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Halte à la violence anti-amazigh dans les universités marocaines

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Depuis de nombreuses années, les étudiants membres du mouvement culturel amazigh (MCA) du Maroc, sont soumis au sein des universités marocaines, à un harcèlement systématique de la part de groupes appartenant aux mouvances islamistes et/ou nationalistes arabes, sous l'oeil bienveillant et parfois avec la complicité des autorités administratives des universités et des services de police. Pourtant, le mouvement culturel amazigh est fondé et fonctionne sur la base de principes démocratiques et pacifiques et oeuvre pour le respect des valeurs de tolérance, de laïcité et de liberté. En outre, les membres de ce mouvement amazigh estudiantin ne font rien d'autre qu'assurer l'expression et l'animation culturelles dans les espaces universitaires, en organisant des expositions artistiques et littéraires ou des conférences, particulièrement à l'occasion de la célébration du "printemps amazigh".

 

Les activités culturelles organisées par les étudiants du MCA ont toujours rencontré l'hostilité et les blocages de l'administration universitaire et plus grave encore, la perturbation de leur déroulement ainsi que la destruction de leurs outils de communication (journal mural, affiches…). Les organisateurs amazighs de ces activités subissent régulièrement les injures et les agressions physiques de la part d'autres étudiants acquis aux idéologies islamiste et arabiste radicales qui veulent interdire l'existence du mouvement culturel amazigh et empêcher à tout prix ses activités socioculturelles. Et lorsque les forces de l'ordre sont appelées à intervenir à l'intérieur des enceintes universitaires, c'est toujours pour frapper, arrêter et souvent pour faire condamner les étudiants amazighs exclusivement.

 

Cette année a été particulièrement brutale pour les étudiants du MCA, qui ont subi notamment depuis le 20 avril dernier (date de la célébration du printemps amazigh) , les plus graves violences dans les universités d'Agadir, Errachidia, Meknes, Fes, Taza, Rabat, Marrakech et Casablanca. Des attaques avec usage de gourdins, jets de pierres, chaines et toutes sortes d'armes blanches ont été perpétrées par des étudiants arabonationalistes sahraouis à l'université d'Agadir et par des groupes se proclamant de "Annahj Addimocrati Elqaidi" (gauche panarabiste radicale) dans les autres universités.

 

Tout a commencé à l'université d'Agadir lorsqu'un étudiant sahraoui, accusé d'avoir triché à une épreuve, a été exclu de la salle d'examen. Ses camarades ont alors demandé à tous les étudiants de boycotter les examens mais leur appel n'a pas été entendu. La déception des étudiants arabistes sahraouis a alors réveillé leur traditionnelle haine anti-amazighe et ils se sont mis à insulter et frapper les étudiants connus pour être membres du mouvement culturel amazigh. Afin d'éviter la violence, ces derniers ont fait preuve de retenue et ont même invité leurs agresseurs au dialogue mais en vain. Pendant ce temps, l'administration universitaire qui aurait dû prendre immédiatement des mesures d'apaisement, est restée totalement silencieuse, se contentant d'observer les événements. Même confrontés à de graves menaces et sans aucune protection, les étudiants amazighs se sont contraints de ne réagir que pour se protéger et se défendre. En définitive, les attaques anti-amazighes ont fait plusieurs dizaines de blessés, dont plusieurs étudiantes. Et lorsque la police est intervenue à l'intérieur et à l'extérieur de l'enceinte universitaire, c'est uniquement pour matraquer férocement et arrêter les étudiants amazighs, dont certains ont été poursuivis jusque dans leurs chambres et les domiciles de leurs familles.

