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Une derniere chance... (one-shot lesbien) - recits erotiques

Témoignage d'internaute trouvé sur doctissimo - 28/06/13 | Mis en ligne le 13/06/14
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Bonjour tout le monde, J'étais inspirée pour écrire un p'tit truc qui j'espère va vous plaire. N'hésitez pas à laisser vos coms pour me dire ce que vous ne pensez. Bonne lecture. **BUGGY** Cette fois, j'en ai assez. Chaque jour je me lève par obligation soit professionnelle soit familiale. Il faut toujours que je fasse telle ou telle chose pour faire plaisir et moi dans tout ça ? J'ai l'impression de m'oublier. J'aimerais enfin faire ce que je veux, sans être jugée pour une fois. Je sais que ma décision est lourde de conséquences mais je n'en peux plus. Tout ça doit s'arrêter au plus vite. J'en ai ras-le-bol de voir ma vie s'effondrer jour après jour sans que je ne puisse plus rien contrôler. J'ai l'impression d'être dans un train lancé à grande vitesse sans pouvoir l'arrêter et que la fin va être inévitable. Chaque matin je vois mon visage dans le reflet du miroir se creuser par la quantité de larmes que je verse la nuit alors que je n'arrive pas à dormir. J'ai essayé de me battre, j'ai essayé de remonter cette fichue pente en vain. Le constat est clair, net et précis, je suis en totale souffrance. Je n'y arrive plus, je dois mettre fin à cette torture psychologique. Cette fois, je dois me rendre à l'évidence, elle est partie et ne reviendra jamais. Mon inconscient ne cesse de me dire que ma vie sans elle est tout simplement impossible. J'ai l'impression d'être vide de l'intérieur, littéralement anéantie. J'entends mes proches me dire que je vais m'en sortir avec de l'aide mais s'ils savaient à quel point je n'ai plus de force pour le faire. Je ne compte même pas le nombre de fois où j'ai entendu, "ce n'était pas la bonne, tu trouveras celle qui te rendra heureuse" , "tu devrais être contente, tu as la santé, l'amour ça se trouve toujours" et patati et patata… J'en ai mare d'entendre ce ramassis de conneries. Personne n'arrive à se mettre dans ma peau et surtout, personne ne veut le faire. Personne n'a la moindre idée de ce que j'endure au quotidien. Je ne compte même plus le nombre de fois où j'ai écrit des lettres d'adieu à ceux que j'aime sans leur donner ou encore rédiger mon testament en étant persuadé que j'allais passer à l'acte une bonne fois pour toute pour que tout cela cesse enfin. Chaque soir, j'ingurgite des litres et des litres d'alcool dans l'espoir d'oublier un minimum ma souffrance mais je sais que ce n'est pas la solution, je sais que c'est inutile, je sais que ma souffrance va revenir comme un cheval en plein galop. J'appelle, non j'harcele une fois de plus la femme que je veux revoir entrer dans ma vie, rien que pour entendre le son mélodieux de sa voix, celle qui fait battre mon coeur, enfin ce qui en reste tellement il est brisé. Une fois de plus, elle me dit de sortir de sa vie, une fois de plus, elle me dit qu'elle ne veut plus jamais entendre parler de moi, une fois de plus elle me dit qu'elle ne quittera pas son mari et risquer de perdre ses enfants pour moi, une fois de plus elle me raccroche au nez et une fois de plus, j'ai le coeur qui saigne par ses mots. Avec une colère non une rage non dissimulée je quitte ma maison en laissant juste ce mot "adieu" sur un post-it déposé sur la table de ma cuisine. J'enfourche mon bolide à deux roues et je roule à très vive allure sans aucune crainte de ce qu'il pourrait m'arriver. Ce soir, ce sera ma fin. La fin du cauchemar que je vis depuis de longues années maintenant. Ce soir, mon calvaire va s'arrêter, je vais enfin arrêter de souffrir. J'enchaine les kilomètres avec les yeux remplis de larmes jusqu'à embrouiller ma vision nocturne. A cette heure, pas de véhicules pour empêcher de faire ce que je veux. La route m'appartient et c'est elle qui va m'emmener vers ma délivrance. Je suis sur une superbe ligne droite avec un dernier virage en tête d'épingle que je connais sur le bout des doigts. Chaque jour je l'empreinte, chaque jour, je me dis que c'est ici que tout va s'arrêter. Je m'arrête à quelques kilomètres de l'endroit où tout va prendre fin. Je prends une dernière inspiration, histoire de prendre un minimum de courage et je me lance. Je ferme la visière de mon casque. Première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième vitesse, je vois les chiffres de mon cadran kilométrique augmenter à une vitesse vertigineuse et le moteur de ma bécane ronronner comme je l'ai rarement entendu. Nous y sommes, je ne peux plus faire marche arrière. J'ai le coeur qui s'affole en imaginant que je vis mes dernières secondes dans ce monde qui ne pas fait de cadeau. Et d'un coup, c'est le choc, le néant…. ****************************** J'ouvre très difficilement les yeux. Je n'ai pas de repères et je n'ai aucune idée de l'endroit où je me trouve. Suis-je au paradis ? Suis-je en enfer ? Les lumières de la pièce où je me trouve m'éblouissent. Je tente de parler mais, j'en suis tout simplement incapable, quelque chose m'en empêche. J'ai l'impression que mes sens et mes muscles sont amoindris, que je ne les contrôle plus. J'essaie de tendre l'oreille. Il n'y a pas grand bruit à part de légers BIP. Je suis complètement affolée. D'un coup, j'entends : - Tiens notre belle au bois dormant s'est enfin réveillée. J'observe avec des yeux encore embrouillés cette silhouette inconnue avec incompréhension et j'essaie de réunir mes pensés pour comprendre ce qu'il m'arrive. J'ai peur, je ne comprends pas. Où suis-je ? La personne devant moi doit voir mon effroi et reprend aussitôt la parole : - Bonjour Melle DUPONT, je suis le Docteur ROY. Vous êtes à l'hôpital, vous avez eu un très grave accident de moto. Je commence à m'agiter et tente de parler mais c'est tout simplement impossible. La voix masculine