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Roland Goigoux exclu pour non-conformité à la pensée d'Etat

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Roland Goigoux, 48 ans, professeur à l'IUFM. Proche des pédagogues, il a été mis sur la touche pour s'être opposé à la méthode syllabique prônée par Robien et les conservateurs.  

Où le B.A.BA blesse.

 

C'est sa mère, institutrice dans le petit village de Parent, près de Clermont-Ferrand, qui lui a appris à lire. Son père, instit aussi, avait les plus grands. "Au début des années 60, la méthode syllabique n'était déjà plus employée depuis longtemps, raconte Roland Goigoux, j'ai donc appris avec une méthode mixte : on découvrait des mots, on jouait avec, et puis, progressivement, on les décomposait. Ça n'était pas si mal." Pourtant, aux yeux du ministre de l'Education, Gilles de Robien, parti en croisade pour rétablir le B.A.BA, cette méthode mène tout droit au désastre.

Chercheur en sciences de l'éducation et professeur à l'IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) d'Auvergne, Roland Goigoux est devenu, malgré lui, le symbole de la résistance au retour en arrière voulu par le ministre, et une des deux victimes ­ avec l'inspecteur Pierre Frackowiak, en butte à une procédure disciplinaire ­ de "la guerre de la lecture" que le ministre tente aujourd'hui d'éteindre. "ça s'est crispé sur mon nom à un moment donné, mais cela va au-delà de ma personne" , dit-il. Au coeur d'une polémique nationale, Goigoux étonne : pas stressé pour un sou, il mène bataille avec pugnacité mais aussi avec une certaine distance, plus amusé qu'affligé.

"L'histoire de [ses] déboires" , selon son expression, commence le 9 septembre. Le directeur de l'Esen (Ecole supérieure de l'Education nationale, qui forme les inspecteurs) l'appelle pour lui annoncer qu'il met fin à sa collaboration, vieille de dix ans. Motif : ses vues sur l'apprentissage de la lecture ne sont pas conformes à la pensée du ministre, il manque de "loyauté" . Goigoux proteste : "Je n'ai pas à être loyal à la personne du ministre mais aux textes officiels, et je le suis." Mais le directeur, qui serait proche de Robien, n'en démord pas : son dernier livre est bien trop critique à l'égard de la méthode syllabique.

Trois jours plus tôt, Roland Goigoux était invité d'une émission de France Inter avec le ministre. "J'avais pourtant été hyper légaliste, raconte-t-il  ; j'expliquais que les derniers textes mettant l'accent sur le déchiffrage étaient corrects. Mais je disais aussi que je ne suivais pas le ministre, qui allait plus loin en voulant imposer la seule méthode syllabique. Car l'arrêté du 24 mars 2006 autorise toutes les méthodes, hormis la globale." D'après lui, Robien fait un calcul politique : il cherche à plaire aux parents, quitte à se mettre à dos les enseignants.

C'est chose faite. Les puissantes fédérations syndicales, unies derrière Roland Goigoux, dénoncent l'autoritarisme du ministre. A peine installés dans leurs nouveaux locaux de Chamalières, enseignants et étudiants de l'IUFM d'Auvergne ont organisé une manifestation dans le hall après que le ministre eut comparé, le 27 septembre, Roland Goigoux à "un moniteur d'auto-école chauffard" .

A l'opposé, pour les associations nostalgiques des bonnes vieilles méthodes, il est l'un de ces "pédagogistes" honnis qui, avec leur goût des expériences et leur permissivité, ont contribué au naufrage de l'enseignement. Lui refuse de se placer sur un terrain idéologique. Il reconnaît "certains excès" par le passé. Mais, argue-t-il, les neurosciences et les recherches en éducation ont depuis démontré que, s'il fallait passer par le B.A.BA, cela ne suffisait pas à faire d'un enfant un bon lecteur, comprenant ce qu'il déchiffre.

Evincé de l'Esen, il garde son poste à l'IUFM et à l'université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Les deux facettes de son métier auxquelles il tient tant : l'une concrète, avec les futurs enseignants qui seront demain dans les classes, l'autre plus abstraite. Actuellement, il termine une recherche avec Sylvie Cèbe, psychologue, sur le thème : comment continuer à apprendre à lire aux enfants de 9 à 14 ans en grande difficulté ? Tous deux vont multiplier les rencontres avec les enseignants pour tester leurs idées.

