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École : l'instruction contre l'éducation.

Martine Fournier.

Que faire pour remédier à la crise de l'école ? Dans le débat qui oppose depuis longtemps les républicains, partisans de la tradition, aux pédagogues, partisans d'adaptations, la voix des tenants d'un retour en arrière bénéficie actuellement d'un fort succès médiatique.

En matière d'éducation, la tentation – récurrente – du "c'était mieux avant" (1) a pris ces derniers temps un relief spectaculaire. Il faut dire qu'elle est portée actuellement par les politiques au pouvoir. Les récentes tentatives par le ministre Gilles de Robien de réhabilitation des bonnes vieilles méthodes où des petits élèves dociles récitent la mélopée du b-a ba, pa-pe-pi-po-pu…, autrement dit la méthode syllabique – abandonnée dans les années 1950 car elle faisait trop d'illettrés – en sont l'un des plus récents avatars…

Ces thématiques emportent en outre un franc succès dans l'opinion : films dont émane le parfum suave d'une tradition largement mythifiée (Les Choristes, Christophe Barratier, 2004) , émissions télévisées vantant les mérites du pensionnat et de la discipline militaire, sans oublier le succès de La Fabrique du crétin (Jean-Paul Brighelli) , vendu à plus 130 000 exemplaires !

Essais polémiques pleins de fiel, sites d'associations et autres blogs n'hésitent pas à pratiquer l'invective pour asséner un discours décliniste sur le délabrement de l'école de la République, l'effondrement du niveau des élèves (le bac S étant du niveau du certificat d'études d'antan, selon Laurent Lafforgue (2) ) , la nullité des enseignants, ces "apprentis sorciers" (Marc Le Bris) , orchestrés par une "nomenklatura" (J.-P. Brighelli) dans laquelle on retrouve pêle-mêle les IUFM, "goulags de pédagogistes" , les sciences de l'éducation qui ont désenchanté la culture, les didacticiens qui massacrent les idées pures, ou encore les concepteurs de programmes qui assassinent le savoir…

Depuis les années 1960, prétend démontrer J.-P. Brighelli, la pédagogie aurait troqué l'instruction contre l'éducation, les profs seraient devenus des animateurs mous et la démocratie, porte ouverte à tous les laisser-faire, serait aujourd'hui l'antichambre de la barbarie, en alarmant dans son dernier livre contre l'irruption des "nouveaux barbares" , entendre les petits casseurs des cités qui menacent les gens bien (3) …

A l'occasion des Entretiens Nathan de novembre 2006 (4) , Jean-Paul Bronckart, chercheur en éducation de l'université de Genève, notait que cette rhétorique catastrophiste se retrouvait avec les mêmes mots dans les discours de l'extrême droite des années 1930, n'hésitant pas à recourir à la délation contre l'ennemi intérieur (les pédagogues) , usant d'un "vocabulaire méprisant à l'allure fortement poujadiste" et considérant toute démocratisation comme une menace pour les idées "pures" …

Innovation contre tradition.

En fait, ces discours ne sont que l'exacerbation d'un débat autour de la démocratisation du système scolaire qui, depuis les années 1970, oppose "républicains" et "pédagogues" : l'intellectuel médiatique Alain Finkielkraut contre le tribun pédagogiste Philippe Meirieu, l'instruction contre l'éducation, l'innovation contre la tradition… Les premiers se posent en gardiens du temple de l'école républicaine conçue dans l'esprit de ses pères fondateurs : celle-ci a une mission universaliste de transmission des savoirs et la réussite se distribue selon le mérite de chacun. Ils sont très attachés à sauvegarder une culture "classique" (celle des humanités) , des filières d'excellence destinées aux élites et les valeurs républicaines. Pour eux, la laïcité est un principe intangible qui ne doit tolérer aucun aménagement. Les seconds tentent d'adapter l'école aux mutations des sociétés contemporaines : recherche d'une plus grande égalité des chances, prise en considération des profils, de la culture et des personnalités des élèves, actualisation et modernisation des méthodes d'enseignement…

Depuis 1945, les politiques éducatives ont d'ailleurs encouragé ces orientations "démocratiques" – de l'instauration d'un collège unique à la loi-programme de 1989 qui mettait "l'élève au centre" du système éducatif et prônait une différenciation de.

La pédagogie… Elles ont aussi été nourries des recherches de plus en plus nombreuses issues des sciences de l'éducation en plein développement.

Les "pédagogues" sont donc ceux qui veulent accorder une plus grande attention aux méthodes d'enseignement, dans l'objectif de faire réussir le plus grand nombre. Ils s'inscrivent dans un courant de penseurs de l'éducation qui, depuis Jean-Jacques Rousseau, recommandent d'oeuvrer à l'éveil de l'enfant et au développement de son autonomie. Au tournant du xxe siècle, les pédagogues de l' "éducation nouvelle" se fédéraient autour d'une critique de l'école traditionnelle, fondée sur le dressage et le bourrage de crânes…

Un véritable choix de société.

Aujourd'hui, face aux difficultés que rencontrent les systèmes éducatifs dans la plupart des pays du monde – violences, incivilités, échec scolaire pour certains –, les uns voient le verre à moitié vide et prônent un retour en arrière : "Si les élèves ont aujourd'hui gagné en reconnaissance ce que l'institution a perdu en superbe, il n'en demeure pas moins que la période contemporaine a précipité l'école dans la crise, en valorisant l'innovation au détriment de la tradition, l'authenticité aux dépens du mérite, le divertissement contre le travail" , écrivait Luc Ferry en 2004, alors ministre de l'Education, dans une Lettre à tous ceux qui aiment l'école (Odile Jacob, 2003).

Ceux qui voient ce même verre à moitié plein mettent l'accent sur les immenses progrès accomplis, notamment pour les enfants de milieux populaires et pour les filles, qui ont désormais accès aux études supérieures, et la hausse du niveau global de la population. Pour ceux-là, la crise de l'école est davantage liée aux difficultés que connaissent les sociétés contemporaines et aux résistances du système éducatif à se réformer correctement. Plutôt que de remettre au goût du jour de vieilles recettes, ils demandent d'aller plus loin dans les réformes et d'améliorer la formation pédagogique des enseignants.

Réaction ou évolution ? C'est un véritable choix de société qui se joue dans le débat sur l'école… Et il n'est pas étonnant que, face à l'angoisse des familles devant le durcissement de la compétition sociale, ce débat s'envenime pour devenir parfois nauséabond…

NOTES.

(1) Voir par exemple J.-M. Barreau, L'École et les Tentations réactionnaires, L'Aube, 2005.

(2) http://www.ihes.fr/~lafforgue/edu cation.html.

(3) J.-P. Brighelli, La Fabrique du crétin. La mort programmée de l'école, Gawsevitch, 2005. Voir aussi A. Barrot, L'Enseignement mis à mort, Librio, 2000, ou M. Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas.

Lire… ni compter ! La faillite obstinée de l'école française, Stock, 2004.

(4) "Quel avenir pour l'école ? Entre passéisme nostalgique et utopie moderniste" , Les Entretiens Nathan, Paris, 14 octobre 2006.

http://www.scienceshumaines.com/ec[...]15167.html
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20691
b
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