reprend aussitôt : - N'essayez pas de parler, nous vous avons mis un tube dans la gorge pour vous permettre de respirer correctement. Nous vous le retirerons quand nous aurons effectué tous les examens nécessaires. Essayez de vous reposer, je vais appeler les infirmières pour qu'elles s'occupent de vous et je repasserais un peu plus tard pour voir comment vous allez. Je vois ce grand bonhomme aux cheveux grisonnant s'éloigner de la pièce où je me trouve en fermant la porte derrière lui en me laissant seule à mes interrogations. J'essaie de me remémorer les circonstances de ma présence ici mais c'est flou, il n'y a que des flashs qui s'agitent dans ma tête toute torturée. Je réfléchis encore et encore, je veux savoir ce que je fabrique ici. Je me concentre tant bien que mal malgré le carillon qui tambourine dans mon cerveau endolori. Une personne frappe à ma porte et entre aussitôt. Vu la tenue qu'elle porte, je me rends vite compte que c'est une infirmière. Elle me dit aussitôt : - Et bien mademoiselle, vous nous avez fait une sacrée frayeur. Vous êtes revenue de loin vous savez. Je l'observe avec de gros yeux. J'ai hâte que l'on me retire ce fameux tube pour que je puisse enfin savoir ce qu'il m'est arrivé. Elle se dirige vers moi, effectue mes soins et les réglages des machines qui bipent sans cesse. Pendant qu'elle réalise tout ça, je fais tourner mon cerveau à plein régime. Je n'ai pour l'instant pas les réponses à la multitude de questions que je me pose. Je la détaille discrètement, cette femme me paraît être quelqu'un de gentil et douce d'après ce que je peux apercevoir. Je ne suis pas du tout une fan des hôpitaux loin de là même. Alors quitte à être là, j'espère vraiment que le personnel sera m'apporter du réconfort et un minimum de douceur. Elle quitte les lieux au bout de quelques minutes avec un léger sourire en me disant qu'elle repasserait un peu plus tard dans l'après-midi. Le temps passe, il n'y a pas une seconde, une minute, une heure où je n'essaie pas de comprendre ce que je fabrique ici. Les flashs deviennent de plus en plus clairs et fréquents. J'ai maintenant une petite idée de ce qu'il m'est arrivé. J'en ai la nausée. Même ça, je n'ai pas réussi à la faire… Les visites des médecins et infirmières s'enchainent dans ma chambre. On m'a enfin retiré ce fichu tube qui m'empêchait de parler et d'après ce que j'ai cru comprendre, mon état n'est plus alarmant. Je vais enfin pouvoir demander le pourquoi du comment. Dans les premiers temps, j'ai la gorge qui me brule, je n'arrive pas à parler sans tousser. Je bois un peu d'eau tout en essayant de me calmer un peu. Je suis impatiente d'avoir des réponses. Une fois prête, la première question qui me vient à l'esprit, c'est : - Depuis quand suis-je ici Docteur ? Dis-je avec une voix semi-éteinte. - ça faisait 13 jours que vous étiez plongée dans le coma. Vous nous avez fait de belles frayeurs. Je n'en reviens tout simplement pas. Voilà pourquoi tout me semble si confus, si…lointain. - Ma famille est au courant que je suis là ? Dis-je avec l'intonation de la voix qui devient un peu plus claire. - Oui, nous les avons prévenus dès votre arrivée ici. Tous les jours, vous avez de la visite. Ils vont être contents de vous voir réveillée. - Mouais…. Je vais surtout encore avoir des reproches… Il fronce machinalement les sourcils et ne répond pas à ce que je viens de dire. Il change radicalement de sujet en me disant : - Tout à l'heure, nous viendrons vous chercher pour faire des radios de votre jambe. Elle n'est pas en bel état. - Comment ça pas en bel état ? Je vais pouvoir remarcher correctement ? - Je ne peux pas vous le garantir pour le moment. Seul le temps et les séances de kiné pourront nous en dire davantage. Par réflexe, je regarde mon corps avec des plaies soignées, des pansements, des égratignures et surtout ma jambe enveloppée par d'énormes bandages et je ne peux pas m'empêcher de fondre en larmes. Je suis anéantie. J'ai l'impression de refaire un flash-back et me rendre compte que j'en ai assez de subir tout ça. Voilà une galère de plus à mon palmarès dont je n'avais vraiment pas besoin. Pour me rassurer, le docteur me dit : - Vous savez, ça aurait pu être bien pire que ça. Vous deviez avoir une petite étoile au-dessus de la tête ce jour-là. - Et vous appelez ça avoir de la chance docteur ? Dis-je agacée. Je n'aurais jamais dû me retrouver ici. Les événements de l'accident ainsi que ma vie en général sont maintenant à nouveau clairs. Je crois qu'en fin de compte que j'aurais préféré ne pas me souvenir et rester semi-amnésique. Juste oublier que je vis cette vie de merde, juste oublier que je suis malheureuse comme les pierres, juste oublier cette femme qui me hante tant et surtout juste oublier que je me suis loupée. Tout ça, ça commence à faire beaucoup pour ma petite personne. Le médecin m'informe par la suite que je vais être suivie par un psychologue. J'essaie de lui faire comprendre que je n'en veux pas mais il me fait vite comprendre que je n'ai pas le choix après une tentative de suicide. Une chose est sure, c'est que je n'aurais jamais voulu me réveiller. Nous discutons encore un peu et il quitte la pièce en me laissant à nouveau seule avec ma détresse. Les heures passent, je me sens mal, comme oppressée, j'ai déjà envie de sortir d'ici. Un frappement de ma porte me fait sortir de mes pensées. Je prononce un léger "entrez" et j'attends avec crainte la ou les personnes qui viennent me voir. Un visage qui m'est familier fait son entrée. J'ai une boule dans l'estomac, je sais d'avance que je vais avoir droit aux critiques et aux reproches. Avec une voix qui pourrait ressembler à celle d'une d'enfant coupable, je dis : - Bonjour Maman. - Bonjour Joy. J'ai une seule et unique question. Tu es fière de toi ? Dit-elle avec une voix sévère. - Ne commence pas s'il te plaît, ce n'est pas le moment, je n'ai pas besoin de ça. - J'espère