dont le moi de l'enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même, comme moi contenant les contenus psychiques, à partir de son expérience de la surface du corps.  

Nous retrouvons là l'importance du holding de Winnicott et de la relation à la mère. Dans le maternage, la mère contient l'enfant grâce au lien affectif et physique qu'elle a avec lui en le serrant dans ses bras, en le consolant dans ses traumatismes d'enfant. L'enfant petit a besoin de ce holding pour être sécurisé, pour apprendre qu'il n'est pas en danger.

Le moi-peau est donc une interface entre le dedans et le dehors qui protège des pulsions internes ou des agressions internes. L'enfant se sent contenu dans une enveloppe qui l'unifie, qui contient, qui crée les limites, les frontières entre son moi et l'autre, son moi et l'environnement. L'extérieur ne peut pénétrer à l'intérieur sans être filtré : cest la fonction pare-excitation dont un des registres concerné est l'agressivité.

 

Pour Anzieu, c'est la mère qui joue le rôle de pare-existant, afin que l'enfant découvre ses limites, fonde sa sécurité de base nécessaire ensuite au développement de son autonomie.

Le cadre aussi a une fonction contenante.

 

Nous pouvons être inquiets pour ces enfants car la première observation que l'on peut faire devant une pyramide, c'est que, pour qu'elle tienne droite, elle doit avoir une base solide, car une erreur de construction du soubassement entraînera un affaissement de lensemble.

 

Conclusion.

 

Devant cette situation de résidence alternée que des parents séparés imposent à leurs enfants, la question qui se pose est :  

 

Quel avenir préparent-ils à leurs enfants ?  

 

Nous pouvons aussi nous demander, comment pouvons-nous faire vivre à nos enfants quelque chose que nous ne pourrions pas vivre, nous adultes, censés pourtant avoir atteint notre maturité psychologique, à savoir vivre alternativement dans un environnement puis dans un autre ?  

Et surtout comment un enfant peut-il vivre bien, sans risque de clivage, dans deux environnements distincts, sans communication l'un avec l'autre, parfois même territoires de guerre, et en temps plus ou moins égal ?

Est-ce vraiment pour le bien de lenfant ?

 

 

 

     
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51236
b
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