Histoire vécue Apparence - Beauté > Astuces beauté      (2238 témoignages)

Préc.

Suiv.

Les magazines féminins,et les potions qui coûtent cher

Témoignage d'internaute trouvé sur aufeminin
Mail  
| 652 lectures | ratingStar_22496_1ratingStar_22496_2ratingStar_22496_3ratingStar_22496_4

Un petit article sur les magazines féminins et la pub.

On le sait : la presse féminine constitue le support publicitaire numéro un dune industrie cosmétique qui ne connaît pas la crise. Maquillage, produits de soins pour le visage, les mains, le corps et les cheveux, tout ce qui tourne autour de la beauté fournit lessentiel des pubs qui remplissent les pages de Marie-Claire, Elle, Votre Beauté et autres.

Une brève analyse du lexique des publicitaires permet de mieux saisir comment les rédactrices beauté [1],sous couvert dinformer les lectrices, non seulement reprennent le vocabulaire de la pub, mais en exagère le pouvoir angoissant et prescripteur. On se concentrera ici, à titre dexemple, sur le discours concernant la lutte contre le vieillissement de la peau.

Le vocabulaire de la pub : petit lexique.

Anti-âge - Depuis quelques années, les crèmes ne sont plus désignées par le terme anti-rides, mais anti-âge. Lennemi désigné nest plus la manifestation concrête du vieillissement, la ride, mais une notion vague, embrassant une angoisse fondamentale, celle du temps qui passe. On ne vise plus le symptôme, mais son substrat existentiel, la vie même. Avantage pour les annonceurs : si lon peut faire abstraction dune ride, on ne peut pas se guérir du temps. Le concept anti-âge crée donc une demande infinie.

Exemples :

- No-age cream, soin sublimateur de jeunesse, effet repulp no-age, véritable vaccin anti-âge.

- Prodigy dHéléna Rubinstein, puissance globale anti-âge.

- Sislea de Sissley, formule anti-âge visage, contour des yeux.

- Imedeen, lordonnance beauté anti-âge, cosmétique oral, le comprimé qui agit en profondeur dès le derme avec ses actifs anti-âge réparateurs.

Lift - Dans les pubs récentes pour crêmes, on assiste à une inflation galopante du terme Lift .

Exemples :

- Synergie lift de Garnier, soin liftant raffermissant aux essences de cerises et de gingembre.

- Densité lift de Biotherm, qui repulpe la peau au sein même de sa structure fondamentale où vivent les fibres de collagène.

- Teint rénergie lift de Lancôme, qui lifte votre visage avec confort ; un voile micro-aéré permet de retendre votre peau sans figer les traits- technologie haute-précision micro-lift.

Dans un publi-reportage récemment vu dans Marie-Claire, une lectrice de 37 ans parle ainsi de Rénergieintense lift du même Lancôme : elle a un effet lift, mon visage se redessine, effet lifting assuré avec le tenseur peptidique qui dépose sur la peau une sorte de maillage qui, en se rétractant, la retend.

Les visuels qui illustrent ces pubs suggèrent également lidée de lifting : scyalithique de bloc chirurgical pour Syslea contour des yeux, gros plans de stars qui, les mains plaquées sur les oreilles, impriment à leur peau un mouvement ascendant pour le fond de teint visible lift de lOreal. Avant-après en pâte à modeler pour Protient lift de Roc, où un visage miraculeusement rajeuni succède à son double décati.

Le message induit par ce nouveau vocabulaire est évident : point de salut en dehors du bistouri, vous néchapperez pas au lifting, lequel devient une étape incontournable de la lutte anti-âge.