Jusqu'à 12 ans, Roland Goigoux a vécu dans une école. A Parent, la famille occupait un logement de fonction. Les trois enfants jouaient le soir dans la cour de récré. Le père dirigeait le club de basket ­ sport que Roland pratiquait chaque semaine jusqu'à cette année avec ses deux fils, de 14 et 17 ans. La mère était secrétaire de l'Amicale laïque. Tous deux animaient un club de théâtre. La famille a ensuite déménagé à Clermont-Ferrand. "Pour eux, c'était un beau métier. J'en ai hérité une grande considération pour les enseignants, je ne suis jamais hautain à la différence de certains chercheurs."  

Réservé sur sa vie privée, Roland Goigoux parle d'un "chemin archibanal" . Ses parents sont le fruit de la promotion sociale que l'école assurait alors. Le grand-père paternel était paysan dans le massif du Sancy, dans le Puy-de-Dôme, la grand-mère femme de ménage chez un médecin. Du côté maternel, le grand-père installait des poteaux télégraphiques, sa femme était à la maison.

Après un bac C, Goigoux ne se destinait pas à l'enseignement. Influencé par le frémissement écolo, il intègre une prépa agro, rêve de travailler pour les eaux et forêts. Mais il craint d'atterrir dans l'agroalimentaire. Il bifurque alors vers l'enseignement. Et se retrouve dix ans durant instituteur, en zone rurale puis en ville. "J'ai fait toutes les classes sauf le CE2, une expérience précieuse pour mes recherches." Goigoux a la possibilité de faire une année de formation et monte à Paris. Il décroche une licence en sciences de l'éducation, puis une maîtrise et un DEA, tout en travaillant à mi-temps dans une école clermontoise. Encouragé par son professeur Gérard Vergnaud, un psychologue qui fut élève de Jean Piaget, spécialiste du développement de l'intelligence enfantine, il s'inscrit en doctorat et soutient sa thèse sur la lecture en 1993. Il demande alors un poste de chercheur à Clermont. Sa femme, danseuse, y enseigne l'esthétique à la fac d'éducation physique.

Le chercheur, au léger accent auvergnat, aime sa terre, les massifs qui enserrent la ville, les fameuses pierres noires de la région qui donnent un aspect sale aux monuments. Il vante même le climat, les intersaisons si douces comparé à la rudesse des hivers, et la taille de la ville ­ "ni trop grande ni trop petite" . Le couple a acheté il y a une dizaine d'années une maison avec un jardin en plein centre-ville, qu'il ne pourrait plus se payer aujourd'hui.

Passionné par son sujet, convaincu d'avoir raison sans jamais tomber dans l'hystérie, Roland Goigoux a le profil du gendre idéal, rassurant et bien élevé. Il vient vous chercher à la gare dans sa Laguna grise qui sent bon la balade en famille. Lecteur, il dévore les contemporains, Jean Echenoz, Pascal Quignard ou encore les polars de Fred Vargas. "Il ne se prend jamais pour ce qu'il n'est pas, il met les choses à leur place, souligne Sylvie Cèbe, il a toujours défendu une école qui n'exclut personne."  

Ses parents le soutiennent à fond. Dans leur club de retraités de la MGEN (la mutuelle de l'Education nationale) , c'est même l'un des grands sujets de discussion. "Tous leurs amis sont outrés. Ils retiennent avant tout le grotesque de la situation, un ministre qui n'y connaît rien et qui fait la leçon à des professionnels."  

 

Roland Goigoux en 5 dates 1958 Naissance à Ambert (Puy-de-Dôme). 1976 Bac à Clermont-Ferrand. 1993 Soutient sa thèse de doctorat sur la lecture. 2001 Devient professeur des universités. Septembre 2006 Publie Apprendre à lire à l'école avec Sylvie Cèbe (éditions Retz). Ecarté de l'Esen (Ecole supérieure de l'Education nationale) pour "déloyauté" vis-à-vis du ministre.
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b
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