Histoire vécue Famille - Enfants > Ecole > Autres      (3460 témoignages)

Préc.

Suiv.

Pourquoi promouvoir une méthode de lecture sans valeur pédagogique? - Education

Témoignage d'internaute trouvé sur france2
Mail  
| 503 lectures | ratingStar_1801_1ratingStar_1801_2ratingStar_1801_3ratingStar_1801_4

Reprise du message précédent :

Querelle des anciens et nouveaux ?

L'affaire de la méthode syllabique et de sa médiatisation.

Depuis maintenant quelques années, avec une ampleur assez vive et pour des tirages significatifs, des éditeurs ont choisi de faire la part belle à plusieurs auteurs dont l'antienne est de revendiquer le retour "aux bonnes vieilles méthodes". Du point de vue de l'enseignement de la lecture, cela s'incarne dans la fameuse "méthode syllabique".

Largement relayés par les médias, les écrits de ces auteurs font grand bruit.

On notera avec intérêt la posture de ces auteurs qui par leurs formulations, leurs propos, ne viennent pas simplement élaborer ou promouvoir un modèle pédagogique, mais prétendent faire contre "le système", n'hésitant pas à s'affirmer en résistance à la fois contre l'institution et contre la rénovation pédagogique s'opposant à ce qu'ils nomment " les nouvelles méthodes", appellation totalitaire qui suffit pour eux à les rendre globalement mauvaises .

Pour ces auteurs, il existerait de "bonnes vieilles méthodes" qui auraient fait leurs preuves, mais ces méthodes seraient devenues aujourd'hui suspectes ou prohibées par l'Institution, les inspecteurs, les formateurs…

Cela induit qu'il serait facile de faire réussir tous les élèves et en écho porte la grave accusation d'un échec qui aurait été sciemment organisé par volonté ou lâcheté collective.

Nous reconnaissons ici la théorie du complot, de la lutte souterraine que devraient mener ces auteurs : l'une publie un jour " Le journal d'une institutrice clandestine ". Son écrit prend la forme d'un pamphlet lapidaire. Cette auteure publiera ensuite dans la même veine, un ouvrage où elle veut justifier pourquoi elle enseigne le "B-A BA". La démonstration se construit surtout par des affirmations et des certitudes.

Plus chevronné que cette jeune enseignante qui n'en est qu'à sa cinquième ou sixième rentrée, un directeur d'école adopte-lui la posture de l'autocritique, il vient confesser qu'abusé et contraint, sous l'influence des "pédagogistes", il a mal enseigné pendant de nombreuses années, mais à présent revenu "aux bonnes vieilles méthodes", son enseignement est enfin efficace.

Dans un autre registre, des orthophonistes, proposent une méthode de lecture, certes actualisée dans sa forme, mais qui reprend sur le fond une méthode syllabique traditionnelle.

Aujourd'hui, en particulier grâce au relais d'Internet, une large campagne publicitaire vient promouvoir la diffusion d'une méthode de lecture syllabique qui s'adresse aux parents afin qu'ils enseignent la lecture avant l'école primaire puisque celle-ci est défaillante en ce domaine.

En novembre 2005, le journal télévisé de France 2, a diffusé au "20 heures", un reportage particulièrement favorable à la jeune institutrice pratiquant cette fameuse méthode syllabique. Ce reportage, procède comme les ouvrages évoqués plus haut : les enseignants qui pratiquent les méthodes traditionnelles devraient le faire dans la clandestinité, les méthodes pédagogiques nouvelles seraient mauvaises… Le journal, ne dit pas tout de suite qu'il nous présente la jeune auteure du pamphlet largement diffusé. La journaliste se garde bien de permettre qu'une contradiction s'exprime. À aucun moment, il n'est évoqué le lien pourtant très étroit qui existe entre tous ces auteurs et le mouvement "Sauver les lettres". Ce groupe en fait pourtant large publicité sur son site et les divers sites amis.

Plus qu'un mouvement structuré qui serait né d'un projet ou d'une école pédagogique, "Sauver les lettres" rassemble des personnalités qui veulent d'abord marquer leur opposition à la rénovation des programmes et ce en particulier depuis le ministère Allègre. Le modèle transmissif semble être le modèle préféré de ce mouvement qui s'en prend à ce qu'il nomme "le pédagogisme". Ce "pédagogisme" s'incarnerait principalement dans le modèle "constructiviste".