que tu plaisantes là. J'ai failli perdre ma fille et je ne peux pas en discuter avec toi. Est-ce que tu imagines ce que j'ai pu ressentir ? Mais grandi un peu. - Et toi, tu imagines à quel point je souffre dans cette vie de malheur ? Bien sur que non, tu t'en fous. Tant que je reste en vie, le reste n'a pas d'importance. - Ne dis pas n'importe quoi je t'en prie. Retire donc ces fichues oeillères et ouvre les yeux, cette femme ne te mérite pas et personne ne mérite que l'on se foute en l'air pour ça. Une fois de plus, la discussion est inutile sur ce sujet. On s'entend habituellement absolument sur tout sauf sur ça. Elle ne comprend pas que je veuille mettre fin à mes jours par amour. Je lui demande de changer de sujet de conversation ou de partir. Je ne suis pas en état d'écouter ses critiques. Elle me dit sur la même intonation : - Et ton père et tes frères, tu y penses. Tu es égoïste Joy, j'espère que tu en es consciente. - Maman…. DEHORS. Je ne suis pas en état d'écouter tes critiques alors sors d'ici tout de suite et ne revient pas tant que tu n'auras pas pris la décision de me lâcher avec ça, dis-je énervée. Je vois son visage habituellement doux se figer pour devenir dur. Elle a les muscles de son visage tendus et les mâchoires serrées. Elle réplique aussitôt : - Si ce n'est que ça, tu n'es pas prête de me revoir tant que tu n'auras pas changé de comportement. Sans dire un mot de plus, elle pose le sac d'affaires qu'elle m'avait emmené et quitte la pièce en claquant la porte violemment comme si elle oubliait l'endroit où on se trouvait. Je suis complètement anéantie, tout comme elle, je pourrai le parier. Je l'imagine adossée dans le couloir à déverser une multitude de larmes. Je sais qu'elle se sent complètement impuissante en ce qui concerne mon état mais si elle savait que si j'ai tenu le coup jusqu'à présent, c'est à cause d'elle, à cause de ma famille. Une fois de plus, mes larmes coulent le long de mes joues, j'ai un mal de chien à me calmer. Je souffre de cette situation. Ma mère certes ne me comprend pas mais nous avons toujours été très proches. J'espère qu'elle va réfléchir à tout ça dans les prochains jours ou essayer pour une fois de se mettre à ma place sans me juger. L'espoir fait vivre mais j'ai envie d'y croire. Je l'aime tellement. Je déteste cet endroit, je me sens tellement seule, tellement vide de l'intérieur, c'est comme si je n'avais plus d'âme, uniquement une enveloppe corporelle qui ne m'est plus d'aucune utilité. Jamais je n'aurais cru tomber si bas. Je n'arriverais jamais à me relever c'est impossible et d'ailleurs, je ne le souhaite même plus. J'ai hâte de sortir pour en finir une bonne fois pour toute et cette fois, sans me louper. Les jours passent et se succèdent, je n'ai plus la notion du temps. Ça doit faire maintenant 15 jours que je suis sortie du coma et depuis la dispute avec ma mère, je n'ai pas de nouvelles visites, ni du reste de ma famille d'ailleurs. En y réfléchissant bien, c'est peut-être mieux ainsi. Connaissant ma mère et son fichu caractère, je suis certaine qu'elle ne cèdera pas et qu'elle doit prendre de mes nouvelles tous les jours auprès des médecins. En fait, si elle fait ça, c'est pour me faire ouvrir les yeux et surtout me donner une bonne leçon sur ce que j'ai fais. Mais si elle savait à quel point c'est inutile. J'assume totalement mes actes et ce n'est pas elle qui va m'empêcher de le faire à nouveau. La coupe est pleine ! ! ! Les seules présences que j'ai, ce sont celles des visites des médecins et infirmières qui m'apportent, il faut le dire, un minimum de réconfort. D'après ce que j'ai cru comprendre malgré le baragouin médical, c'est que je me retape relativement vite physiquement, il n'y a que ma jambe qui me fait encore réellement souffrir. Comme je n'ai pas encore eu le droit de me mettre debout pour l'instant parce que mon état ne le permet pas encore, j'ai un kiné qui passe dans ma chambre pour effectuer ma rééducation. Il est loin d'être doux et agréable mais bon, j'essaie d'être la patiente modèle si je veux sortir d'ici au plus vite. Il m'a informé en début de semaine que c'était notre dernière séance ensemble parce qu'il était muté donc, il serait remplacé par un confrère. Aucune importance, que ce soit lui ou un autre, je m'en moque comme de ma première chemise. ***************************** Demain j'ai ma première séance pour ma jambe avec le ou la remplaçant (e) de mon kiné. J'ai une petite crainte parce que je n'aime pas trop le changement mais on verra bien ce que ça va donner. Ce qui me fait ‘plaisir', c'est que je pourrai m'y rendre en fauteuil roulant accompagnée par un infirmier, ce n'est déjà pas si mal. Je sors enfin de cette foutue chambre. Grâce à cette personne, je vais peut-être avoir de l'amélioration sur le fait de pouvoir remarcher correctement. En même temps est-ce nécessaire ? De toute façon, que je boite sur terre ou dans l'autre monde je m'en fous royalement. Certes mon état général s'est vraiment amélioré depuis que je suis ici mais mon moral lui est toujours en berne. Tous les matins, je me réveille avec le coeur lourd, avec la même envie. Je résiste chaque jour d'appeler celle pour qui je suis dans cet état. Si je devais le faire, je sais que je serais à ramasser à la petite cuillère après et comme je n'ai pas besoin de ça, je ne le fais pas même si j'en meurs d'envie ne serait-ce que pour entendre sa voix. Elle me rend dingue. J'ai vu un spy cette semaine, même s'il paraît gentil, il ne m'apporte rien. J'en ai mare de raconter ma vie à un inconnu qui se prend pour Dieu et qui pense qu'il va m'apporter quelque chose et m'aider à sortir du tunnel. Il rêve ! D'autres ont essayé avant lui et ils se sont tous cassé les dents. Mon cas est désespéré et il n'en a pas encore conscience c'est tout. Pour le moment, je fais la patiente modèle une fois de plus, je tente de lui faire croire que ce qu'il