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Le mariage homosexuel c'est aussi une histoire d'amour

Témoignage d'internaute trouvé sur france2
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Bonjour,

Mon intention n'est ni d'être provocant, ni démonstratif, ni de me complaire en victime. Je préviens d'avance, pour les claques que j'ai prises ailleurs, mais pas grave, je pense que je peux apporter une petite pierre à l'édifice.

Pour donner des exemples concrets en fait, parce que oui, je suis homo, (…) nous vivons ensemble avec mon ami, pas "bobo du marais" pour deux sous (mais alors là, pas du tout !! ).

Déjà, je suis pour le… alors, vous appelez ça "mariage", personnellement, le nom m'importe peu, je peux comprendre qu'on tienne au symbole qui y est rattaché. Appelons cela "Union Civile".

Pourquoi je suis pour ?

Le PACS, c'est déjà tellement bien… Pas faux, c'est une belle avancée, qui s'est améliorée en début d'année dernière. Ca nous a permis de nous installer en assurant un minimum de sécurité. Mais tout n'est pas gagné loin de là, prenons des exemples :

*Jules et Jim (oui, désolé) vivent depuis plusieurs années ensemble, ont gardé des comptes séparés car ils avaient les jetons qu'on les étiquette, sont restés discrets, prenaient tout séparément, mais partageaient tous leurs biens. Ils ne sont jamais allés chez le notaire pour faire valoir leur situation, et puis ils étaient jeunes. Jules est tué sur la route à 40 ans. Jim est viré de chez lui… pardon, de la maison qui revient aux parents de son ami, et au fait, ils récupèrent la moitié des meubles et aussi le compte de leur fils chéri. Le Pacs aurait évité ça, une vraie solidarité juridique telle que celle offerte par le mariage encore davantage.

*Le CCAS m'a appelé un jour suite à un dossier de demande d'APL. "Bonjour, M. Dupont ? -Oui -Je suis du CCAS, je suis désolé, pour faire votre dossier, nous sommes obligés de désigner une femme parmi vous deux. M. Durand qui vit avec vous est déjà inscrit, cela vous convient d'être Mme Dupont ? " Sur le coup, j'ai explosé de rire… Mais avec un peu de recul… Mmmhhh… Niveau évolution des mentalités (et logiciels informatiques) , ça en dit long.

*Ayant déménagé, nous avons voulu refaire nos cartes électorales. Seulement, je bossais à des heures pas possibles, mon ami y est allé. Nous sommes pacsés, ça suffit ? Que nenni, si nous avions eu un certificat de mariage, il aurait pu prendre ma carte. Là, non, je dois poser une demi journée de taf pour passer cinq minutes à la mairie. J'apprécie la nuance, alors que nous vivons ensemble, dans la même maison, avec le même compte bancaire etc., vous aurez compris.

Je passe sur le banquier à qui il faut dire dix fois que le compte est bien pour nous deux, aux insultes en pleine rue parce que j'ai eu un moment d'inattention et que j'ai tenu deux secondes la main de mon ami qui avait un coup de blues, ou encore les menaces diverses, et évidemment les blagues "Ah, il vient nous enc… ", comme si je n'avais que ça à faire de mes journées. D'ailleurs, oui, l'aversion envers les homos est TRES SOUVENT masculine. Du mal à le comprendre, peut être une crainte pour la virilité. Un gars me disait récemment qu'il était contre le mariage (enfin, union ou tout ce que vous voulez) gay parce qu'il ne voulait pas être considéré à l'égal d'une pédale. Forcément, j'ai apprécié, mais ça m'a fait comprendre des choses.

En tous cas, vu que j'ai lu la réaction : promis, juré, nous sommes nombreux, homos et lesbiennes, à aimer pour l'amour, et pas pour la simple partie de jambes en l'air. Vous savez, tous ces petits trucs, très "fleur bleue", mais tellement vrais : adorer la présence de l'autre, qu'il fait battre votre coeur, que son absence vous pèse, que ses sourires vous transportent etc.? Tout l'attrait d'une vie d'un couple amoureux (les hauts comme les bas d'ailleurs, ne nous voilons pas la face).

Mais je comprends une partie des idées reçues. Forcément, une partie de la "communauté" se vante de provoquer, de vouloir que le cul etc. Et alors ? Dans le même ordre d'idées, il faudrait dire que tous les Arabes d'origine ou de famille sont des em… deurs seulement parce qu'il y a quelques em… deurs qui se rendent visibles pour un groupe entier ? Il ne faut pas généraliser. Et ce que je peux en dire, c'est que les homos que je connais souhaitent, comme nous, simplement pouvoir vivre comme tout le monde. Pas plus, pas moins.

Et on est plutôt nombreux à en avoir marre que l'image véhiculée, ce soit la gay pride, la techno, les gens qui ne pensent qu'à s'amuser et à coucher avec tout le monde. Ca, c'est la pointe visible (et complètement erronée, mais médiatiquement favorisée, on se demande pourquoi) de l'iceberg.