Eponge - A en croire le discours publicitaire de lindustrie cosmétique, la peau de femme est une substance souffrant perpétuellement dasphyxie, de soif et de faim. Elle est comme une terre fragile menacée de craquellement et de stérilité, quil faut constamment gorger deau, dengrais, de sève, de principes actifs, de sérums et délixirs. Elle est atone, faible, sans tenue, et a besoin pour survivre dapports quotidiens de concentrés de vie, de bio-sève encapsulée de fuel vital. Pour accroître sa capacité dabsorber les fluides essentiels dont elle manque tellement, il faut la doter de réactivateurs de micro-éponges cutanées .

Ce discours incessant sur la qualité naturellement déplorable de la peau de femme semble être le dernier avatar du mythe de la fragilité féminine. Curieusement, plus on oublie de parler de la fragilité sociale des femmes, des menaces réelles qui pèsent sur leur situation économique, plus on met laccent sur leur faiblesse épidermique.

Re - Cette peau si problématique, il convient avant tout de la réparer comme un objet cassé, dessayer de lui faire retrouver lapparence, la cohésion et la force de la jeunesse. Les pubs abondent en verbes précédés du suffixe re : régénerer, redynamiser, repulper, renouveller, retendre, retisser, renforcer, restructurer. Avec sa crème ultra-correction restructurante, Chanel propose par exemple de resolidariser le derme et lépiderme, de renforcer les molécules dancrage avec ladhésioderme. La logique du Re culmine avec le terme reprogrammation, qui évoque à la fois linformatique et le génie génétique. Lélixir Silsleyä prétend être un programme de remise en marche du fonctionnement originel de la peau .

On est en plein fantasme faustien et vampirique. Comme des comtesses Bathory affadies et manipulées, la pub propose aux femmes de retrouver leur jeunesse en se baignant dans le sang blanc des crèmes et des laits.

Précision - Toutes ces pubs sont dominées par une déesse tutélaire qui se dessine en creux derrière les slogans et les visages idéalisés des mannequins : celle de la science. La préservation de la jeunesse des femmes mobilise une armada de cerveaux, une sophistication technologique qui vise à mettre au point des crèmes ultra-performantes qui vont cibler avec précision le cur des cellules, à linstar des molécules anti-cancéreuses.

La prose des rédactrices beauté :

De la pub puissance 1000, dramatisation et culpabilisation en prime.

Dans la plupart des féminins haut de gamme [2], les rubriques beauté occupent une surface en moyenne cinq fois supérieure aux rubriques santé. Elles reprennent exactement le vocabulaire pseudo scientifique et mythologique des pubs, - cellules, fibroblastes, production de collagène et autre repulpage-, diffusent la même image dune peau féminine fragile et corrompue, qui ne se soutient que grâce à des produits extrêmement sophistiqués. Mais là où la pub apparaît pour ce quelle est, les rubriques beauté enfoncent le clou par lutilisation abondante du NOUS identificatoire et du VOUS de la prescription.

Exemple relevé dans un article sur le grain de peau : Allons-nous échapper aux pores de langoisse ? Des chercheurs ont réalisé que nous étions désespérément nostalgiques de la peau douce de notre enfance… Nous aider à retrouver la qualité du grain de peau de lenfance est leur nouveau défi. Un marché qui sannonce prometteur puisquaucune peau nest épargnée, jeune ou mature, grasse ou sèche, sereine ou stressée, visage ou corps… Larticle commence par un jeu de mot douteux- pore de langoisse-, par un NOUS censé créer une complicité entre la rédactrice et les lectrices, toutes traversées par le même désespoir nostalgique d avoir perdu le grain de peau de leur enfance. Encore plus fort : ce sont des chercheurs (? ? ?) qui ont réalisé que nous étions désespérées et qui vont tout mettre en uvre pour nous aider. Mais par un raccourci fulgurant, la mission salvatrice des blouses blanches se transforme immédiatement en marché prometteur, puisquaucune peau nest épargnée par la perte de lenfance.