Les descriptions qui sont faites de ce modèle sont de fait très éloignées de ce que peuvent en dire par exemple, des pédagogues comme André Giordan, Phillippe Perrenoud et bien entendu Philippe Meirieu qui serait un peu l'ennemi emblématique de ce mouvement.

"Sauver les lettres " semble également nier ou considérer comme quantité négligeable l'apport des neuros-sciences. Les IUFM ne seraient par ailleurs que le lieu du "jargon" où la défense de la transmission des connaissances et de la Culture serait abandonnée…

Il est difficile de mesurer l'importance numérique réelle de ce groupe dont l'impact est cependant significatif notamment auprès de la Presse où se comptent nombre d'anciens enseignants.

Ses sympathisants se recrutent dans des milieux divers : aficionados de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement - qui fut un temps à l'Education Nationale et procéda à une réécriture des programmes très centrée, c'est le moins que l'on puisse dire, sur le français et les mathématiques - , des syndiqués mais qui ne parlent pas au nom de leur syndicat (avec une coloration diverse mais plutôt au SNES ou au SNALC qu'à l'UNSA ou à la CFDT) , des enseignants du secondaire souvent de lettres ou de philosophie, un peu moins du premier degré, des intellectuels, des parents ou des citoyens indépendants qui sembleraient plutôt attachés à des modèles politiques républicains et conservateurs de type souverainiste… l'inventaire n'est pas clos…

Sur Internet, une poignée de ses sympathisants pratique ce que certains décrivent comme de "l'entrisme", une forme d'infiltration systématique, au sein de diverses listes de discussion ou des forums à caractère pédagogique, y engendrant parfois des débats très vifs, voire virulents assimilés à ce que d'autres décrivent comme du " troll ". (ils se reconnaitront).

Du point de vue des procédés, nos auteurs fonctionnent sur le mode du dénigrement systématique. La posture qui vise à discréditer sans cesse tous les acteurs institutionnels, les formateurs, les collègues… qui seraient tous ligués pour faire échouer les élèves est pour le moins ambiguë et l'on se demande pour ces fonctionnaires où se situe "le point de non retour".

La mauvaise foi avec laquelle les difficultés sont décrites, c'est-à-dire dans une représentation globalisante (comme la méthode globale qu'ils réfutent alors qu'elle n'est pas mise en oeuvre en France) , représentation absente de nuances ou avec une sélectivité subjective par exemple de l'information relative aux évaluations ne peut que troubler.

Les affirmations qui sont faites par les différents auteurs que nous évoquons, le sont le plus souvent sur le mode du témoignage, dans un langage direct et simple qui ne s'appuie jamais sur une recherche de type universitaire.

Lorsque la jeune auteure publie son " journal d'une institutrice clandestine " ; elle oublie cependant de préciser qu'elle est bien professeure des écoles. À ce titre, depuis 1990, les maîtres de l'enseignement primaire sont cadres A, c'est-à-dire qu'ils voient leur liberté pédagogique renforcée. Difficile de se présenter en victime quand justement on enseigne en sortant d'ailleurs du cadre des programmes où en affirmant qu'on n'est pas contre "une petite tape sur les fesses "….

Bien entendu, fonctionnaires, les maîtres d'Etat sont soumis au contrôle a posteriori, contrôle qui doit s'appuyer sur les résultats des élèves.

La culture de l'évaluation est un outil professionnel qui doit aider les maîtres à objectiver l'efficacité des méthodes.

Les programmes sont nationaux mais les projets d'école locaux doivent permettre de répondre aux besoins spécifiques des élèves. Les inspecteurs, évaluateurs, peuvent conseiller des approches, aider les maîtres à mieux mettre en oeuvre les programmes, mais ils n'imposent au final ni méthode, ni manuel… En revanche, au maître qui pratiquerait une méthode de lecture ne s'appuyant que sur le code ou a contrario que sur le sens, les inspecteurs seraient en droit, conformément aux programmes, de demander de servir ces deux aspects équitablement et dans l'intérêt bien compris de l'apprentissage des élèves.

