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Le niveau des étudiants ne fait que baisser

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Par Benjamin Carson  

 

Il y a quelques années un membre chevronné du corps enseignant de l'université à laquelle j'avais été un étudiant diplômé s'est plaint auprès de moi dans le vestibule que la qualité de ses étudiants avait sérieusement diminué au cours des trente années pendant lesquelles il avait enseigné. Un des seulement deux enseignants ouvertement membres du Parti Conservateur du département, il a continué par blâmer les années 60, alléguant, en effet, que Crosby, Stills et Nash et les hippies avaient foutu par terre ce que les années 50 avaient été, pédagogiquement parlant, un bonheur pré-décadent. Pas suffisamment préparé pour offrir une réponse pertinente, j'ai simplement incliné la tête et ai collégialement partagé son désespoir apparent. Pour être juste, bien que, comme maître assistant inexpérimenté avec moins de quatre ans d'enseignement derrière moi, je commençais, moi-aussi, à me demander combien de temps je pourrais supporter le degré d'apathie que je rencontrais dans la salle de cours six fois par semaine. Ainsi, alors que le Dr. X fixait ostensiblement ses chaussures et secouait la tête avec une fatigue toute universitaire, j'ai certainement éprouvé de la sympathie à son égard. Cette brève rencontre m'a laissé pensif. Alors que je convenais avec le Dr. X que mes étudiants étaient en effet également apathiques, parfois, apparemment anesthésiés – j'étais moins disposé que lui à blâmer Ken Kesey et les joyeux espiègles ou les goûts d'Abby Hoffman. Seraient-ce les hippies et toutes les pédagogies routinières qu'ils ont engendrées depuis Woodstock vraiment qui seraient à blâmer ? La Gauche et ses valeurs libérales auraient-elles commandité le laxisme intellectuel et, au nom de l'égalitarisme, mis un coup sur la méritocratie ? Serait-ce vraiment aussi simple ?

 

Le Dr. X, il me semble maintenant plutôt clair, est quelqu'un qui, dans les mots de Mark Edmunson, pense "que l'éducation libérale des arts est en crise parce que les universités ont été envahies par des professeurs avec des idées particulières : la déconstruction, le Lacanisme, le féminisme, l'idée homosexuelle. [Des professeurs comme le Dr. X] croient que le génie et la tradition ont disparu et que le politiquement correct, le multiculturalisme, et la politique d'identité sont apparus en raison d'une invasion par des tribus de titulaires radicaux, les équivalents des millénaires en arrière des hordes de Visigoth qui ont fendu les murs de Rome" (229). De telles idées, apparemment, minent les "normes" en les relativisant ; et remplacent la Vérité avec un "V" capital - par des "vérités" avec un "v" minuscule plus acceptables et plurielles. Le livre récent de David Horowitz "Les Professeurs : Les 101 Universitaires les Plus Dangereux en Amérique" est seulement l'articulation la plus récente de cet argument - un argument - qui paye des dividendes à l'industrie de Guerre de Culture. Si les "guerres de culture" sont encore en train de se renforcer, elles deviennent également fatigantes, parce que leur discours – avec son lexique familier de "valeur de la famille" et de "responsabilité morale" - ne fait qu'effleurer la surface, n'entrant que rarement dans les eaux plus sombres de la nuance et de la complexité. Que la Droite religieuse et la Droite politique puissent aller inaperçus main dans la main le long de Wall Street et dans l'aile de la Basilique St Pierre, devrait certainement être d'un plus grand intérêt que l'accouplement nocturne d'Adam et de Steve ou l'enseignement des 101 "Histoire du Peuple des Etats-Unis : […]" d'Howard Zinn, pour la jeunesse "malléable" . Zinn, soit dit en passant, a fait la liste de David Horowitz des universitaires les plus dangereux.

 

Mais alors que les pauvres deviennent plus pauvres et les riches deviennent plus riches, et les écoles pauvres s'effondrent, alors que les écoles riches commencent à ressembler à des centres commerciaux, de plus en plus de capital soi-disant intellectuel est dépensé sur des moyens d'obliger les jeunes à trouver Jésus plutôt que sur des moyens de reconstruire les écoles, de payer aux enseignants un salaire décent, ou simplement de pouvoir à l'achat des manuels scolaires, parce que, comme les Chrétiens capitalistes du "laisser-faire" comme Pat Robertson, John Ashcroft et Tom Delay, pour ne nommer que nos suspects habituels, nous le rappellent, quand le pauvre et le nécessiteux trouvent Jésus, les riches vont certainement suivre. Ne pas gaspiller d'argent pour des problèmes, disent-ils, mène à Dieu. Avant que nous accusions les pauvres d'être immoraux (immoraux parce que pauvres) et censurions entièrement nos étudiants pour être blasés, nous devons penser plus en termes de critique au système économique qui garantit ce que Christopher Lasch appelle "la culture du narcissisme" - et ce que tellement d'autres, la plupart du temps des universitaires, le Postmodernisme. Nous devons parler, en d'autres termes, moins au sujet de la culture et plus au sujet des sciences économiques, bien que, comme Fredric Jameson l'a discuté, dans "Le Postmodernisme, ou, la Logique Culturelle du Défunt Capitalisme" , la sphère culturelle ait été maintenant englobée par le "massif Etre nommé Capital," comme Marx et Engels ont su qu'il le serait.