me dit me fait du bien. Si je ne le fais pas, j'ai peur qu'il m'envoie dans un hôpital psychiatrique quand je sortirai d'ici et autant dire que je refuse d'y aller, donc, je me tiens à carreau. Une fois encore, j'ai passé une mauvaise nuit remplie de cauchemars, d'instants à compter les moutons et à déverser une multitude de larmes. Ce matin, j'ai le moral dans les chaussettes. Je n'ai pas arrêté de penser à mes proches, à ma mère. J'ai tenté de l'appeler à plusieurs reprises mais elle s'entête à ne pas vouloir me parler. Pourquoi fait-elle ça ? Est-ce que son but est de me rendre encore plus malheureuse ou bien pour me faire réfléchir à mon comportement ? Je sais qu'elle ne veut que mon bonheur mais elle ne m'aide pas en se comportant ainsi. La situation me pèse. Pour l'instant, j'ai juste des appels téléphoniques de mes amis et collègues. Ça fait du bien de les avoir de temps en temps au téléphone. Ça casse un peu cette infernale solitude parce que le fait de se retrouver seule avec moi-même et surtout seule avec mon esprit torturé est loin d'être bénéfique. Dans mon malheur de me retrouver ici, j'ai quand même de la chance d'être arrivée dans ce service où le personnel est vraiment agréable et sympa. Il y a toujours un petit mot gentil, des sourires qui remontent un peu le moral et heureusement d'ailleurs sinon j'aurais déjà sauté du haut du toit de l'hôpital. A part ça, le reste du temps, je prends mon éternel bloc note et mon crayon à papier. Par chance, ma mère connaît mon goût pour l'écriture et me les avait apportés dans un sac le jour où elle est partie en furie. Donc depuis, j'écris encore et encore. Parfois plus dans le but de sortir le mal qui me ronge, parfois pour écrire des poèmes, ou bien des petits textes comme j'en ai l'habitude. Souvent des textes qui parlent d'amour entre deux femmes. En y réfléchissant bien, j'écris le style de relation qu'inconsciemment j'aurais aimé avoir, une sorte de fantasme refoulé. Mais c'est tellement plus facile à écrire qu'à faire mais bon dans tous les cas, ça me fait du bien et c'est le principal. Il faut bien que je m'occupe de toute façon. Je ne vais pas rester à contempler les oiseaux qui se posent sur le rebord de ma fenêtre et encore moins regarder la télévision avec toutes les débilités qui y passent. Les seuls moments ou je pose le crayon, c'est pour mes soins, les spécialistes et pour les repas, enfin, si on peut appeler ça des repas, j'aurais plutôt dit un truc infâme à ingurgiter coute que coute. Mais comme disait ma grand-mère "un sac vide ne tient pas debout' donc si je veux sortir d'ici, je n'ai pas le choix, je dois manger. C'est l'heure de ma séance de kiné. Un jeune homme vient me chercher à l'heure prévue et m'aide à m'installer dans un fauteuil roulant. Je vois défiler les couloirs aux couleurs ternes et neutres les uns après les autres. On se croirait dans une sorte de labyrinthe. Je ne suis même pas sur d'être capable de revenir dans ma chambre seule. L'infirmier s'arrête devant une porte et frappe doucement. Nous entrons dans ma pièce après l'accord d'une voix féminine. Une femme d'une bonne trentaine d'années se trouve face à moi assise derrière son bureau. Je l'observe discrètement. Elle se lève, contourne le bureau et vient me serrer la main. Avec une voix douce, elle me dit : - Bonjour Mademoiselle DUPONT, je suis votre nouvelle kinésithérapeute Mademoiselle Rizzoli. C'est moi qui vais m'occuper de vous maintenant jusqu'à ce que vous soyez sur pied. Nous échangeons quelques banalités et l'infirmier m'informe qu'il viendra ma chercher dans une heure. J'observe un long moment la personne devant moi, c'est une grande femme aux cheveux bruns, longs et aux yeux d'un marron intense, c'est vrai que j'ai largement gagné au change par rapport à l'autre grincheux. Elle dégage quelque chose, je ne me l'explique pas. Elle s'empare de mon dossier, saisit toutes les radios que j'ai faites et commence à les observer. D'un coup, elle me dit : - Bon, et bien, j'ai l'impression qu'on a du boulot ensemble. - C'est si grave que ça ? - On va dire que vous ne vous êtes pas loupé. - Si ça avait pu être le cas, dis-je en marmonnant. - Vous disiez ? - Heuuu non rien, je pensais à voix basse. Votre confrère n'était pas du genre bavard, je ne sais pas trop dans quel état je suis à vrai dire et s'il y a de l'amélioration. - Je vais voir ça par moi-même et je vous en dirais plus. Et bien, c'est parti, je vais vous aider à vous installer, dit-elle avec une voix douce. J'ai une petite appréhension mais j'exécute sans broncher. Je m'installe donc sur la table de soin et elle m'aide à ôter mon pantalon. Je suis maintenant en débardeur et boxer. Je suis d'un tempérament hyper pudique et me retrouver ainsi face à cette inconnue me perturbe, ça avait déjà été le cas avec l'ancien kiné mais avec une femme, c'est différent. Elle retourne vers son bureau et me regarde avec insistance, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle peut penser, ou peut-être que j'ai une sale tête, en même temps, pas étonnant avec la nuit que j'ai passée. En tout cas, je suis perturbée par sa façon de m'observer. Je baisse machinalement les yeux et fixe ma jambe. J'aperçois une vilaine blessure pas encore tout à fait cicatrisée qui va me laisser une grande cicatrice qui part du haut du genou jusqu'au bas du tibia. Ma kiné s'approche doucement de moi et je lui dis dès qu'elle arrive à ma rencontre : - Je ne risque pas d'être super sexy en maillot de bain cet été sur la plage avec une jambe comme ça, dis-je avec ironie. - Vous n'avez pas besoin de ça pour l'être, heuuu, enfin, je veux dire, vous êtes une jolie jeune femme et ce n'est pas une cicatrice qui va changer quoi que ce soit. Je la scrute avec incompréhension, je ne sais pas trop quoi penser de cette phrase. Je ne dis rien, j'ai l'impression qu'elle est embarrassée, ce qui est compréhensible. Elle reprend avec