Du point de vue des préconisations relatives aux méthodes, le ministère et ses relais comme l'Observatoire National de Lecture ou le Conseil National des Programmes, insistent sur la double nécessité de travailler justement le code et le sens, de développer la maîtrise de la langue orale, les pratiques de l'écriture de la lecture à tous les niveaux. Aujourd'hui, le pragmatisme prévaut sur le dogmatisme.

L'enseignement de la langue écrite et orale est transversal, il se travaille dans toutes les disciplines. Contrairement aux assertions de "Sauver les lettres" les horaires consacrés à l'enseignement de la langue sont significatifs.

Du point de vue du fonctionnement de la langue, les chercheurs s'accordent sur l'idée que le français écrit n'est pas la transcription directe et stricte de l'oral. La langue française fonctionne comme un pluri système (Voir Nina Catach).

La connaissance de la syllabe et de ses combinaisons ne permettraient pas à elles seules de comprendre ce qui est lu, pas plus que lire ne serait se contenter de deviner.

Nous savons par exemple que le mot " femme " ne pourra jamais être lu par la seule approche syllabique. Les élèves qui prononcent [an] dans " ils chantent " ont été abusés par une méthode trop syllabique. Les élèves qui rencontrent la célèbre phrase " les poules du couvent couvent " ne pourront la lire que s' ils connaissent les éléments relatifs à la syntaxe comme du lexique…

Autrement dit, si par souci de rationaliser, les tenants de la méthode syllabique " pure et dure " veulent donner priorité exclusive à l'analyse, nous savons que la construction de la capacité de lecture ne s'élabore pas de manière linéaire ou successive mais se fonde sur de nombreuses interactions.

Lexique oral, perception auditive et visuelle, conception de ce qu'est un mot, mais aussi de la phrase, du texte… découpage des syllabes mais également des phonèmes, le tout articulé dans le contexte de la phrase, du texte… la recherche du sens.

Le système linguistique s'élabore dans un environnement où la complexité peut être confondue avec la complication… Il y a alors tentation de recourir à des méthodes dites "simples".

Les processus de l'apprentissage de la lecture imposent parce que c'est complexe, la mise en place de repères et d'aides structurantes pour l'apprenti. C'est l'étayage du maître. Si l'élève est au centre c'est au centre du savoir et si l'élève est acteur de son apprentissage comme le dit A. Giordan, le maître est le metteur en scène et cela reste fondamental.

C'est d'ailleurs ce qui permet aussi de mesurer le fameux " effet maître " dont l'impact pourra souvent être plus fort que le choix de la méthode proprement dite.

Le projet de lire et d'écrire doit parce qu'il sollicite un effort significatif surtout pour l'élève peu équipé culturellement, être porteur de sens. Lire doit donner un peu de pouvoir au lecteur. C'est là tout l'enjeu pour le maître qui sait par ailleurs que chaque élève vient à lui avec sa manière de penser, ses connaissances personnelles et culturelles propres, son affectif, ses représentations.

Le chemin n'est pas le même pour tous, le but à atteindre est identique.

Ce n'est probablement pas d'une méthode figée dont nos élèves ont besoin mais c'est d'une démarche qui tienne compte des objectifs à atteindre, des réalités de la langue, de ce que sont nos élèves.

Si la réitération conforte, la répétition n'est qu'une entrée. L'élève répète mieux ce qu'il comprend.

Les tenants du "syllabisme pur et dur" par leur pratique réductionniste et simplificatrice voudraient nous faire croire avec une évidence toute cartésienne que ce serait finalement simple. Il y a longtemps pourtant que nombre d'auteurs critiquaient les élèves ânonnant leur lecture.

Il m'est arrivé de tester la fameuse expérience du texte "en portugais": texte de six lignes, donné à lire à voix haute, à une bonne élève de CP vers mars… laquelle après excellente "oralisation" du texte fut incapable de percevoir qu'elle n'avait pas lu un texte en français…

Ces enseignants négligent souvent eux-mêmes tout ce que l'élève construira à leur insu " malgré la méthode " avec en particulier le recours à la voie directe, la mémorisation de mots outils qui ne seront pas déchiffrés etc.

