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Ecole, le niveau baisse t il?

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"D'où vient qu'une partie des élèves qui ont achevé leurs études, bien loin d'être habiles dans leur langue maternelle, ne peuvent même pas en écrire correctement l'orthographe ? " L'interrogation semble tout droit sortie d'un des nombreux rapports alarmistes qui, depuis quelques années, alertent l'opinion publique sur la baisse supposée du niveau des élèves. En fait, elle date de 1835 (1). Les cris d'alarme sur la baisse du niveau ne sont donc pas une nouveauté. Ils se sont succédé avec régularité depuis presque deux siècles, comme l'ont montré dès 1990 Christian Baudelot et Roger Establet dans leur livre Le niveau monte. Rien d'étonnant, car l'analyse du " niveau " scolaire met en cause des intérêts corporatistes, des enjeux politiques et des points de vue subjectifs, ce qui induit une approche polémique du problème.

Par Vincent Troger*

Alternatives économiques n°198 décembre 2001.

Quels critères pour évaluer ?

Les multiples rapports cités par Christian Baudelot et Roger Establet (voir " Pour en savoir plus ") font émerger un critère dominant d'évaluation du niveau scolaire : l'orthographe.

Le nombre et la fréquence des fautes sont le symptôme le plus régulièrement invoqué pour dénoncer la baisse du niveau. Pourquoi retenir l'orthographe plus que les mathématiques, la géographie ou, aujourd'hui, l'informatique ?

Pour les historiens de l'éducation, l'établissement de régles orthographiques complexes et rigoureuses s'inscrit dans l'effort global de contrôle des mentalités et des comportements que poursuivent, dès l'origine, les initiateurs de l'école primaire. Des frères des Ecoles chrétiennes du XVlle siècle (2) aux écoles primaires de la Ill' République, l'objectif n'est pas seulement d'apprendre à lire et à écrire ; il est aussi de discipliner les esprits, d'abord pour faire de bons catholiques, ensuite de, bons républicains. L'exigence d'une correction orthographique quasi maniaque s'inscrit dans un ensemble de pratiques d'apprentissage coercitives, dont l'objectif est autant de soumettre les élèves à une discipline que de les instruire. L'obéissance aux régles complexes, abstraites - et parfois irrationnelles - de l'orthographe et de son incontournable exercice d'application, la dictée, sont autant de pratiques dont la finalité est d'abord d'inculquer et de légitimer le respect automatique des normes.

L'orthographe est ainsi devenue pour les instituteurs le principal symbole de leur autorité. Tandis qu'au XIX` siècle, les universitaires et les enseignants du secondaire considéraient avec un certain mépris ce que les plus critiques d'entre eux appelaient la " science des ânes ", instituteurs et institutrices en faisaient, au contraire, un savoir identitaire. A tel point qu'ils ont été, dès la fin du XIX° siècle, une des principales forces de résistance aux réformes de l'orthographe. Le prestige acquis au début du siècle par ceux que Charles Péguy a appelés les " hussards noirs de la République " a donc fait de la précision orthographique le premier critère d'excellence scolaire.

Les réformes de l'enseignement issues de 1968 se sont attaquées à ces deux bastions qu'étaient la dictée et l'orthographe, symboles d'une éducation fondée sur une logique du dressage. Trente ans après leur mise en oeuvre, il n'est donc pas surprenant que les enquêtes disponibles (3) confirment une baisse dans ce domaine : les élèves contemporains maîtrisent moins bien l'orthographe que leurs aînés à des stades de scolarisation comparables. On peut supposer que d'autres domaines subissent le même déclin : la mémorisation de dates symboliques de l'histoire ou la connaissance de repères stables de la géographie nationale ne font plus en effet, comme l'orthographe, l'objet d'apprentissages systématiques.

Du coup, l'école contemporaine s'expose à être critiquée dans des domaines où les critères d'évaluation étaient les plus consensuels. Compte tenu du rôle autrement symbolique qu'avaient acquis l'orthographe, les dates de l'histoire de France et la liste des départements dans le processus de scolarisation, le sentiment d'une baisse générale de niveau se répand ainsi dans l'opinion publique.

Si l'on change de critères, tout indique au contraire que le niveau a augmenté. De nombreuses connaissances nouvelles ont été introduites : géométrie et, désormais, langue vivante à l'école primaire, biologie, histoire contemporaine, géographie économique, approche linguistique de la littérature, sciences économiques et sociales, etc. À côté de ce développement des connaissances transmises, les élèves sont beaucoup plus nombreux qu'auparavant à réussir dans les filières les plus prestigieuses du baccalauréat.

Il y avait 32 500 lauréats aux baccalauréats C et D en 1960 ; Ils sont aujourd'hui 130 000 reçus au bac S. Il y avait 21 000 étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles en 1960 ; ils sont 75 000 aujourd'hui.

Certains critères d'évaluation sont devenus plus exigeants. Dans les années 30, par exemple, il suffisait qu'un élève sache déchiffrer à haute voix un texte simple et répondre à quelques questions de vocabulaire pour être jugé bon lecteur à la fin du primaire. Aujourd'hui, un élève n'est reconnu lecteur à l'entrée en sixième que s'il peut répondre par écrit à des questions montrant qu'il a compris le sens d'un texte après l'avoir lu silencieusement. Alors qu'une moitié seulement des Français obtenait le certificat d'études primaires au milieu du XX° siècle, plus de 70 % des élèves entrant en sixième obtenaient à la rentrée 2000 un score égal ou supérieur à 6 sur 10 dans les épreuves de compréhension de textes des évaluations nationales. La dernière étude réalisée à partir des tests de la journée de préparation à la défense nationale indique que 6,5 % des jeunes gens auraient de graves difficultés de lecture qui " pourraient déboucher sur l'illettrisme " : c'est sans doute trop dans le monde d'aujourd'hui, mais c'est en fait un progrès remarquable par rapport à un passé récent.

Plus globalement enfin, Christian Baudelot et Roger Establet ont montré, à partir des résultats des tests du service militaire, que le niveau de connaissances des garçons a régulièrement augmenté depuis le début des années 60. Comme toutes les évaluations nationales font par ailleurs apparaître la supériorité des résultats scolaires des filles sur les garçons, il paraît peu contestable que le niveau global de connaissance de la population ait constamment augmenté depuis plusieurs décennies.

* Maître de conférences à l'IUFM de Versailles. Dernier ouvrage paru : L'école, coll. Idées reçues, éd. Cavalier bleu, 2001.

(1) Citation tirée de Coup d'oeil sur l'état actuel de l'enseignement en France, publié en 1835.

(2) A partir de 1678, Jean-Baptiste de La Salle développe des écoles de niveau élémentaire destinées aux enfants des familles modestes. II fonde à Rouen en 1705 un institut des frères des Ecoles chrétiennes, où il pose les bases d'une pédagogie en vigueur encore aujourd'hui : des élèves regroupés par niveau dans des classes différentes (par opposition à la classe unique qui était jusqu'alors la seule pratique connue) , l'utilisation de livres identiques pour toute la classe, l'autorité du maître fondée sur un système élaboré de sanctions et de récompenses (et non sur le seul recours à la baguette) , le silence exigé pendant les périodes de travail.

(3) Voir à ce sujet les ouvrages de Christian Baudelot et Roger Establet, de Philippe Joutard et Claude Thélot.

Pour en savoir plus : Le niveau monte par Christian Baudelot et Roger Establet, Le seuil 1990. Réussir l'école par Philippe Joutard et Claude Thélot, Le seuil 1999.

http://sitecon.free.fr/ecobai.htm
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