 

Dans mon esprit, Marx et Engels avaient raison, quand, dans "Manifeste du Parti Communiste" , ils ont écrit :

"La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de toutes les conditions sociales, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d'idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d'une caste s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont enfin forcés d'envisager leur situation sociale et leurs relations mutuelles d'un regard lucide." (83).

En supposant que nous puissions encore prendre Marx au sérieux, et je crois que nous le pouvons et le devons, la connivence de la Droite religieuse et de la Droite politique commence à ressembler, pour le mettre en termes de reptiles, à un serpent se mangeant la queue.

 

Cette ironie n'est pas passée au dessus de la tête du Rabbin Michael Lerner, qui, dans son livre, "La Main Gauche de Dieu" , plaide pour ce qui pourrait un jour être appelé - et c'est mon expression non la sienne – une Gauche Chrétienne. Lerner écrit : "Le fait est qu'il y a une vraie crise spirituelle dans la société américaine, et la Droite religieuse est parvenue à se placer comme l'articulation de la douleur que causent les crises et comme la force curative qui fournira une solution spirituelle. Et alors elle prend la crédibilité qu'elle a gagnée de cette façon et s'associe elle-même à une Droite politique qui soutient réellement les institutions et les accords sociaux mêmes qui ont causés ce problème en premier lieu" (14-5). Tandis que le rabbin parle ici d'une crise spirituelle, cette crise - et l'imbrication de la Droite politique dans cette crise - trouvent une analogie séculaire dans l'académie, et la réponse des politiciens à ces crises est la même. Quand la moralité du "laissez-faire" des étudiants se manifeste dans des regards fixes vitreux, souvent, bien que pas toujours, soutenus de week-ends les yeux restés grands ouverts par la bière, les conservateurs crient à l'iniquité culturelle, votent avec sérieux et avec une force d'âme morale pour déréguler le marché et pour baisser les impôts, et dès lors s'envolent pour Augusta pour un parcours de golf. Dieu est dans son ciel et tout va bien pour le monde.

Mark Edmundson, dans son ouvrage souvent-cité "Sur l'Utilisation d'une Education Libérale : I. Comme Divertissement Allégé pour les Etudiants d'Université qui s'Ennuient," est plutôt dans la ligne quand il discute, "l'éducation des arts libéraux est aussi inefficace qu'elle l'est maintenant non pas principalement parce qu'il y a beaucoup de théories étranges dans l'air [….] Plutôt c'est que la culture de l'université, comme LA CULTURE AMERICAINE écrit en grosses lettres, est, pour le dire crûment, dès lors consacrée à la consommation et au divertissement, à consommer et à épuiser des marchandises et des images" (229-30). Benjamin Barber, dans "L'Amérique Omet l'Ecole," fait une remarque semblable, ajoutant : Est-ce que "nos enfants sont stupides ou futés au point d'ignorer ce que nous prêchons et de copier ce que nous pratiquons ? Les jeunes, avec leur flair vif pour l'hypocrisie, sont en fait des adeptes de la lecture - mais pas de livres. Ils sont futés pour la société plutôt que futés pour l'école, et ce qu'ils lisent ainsi intensément ce sont les signaux sociaux émanant du monde dans lequel ils devront faire leur vie" (353). Dans l' "Analphabétisme de Nos Jeunes," Barber continue de discuter, "ils s'avèrent être notre propre reflet en retours avec une force embarrassante. Nous honorons l'ambition, nous récompensons l'avarice, nous célébrons le matérialisme, nous adorons le consumérisme, nous aimons le succès, et nous commercialisons la salle de classe - et alors nous écorchons les jeunes au sujet des arts doux de l'esprit" (355). En d'autres termes, les étudiants ont bien appris les leçons du capitalisme concurrentiel.

 

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Si, comme Benjamin Barber l'affirme, la "tâche fondamentale de l'éducation dans une démocratie, est ce que Tocqueville a par le passé appelé l'apprentissage de la liberté : en apprenant à être libres," alors les éducateurs doivent commencer à repenser ce que la liberté veut dire, au juste ce que signifie d'apprendre à être libre, et ce que signifie d'enseigner la liberté dans l'âge du capitalisme multinational (357). De toute façon, l'essai de renverser l'épidémie des attitudes blasées parmi les étudiants sans regarder la culture dans laquelle ils vivent et le système économique qui la garantit, et que nos politiciens – des deux bords Libéraux et Conservateurs approuvent sans réserves, c'est comme diriger l'extincteur vers de la fumée tout en ignorant le feu. Il est temps de prêter plus d'attention au feu, qui n'est pas à l'heure actuelle bien différent d'un enfer.

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49941
b
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