une voix douce : - Bon, on attaque, vous êtes prête ? - J'ai bien peur de ne pas avoir le choix, dis-je avec un léger sourire. - Rassurez-vous, je vais commencer doucement. Elle pose ses mains…..gelées sur ma jambe et je ne peux pas m'empêcher de lui dire : - Mon dieu, vous avez mis les mains dans le freezer avant de me toucher ? Dis-je en rigolant. - C'est vrai, je ne suis pas réputée pour mes mains chaudes mais vous verrez, au bout d'un moment, vous vous y ferez, enfin, …j'espère. - Si vous le dites. Je m'habitue effectivement à ses mains froides au bout de quelques minutes. Elle s'affaire consciencieusement à effectuer ses mouvements qui je dois dire ne sont pas spécialement très agréable. Je lâche de temps en temps des "aïe" "ça fait mal" et d'autres termes de souffrance mais elle ne s'arrête pas pour autant, elle fait juste plus attention à ses gestes pour ne pas me faire mal. Tout au long de la séance, je sens son regard insistant se poser sur moi et je dois avouer que ce n'est pas désagréable, c'est une charmante femme. Mon gaydar aurait tendance à me dire qu'elle est lesbienne mais je me trompe peut-être totalement depuis tout le temps que je suis seule, on verra bien. En tout cas, il y a et aura qu'une seule femme dans ma vie, celle pour laquelle je suis dans cet endroit. Les autres femmes n'existent pas. Elle ne parle pas beaucoup pendant les soins qu'elle me prodigue, elle est juste très concentrée mais l'ambiance n'est pas pesante non plus. Je la regarde, elle fait de même. Je me sens étrangement bien. Après plus de quarante minutes de torture, elle m'aide à m'habiller de nouveau, m'installe dans mon fauteuil et l'on se dirige vers son bureau où nous attendons mon infirmier. Je scrute sur son bureau pour y déceler quelque chose comme son prénom ou quelque chose de personnel. J'ai toujours eu cette curiosité impressionnante et cette fois encore je ne peux pas m'en empêcher. Je vois donc sur son bureau une petite plaque où il est inscrit : "Dr Angèle Rizzoli – Kinésithérapeute" . ****************************** J'ai été transférée dans un autre service il y a quelques jours. D'après ce qu'ils m'ont dit, il n'y avait plus de raisons que je reste dans le service des soins intensifs et c'est très bien ainsi, ce qui prouve que je vais mieux. J'ai demandé à être dans une chambre toute seule comme ça je ne risque pas d'être ennuyée par quiconque. Le souci c'est que l'on ne m'a pas épargné de mes éternelles séances chez le spy qui ne me servent toujours à rien mais bon, j'y vais quand même, de toute façon, je n'ai pas le choix. Il me radote éternellement les mêmes choses, je crois qu'il espère un miracle et que j'opère un déclic ou quelque chose de ce genre. Il rêve mais bon. Si je dois être honnête mon moral n'est pas si mal depuis quelque temps. Je n'ai pas eu de nouvelles de la femme que j'aime mais pour l'instant, je ne ressens pas de manque, ce qui est étonnant. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, j'arrive à m'occuper dans cette chambre de 10m2. Je continue à écrire encore et encore dès que j'en ai l'opportunité et j'aime ça. Rien de tel pour m'évader et me faire penser à autre chose qu'à du négatif. Ce qui me fait plaisir, c'est que ma famille est enfin venue me voir cette semaine, j'en avais vraiment besoin et tout s'est très bien passé. Ma mère a réussi à s'apaiser un peu et on a réussi à discuter un très long moment. Elle ne comprend pas mon choix mais elle sait que je suis en souffrance donc, elle a décidé d'arrêter de me juger et je crois que j'avais besoin de ça. Depuis, elle passe très régulièrement et on passe d'agréable moment. J'ai enfin eu l'autorisation de me lever et de marcher un peu, certes avec des béquilles sans poser le pied à terre mais ce n'est pas si mal. Je déambule dans les couloirs à mon aise et maintenant, j'arrive même à me rendre chez ma kiné toute seule sans l'aide d'un infirmier. J'y vais à raison d'une à deux fois la semaine. C'est étrange, je me sens bien quand je passe du temps avec elle, elle est toujours aussi gentille, douce voire même très attentionnée. Ce n'est donc pas à contrecoeur que je vais la voir, au contraire même. Je dirais même que j'aime me rendre à ses séances en plus, ce qui n'est pas négligeable, c'est que les douleurs diminuent de séance en séance, donc je ne me plains pas. Ça fait maintenant plus de 2 mois que je vais la voir et j'ai l'impression qu'elle se détend de plus en plus et moi aussi d'ailleurs. Il s'avère même qu'elle a un sens de l'humour bien aiguisé et j'adore ça. Nous papotons même pendant les séances alors qu'au début, ce n'était pas le cas. Nos sujets de conversation sont divers et variés. Maintenant nous ne bavardons plus uniquement de ma jambe, ça va bien plus loin que ça. Il y a une sorte de relation de confiance qui s'est instaurée de part et d'autre. Elle me découvre, je la découvre, c'est aussi simple que ça. Ce qui m'a surprise, c'est que j'ai même réussi à lui expliquer la raison de ma présence dans l'établissement ainsi que le fait que je sois lesbienne. Elle ne m'a aucunement jugée. C'est une personne très compréhensive en réalité. Il y a juste ses regards sur moi qui ont changé, ils sont plus…insistants qu'avant. