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La femme selon christine angot

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L'interview au complet (en fait, c'est que la première partie, la suite où elle explique qu'elle écrit avec ses oreilles arrivera plus tard sur le site…).

"A l'occasion de la sortie de "Rendez-vous", le nouveau livre de Christine Angot, Olivier Malnuit est allé interviewer la reine hystérique de l'autofiction. Dans un entretien totalement baré, dame Christine dévoile les mystères de la littérature auditive et des milliers d'autres choses aussi essentielles que surréalistes.

Par Olivier Malnuit, 7 septembre 2006.

Technikart : Votre dernier livre Rendez-vous, c'est un peu comme un enchaînement de rendez-vous ratés… ?

Christine Angot : Ben voila ! C 'est ça… Vous n'avez pas lu le livre jusqu'à la fin, qu'est ce que vous voulez que je vous réponde ? La réponse est à la fin… Vous n'avez pas lu le livre ?

Technikart : Euh, je suis en plein dedans, mais j'ai pas fini…

C.A : Rendez-vous, c'est pas du tout un rendez-vous manqué, justement. Sinon, le titre ce serait Rendez-vous manqué, là vraiment ça s'appelle Rendez vous, et si vous voulez, vers la fin il y a justement tout un… Non, non, justement, c'est un rendez-vous.

Technikart : Pour vous, est ce que l'amour est toujours en avance ou en retard d'une histoire ?

C.A : Vous avez branché là… ? Bon, attendez, comment je peux vous dire ça ?

Technikart : On a l'impression que…

C.A : Non, non ! Attendez, laissez moi réfléchir… ! C'est pas du tout un rendez-vous manqué. Au contraire, c'est vraiment un vrai rendez-vous, un rendez-vous qui est en train d'avoir lieu. Et le style de l'écriture le montre en train d'avoir lieu. Il n'est ni en retard, ni en avance, il est exactement à l'heure, sauf que la question n'est pas s'il est en avance ou pas, la question est que dans un vrai rendez-vous, il y a forcément des choses qui vous portent vers ce rendez-vous, parce que vous savez au fond de vous même - même si vous ne voulez pas vous l'avouer - que vous êtes à la bonne heure, avec la bonne personne et que même si ça va bouleverser votre vie, vous avez affaire à CA, à ce rendez-vous là, à cette personne-là, les bouleversements que vous commencez à constater ou à redouter… bon, tant pis, c'est comme ça. Ca, c'est tout ce qui vous porte. Mais en même temps, il y a tout ce qui vous retient, c'est à dire il y a un empêchement. Le désir, ce n'est pas Ah c'est formidable, il y a un désir, j'y cours, j'y vais, etc… On est dans un pays où on a quand même la chance - qu'on oublie régulièrement - d'avoir eu quelqu'un de très important qui était Lacan, qui a beaucoup réfléchi au désir et dont une phrase quand même très intéressante disait : Le désir, c'est l'enfer. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire qu'être au rendez-vous de son propre désir, ben c'est l'enfer…

Technikart : C'est un enfer après lequel tout le monde court ?

C.A : Oui, mais duquel tout le monde fuit aussi. Donc, si vous voulez, je parle des vrais rendez-vous. Je ne parle pas des affaires de séduction, de t'as de beaux yeux et je sais pas quoi, je ne parle pas du tout de ça. Je ne parle pas des séductions qui sont en général des séductions sociales, des séductions qui ont à voir avec il a un métier qui me plaît, physiquement c'est tout à fait bien. Non, il y a des espèces de rendez-vous qui se situent on ne sait pas où et qui là sont, si vous voulez, à un moment donné, la rencontre entre j'y vais et j'ai trop peur… Vraiment LA PEUR, c'est-à-dire la rencontre du sentiment amoureux confronté à la peur, qui donne une espèce de chose où on a l'impression qu'on est dans l'impossibilité. Tout vrai rendez-vous, à un moment donné, flirte avec l'impossibilité, avec l'impression que c'est impossible, ce qui arrangerait tout le monde. Parce que, dans ce cas, je retourne à mon univers de séduction, pas trop bouleversant, avec que du plaisir, mais le désir est une chose plus complexe que le plaisir.

Technikart : Dans votre relation avec Eric, on l'impression que les ingrédients de l'amour sont depuis longtemps en vous, comme chez lui. C'est justement une histoire très anticipée, sans le savoir, et qui aboutit à ce rendez-vous, ce désir qui est l'enfer…

C.A : Enfin, c'est l'enfer Attention, cette phrase de Lacan est intéressante parce qu'elle vient nuancer tout ce qu'on nous raconte. A savoir que l'amour, c'est tellement merveilleux, c'est tellement bien, que… Ah oui, quand on rencontre la bonne personne, tout d'un coup, une espèce de miracle se produit. C'est la lutte qui commence quand on rencontre la bonne personne, si vous voulez. C'est la lutte qui commence ! Il faut être à la hauteur de cette lutte, c'est ça qui est passionnant, c'est quand même très intéressant, il faut tenir son propre désir, il faut arriver à le tenir. Et moi, c'est une chose que j'ai déjà vécu, notamment dans ma rencontre avec l'écriture. Qui est LE grand désir de ma vie. Quand j'ai rencontré l'écriture, je ne me suis pas dit : tiens c'est formidable, je vais écrire. Ca a été, je sais pas, dix ans de lutte après avoir commencé à écrire, quand j'ai rencontré cette chose là, je me suis bien rendu compte que ça allait complètement faire voler en éclats toute la vie que je m'étais prévue et qui avait été prévue pour moi avant. Tout le film projeté par moi et par les autres autour de moi. Cette espèce de truc là qui arrive tout d'un coup et qui était d'une force que je sentais quand même assez… Voilà, quoi. Je devais sentir à ce moment là que ça allait complètement bouleverser ma vie, ce que ça a fait. Le prendre, totalement, ce que ça a fait. Si vous avez lu l'exergue de Rendez-Vous, la phrase de Rimbaud : Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours, ce qui est quand même une chose magnifique, c'est… est ça. Si vous voulez, quand vous sentez que vous êtes en train d'aller sur votre chemin, dans une aventure comme celle là, moi je n'y crois pas au truc : je fonce, j'y vais, c'est merveilleux. Ce n'est pas merveilleux, c'est très violent, parce que ça vient détruire le film que vous vous étiez fait de vous et de votre vie, ou qu'on avait fait à votre sujet, pour vous et votre vie. Donc, c'est pas de tout repos. Et c'est pour ça que je n'y crois pas forcément, moi quand les gens disent tout le monde court après ça, ce n'est pas vrai.