En outre, je fréquente hétéros comme homos (en termes de fréquentations sociales, hein ? ) : pas question de me cloisonner, le communautarisme n'est pas une solution, même si ça apparaît dans tous les domaines. Eh bien, pour l'exemple, j'aurais bien aimé continuer le sport, mais j'ai déjà dû changer de club car, pas de bol, des gars apprenaient que j'étais homo, et du coup ne voulaient pas de moi dans les vestiaires… (ou alors, c'était une heure et demie de blagues vaseuses, pas cool quand on veut s'entraîner, ou alors des coups pendant l'entraînement). Mmmmhh, quand j'écoutais les conversations dans les vestiaires de mecs où on parle la majeure partie du temps de se faire une des filles à côté, je comprends qu'on ait peur que tout le monde ne pense qu'à sauter tout ce qui bouge, alors un homo parmi eux, au secours.

Bref, là aussi, c'est de la discrimination, je comprends, faut du temps, mais c'est très.

Désagréable. Etre exclu pour ce genre de craintes fantasmées, c'est incroyable.

Ensuite (désolé, je suis exhaustif) , pour la question de l'adoption. Eh bien, à force, nous commençons à en parler. Oui, c'est important de penser au gamin. Il ne doit pas être malheureux etc. Quand même une chose : vous pouvez me dire combien de couples se pose la question vingt fois avant de lancer la machine à reproduction ? Le nombre de familles où j'entends parler d'enfants non désirés ou arrivés "trop tôt"…

Attention, je ne relativise pas, c'est une excellente question, fondamentale même. De notre côté, je pense sincèrement que nous pouvons faire de bons parents, même si c'est prématuré (nous devons bien stabiliser notre vie de couple et professionnelle, c'est indispensable pour son bien être). Désolé si ça paraît prétentieux, mais nous restons calmes et cohérents, nous travaillons tous les deux, nous ne dépensons pas tout notre argent à droite à gauche, et surtout, surtout, nous commençons tout simplement à sentir de besoin de transmettre quelque chose, de donner un sens à notre vie aussi. Et lui donner amour, sécurité, stabilité, et tout ce qu'il lui faudra.

Alors, sera-t-il heureux ? J'ai longtemps pensé que non. Puis j'ai vu et lu des témoignages très intéressants. Notamment des enfants élevés chez leurs deux papas ou deux mamans et… leurs propos étaient tellement assurés, cohérents, sains. Et tolérants. J'ai été sidéré. Le plus "drôle", c'est quand ils ou elles parlent de leur sexualité : "Oui, j'ai pensé à essayer les deux pour voir, mais je suis hétéro"… Donc, pas d'inquiétude sur une mauvaise influence sexuelle qui serait systématique.

Donc le point le plus ennuyeux : le regard des autres. J'entends souvent dire : "Ce serait égoïste, pauvre gosse, il va devoir assumer pour ses parents". Oui, c'est sûr, il faut préparer le terrain, rencontrer les responsables des crèches, écoles, clubs de sport etc. Pour exposer la situation clairement et sainement. Mais mince, ça veut dire que faut pas chercher à changer les choses, parce que c'est comme ça ? Comme disait un autre je pense, parce que dans les années 60, le petit gars qui était arabe et que ça ne plaisait pas à la majorité à l'époque, eh bien c'est lui qui n'aurait pas dû être là ? Alors que la richesse, c'est justement la diversité ? Et dans le cas de l'homosexualité… si justement, on en parlait sainement et sans tabou, sans banaliser au point de dire "Essaye tout ce que tu veux", mais simplement dire "Deux hommes ou deux femmes peuvent être ensemble, comme papa et maman etc.". Nous gardons parfois mon filleul et ses frères qui me connaissent depuis leur naissance, eh bien, ils ne posent même pas la question, et nous n'avons pas besoin de jouer au "coming out à destination des enfants"… Tout est naturel, sans complexe, et tout se passe très bien. Alors, pourquoi pas dans la société, tout simplement ?

Bon, j'arrête ma tartine, ça fait plusieurs fois que j'interviens sur ces sujets sur des forums, car il y a beaucoup de préjugés qui circulent, qui sont en soi compréhensibles (ce qui est différent, comme toujours…). Mais autant présenter d'autres éléments, si ça peut permettre d'éclairer certaines choses. Et à mon modeste niveau, montrer aussi qu'il existe des homos et lesbiennes qui aspirent juste à une vie heureuse, sans heurts, avec les mêmes droits et aspirations, ni plus, ni moins, sans vouloir jouer la provocation ou la gloriole.

PS : En revanche, ce qui me fait bondir, ce sont des raccourcis ou amalgames tels que "L'homosexualité, c'est tout comme, ou ça mène, à la pédophilie ou à la zoophilie"… Dans le premier cas, ce sont deux adultes consentants, qui s'aiment etc., avec pour seule différence l'orientation sexuelle. Les deux autres, c'est l'abus d'enfants ou d'animaux pour satisfaire un vulgaire appétit sexuel. Et je parle pas de ce qu'il faut réserver aux pédophiles qui traumatisent des gamins et les font souffrir.
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1447
b
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