La rédactrice poursuit par une description à la fois familière et scientifique des délabrements fatals subis par notre peau : les pores se remplissent de bouchons cornés (beurk). Avec le temps, notre épiderme prend une couleur grisâtre et la surface de la peau devient squameuse (re-beurk). Tout se relâche, y compris les pores, à partir de 30 ans… ! ! !).

Trente ans semble dailleurs être lâge charnière où tout bascule, le point limite à partir duquel rédactrices et lectrices, englobées dans le même destin, vont sombrer dans la déchéance physique. Dès la trentaine, ces zones qui NOUS trahissent, titrait récemment un féminin haut de gamme. Vous ôtez négligemment votre T-shirt et vous constatez avec horreur que lintérieur de vos bras flotte au vent… On met son maillot et on saffole devant cette gondole dans le creux des cuisses. Le muscle aducteur fonctionne peu, il ne soutient pas la peau qui pique du nez sous la pesanteur, quel que soit lâge. Quand au décolleté, la peau sy détend très tôt : résultat, plissures, ridules, grain épais, aspect fripé et effondrement assuré des seins.

Conclusion. Pour éviter cette débâcle, il faut commencer les soins très tôt, dès lâge de douze ans (!) , précise la rédactrice qui propose ensuite une liste impressionnante de crèmes repulpantes, restructurantes, re… re… re… , des adresses dinstitut de beauté qui moyennant des cures à 150 euros la séance vont endiguer le désastre, le recours à la médecine esthétique qui va lasériser, brûler à lacide et injecter les épidermes précocement dévastés, et last but not least, le recours à la chirurgie.

On ose le bistouri (! ! !) écrit la rédactrice. Allez hop ! ! Toutes ensemble… et plus vite que ça ! ! !

A la lecture de cette littérature, la peau de femme apparaît comme un capital dans lequel il faut investir le plus dargent possible, le plus tôt possible. Elle fonctionne comme une épargne retraite individuelle. Si lon veut préserver ses capacités ultérieures de jouissance sociale et narcissique, il faut entretenir son bien, faire preuve de prévoyance. Celles qui nauront pas su choisir librement entre les innombrables produits et les techniques proposés par les rédactrices beauté nauront à sen prendre quà elles-mêmes… Pour faire passer lamère potion, les journalistes beauté écrivent de temps à autre que lon peut être belle à cinquante ans, donnant ainsi un peu despoir à un lectorat perclus dangoisse, fournissant un alibi vaguement politiquement correct à une prose qui ne fait que recopier et amplifier le discours publicitaire…

Dominique Caliandro.

[1] Rédactrice beauté : Journaliste professionnelle dotée dune carte de presse, la rédactrice beauté exerce une fonction stratégique dans la presse féminine. Cest elle qui relaye les informations transmises par les services de communication de lindustrie cosmétique qui lui fournissent gracieusement leurs produits et leur dossier de presse.

[2] La Presse féminine haut de gamme (Cosmopolitan, Elle, Marie Claire, etc.) sadresse aux CSP ++ et constitue donc le support privilégié des annonceurs de lindustrie du luxe.

Source :

3w.acrimed.org/article.php3?Id_article=1449.
  Lire la suite de la discussion sur aufeminin.com


22496
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Peau grasse et deshydratee que faire ? - beaute de la peau

image

Un petit UP !!! Bonjour, Après plusieurs recherches sur le net et après avoir lu les avis de certaines utilisatrices moi aussi j'utilise la pierre d'alun depuis deux jours 'celle avec potassium d'alun) acheté en parapharmacie et jusque là c'est...Lire la suite

Poudre compacte bio - maquillage

image

Moi ai pris la couleur claire qui, je trouve, est déjà pas mal foncé pour certaines peaux claires. Moi j'ai la peau ni claire ni médium et ça peut encore aller. Si tu veux sur Youtube hellyhey a faut une vidéo sur les produits avril. C'est une...Lire la suite


 

Témoignages vidéos
Le secret pour avoir une belle peau de bébé
Voir tous les  autres témoignages