Est-il besoin de faire marteler chaque syllabe du moindre petit mot comme on l'entend dans certaines classes ? Est-il interdit de s'appuyer sur une mémorisation de mots outils qui serviront par ailleurs à l'écriture d'autres mots ?

Avec une représentation un peu figée de la connaissance et du rapport au savoir, ces mêmes tenants des méthodes purement syllabiques tendent à opposer plaisir et effort, jugeant le premier suspect.

Pourtant, dès l'école maternelle, nombre de jeux sur les syllabes et les mots -- s'ils sont bien pratiqués en vue d'objectifs définis -- associent attention, concentration, effort et plaisir.

On se souvient également par exemple, des classes tchèques, il y a quelques années, où apprendre à lire se faisait dans la joie, les chants, la bonne humeur et une dynamique qui ne refusait en rien pourtant les temps de travail systématique. Une meilleure connaissance des différentes pratiques étrangères éclairerait d'ailleurs la nôtre.

Dans certains pays, le choix des méthodes de lecture n'est pas laissé aux enseignants.

Peut-être le succès médiatique remporté par les tenants des méthodes traditionnelles vient-il de diverses difficultés :

- des erreurs d'appréciations au moment où les méthodes syllabiques furent mises en cause (avec une forme d'effet de balancier).

-- le manque d'explicitation des méthodes en cours en direction des familles, les maîtres ayant encore peur d'ouvrir la porte des classes.

-- la fragilité où la timidité avec laquelle on prépare les maîtres à enseigner la lecture justement parce que la liberté pédagogique semble devoir contraindre souvent à la simple énonciation de principes et de généralités.

Il manque des illustrations concrètes, des analyses des différents manuels (même si des travaux sont parus ces derniers temps). Il faudrait probablement donner aux maîtres plus d'outils pratiques, leur apprendre à travailler ensemble en se dotant de tableaux de bord visualisant les compétences à travailler, leur permettant de guider leur action au fil de l'apprentissage dans le temps du cycle.

La lecture pour transposer la définition de système de Von Bertalanffy est " un tout non réductible à ses parties ".

La littérature de jeunesse doit également aider à répondre aux besoins de l'élaboration d'une culture commune ambitieuse. Elle ne s'oppose aucunement à des activités systématiques de décodage, activités qui par une observation réfléchie des phénomènes de la langue peuvent aider à donner du sens à l'orthographe. L'orthographe devenant alors une aide à la communication écrite.

À cet égard, les méthodes " purement et exclusivement syllabiques " parce qu'elles refusent de mettre en avant nombre d'aspects relatifs au fonctionnement de la langue (lettres muettes, accords…) n'aident pas à améliorer l'écriture.Il faut souligner pourtant qu'aujourd'hui, apprendre à lire se fait aussi en apprenant à écrire et ce dès les petites classes.

Peut on exprimer dans un contexte médiatique peu favorable, qui préfère le raccourci et le scandale, des points de vues à la fois nuancés et volontaristes ?

Doit-on réagir lorsque les médias relaient des théories souvent contestables et qui procèdent de la mise en cause systématique des maîtres, de l'Institution… ?

Ce n'est pas en adoptant une position culpabilisée mais en se plaçant du point de vue du projet, du travail en commun dans les écoles que nous avancerons. La réponse doit être professionnelle, pédagogique et équilibrée.

http://www.prepaclasse.net/fichiers/reagir.html
  Lire la suite de la discussion sur france2.fr


1801
b
Moi aussi !
1 personne a déjà vécu la même histoire

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Exclusion "abusive" - associations de parents

image

Bien le bonjour, donc je me présente je suis élève dans un lycée (à 20 ans oui…) avec un parcours pas spécialement parfait (pour ne pas dire catastrophique) et j'aurai simplement besoin de certain renseignement à propos d'une exclusion de...Lire la suite

25 ans vie foutue accident handicap fauteuil famille un desastre ... - depression, deprime, stress

image

Bonjour, Je m'appelle Chaynez, j'ai 25 ans. J'ai une vie plutôt compliquée et je ne sais plus quoi faire, je ne vois plus d'issue. Aidez moi !! Je vous raconte ma vie en gros, ça risque d'être l'on. Je suis d'origine Marocaine, ma mère est très...Lire la suite


 
Voir tous les  autres témoignages