Histoire vécue Amour - Couple > Divorce > Droits de garde      (1680 témoignages)

Préc.

Suiv.

L'impact du divorce sur les enfants F.Vauthier-Marin

Témoignage d'internaute trouvé sur aufeminin
Mail  
| 1805 lectures | ratingStar_50983_1ratingStar_50983_2ratingStar_50983_3ratingStar_50983_4

F. Vauthier-Marin.

Psychologue, psychothérapeute clinicienne (le livre noir de la garde alternée" Dunod, 2006).

De nombreux enfants, entre trois et huit/neuf ans dont les parents sont séparés sont amenés à mon cabinet par leur mère le plus souvent pour des difficultés qui sexpriment par des pleurs, des cris, de lagressivité, au moment de partir chez leur père, et dautres symptômes. 80 % de ces enfants sont en résidence alternée paritaire, 17 % sont en résidence élargie et 3 % sont en garde classique. Ils ne sont pas tous soumis à la résidence alternée, mais ils ont tous ces mêmes particularités dêtre petits .

Les symptômes le plus souvent rencontrés chez lenfant sont :

Les pleurs.

Souvent intenses au moment de la séparation davec la mère, pour les plus jeunes. Les.

Enfants expriment en acte (se cacher sous la table) ou en mots (je ne veux pas ,

Pourquoi partir ! ) leur refus. En consultation, ces enfants saccrochent à leur mère.

Lexpression est fonction de leur âge mais les enfants nous montrent leur désarroi ;

La peur et lanxiété.

Qui se traduisent par la difficulté de dormir, les cauchemars, le somnambulisme, lagitation comportementale, et la demande de proximité très importante de lenfant à sa mère et qui fait que celle-ci a limpression de ne pouvoir sortir de la fusion, de la relation de dépendance ;

La colère, lagressivité.

Vis-à-vis de la mère. Lenfant dit parfois clairement à sa mère : Cest de ta faute.

Dernièrement, une fillette de 7 ans nous disait : De toute façon, la garde alternée ça arrange ma maman, alors que sa mère se débat avec la justice pour modifier le rythme de garde ;

Des difficultés avec le repère temps :

Combien de dodos il reste ? Maman on est quel jour ? Dis maman tes sûre que je dois pas être chez papa ?

Nous pouvons parler de non-acquisition du temps ou de perte de repères du temps mais personnellement, jentends chez ces enfants leur profonde inquiétude par rapport au temps qui sécoule et qui inexorablement va vers le changement quils ne veulent pas.

Chez certains enfants, jentends leurs craintes, leur questionnement : Est-ce que cest bien là que je dois être ? , qui traduit en réalité la crainte de leur père.

Ainsi par exemple, cette enfant de cinq ans, dont le père nous a menacés par téléphone et lettre recommandée, si nous recevions lenfant en consultation. Cette enfant se soumettait pour protéger sa mère. Pour cette enfant de cinq ans, papa est présent une semaine sur deux et omniprésent la semaine où il est chez la mère ;

Des comportements de fixation ou de régression :

Énurésie, encoprésie, le parlé bébé (ne pas faire de phrase à 6 ans et demi) , se re-faire.

Porter, recherche sans cesse la fusion : coller à la mère ;

Une santé fragilisée.

Avec accroissement du nombre de rhino et bronchites chez certains enfants, crises.

Deczéma ;

Des troubles alimentaires.

Tels que lanorexie : lenfant maigrit ;

Des problèmes scolaires :

Problème de concentration, désinvestissement ou, inversement, surinvestissement scolaire important, agressivité, hyperactivité, rejet par les autres enfants parce quil les colle, recherche sans raison apparente la proximité de la maîtresse ;

La dépression :

Tristesse, visage peu expressif, en retrait, pas joyeuse, moins vivante et qui sétiole nous dit une maman.