 

Il en a été de même à l'université de Errachidia (sud-est du Maroc) où cette fois-ci, les étudiants amazighs étaient les cibles de groupuscules de Annahj Addimocrati Elqaidi dont les attaques ont été encore plus virulentes, causant la mort d'un étudiant et infligeant des blessures plus ou moins graves à plusieurs dizaines d'autres. Des témoins rapportent que lors de leur intervention, les forces de police se sont attaquées exclusivement aux étudiants amazighs. L'université de Meknes a été elle aussi, le théâtre d'événements particulièrement choquants. Un simple communiqué de soutien des étudiants du mouvement culturel amazigh de cette université en faveur de leurs camarades d'Agadir et de Errachidia a suffit pour susciter la colère des arabistes radicaux. Des mains provocatrices ont alors peint devant l'entrée de l'université les drapeaux israelien et amazigh côte à côte, avec le signe égal entre eux. C'est probablement une manière de déclarer que les arabistes marocains vouent la même haine à l'égard des peuples juif et amazigh ? Afin d'attiser encore davantage la violence, des meetings ont été organisés en ville par la mouvance panarabiste durant lesquels des appels à la vengeance contre les Amazighs ont été lancés. Ensuite, on apprend qu'un étudiant a été trouvé mort à l'extérieur de la ville de Meknes et immédiatement après, la police a procédé avec une grande brutalité, à l'arrestation arbitraire de 17 étudiants membres ou sympathisants du mouvement culturel amazigh, les accusant de meurtre. D'après des témoignages, la police a violé les domiciles familiaux et durant les interrogatoires les détenus ont été soumis à des traitements cruels et dégradants dans le but de leur extorquer d'éventuels aveux concernant le crime. Le même scénario s'est répété dans les autres universités où les étudiants amazighs ont dû faire face aux attaques simultanées sur trois fronts : les groupes sahraouis, ceux qui se proclament de la gauche panarabiste radicale et les services de police de l'Etat marocain. Les étudiants amazighs vivent désormais dans la hantise d'une agression qui peut les surprendre à tout moment à l'intérieur comme à l'extérieur des campus universitaires.

 

Rappelons également qu'au cours des dernières années, des événements similaires se sont déjà produits dans les mêmes universités et que plusieurs personnalités amazighes ont été menacées, agressées ou arbitrairement arrêtées, dont des responsables associatifs ainsi que Maitre Adghirni, secrétaire général du Parti Démocratique Amazigh du Maroc dont plusieurs meetings ont été interdits ou empêchés ces derniers mois. Aucune suite n'a été donnée à leurs plaintes. L'intolérance, la haine et la violence qui ont atteint un niveau extrême dans les universités marocaines et la tension qui s'y est désormais installée, sont le résultat de plusieurs décennies de politiques publiques fondées sur l'apologie de l'arabité et le mépris de l'amazighité, faisant le lit du racisme, des discriminations et de l'exclusion de l'identité et du peuple amazighs. Des institutions de l'Etat, des responsables politiques, des enseignants, des imams influencés par l'idéologie panarabiste, se sont rendus responsables d'actes ou de propos ouvertement amazighophobes sans jamais avoir été inquiétés par la justice marocaine malgré les plaintes déposées à leur encontre.

 

Par ailleurs, l'inimitié de certains groupes sahraouis envers les Amazighs est liée d'une part à l'arabonationalisme et donc au racisme anti-amazigh dont se prévalent ces groupes et d'autre part au fait que l'Etat marocain accorde de manière exclusive, un grand nombre de privilèges socioéconomiques et politiques (autonomie régionale, salaires plus élevés, bourses d'études et aides sociales plus généreuses) aux populations de l'ex-Sahara Occidental, afin de s'attacher leurs faveurs. En conséquence, les sahraouis ont le sentiment d'être des super-citoyens pour qui tout est permis, y compris le droit de se comporter avec arrogance envers les autres citoyens. En même temps, les Amazighs, notamment ceux des régions du sud du Maroc, sont soumis à la marginalisation, aux provocations et à la répression. Dans ce contexte, ils ne peuvent comprendre et encore moins accepter ni le mépris ni le traitement inique dont ils font l'objet de la part de l'Etat marocain.

