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L'école échoue à enseigner correctement le français

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40% des collégiens n'ont pas le niveau  

Le scandale de l'illetrisme  

C'est encore un sujet tabou. Même si, dans les réunions de parents d'élèves et à la sortie des établissements, on ne parle que de cela. De plus en plus d'élèves ont du mal à lire et à écrire correctement. La faute à la civilisation de l'image ? Aux inégalités sociales ? Aux méthodes pédagogiques ? "Le Nouvel Observateur" a enquêté  

  

Il faut crever l'abcès. Depuis des années, les signaux d'alerte se multiplient. On se lamente sur les élèves qui ânonnent en sixième. L'opinion s'enflamme sur les calamiteuses conséquences de la méthode globale d'apprentissage de la lecture. Des parents effarés déplorent les copies truffées de fautes d'orthographe de leurs rejetons. Ils plaisantent - pour ne pas pleurer - sur cette grammaire fumeuse, le "groupe nominal sujet" et autres "complément d'objet second" , qui embrouille petits et grands. Tout cela mis bout à bout finit par dessiner le tableau d'une authentique faillite : l'école échoue à enseigner correctement le français. En arrivant en sixième, le mal est déjà fait. Contrairement à ce que l'on ressasse, ce n'est pas au collège, le fameux "maillon faible" , que la crise se noue. Mais au primaire, pendant ces années bénies où l'enfant, croit-on, est le mieux pris en charge.

 

Longtemps, cette dénonciation a été le fait d'un petit noyau de vieux réactionnaires pleurant un âge d'or perdu. On les chambrait ? On ne peut plus. Le mal touche trop d'enfants. Année après année, près de la moitié des élèves qui entrent en sixième maîtrisent mal leur propre langue. Et ce ne sont pas quelques grognards qui inventent ces chiffres. Mais l'institution elle-même qui tire la sonnette d'alarme depuis quelques années. Avec en point d'orgue ce rapport accablant sur l'école primaire que le Haut Conseil de l'Education, une instance consultative créée en 2005, a remis il y a quelques jours au président de la République.  

 

 

Les syndicats ont tout de suite réagi, pris de court par cette démarche à front renversé. Le SNUipp, le principal syndicat du primaire, se sent mis en cause    et estime que le HCE "noircit le tableau" . L'Unsa, un syndicat du secondaire, évoque le manque de "rigueur scientifique" du Haut Conseil… avant de s'aligner sur ce "constat alarmiste" . S'appuyant sur des évaluations du ministère restées jusque-là inaperçues (1) , le HCE recense en effet à l'entrée en sixième un premier noyau dur d'enfants (15%) qui ne maîtrisent rien du français écrit ou oral : ils souffrent d'un QI trop faible ou d'une dyslexie sévère, ou ils ont subi les conséquences d'un divorce ou de violences qui ont bousculé leur apprentissage. Au collège, ils vont être les premiers à décrocher et à quitter le système éducatif sans diplôme. On les retrouve, aux journées d'appel de préparation à la défense, étiquetés "illettrés" .  

 

Si seulement la défaillance du système s'arrêtait là ! Mais le Haut Conseil identifie un deuxième groupe d'élèves (25%) aux acquis fragiles, "condamnés à une scolarité difficile au collège et à une poursuite d'études incertaine au-delà" .  

De fait, en fin de troisième, près de un collégien sur deux n'a pas le niveau (1). "En troisième J'ai six ou sept élèves qui ont très mal appris à lire, constate un professeur de lettres en ZEP à Paris. Quand ils écorchent un mot, ils ne s'en aperçoivent pas. Ils peinent à déchiffrer et à comprendre en même temps. Pour les exercices écrits Je simplifie donc. Je demande des phrases simples, sujet-verbe-complément. Mais parfois ils me rendent une page entière sans un seul signe de ponctuation, sans s'être souciés le moins du monde de se relire et de se corriger." L'enseignant est obligé de reprendre avec eux la grammaire de CE2.  

Quant au reste de la troupe, ceux qui n'appartiennent pas aux deux groupes sinistrés, il fait son chemin à la va comme je te pousse, écrivant dans une langue émaillée de fautes, ponctuée à la diable, bourrée d'abréviations venues du langage SMS. Dans le préambule de la loi de 2005 sur l'école, dite loi Fillon, l'Etat s'était engagé à "assurer la réussite de tous les élèves" . Mais sans une bonne maîtrise du français, que vaut cet engagement ?  

