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Parole d'un directeur (après les émeutes en banlieue)

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Directeur d'une maison d'enfants à caractère social (MECS)  

À Chevilly-Larue (Val-de-Marne).

 " "Je continuerai à emmerder les Français tant que la France ne m'aura pas montré qu'elle m'aime" . Ces propos ont été tenus par un groupe de jeunes dans une ville de province début novembre. Cette phrase m'a interpellé… Moi, directeur d'une maison d'enfants à caractère social recevant 80 jeunes, dont 20 en centre de jour pour jeunes en difficultés sociales, familiales et personnelles. Depuis le début des événements, je n'ai cessé de m'interroger. Comment est-ce possible que nous en arrivions là ? Comment réagissent nos jeunes, ces mêmes jeunes dont la majorité provient de ces quartiers dont on parle chaque soir à la télévision ?

 

J'ai donc décidé de les réunir, par petits groupes, dans un "espace de parole et d'échange" , pour que ces jeunes puissent mettre des mots sur ce qu'ils pensent ; et qu'ils sentent que nous, adultes, nous sommes préoccupés par ce qui se passe. Le retour a été unanime : "Nous ne sommes pas d'accord avec ce qui se passe… Brûler des voitures, c'est du n'importe quoi… Tant qu'ils ne brûlent pas la voiture de mon père, je m'en fous… Je ne suis pas d'accord quand ils brûlent les écoles et les gymnases. Qu'ils aillent brûler la voiture de Sarkozy… C'est Sarkozy qui a poussé les jeunes à ça… Pourquoi a-t-il parlé de racaille, de Kärcher ? … S'il faut, qu'il démissionne, mais pas maintenant parce que nous sommes en démocratie" .

Ce sont quelques 'flashs' des propos tenus par nos jeunes. Au-delà de ce qui se passe, en sachant que, dans la plupart des cas, les auteurs [de violences] sont des groupuscules qui, néanmoins, font écho à la souffrance d'une majorité de jeunes. Dans notre établissement, nous côtoyons chaque jour les résultats de ces inégalités, de l'absence de repères, du choc des cultures et de la dislocation de la cellule familiale. Nous côtoyons des jeunes en mal de vivre, qui n'ont jamais demandé à être là.

Au centre de jour, nous recevons 20 jeunes (garçons et filles) de 13 à 16 ans, pour prise en charge scolaire adaptée et pré-professionnelle. Depuis quelque temps, nous tournons sur un effectif de 25 jeunes et nous refusons des candidatures. Ces jeunes sont les 'laissés-pour-compte' de l'Education nationale, exclus pour absentéisme scolaire trop important, phénomènes de violence. Alors que la scolarité est obligatoire jusqu'à 16 ans.

Un certain nombre d'entre eux sont à la limite de l'analphabétisme. Cela interroge sur la capacité de l'Education nationale à offrir les mêmes chances à tous les enfants de la République, aux moyens mis à la disposition des équipes enseignantes… qui continuent de tout mettre en oeuvre pour réussir.

 

Comment voulez-vous redonner de l'espoir à ces jeunes quand ils nous disent que notre école est une école de 'oufs' ? (…).

 

Les établissements comme le nôtre s'interrogent aussi sur les moyens mis à notre disposition permettant de remplir notre mission, sans évoquer les différents outils de la loi 2002-2, notamment le "référentiel d'évaluation", qui nécessite une mobilisation de l'ensemble des salariés. Voici 11 ans que, personnellement, je dirige cet établissement. Plus on avance, plus il me semble que la partie gestion et obligation de résultat, prend le pas sur l'Humain.Loin de moi de vouloir sous estimer l'importance de la gestion dans un établissement tel que le nôtre. [Mais] je pense que souvent la priorité n'est pas mise là où elle devrait l'être. (…) Toutes ces incohérences me font réagir parce que face à ce mal-être, de plus en plus criant, de nos jeunes, nous n'avons pas nécessairement de réponse, face à la problématique des familles, nous ne pouvons qu'écouter et accueillir…

 

Je me plais à dire que le centre éducatif est un grand navire, une 'galère' ! C'est un établissement dont je suis fier par son histoire, la richesse et le sens profond de l'autre, riche de son éthique, mais aussi riche de ses réussites, de ses faiblesses, voire de ses manquements.

L'essentiel est que nous ne perdions pas de vue notre mission et cette ouverture nécessaire à son environnement, à ses adaptations constantes aux besoins des jeunes et aux attentes de nos autorités. Les jeunes que nous recevons sont de plus en plus marqués par une grande souffrance, échappant parfois à tout travail éducatif. Ils sont insaisissables, inatteignables avec souvent une absence totale de limites.

Comment faire, si ce n'est travailler sur le lien et la confiance, tout en situant le cadre, sans lequel nous risquons de construire un creuset de violence ingérable et incontrôlable. Cela nécessite une vigilance de tous les instants et en même temps une grande capacité d'écoute et de remise en confiance.

Le personnel, notamment éducatif, est touché de plein fouet. Il se questionne, se met en cause, il doute aussi, renvoyé à sa propre fragilité, et, par voie de conséquence, la cohérence d'équipe est mise à rude épreuve. Le directeur est souvent sollicité et se trouve à jouer un rôle de médiateur afin d'apaiser et de rassurer. (…) Il est certes difficile parfois de conjuguer les contraintes et les limites posées, et les besoins de nos institutions. La complexité de notre secteur nécessite que l'ensemble des professionnels garde leur vigilance.

 

La société va mal et sûrement nous avec. Les modèles d'éducation évoluent, et nous obligent à nous interroger sur ce que nous mettons à disposition de ces jeunes, sur leur avenir et sur leur capacité d'émancipation en général. Cela nous oblige à nous interroger sur les chances que nous donnons à chacun de pouvoir croire en son avenir et investir une relation de confiance avec son entourage. (…) Lors de ces rencontres avec les jeunes qui furent riches en échanges et interrogations, nous nous sommes vus leur dire qu'ils avaient le droit d'être protégés et qu'en contrepartie ils avaient des devoirs envers eux-mêmes, envers leurs parents, envers la société. Face à ce que nous affirmons à ces jeunes, nous avons l'impression de leur proposer une lutte inégale… Le pot de terre contre le pot de fer.Notre devoir reste, néanmoins d'être des adultes 'vrais', sans fioritures, sans 'langue de bois', dans une relation qui exige la fermeté mais en même temps une écoute, un accueil, leur rappelant qu'ils existent, qu'ils comptent pour nous, qu'ils ont du prix. Cette relation ne pourra jamais nous laisser indifférents. C'est cela peut-être la tendresse… "

 

 
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24228
b
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