Chez cette enfant, le test de frustration de Rosenzweig, nous révèle un indice déprime bien plus élevé que la moyenne. Cette enfant de 8 ans a été en garde alternée, mais la mère est partie vivre en province, cest donc son père qui a la résidence principale pour des raisons qui ne concernent pas lenfant (la mère est partie du domicile conjugal avec son enfant).

Comment lenfant vit la semaine chez sa mère.

Certains enfants jouent beaucoup et oublient tout le reste, ce qui manifeste.

Une tentative de se réapproprier leurs jouets et les lieux. Ils collent à leur mère et tentent de combler le manque de la mère par la fusion. Ils ressentent une vive inquiétude par rapport au temps qui passe. Le père est omniprésent ; mais qui est réellement présent le père ou sa violence ? Lenfant nest pas serein. Les mères confient : Il na pas le temps de se poser que déjà il lui faut repartir.

Il est inquiet, préoccupé.

Quen est-il alors linsouciance dont lenfant a besoin pour grandir ? Est-ce quon ne lui vole pas son enfance, en le chargeant dun poids quil na pas à porter ?

Il tente de dire sa souffrance et de changer les choses et met tout en oeuvre pour le faire au moment où il doit partir chez son père ;

Il exprime alors sa souffrance en utilisant trois canaux de communication :

- lémotion (tristesse, colère, peur, agressivité) ,

- laction (saccroche à sa mère, va se cacher) ,

- la pensée (je ne veux pas y aller ! ). Il tente de culpabiliser sa mère en la rendant responsable : Cest ta faute, ou en disant à qui veut lentendre : De toute façon la garde alternée arrange ma maman.

La mère seule reçoit lattaque due à la colère et la souffrance de son enfant. En effet, pour lenfant, elle est la seule à pouvoir changer les choses. Les enfants refusent souvent den parler à leur père. Ils disent quils ont peur dêtre grondés ou que ça va faire de la peine à papa .

Certains qui ont osé dire leur souhait à leur papa se sont entendus dire : Mais alors tu ne me verras plus jamais. Lenfant est alors pris dans un conflit de loyauté.

Tous ces enfants que nous avons examinés ressentent leur père comme celui qui impose sa loi sans être à leur écoute.

Les pères.

La plupart nient les difficultés : Si lenfant maigrit, cest quil grandit !

Les pères qui reconnaissent le mal-être de leur enfant, l'amènent consulter moult professionnels de la santé : orthophoniste, psychologues, pédopsychiatres À les entendre, ces derniers leur confirmeraient que cest la mère de leur enfant qui est anxieuse et surtout que la mère aime trop son enfant ! .

Il y a donc chez ces pères-là un déni des besoins de lenfant, un déni de ce que peut apporter une mère à son enfant.

La pyramide de Maslow (Figure 9.1) , nous permet de comprendre la hiérarchisation des besoins. Selon Abraham Maslow, la satisfaction dun besoin ne peut être réalisée que si les besoins de niveau inférieur sont eux-mêmes satisfaits.

Figure 9.1 La pyramide de la hiérarchie des besoins selon Maslow.

Pour les enfants en résidence alternée, nous ne mettons pas en doute que les besoins physiologiques sont satisfaits par le père assisté dans la majorité des cas de ses parents ou de sa nouvelle compagne dun côté et par la mère de lautre. Dans ce cas, lenfant peut donc accéder au deuxième niveau de la pyramide à savoir : son besoin de sécurité. Mais quels sont les ingrédients nécessaires à lhumain pour satisfaire son besoin de sécurité ?

Pour Maslow, lhumain a besoin :

Dêtre protégé physiquement et psychologiquement ;

Dun cadre stable avec un temps rythmé de façon régulière ;

De la constance de son environnement familial ;

De propriété (avoir des choses et lieux à soi).