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais étrangement ça ne m'effraie pas. ****************************** J'y vais aujourd'hui avec un peu d'avance. Je frappe doucement à sa porte. J'entends aussitôt sa voix douce qui me demande d'entrer. Dès que je suis à l'intérieur, elle me dit : - Bonjour, et bien, vous n'êtes pas en retard aujourd'hui ? Vous aviez tant envie que ça que je vous. Torture ? - Jusqu'à présent, je n'ai pas eu à me plaindre de vos massages, loin de là même. - C'est bon à savoir. Comme elle le fait depuis que l'on se connaît, elle me fixe avec son regard insistant mais hô combien agréable et que j'apprécie vraiment. Je reprends aussitôt la parole : - A vous de faire en sorte que ça ne change pas alors. Nos échanges sont devenus particuliers voire même ambiguës de séance en séance. Est-ce de la provocation ? Est-ce un jeu ? Est-ce une sorte de drague de part et d'autre ? Je ne sais pas trop mais j'aime ce qui se passe. Elle me demande de me déshabiller comme d'habitude et de m'installer sur la table de soin, ce que je fais maintenant sans pudeur ni gêne. Nous parlons un peu de tout et de rien pendant un petit moment avant qu'elle ne commence. J'aime toujours autant mes échanges voir même plus de jour en jour. A l' instant où elle pose ses mains gelées sur moi, je m'empresse de lui dire : - Je ne sais pas si je m'y ferai un jour de vos doigts glacés sur ma peau, dis-je avec taquinerie. Elle arrête ses mouvements, m'observe un long moment et me dit : - C'est bien dommage parce que, je m'y suis bien faite à la votre, heuuu enfin, je veux dire que votre peau est chaude contrairement à mes mains donc c'est … agréable. Nous nous regardons un long moment sans rien dire, je pense que ce n'est pas nécessaire d'ailleurs. Le lapsus est clair net et précis et à vrai dire, je ne suis pas étonnée. Je la vois se mordiller la lèvre pendant qu'elle s'affaire de nouveau sur ma jambe ni vu ni connu. Je me demande bien à quoi elle peut penser. J'ai l'impression qu'elle veut me dire quelque chose mais qu'elle n'ose pas, c'est peut-être mieux ainsi. Suis-je prête à entendre certaines choses ? Je n'en suis pas sure du tout, mais si je veux être honnête avec moi-même, elle ne me laisse pas indifférente. Une fois la séance terminée, je me lève, m'habille tranquillement et je vais la rejoindre près de son bureau. Elle est adossée contre le mur avec un air songeur fixé sur le visage. Arrivée à sa hauteur, l'une de mes béquilles vient heurter son pied et je manque de tomber lamentablement. Elle me rattrape in-extrémiste et je me retrouve bloquée au creux de ses bras. Je découvre pour la première fois l'effluve de son parfum légèrement fruité qui lui va à ravir d'ailleurs et son visage tellement près du mien que c'en est déroutant. Je suis incapable de bouger voire même de parler. Je reste donc dans cette position une bonne poignée de secondes avant de reprendre une position dite convenable. Il y a quelque chose dans l'air, je ne sais pas trop de quoi il s'agit, une sorte de … tension palpable, d'électricité mais je n'arrive pas à poser les mots sur ce qui se passe réellement. Je crois que je ne suis plus assez lucide pour le faire. Elle me dit en se moquant et en tentant d'apaiser l'ambiance : - ça serait dommage d'abimer le beau travail que j'ai fais avec votre jambe. - C'est vrai et je serai obligée de prolonger mes séances avec vous, quelle torture de supporter une fois encore vos mains glacées, dis-je en riant. - Je n'ai pourtant pas l'impression que vous vous plaigniez de mes massages. - Ce n'est pas faux, bien au contraire. Vous faites des miracles. J'aime inconsciemment ce petit jeu de séduction qui s'est instauré. C'est bien la première fois depuis des mois, voire même depuis des années que mon esprit se tourne vers quelqu'un d'autre. Je crois qu'en fait tout ça me fait peur. J'ai peur de m'embarquer dans quelque chose qui pourrait me faire sombrer de plus belle et je crois que je ne suis pas encore assez solide pour surmonter une nouvelle épreuve. En fait, je suis partagée. D'un côté, je me dis "l'amour, ce n'est pas pour moi, je vais encore souffrir…." et d'un autre côté, je me dis "et si elle était différente, … si elle pouvait me rendre heureuse" . Mais bon, je m'emballe, nous en sommes pas là, loin de là même. Elle me fait revenir à la réalité en me disant : - Je vais être honnête avec vous Joy. J'aime être en votre compagnie et plus nous nous voyons, plus je me sens bien. Je sais que ce n'est pas très…professionnel mais les 4 mois auprès de vous m'ont …. Comment dire…permis de me rendre compte que vous ne me laissiez pas…indifférente et quelque chose me dit que c'est réciproque. Je ne sais pas quoi lui répondre. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me fasse une telle déclaration maintenant. Une chose est sure, c'est que je me dois être franche. Nous sommes des adultes responsables après tout. Je lui dis : - Je dois être honnête à mon tour. J'avoue que je ne suis pas insensible à votre charme non plus mais j'ai bien peur que ce soit une relation compliquée du moins pour l'instant. Vous connaissez les raisons de ma présence ici et j'ai bien peur d'avoir encore du chemin à parcourir avant d'en arriver là. - Je comprends. Vous savez pour moi aussi ce n'est pas facile. Il m'est interdit d'avoir une relation avec une patiente et pourtant, j'ai envie de laisser une chance. Et qui sait, je pourrais vous aider à aller mieux. - Je ne sais pas, je dois y réfléchir de tout ça à tête reposée. ****************************** Je ne fais que repenser à ma séance de kiné depuis plusieurs jours. Je me doutais bien que notre attitude depuis le départ était spéciale mais je ne pensais pas qu'elle prendrait cette tournure. En tout cas, elle est souvent dans mes pensées depuis un certain temps et même dans les récits romantiques que j'écris. Est-ce un signe ? Est-ce que ça veut dire que je suis prête à sortir l'autre femme de mon coeur ? Est-ce que ça veut dire que j'envisage une relation ? Je n'en sais rien et de toute façon, je ne veux pas passer la charrue avant les boeufs. Il y a une expression courante qui dit "qui vivra verra…" Il est vrai que je ne sais pratiquement rien d'elle outre le fait qu'elle habite très près de l'hôpital et qu'elle s'y rend à pied tous les jours, qu'elle aime sortir avec ses amis, qu'elle est célibataire, qu'elle n'a pas d'enfants, qu'elle aime le sport et dès qu'elle a un petit moment de libre elle pratique la natation. J'avoue, c'est déjà pas mal mais je suis certaine qu'elle peut m'en apprendre davantage. En tout cas, elle me donne