 

Dans ces circonstances caractérisées par l'escalade dans les injustices, le racisme et la haine anti-amazighes, le Congrès Mondial Amazigh présente ses sincères condoléances aux familles et amis des victimes des violences dans les universités marocaines et déclare :

Son total soutien au mouvement culturel amazigh,

Sa solidarité et sa sympathie avec les blessés, les détenus et leurs familles,

Sa condamnation des arrestations et des détentions arbitraires,

Qu'il considère que les membres du MCA détenus dans les prisons marocaines sont des prisonniers politiques,

Son étonnement et son incompréhension devant le silence observé par les organisations marocaines des droits humains sur ces graves événements,

Sa dénonciation d'une certaine presse marocaine qui a minimisé la gravité des faits et accablé de manière tendancieuse les membres du mouvement culturel amazigh,

Sa condamnation de toutes les formes de racisme et de violence,

Sa dénonciation des violences policières à l'encontre des étudiants amazighs et l'usage de la torture et autres traitements inhumains, cruels ou dégradants,

Sa condamnation de l'Etat arabiste marocain qui endosse une grande part de responsabilité dans la haine anti-amazighe et ses conséquences.

 

Par ailleurs le CMA appelle le mouvement culturel amazigh et les organisations de la société civile amazighe à :

Maintenir le choix des moyens pacifiques dans le combat pour les droits individuels et collectifs des Amazighs,

Poursuivre de manière déterminée la lutte légitime pour la liberté et la dignité, quels que soient les obstacles et les difficultés,

Une large mobilisation le 27 juin prochain devant le tribunal de Meknes pour soutenir les détenus amazighs et exiger une véritable justice. Il faut qu'il soit mis fin aux décisions de justice programmées et à la pratique raciste qui veut qu'on laisse en liberté les agresseurs et qu'on accuse et emprisonne les victimes uniquement du fait qu'elles sont amazighes,

Resserrer les solidarités nationales et internationales pour faire face aux défis qui s'imposent au peuple amazigh.

 

Enfin, le CMA demande aux organes compétents des instances internationales d'exiger du gouvernement marocain :

La mise en place d'une commission d'enquête internationale indépendante pour faire toute la lumière sur les événements qui ont ensanglanté les universités marocaines,

La libération des détenus (voir liste jointe en annexe) ,

L'arrêt des poursuites injustes engagées à l'encontre des étudiants amazighs,

Le jugement et la condamnation des auteurs et responsables des actes de racisme et des violences anti-amazighs,

La prise de mesures adéquates afin d'assurer la sécurité des étudiants amazighs et de leur permettre de terminer l'année universitaire dans des conditions normales,

L'arrêt de la politique d'apartheid anti-amazigh pratiquée par le gouvernement marocain,

L'application urgente des recommandations du Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et culturels (2006) concernant "l'alphabétisation des Amazighs dans leur langue, l'enseignement de l'amazigh à tous les niveaux scolaires, la consécration dans la Constitution, de la langue amazighe comme une des langues officielles du Maroc, de permettre aux parents de donner un nom amazigh à leurs enfants et de prendre les mesures nécessaires pour garantir pleinement à la communauté amazighe son droit d'exercer sa propre identité culturelle".

 

Paris, le 30 mai 2007.

P/Le Bureau du CMA.

B. Lounes, Président.

 

Copie à :

Organes Compétents de l'ONU, l'UE, l'UA.

ONG de défense des droits humains.

Organisations et peuples amis.

 

Liste des prisonniers politiques,

 

Membres du mouvement culturel amazigh (Maroc).

 

Agadir (jugés et condamnés).

Nazih Barkan.

Abdelkrim El-Messaoudi.

 

Errachidia (jugés et condamnés).

Idir Benamar.

Barhim Ettahery.

Rachid Hachami.

Mohamed Oulhadj.

 

Meknes (convoqués devant le juge d'instruction le 27/06/07 pour répondre de l'accusation de constitution de bande criminelle).

Hamid Ouattouch.

Mustapha Oussaya.

Mohamed Nouari.

Idir Ait-Lkaid.

Omar Oudi.

Mohamed Chami.

Youssef Oulbacha.

Younes Hajji.

Mohamed Zaddou.

Amrou Taghlaoui.
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43615
b
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