Pour lenfant soumis à la résidence alternée, ces besoins de base pour accéder à la sécurité ne sont pas satisfaits totalement et dautant moins satisfaits quand les relations entre ses parents ont été et sont conflictuelles, voire violentes. Dans la majorité des cas qui nous sont soumis, cest le père qui fait acte de violences verbales ou physiques : lenfant se sent en insécurité dans sa relation avec le parent très autoritaire, voire violent : comment peut-il croire que ce père violent en parole ou en acte ne le sera pas avec lui ? Comment peut-il être sécure en voyant sa mère menacée ?

À savoir aussi que le cadre change toutes les semaines : cadre matériel, cadre affectif, cadre pédagogique : comment lenfant peut-il sy sentir bien. Il passe son temps à sadapter, à chercher un nouvel équilibre Que dénergie dépensée, alors que lenfant aurait à rassembler toute cette énergie pour sa croissance ! Comment cette suite de séparation renouvelée peut-elle créer un monde stable et sécurisant pour lenfant ?

Mais surtout, quen est-il du maternage, de la stabilité de ce maternage dont lenfant a besoin pour se constituer un moi-peau (cf. Didier Anzieu) qui lui permettra de construire sa sécurité interne ?

Par moi-peau, écrit Didier Anzieu, je désigne une figuration dont le moi de lenfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même, comme moi contenant les contenus psychiques, à partir de son expérience de la surface du corps.

Nous retrouvons là limportance du holding de Winnicott et de la relation à la mère.

Dans le maternage, la mère contient lenfant grâce au lien affectif et physique quelle a avec lui en le serrant dans ses bras, en le consolant dans ses traumatismes denfant.

Lenfant petit a besoin de ce holding pour être sécurisé, pour apprendre quil nest pas en danger.

Le moi-peau est donc une interface entre le dedans et le dehors qui protège des pulsions internes ou des agressions internes. Lenfant se sent contenu dans une enveloppe qui lunifie, qui contient, qui crée les limites, les frontières entre son moi et lautre, son moi et lenvironnement. Lextérieur ne peut pénétrer à lintérieur sans être filtré : cest la fonction pare-excitation dont un des registres concerné est lagressivité.

Pour Anzieu, cest la mère qui joue le rôle de pare-existant, afin que lenfant découvre ses limites, fonde sa sécurité de base nécessaire ensuite au développement de son autonomie.

Le cadre aussi a une fonction contenante.

Nous pouvons être inquiets pour ces enfants car la première observation que lon peut faire devant une pyramide, cest que, pour quelle tienne droite, elle doit avoir une base solide, car une erreur de construction du soubassement entraînera un affaissement de lensemble.

Conclusion.

Devant cette situation de résidence alternée que des parents séparés imposent à leurs enfants, la question qui se pose est : Quel avenir préparent-ils à leurs enfants ?

Nous pouvons aussi nous demander, comment pouvons-nous faire vivre à nos enfants.

Quelque chose que nous ne pourrions pas vivre, nous adultes, censés pourtant avoir atteint notre maturité psychologique, à savoir vivre alternativement dans un environnement puis dans un autre ?

Et surtout comment un enfant peut-il vivre bien, sans risque de clivage, dans deux environnements distincts, sans communication lun avec lautre, parfois même territoires de guerre, et en temps plus ou moins égal ?

Est-ce vraiment pour le bien de lenfant ?
  Lire la suite de la discussion sur aufeminin.com


50983
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Perverse narcissique - perversion

image

Bonjour. Je viens vous demander conseils car mon mari et moi sommes confrontés à une perverse narcissique, son ex-femme. J'ai rencontré mon mari il y a quelques années. Il était séparé de son ex-femme depuis un an et s'occupait de son enfant...Lire la suite

Situation explosive, ma compagne ne supporte plus ma vie de famille... - familles recomposees

image

Bonjour, Il y aurait tant de choses à raconter du haut de cette relation de deux ans mais je vais essayer d'être concis et clair… Depuis quelques temps ma compagne ne supporte plus ma vie de famille avec mes enfants… J'en ai 2, une grande de 7...Lire la suite


 
Voir tous les  autres témoignages