envie de la connaître mais certainement pas en qualité de spécialiste – patiente. Elle aurait trop à perdre et ce n'est pas du tout ce que je souhaite. Qui sait peut-être quand je n'aurais plus besoin de ses services pour ma jambe parce que je fais des progrès de jour en jour donc, j'espère sortir bientôt, enfin j'espère. Etrangement, les jours qui ont suivi, je me sentais bien dans ma peau, bien dans ma tête comme il y a longtemps que ça a été le cas. Pas de crise d'angoisse, pas de moral au fond des chaussettes, pas de larmes… Je me sentais juste bien. Même ma mère m'a dit que j'avais bonne mine, c'est pour dire. Elle a cru déceler du changement en moi mais ne l'explique pas. Je ne vais certainement pas lui faire de fausses joies sur ce que pourrait être une éventuelle reconstruction. On verra bien ce que ça va donner mais pour l'instant mes idées suicidaires sont loin derrières moi et je dois avouer que j'aime plutôt ça. Mon spy lui aussi a remarqué du changement et il a l'air satisfait. Ce ne sera certainement pas grâce à lui mais bon. Je vais mieux, c'est le principal. Aujourd'hui comme les autres jours, j'ai mon crayon à papier et mon bloc note dans les mains. Je griffonne quelques mots qui me passent par la tête, je n'ai pas besoin de réfléchir, les mots sortent tout seul. Une fois encore ma jolie kiné fait partie de l'histoire et ce n'est pas pour me déplaire. Mais pour le moment, ça ne reste que fantasme et… désir. Je suis coupée dans mon élan par un frappement à ma porte. Ma famille est déjà passée tout à l'heure alors je me demande bien de qui il peut s'agir. Je prononce machinalement un "Entrer" et qui voilà qui fait irruption dans ma chambre… ma belle kiné. Je suis étonnée de la voir aujourd'hui et de plus est un dimanche. Je la taquine aussitôt : - hé bien vous avez envie de faire des heures supplémentaires en ce beau dimanche ensoleillé ? - On peut dire ça comme ça. Non sérieusement, j'avais plutôt envie de profiter de cette belle journée et de vous emmener faire une petite balade dans le parc de l'hôpital. Qu'est-ce que vous en pensez ? - Je dois avouer que c'est une très bonne idée. J'ai rarement eu l'occasion de sortir depuis que je suis ici. Je pose mon bloc note sur la table de chevet. Et elle me dit : - C'est donc à ça que vous occupez vos interminables journées. - Oui, j'écris tous les jours dès que je le peux. - Si je peux me permettre, vous écrivez sur quoi ? - ça dépend de mon humeur. En règle générale, ce sont des histoires d'amour entre deux femmes. Dès le départ, j'ai joué cartes sur table sur mon orientation sexuelle et ce n'est pas aujourd'hui que je vais mentir. Elle me fixe longuement et me dit : - Intéressant et… vous pensez qu'un jour j'aurais l'honneur de vous lire ? - Pour être honnête, c'est quelque chose que je ne partage pas… mais qui sait, un jour peut-être. - Je comprends, par contre, ça m'intrigue, je peux juste avoir le titre de ce que vous écrivez en ce moment c'est juste pour me faire une petite idée ? - Heuuu oui, ça s'appelle "et si c'était elle" - Alors là, ça a tendance à m'intriguer davantage et à m'intéresser fortement. - Bon heuuu, nous y allons, dis-je en tentant de changer de sujet. Un petit sourire malicieux se forme sur ses lèvres et elle me dit en me taquinant : - En tout cas, ce titre me parle vraiment beaucoup. Bon allez mon estropiée, on y va, nous aurons peut-être l'occasion d'en rediscuter plus tard. Je me contente de lui faire un petit sourire et commençons à quitter ma chambre. Nous croisons dans le couloir l'infirmière de garde, nous l'informons de l'endroit où nous allons nous balader. Celle-ci ne s'y oppose pas et se contente juste de nous souhaiter une bonne balade. J'ai eu l'occasion de sympathiser avec elle, elle est vraiment adorable. Je sais qu'elle ne dira à personne que je sois partie en promenade avec un personnel du corps médical. Nous partons donc tranquillement en direction des jardins fleuris pour aller s'asseoir sur l'un des bancs, moi toujours avec mes éternelles béquilles. Je me sens bien, détendue avec cette femme encore inconnue à mes côtés. Elle me dit : - Je peux faire une petite suggestion ? - Bien sur, dites-moi ! - Est-ce que ça vous dérange si l'on se tutoie ? Nous ne sommes pas dans le cadre du travail et je dois avouer que ça serait beaucoup plus agréable. - Je ne suis pas contre. Dis-moi, j'ai une question ? Ça t'arrive souvent d'emmener tes patientes aller se balader comme ça. Elle rit et me répond aussitôt : - Pas le moins du monde, c'est même la première fois. - Je suis une grande privilégiée alors. - Ce n'est pas à moi de le dire mais en tout cas, j'avais vraiment envie de partager un petit moment avec toi. - J'en suis flattée. Nous sommes assises sous un gros arbre à l'abri des regards l'une juste à coté de l'autre, limite nos cuisses se frôlent, nos regards sont insistants. Une nouvelle fois, la tension est palpable de part et d'autre. J'ai mon coeur qui cogne comme un fou dans ma poitrine. Il y a tellement longtemps que j'ai ressenti ça que ça me perturbe. Je l'observe, elle me paraît tellement sincère, honnête, je sais qu'elle ne joue pas avec moi. J'espère juste le fameux déclic dont me parlait le spy ou alors tout simplement un peu de courage. Je la sens perturbée également alors pour cacher les apparences, elle me dit : - Bon, dis-moi, les médecins t'ont dit quand tu sortiras enfin de l'hôpital ? - Pour le moment, ce ne sont que des bruits de couloir et des rumeurs mais j'ai cru comprendre que ça pourrait être dans une quinzaine de jours. - J'imagine que tu dois être contente. - Oui je le suis mais tu sais étrangement, je ne me sens pas trop mal ici. J'arrive même à être entre de bonnes mains et en bonne compagnie. - J'espère que ce compliment est valable aussi pour moi. - Je te laisse maitre de cette réponse. - De toute façon, tu n'as pas besoin de le dire. Une chose est sure en tout cas