 

Les enseignants assistent, démunis, à ce délitement progressif. "Les exercices de grammaire que je donnais il y a vingt ans sont devenus trop difficiles pour les élèves que j'ai aujourd'hui" , raconte Vincent, instituteur de CE2 dans l'Essonne. Les élèves apprennent bien les règles, mais ils ne les appliquent pas. "Où est le verbe, où est le sujet, ils s'en fichent complètement. Et les accents ? Ils n'en voient pas l'utilité ! " , avoue cette institutrice chevronnée de CM1-CM2 à Saint-Gervais. Ses gamins aiment communiquer, oui. Mais ils ne semblent plus percevoir l'intérêt d'être rigoureux dans la nuance, ou sur l'orthographe, tant que cela ne parasite pas le message.  

 

Même lamento à propos de l'appauvrissement du vocabulaire. "Salade" , "épicerie" , "aurore" , "évier" , par exemple, sont devenus des mots savants que de plus en plus de jeunes écoliers ignorent. 3% seulement des élèves d'un CE2 d'Evry, dans l'Essonne, reconnaissent le mot "louche" . Sans doute les modes de vie ont-ils évolué. On ne mange plus de soupe à la maison. Mais "un lexique trop mince rend plus difficile la lecture. C'est tout l'accès au répertoire écrit qui est menacé" , s'alarme le linguiste Alain Bentolila (1). Il a enquêté : en CE2, certains enfants possèdent plus de 8 000 mots, d'autres 6 000, et le dernier quart 3 000. Ceux-là sont définitivement mal partis.  

 

Dans les pages qui suivent, nous avons enquêté sur les raisons de ce fiasco (voir p. 13 et aussi le débat p. 22). Faut-il chercher du côté des pratiques des enseignants ? Du côté de l'origine sociale, puisque les ZEP, où se concentrent les familles défavorisées, ont des résultats nettement moins bons qu'ailleurs ? Ou faut-il l'attribuer à une évolution générale de la société où le français littéraire cède peu à peu le pas ? Sans doute un peu de tout cela.  

 

Mais le ministère porte une lourde part de responsabilité. La langue de Voltaire reste l'une des plus difficiles au monde. Il faut au moins dix ans d'imprégnation pour la maîtriser. Or que fait le ministère ? Il choisit de diminuer les heures de français dans le primaire, au profit d'autres matières censées apporter aux enfants la culture qu'ils ne trouvent pas chez eux. Résultat ? Ils apprennent moins vite et moins bien. Et d'autant moins bien que le ministère impose aux enseignements des méthodes pédagogiques qui ne sont pas toujours maîtrisées. Comme la disparition des leçons de grammaire systématiques au profit de l'ORL, l'observation réfléchie de la langue, où l'instituteur part d'un texte pour proposer un cocktail d'exercices tous azimuts. "Cela embrouille les élèves. On veut donner du sens à ce qu'ils apprennent, mais en fait on les noie" , estime Marie, professeur de lettres, sortie il y a trois ans de l'IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) de Lille, furieuse d'ailleurs de ce qu'elle n'y a pas appris ! Car parlons-en de cette formation dans les IUFM, où "l'on apprend à couper les cheveux en quatre" , où les thésards travaillent sur des sujets "gros comme des mouches" , selon les mots d'un inspecteur général du primaire, mais où l'on se refuse obstinément à donner des conseils pratiques aux apprentis instituteurs !  

 

Pis, le ministère pèche par autisme. Il est très fort pour dresser un diagnostic. Mais pour proposer un remède… Il reste notamment sourd aux remontées du terrain. Or l'écrasante majorité des enseignants du premier degré estime que, pour les élèves qui peinent à acquérir les bases, la seule solution qui vaille est un accompagnement personnalisé par un maître qui leur serait affecté. "On sait que l'apprentissage de la langue passe par la situation de communication, rappelle cet inspecteur général de l'enseignement primaire. Certains enfants ne parlent pas chez eux, ou mal. L'école ne peut pas compenser ces lacunes familiales. Calculez le temps qu'un instituteur passe à dialoguer individuellement avec ses élèves ! Il est infime." Seulement l'EN a toujours refusé de créer ces maîtres de soutien dans les classes, comme cela se fait dans les pays nordiques où la pratique fait merveille. "Combien d'enfants en difficulté au CP ou au CEI ont-ils accès à une aide rapide ? Nos réseaux d'aide ne répondent pas à la tâche. On laisse les problèmes s'enkyster" , s'insurge Anne-Marie Chartier, chercheuse à l'INRP (Institut national de la Recherche pédagogique). Le primaire a besoin d'une vigoureuse révolution culturelle. Un énième chantier pour notre président ?
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11089
b
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