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Pourquoi promouvoir une méthode de lecture sans valeur pédagogique

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Le point de vue de An-Marie Larangot-Lang, maître formateur à l'IUFM de Nantes.

 

Les débats actuels sur les méthodes de lecture (et peu sur l'apprentissage de la lecture) sont très intéressants, des sites comme celui du Café pédagogique ou celui de Education.& devenir permettent de suivre sérieusement l'avancée de la question. Grand merci à tous les chercheurs. La circulaire de notre ministre est bien propre et bien nette. C'est lorsque l'envers du décor s'allume que tout se brouille. En effet pourquoi les éditeurs sont-ils invités par le ministre ? Aucune méthode "globale" n'est plus commercialisée. Les méthodes existantes sont presque toutes conformes aux programmes 2002 en vigueur (faut-il le rappeler, les programmes de 2002 sont les seuls pour lesquels nous enseignants, avons eu notre mot à dire ! Oui, nous avions été, et c'était une première, consultés ! ). De mon point de vue, j'aurais aimé que les éditeurs soient invités à retirer définitivement du marché des méthodes comme Boscher, Léo et Léa, qui n'ont jamais fait leur preuve (bien au contraire pour ce qui est de la méthode Boscher) et qui maintenant nous font, ou nous feront du tort. En effet, comment résister, quand on est parent, et ne pas acheter ce genre de manuel quand en janvier son enfant ne semble rien comprendre et que les médias (merci en passant) leurs assurent qu'il sera bientôt trop tard. Pourquoi nos chercheurs, à qui nous devons beaucoup depuis 15 ans réagissent et s'interpellent ? Franchement, je me demande, si cette circulaire bien propre et bien nette est anodine, alors je ne comprends pas pourquoi Goigoux, Gombert, Brissiaud et tant d'autres perdent leur temps sur la question. A moins que nos chercheurs soient si mal reconnus en France qu'ils n'aient rien d'autre à faire !

 

Enseignante et maître formateur en Loire-Atlantique, c'est dans un premier temps du point de vue de l'enseignante que je vais me placer ; dans un deuxième temps j'adopterai le point de vue du formateur et pour finir je me permettrai de donner mon point de vue personnel et citoyen.

 

La classe de CP est une classe bien particulière. Lorsqu'ils arrivent à "la grande école" , nos jeunes élèves ont derrière eux un cursus scolaire de trois ans pour la majorité d'entre eux. Ils ont ou auraient travaillé et donc évolué tout particulièrement sur le plan de la langue orale, domaine fondamental de ce cycle, leur assurant une entrée en lecture. Et voilà qu'en une seule année, ces mêmes petits élèves doivent apprendre à lire, mieux à Noël tout le monde devrait savoir lire. On comprend alors la pression qui pèse sur l'enfant, l'enseignant (e) et la famille.

 

Oui ! Un enfant peut savoir lire [1] à Noël (et même avant) tant il est vrai que c'est lui qui apprend, mais seulement si il y est prêt ! D'autres mettront plus de temps et ce n'est pas un drame car cela n'augure en rien de leur réussite future.

 

Dans les publications les plus récentes via internet, un consensus à l'air de tenir : lire c'est comprendre. Cependant d'aucuns disent que trop d'élèves arrivent en classe de sixième sans comprendre ce qu'ils lisent mais déchiffrent les textes et d'autres disent au contraire "que la plupart des difficultés d'apprentissage de la lecture ne proviennent pas de difficultés de compréhension" [2]. C'est à ne plus rien y comprendre ! Il est bien dommage toutefois que ces débats et ces querelles tournent autour des méthodes de lecture. Trop peu souvent il est rappelé que ces dites méthodes ne sont que des outils. Ne faudrait-il pas s'intéresser à ceux qui utilisent ces outils ? A la manière dont ils se les approprient au profit des élèves ?