Joy, c'est que ça me fera bizarre de ne plus te voir à mes séances. ****************************** Deux semaines se sont maintenant écoulées depuis ma petite balade avec Angèle. Depuis ce jour, nous sommes plus proches encore. Nous avons eu beaucoup de mal à nous séparer lors de ce fameux jour. Désormais nous sommes en contact très régulièrement voire même journalier via SMS et il lui arrive même de me rendre visite dans ma chambre entre deux patients pour que l'on discute un peu toutes les deux. Elle commence à bien me connaître et moi aussi d'ailleurs. Doucement elle se livre à moi de sa famille, de ses passions, de ses amis… Je me sens vraiment bien quand je suis auprès d'elle. C'est étrange, l'autre femme qui me hantait tant depuis tout ce temps s'évapore de mon esprit comme par magie petit à petit. Je crois que les oeillères que j'avais devant les yeux disparaissent et à vrai dire, ça fait un bien fou. Je me sens à nouveau vivante, j'ai à nouveau envie de profiter de la vie et de tous les bonheurs que ça engendre. Moi dire ça, c'est hallucinant ! ! Il y a encore 6 mois de ça, je ne souhaitais qu'une chose c'était de me foutre en l'air et maintenant il en est hors de question. Aujourd'hui, je vais effectuer ma dernière séance de rééducation avec ma jolie kiné. Je m'y rends maintenant sans béquille, juste en boitant encore un peu. On a effectué un bon travail toutes les deux. Je suis partagée, d'un côté, je suis contente que ma jambe aille mieux et d'un autre, elle va me manquer. Je me suis habituée à nos séances régulières, à ses mains glacées sur ma peau, à elle tout simplement. Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? J'espère que je serai suffisamment forte pour affronter la vie à l'extérieur de l'hôpital. Je frappe à sa porte avec une joie non dissimulée. Sa voix quand elle me demande d'entrer me fait frissonner. Dès que je suis face à elle, un sublime sourire irradie ses lèvres. Elle me dit aussitôt : - Bonjour toi, alors tu es en forme pour notre dernière séance ? - Hummm ça me fait bizarre. J'ai du mal à croire que je ne vais plus te voir régulièrement. - A toi de faire en sorte que l'on continue et que l'on ne se perde pas de vue. - Tu as raison. - Bon allez, va te préparer et t'installer, j'arrive dans 1 minute. Effectivement elle ne tarde pas à venir me rejoindre avec des étincelles dans les yeux. Sans perdre de temps, elle pose ses mains sur ma jambe en m'observant comme à son habitude avec insistance. Des frissons s'emparent immédiatement de moi. Elle s'en rend compte et me dit : - Oui, je sais, j'ai les mains froides … à moins que ce soit tout autre chose qui te fasse réagir comme ça. Je ne peux que rire une fois de plus à ses âneries. Je ne préfère pas répondre pour le moment sinon ça risquerait de déraper. Elle reprend la parole en arrêtant ses mouvements et me dit : - Joy, j'ai une terrible envie de t'embrasser, là, tout de suite maintenant. Je m'y suis refusée jusqu'à présent mais c'est notre dernière séance aujourd'hui et je ne veux plus et peux plus perdre de temps. Je me redresse de la table de soin, me positionne assise face à elle. J'ai le coeur qui tambourine dans ma poitrine comme rarement ça a été le cas. J'ai peur et je suis persuadée qu'elle peut le ressentir. Elle coupe ce petit silence qui s'est instauré pour me dire : - Je ne vais pas te souffrir Joy, je peux te le promettre. Je me suis réellement attachée à toi. - ça fait tellement longtemps Angèle que je n'ai pas eu de relation que j'ai peur de ne plus savoir comment ça fonctionne. - Il y a une expression qui dit "c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas" . - Si tu pouvais dire vrai. - Alors si dans les prochaines secondes, tu ne tentes pas de t'éloigner de moi, je vais poser mes lèvres sur les tiennes et te montrer à nouveau quelle sensation ça fait. Je suis incapable de bouger, complètement anesthésiée et impatiente de ce qu'il va se passer. Parce qu'inconsciemment, j'en meurs d'envie depuis pas mal de temps. Elle rapproche son corps des derniers centimètres qui nous sépare, pose ses mains sur chacune de mes joues. Je sens son souffle irrégulier se mélanger au mien, je n'en peux plus. Et au bout d'un moment, c'est la libération, je sens sa bouche se positionner avec une extrême douceur sur la mienne. J'ai déjà le souffle court avant même que notre baiser commence réellement. Mes lèvres découvrent les siennes et progressivement nos lèvres s'entrouvrent, nos langues encore timides se cherchent, se provoquent et enfin s'unissent dans la plus belle des danses. Mes mains viennent à la rencontre de sa peau que je découvre pour la première fois. Je suis perturbée mais tellement bien à cet instant présent que je refuse que ce moment s'arrête et j'en redemande. Nos bouches se dessoudent et elle me murmure : - J'en mourrais d'envie depuis tellement de temps. Et d'ailleurs, tu vois que tu n'as rien oublié, en tout cas, moi, j'ai adoré. - Chut et embrasse-moi encore. Le baiser suivant est plus intense, plus torride, malgré mon souffle court et saccadé. Je ne compte pas le rompre, c'est tellement agréable. J'en avais presque oublié la saveur, la sensation. En me taquinant, elle me dit : - Bon et bien Melle Dupont, votre séance est terminée pour aujourd'hui. Je vous propose donc de nous revoir, très très prochainement pour continuer ce que nous venons d'entamer. - Avec grand plaisir Mademoiselle Zizzoli. - Bon, un peu de sérieux, Joy, je connais ton passé, je sais par quelle épreuve tu es passée et je peux t'assurer que je n'ai aucunement l'envie de te faire souffrir. Alors j'ai deux choses à te demander maintenant. - Lesquelles ? - Laisse-moi te découvrir et laisse moi t'aimer comme tu le mérites. - Alors prends-moi dans tes bras et il ne te reste plus qu'à me le prouver. FIN ! ! !
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531259
b
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