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Education : les trois leçons des classements internationaux.

 

Dans l'éducation, les palmarès internationaux se suivent et se ressemblent. Contre-performances dans le classement universitaire de Shanghai, résultats mitigés lors des comparaisons annuelles de l'OCDE, médiocre 31e place aux tests de lecture (Pirls) … Trimestre après trimestre, le bulletin scolaire de la France n'a rien de celui d'une bonne élève. Dans une hypothétique olympiade scolaire, chère à Xavier Darcos, elle ne raflerait aucune médaille. Dans le débat passionnel que suscite cette fièvre comparative en France, les détracteurs de ces hit-parades soulignent leurs multiples travers. Obnubilé par la recherche (publications, prix…) , le "ranking" de Shanghai ignore l'insertion professionnelle, atout maître des grandes écoles tricolores. Il fait aussi payer très cher à la France sa singulière division entre CNRS, grandes écoles et universités, qui conduit certains de ses chercheurs à signer leurs publications du nom de leur laboratoire plutôt que de leur campus. Dans les écoles, collèges et lycées, les questions d'inspiration anglo-saxonnes des tests Pisa et Pirls ont aussi dérouté plus d'un élève. Ces faiblesses invitent à considérer les tests avec d'autant plus de prudence que l'Education nationale les observe avec circonspection, à la fois frileuse face à la culture de l'évaluation et peu disposée à abandonner ses propres estimations (baccalauréat, rapports sur l'école…).

 

Faut-il pour autant jeter ces palmarès aux oubliettes ? Aussi contestés soient-ils, leur utilité n'est plus à démontrer. Leur première leçon tient de la piqûre de rappel. Chaque automne, l'OCDE souligne les imperfections d'un système dont les investissements croissants (6 % du PIB) ne permettent pas de trouver la bonne recette contre l'échec scolaire, qui frappe 15 % des effectifs et cantonne la France dans le ventre mou des palmarès. Certes, les Français sont aujourd'hui mieux éduqués qu'ils ne l'ont jamais été : 41 % des 25-34 ans sont diplômés du supérieur contre 19 % chez les 45-54 ans. Mais cette massification réussie, qui complique l'insertion des sans-diplômes, ne s'est accompagnée d'aucune révolution pédagogique susceptible de relancer l'ascenseur social. Qu'importent les classes hétérogènes, les amphis surchargés ! L'Education nationale continue d'enseigner à grand renfort de cours magistraux en comptant sur les effets contestables du redoublement, là où les Finlandais et les Allemands s'essayent depuis longtemps déjà aux cours en petits groupes et aux rythmes scolaires allégés. La comparaison a ses limites : nul ne peut songer à importer tel quel le modèle éducatif finlandais, conçu pour une population scolaire homogène et peu nombreuse. Mais elle tient lieu parfois d'aiguillon, relançant des débats considérés comme tabous ou tranchés. Ainsi de l'école primaire longtemps considérée comme l'une des meilleures du monde… jusqu'à ce que le test Pirls ne vienne infliger un cruel démenti, poussant le ministre de l'Education Xavier Darcos à réformer les programmes pour les recentrer sur les enseignements fondamentaux, omniprésents dans les tests internationaux.

 

C'est là la deuxième leçon : ces évaluations contribuent à leur manière à standardiser les systèmes éducatifs, déjà enclins à converger du fait de la mobilité et de l'internationalisation du recrutement. La France n'échappe pas à la règle, pour le meilleur comme pour le pire. Son ministre de l'Education nationale a choisi d'emprunter - avec parcimonie, mais sans complexe - à ses voisins étrangers. La future réforme du lycée s'inspirera des modèles anglo-saxons et nord-européens et les horaires des écoliers, très élevés, ont été allégés, cette rentrée. Mais le locataire de la rue de Grenelle a choisi de maintenir tels quels les rythmes scolaires pourtant atypiques. Les écoliers ont beau s'être délestés de deux heures de cours hebdomadaires (le samedi matin) , ils continueront à assumer d'interminables journées de travail, à contre-courant de leurs voisins étrangers dont les journées d'école racourcissent au prix de moindres vacances scolaires.

 

Dans l'enseignement supérieur, le diagnostic est plus nuancé. La France n'a pas infligé à ses universités un brutal virage à l'anglo-saxonne (libre recrutement des enseignants et des élèves, hausse des droits d'inscription) qui les précipiterait immédiatement dans une crise estudiantine. Mais elle a pris, à l'unisson des facs européennes, le tournant de l'autonomie et de l'harmonisation des diplômes, désormais conformes aux standards européens. Quant aux admonestations de l'OCDE, consternée de la voir sous-financer ses universités en dépit des besoins de l'économie de la connaissance, elles ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Le gouvernement a mis sur la table une coquette enveloppe financière (1 milliard d'euros par an) pour accompagner le passage à l'autonomie et le regroupement au sein de pôles de recherche censés leur donner une taille critique pour exister à l'international. Il faudra cependant attendre des années pour déceler l'impact de la réforme dans le box-office des experts chinois. Fine mouche, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a décidé de contourner le problème en fabriquant son propre classement thématique européen. Une méthode déjà tentée - avec un succès mitigé - par l'Ecole des mines, qui a publié la semaine dernière son hit-parade dans lequel elle figure… en bonne place.

 

Car ce que traduit, en troisième lieu, la fièvre des classements, c'est la montée en puissance du marketing à l'heure où l'intense concurrence mondiale oblige les établissements à établir des stratégies et à se constituer en marques pour se différencier. Au même titre qu'une accréditation ou qu'une liste de partenaires étrangers prestigieux, une place dans le classement thématique du CHE (Allemagne) , du palmarès MBA du "Financial Times" ou du "Times Higher Education" est devenue une indispensable carte de visite pour qui veut décrocher les meilleurs professeurs et appâter les étudiants dans un contexte démographique peu favorable. Il n'est d'ailleurs pas rare que, un brin schizophrènes, les établissements qui s'en plaignent soient ceux qui luttent le plus âprement pour s'y faire une place au soleil.

 

LAURENCE ALBERT est journaliste au service Société des "Echos" .
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