 

J'enseigne depuis plus de 25 ans. Au début de ma carrière, j'ai enseigné en classe de CP (seul poste vacant sur l'école ! ) et je n'en garde pas que de bons souvenirs car tout était à faire et peu de recherches à cette époque venaient conforter nos choix. Pour des raisons familiales (nombreux déménagements à travers tout le territoire) j'ai été contrainte de "boucher les trous" de différentes manières pendant de nombreuses années. Lorsque ma situation est redevenue plus stable, j'ai pu être à nouveau titularisée sur un poste et toujours en cycle 2, c'est dire si l'attrait de ces classes est fort ! Alors je me suis formée, auto-formée, "spécialisée" , choisissant de préférence les classes de CE1 jusqu'à l'édition d'une méthode [3] qui répondait bien à mes attentes, mes exigences : connaissance du code rigoureux et planifié, textes adaptés permettant un réel travail de syntaxe, de vocabulaire, de morphologie et d'orthographe. Ainsi je pouvais respecter le rythme de chaque élève et lui permettre de trouver sa propre entrée en lecture, gérer l'hétérogénéité de ma classe. Cela fait maintenant trois ans que j'accompagne mes jeunes élèves dans cette découverte de la lecture avec cette même méthode, ces mêmes textes. Et chaque année c'est d'une manière différente que le groupe classe s'en empare m'obligeant à m'adapter, mais pour moi le fil conducteur est solide. Jamais je ne pourrais en faire autant, et eux non plus, avec une méthode "syllabique" . Les analyses d'E. Charmeux et de R. Goigoux à propos de la méthode Léo et Léa sont extrêmement fines et bien évidemment très justes. Ce n'est pas avec une méthode "syllabique" et de surcroît uniquement synthétique qu'un de mes élèves aurait pu me dire : "C'est bien au CP ! On ne fait pas qu'apprendre à lire." , pour lui comme pour les autres l'apprentissage de la lecture est en passe de devenir une réelle maîtrise de la langue.

 

Du point de vue du formateur maintenant. C'est vrai qu'avec une année de formation à l'IUFM (la première année ne servant qu'à préparer un concours difficile et relativement éloigné de la réalité comme dans beaucoup de domaines d'ailleurs) il est plus facile et moins coûteux de recommander sur le mode de l'injonction une méthode qui occulte, comme le rappelle unanimement tous les chercheurs dignes de ce nom, les problèmes de sens, d'orthographe donc de maîtrise de la langue. Les tâches des stagiaires Professeur des écoles sont si nombreuses, si diverses qu'une année de formation est bien courte. Ils doivent entrer dans un métier (nombreux sont ceux qui sortent de l'université et avaient donc un statut d'étudiant) qu'ils devront exercer auprès d'enfants âgés de 2 à 10 ans et ce, 6 heures par jour durant toute une année. Là n'est qu'un aspect du métier puisqu'il leur faudra également connaître et appliquer la législation en matière de sécurité dans et hors l'école lors des sorties, c'est sans compter qu'il leur faudra également apprendre à se rendre disponible pour accueillir les familles et assurer ainsi une meilleure communication au bénéfice de chaque enfant. Inutile d'ajouter que la classe se prépare en amont et que cela s'apprend aussi. Alors on comprend que cette simplification des tâches préconisée en matière d'apprentissage peut également avoir un côté rassurant pour les stagiaires, c'est une vision linéaire des apprentissages qui s'apparente à une recette et recette il n'y a pas ! C'est donc une imposture, mais cela évite de réinterroger la formation et surtout de se donner les moyens de former des professionnels.

 

Je me permettrai de conclure du point de vue citoyen. Là aussi il est facile de prendre appui sur l'opinion publique, de dire que les parents et les grands-parents doivent comprendre la manière dont l'enfant apprend à lire. C'est encore une fois déléguer aux familles l'entière responsabilité des résultats scolaires, c'est aussi refuser de se donner les moyens d'une réelle information et plus encore, c'est faire croire que les gens ne peuvent pas comprendre !

 

An-Marie Larangot-Lang.

 

 

 

[1] Lire au sens d'avoir compris le principe alphabétique et l'utiliser de manière automatique et non au sens d'être capable à 6 ans de lire la circulaire de Gilles de Robien (comme j'ai pu l'entendre dire par un responsable officiel lors d'une conférence à Angers.

 

[2] L. Sprenger-Charolles, P. Colé.

 

[3] Crocolivre de Nathan.
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