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apprendre à devenir une mère

Témoignage d'internaute trouvé sur france5
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J'ai 23 ans, je suis enceinte et j'ai un petit bout de 2 ans 1/2 qui porte le prénom de ma mère, décédée pendant mon quatrième mois de vie. Il faut dire qu'elle s'est suicidée - brûlée la cervelle comme on aurait dit au XIXe, très romantique ! Je n'ai donc jamais prononcé le mot de maman. Les rares fois où j'ai essayé de le faire pendant les 20 premières années de ma vie, c'était comme si je m'écorchais la bouche à prononcer un mot d'une langue étrangère. Je suis pourtant mère. Et j'aime ça. J'aime mon bout (mes bouts) et je n'ai aucun problème. Ca n'a pas toujours été le cas.  

 

D'abord, je ne sais pas comment tu te positionnes par rapport à ta mère. Je m'explique. Personellement, je suis passée un peu par tous les stades. J'ai d'abord cru que c'était à cause de moi qu'elle s'était suicidée, qu'elle n'arrivait pas à assimiler sa nouvelle vie avec moi au milieu, ou même que je n'étais pas ce qu'elle attendait, que je pleurais trop étant bébé… Plein de pensées telles. Ensuite, je me suis dite que ça ne venait pas de moi, qu'elle était folle et puis c'est tout. Ca vient des non-dits qui existent au sein d'une famille. C'est destructeur. Je ne sais pas s'il existe des malaises tels au sujet de ta propre mère. Ca peut influencer notre perception des autres (des bébés aussi) et l'image que l'on peut avoir de nous quand on s'imagine mère.  

 

Jusqu'à l'âge de 19 ans, je ne m'étais jamais vue mère. Je doutais d'ailleurs de mes capacités à ce sujet. Je pense que j'évitais la question. Et puis, j'ai rencontré un homme. Mon homme. La première fois qu'il s'est déclaré, il m'a dit que je serai la mère de ses enfants. Mon dieu, qu'est ce que j'ai ri ! En même temps, ça signifiait qu'il ne voulait pas être là simplement pour les parties de jambes en l'air. Il voulait s'impliquer. Je pense que ça a été décisif. Mon père a refusé cette liaison (mon homme a la peau un peu trop foncée à son goût) et on s'est cachés. Et je suis tombée enceinte. Accident ou volonté inconsciente ? Je ne sais pas. J'ai paniqué, mais on l'a gardé. J'ai fait jurer à mon ami qu'il reste avec moi et qu'il m'aide du mieux qu'il puisse. Il connaissait mon passé ; il m'a soutenue. Les premiers mois ont été atroces. J'ai loupé mes examens, j'étais malade 24/24 (vomissements, malaises, faiblesse). J'étais au plus bas. Et puis ça s'est calmé.  

 

Et puis, le bébé a bougé. Je l'ai senti, petit à petit, pousser dans mon ventre. Et puis tout a changé. Je me suis découverte une sérénité que je ne soupçonnais pas et qui ne m'a plus quittée. Je me suis sentie mère à ce moment-là. J'ai compris que ce bébé était dans mon ventre. Que j'étais la seule au monde à le ressentir comme ça. J'ai pris conscience de cette chance, et de toutes les responsabilités que cela implique : j'ai compris que j'étais la seule à pouvoir m'en occuper comme il fallait, en mon sein et peut-être aussi en dehors. Je me suis jetée à corps perdu dans ce challenge, mais avec un calme et une assurance qui m'ont surprise. Je me suis dite qu'à près tout, des milliards de femmes avaient eu un enfant depuis l'aube de l'humanité, qu'un bon paquet s'en était très bien sorti et que je ne vois pas pourquoi moi, je n'y arriverait pas.  

 

Et elle est née, un matin de janvier. La sf me l'a posée sur le ventre, ce bout d'affaire qui clignait des yeux… Je l'ai serrée si fort dans les bras, je me suis dite maintenant que je te tiens, je te lâche plus. Il faut dire que je redoutais ce premier face à face, une partie des angoisses liées à ma mère a ressurgi et… en fait, ça s'est très bien passé. Je me suis encore étonnée de la force qui existait en moi et que je n'imaginais pas.  

Et le papa est venu, avec ma meilleure amie, en visite. Comme il voulait la nommer, le lui ai demandé de me dire comment il désirait l'appeler. C'est ma meilleure amie qui a répondu, car il était trop ému pour dire un mot. Elle m'a dit qu'il désirait qu'elle porte le prénom de ma mère. Alors je lui ai demandé : "Mais tu sais comment elle s'appelle, ma mère, au moins ? " Il m'a dit : "Non, mais c'est pas grave. N'importe quel prénom, pourvu que ce soit celui de ta mère."

Je ne m'y attendais tellement pas, que je crois que ce jour là, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'en pleure encore en l'écrivant (oups ! Les hormones de grossesse ? ). Maintenant, la boucle est bouclée. Ma mère n'a pas su s'occuper de moi, et bien je m'occuperai de ma fille, une fille qui porte le même prénom qu'elle.  

Les premiers mois ont été durs, j'étais isolée, rejetée par une partie de ma famille, sans beaucoup de ressources (mon homme était sans papiers) et on s'en est sortis. Le moral allait bien. J'en ai donc tiré une conclusion, c'est que les épreuves nous fragilisent dans un sens, mais que l'on a tous un potentiel insoupçonné à l'intérieur de nous. Oui, j'écris TOUS, car je le pense. Le tout, c'est d'arriver à le faire surgir. A se faire confiance, malgré les failles que la vie a creusé à l'intérieur de nous.  

 

Je me permet de te parler un peu plus personellement, lorna37, car tu as ouvert ce sujet, mais j'ai lu beaucoup de témoignages de ta part sur ce forum. J'ai cru comprendre que tu avais subi des sévices étant petite, mais, apparemment, j'ai l'impression que tu as réussi à surmonter certaines choses ou sentiments, car j'ai lu d'autres posts de ta part étant assez… sereins. On dirait que tu as pu te construire une vie de femme épanouie. C'est le sentiment que j'en retire, j'espère que je ne me trompe pas. Donc, si tu as surmonté ces épreuves c'est que tu as dû faire surgir cette force qui était en toi. Tu as pu te construire aussi, par la sérénité, après avoir compris certaines choses, peut-être (ça c'est ton histoire perso). Si tu as déjà fait cette démarche là, devenir mère ne te posera peut-être pas plus de problème qu'une femme ayant eu un passé plus "normal". Ce n'est que mon avis, ça n'engage que moi. Mais ensuite, le désir d'avoir un enfant dépend peut-être aussi de l'attitude de ton ami (ou mari) , s'il te soutiendra, s'il est à ton écoute. C'est très très important, lorsque l'on a de tels doutes sur soi. Ensuite, un premier enfant, c'est un bouleversement pour tous les couples. Je pense qu'il faut beaucoup parler au sein du couple, ne pas se laisser bouffer par l'entourage - famille, amis -   (nous, on étais seul, on a échappé à ça ! ). Ce sont les conseils que je donne, par rapport à mon vécu. J'espère qu'ils t'aideront. Le seul truc important à se souvenir :

 
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55515
b
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