Technikart : En même temps, c'est le fil rouge de votre oeuvre ?

C.A : Moi, oui. Mais je ne pense pas que les gens autour de nous courent forcément tous vers là. Je les vois beaucoup plus courir vers un rôle, le rôle de l'affreux, le rôle du père de famille, le rôle de la mère, le rôle de l'épouse, le rôle de la maîtresse, ça oui. Mais le rendez vous où tout d'un coup tout serait bouleversé… Et bien on va voir ce qu'on peut faire…

Technikart : Dans un de vos derniers livres L'Inceste quand vous écriviez J'ai été homosexuelle pendant trois mois… , c'était un rendez vous totalement imprévu par rapport au film de votre existence ?

C.A : Pas vraiment. Au contraire. Vous l'avez lu en entier ?

Technikart : Non, je suis juste bien documenté…

C.A : Et bien voila, si vous aviez lu le livre L'Inceste… J'ai été homosexuelle pendant trois mois c'est pas un rendez-vous, d'ailleurs le livre ne s'appelle pas Rendez-vous, il s'appelle L'Inceste. Et oui, c'est très important. La relation qui est décrite à cet endroit du livre, qui est en ouverture du livre, exactement comme dans Rendez-vous il y a une rencontre avec le banquier, de la même façon qu'en ouverture de L'Inceste, il y avait une rencontre avec une femme, cette histoire-là de la relation homosexuelle dans L'inceste est envisagée comme le prolongement, la continuation de l'inceste, c'est à dire non pas du rendez-vous mais de l'emprise maternelle, parce que l'inceste comme la relation homosexuelle, c'est évidemment ne pas arriver à sortir de sa mère, c'est rester dans sa mère, au point d'être rattrapé par le père.

Technikart : Avoir une relation homo avec une femme, c'est rester avec sa mère d'après vous ?

C.A : Bien sûr, évidemment. Quand on est une fille, oui. Et avoir une relation avec, et subir un inceste, évidemment que c'est rester avec sa mère, bien sûr puisque vous ne pouvez pas faire autrement…

Technikart : Mais toutes ces filles en clubs qui s'embrassent et qui en même temps caressent les garçons, elles ont pourtant pas l'air de sortir avec leur mère…

C.A : Attendez, on est dans deux univers différents, moi je fais pas de la sociologie, parce que dessous… est des trucs : il y aurait soi disant une évolution, il y aurait je sais pas quoi, il y aurait des filles qui seraient à la fois homos et hétéros, mais de quoi on parle là ?

Technikart : De sociologie…

C.A : Voila, moi, la sociologie, ça ne m'intéresse pas du tout. Moi, mon regard là dessus, il est : tout ça, je le fous à la poubelle, ça ne m'intéresse pas. Moi je ne garde rien de tout ça, je ne garde rien ! Tout… est une espèce de vaste mensonge social, dans lequel on essaie de nous noyer. Et de nous perdre, pour nous faire oublier qu'il y a des choses qui existent qui s'appellent LE DESTIN, qui s'appellent DES VRAIES VIES. On n'est pas tous obligés d'être pris dans la sociologie, sauf qu'évidemment c'est compliqué… , hein.

Technikart : C'est une question individuelle ?

C.A : Pas du tout, le destin n'a rien d'individuel. Si vous avez vraiment conscience du destin qui semble être le vôtre, ce n'est pas individuel. La société ne s'organisera pas pareil. Il n'y pas de destin qui ne soit un vrai tiraillement par rapport au social, c'est certain. Vous ne vous coulerez plus dans un rôle social. C'est la différence. Ce n'est pas individuel, au contraire. Un destin, c'est quelque chose qui vous lie, mais d'une manière singulière, et non pas mâchée d'avance, au social. C'est tout. C'est ça un destin. C'est pas quelque chose qui fait de vous quelqu'un de détaché du social. C'est quelqu'un qui vous lie au social par un lien particulier, par un lien qui est vrai.

Technikart : Parlons de votre destin, justement. Votre relation avec les femmes revient souvent dans Rendez-vous…

C.A : Mais ma relation avec les femmes, c'est ma relation avec l'emprise de ma mère, oui bien sûr.

Technikart : D'accord…

C.A : L'histoire de Rendez-vous, si vous voulez, c'est quand même l'arrivée d'un homme qui vient me libérer de ça, qui vient me libérer de cette emprise maternelle. L'arrivée d'un homme. Après cette espèce d'ouverture avec le banquier qui fait cet acte.
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22693
b
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