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La naissance d'Hadrien ...

Témoignage d'internaute trouvé sur doctissimo
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La naissance d'Hadrien"6h30. Une douleur violente me réveille brutalement. J'ai le cerveau embrumé, je ne réalise pas grand chose… et cette douleur n'a rien à voir avec une contraction telle que je les connais. C'est pire, mille fois pire que les plus douloureuses que j'ai pu avoir pour Lohan. Ce qui me fait penser, dans mon demi-sommeil, que ça n'est pas ça.Lorsque ce que j'hésite encore à appeler une contraction survient, ça démarre dans la plante des pieds, remonte le long des jambes jusqu'au ventre et enserre les reins, les broie, très fort, jusqu'au milieu du dos. Je me crispe, instinctivement, et c'est mille fois pire, la douleur s'accompagne de nausées, de tremblements convulsifs dans les mollets et les cuisses… C'est si violent que je ne peux pas m'empêcher de douter, non ça ne peut pas être ça, ça fait trop mal, il y a quelque chose qui ne va pas… J'ai l'impression de vivre un cauchemar… Une brusque envie d'aller aux toilettes, plusieurs fois, ce qui, couplé aux douleurs qui reviennent très rapidement et me paralysent, me fait penser que finalement, ce sont bien des contractions, et que je suis en train d'accoucher… L'idée me contrarie un peu, j'ai presque un moment de refus… J'aurais aimé profiter davantage des derniers jours de ma grossesse, je ne l'ai pas vue passer, j'ai l'impression d'avoir un peu oublié mon bébé ces derniers temps… J'aurais aimé que l'on passe encore quelques jours ensemble, l'un dans l'autre. Je suis fatiguée, très, je n'ai dormi que 4 heures cette nuit, et je pense que je n'ai pas envie de souffrir autant maintenant. Je me rallonge, ferme les yeux… Une contraction me réveille à peine une minute plus tard, ça à l'air d'aller vite. Je me redresse, jette un ? Il sur mon homme allongé dans le lit, et je décide de le laisser encore dormir un peu avant de le réveiller.Les contractions continuent. Elles me donnent froid, mais c'est une sensation intérieure, et rien ne me réchauffe, même enfouie sous les couvertures je suis agitée de tremblements convulsifs.Je me suis faite à l'idée, le travail a bel et bien commencé. La douleur m'impose de trouver rapidement la position qui convienne. Je n'ai pas le choix, si je ne suis pas bien placée, la douleur s'amplifie jusqu'à me faire vomir. Avec le recul, je pense que le travail s'est fait si vite que je n'avais pas le choix, il fallait que je trouve rapidement les bonnes positions pour permettre à mon bébé de s'engager dans les conditions les plus favorables. Pour le moment, je me sens mieux allongée sur le côté, ou assise au bord du lit, en appui sur les bras.Les contractions sont toutes directement dans les reins, et la douleur dans le dos est si intense qu'elle gomme tout le reste… Une douleur longue, sourde, broyante, qui ne me laisse que peu de répit, mais lorsque tout s'arrête, une véritable chaleur, apaisante, se répand dans mes reins… et c'est merveilleux de ne plus avoir mal… Je commence à entrevoir à quel point cet accouchement là sera différent de la naissance de Lohan. Je demande l'heure à mon homme qui commence à se réveiller. Il est un peu plus de 7 heures du matin. Je lui explique que j'ai mal, vraiment, et en réponse à ses questions lui explique l'intensité de la douleur, les contractions toutes les 5 minutes depuis le début… Il se lève pour aller dans la salle de bain, et moi je me rallonge dans le lit. Je souffre vraiment trop, et je suis épuisée, j'ai l'impression que je ne tiendrais pas longtemps à ce rythme, l'idée de la péridurale en maternité m'effleure même… Je n'arrive pas à accompagner les contractions qui reviennent trop rapidement et me submergent, je les subit, je lutte et c'est encore pire… Tout à coup, je pense à la méthode Bonapace que je ne connais que vaguement, et comme je cherche un dérivatif à cette douleur atroce, je me met à presser le point douloureux entre pouce et index, de toute mes forces, ce qui apporte un léger soulagement. Trop léger, alors je fini carrément par remplacer par mes dents, et mordre de toutes mes forces, jusqu'à ce que ça aille un peu mieux. J'ai besoin que les endorphines m'aident là, et vite.Entre les contractions, je pense vaguement à tous les petits projets que j'avais pour cet aad : prendre un bain, allumer des bougies, mettre de la musique… Mais je ne peux rien faire, absolument rien… Je suis paralysée par la douleur et ces contractions qui reviennent trop souvent. Il faut parer au plus pressé : m'installer là où je veux accoucher, et trouver une position pour gérer les contractions avant qu'elles me rendent complètement folle. J'ai tellement froid, je réfléchit à peine, je veux descendre, aller dans le salon devant le feu de cheminée. Au moins pour le moment.Je me demande si je dois appeler Elodie, ma sage-femme. On avait convenu d'attendre que les contractions soient rapprochés toutes les sept minutes la nuit, et c'est un "seuil" que j'ai dépassé dès le début. J'ai peur de la faire venir trop tôt, je reste encore sur mon idée d'un travail un peu long… Lohan choisit ce moment pour se réveiller, et comme à son habitude, il demande à prendre sa "tétée de petit-déjeuner" . Je commence par refuser, et puis je me dit que ça serait dommage, c'est notre dernier moment tous les deux… Je serre les dents à la contraction suivante, mais Lohan qui a toujours la bougeotte choisit ce moment pour m'envoyer un gros coup de pied dans le ventre. La douleur est si violente et inattendue que je le repousse brusquement du bras, mais je retiens mon geste sur la fin, car je pense qu'il serait tombé du lit sinon.Son père arrive et ils descendent tout deux dans le salon. Je lui demande de remonter ensuite, j'ai besoin qu'il fasse quelques petites choses pour moi.Pendant ce temps, j'essaie encore d'autres positions, je ne veux, je ne peux pas croire qu'il n'y a aucun moyen de réduire cette douleur. Je me met à 4 pattes, mais le fait d'avoir le ventre "dans le vide" me fait souffrir, je me sens bloquée, je ne reste pas longtemps dans cette position et retourne m'asseoir au bord du lit.Mon homme revient, me ramène un pantalon que je lui avait demandé. Je m'habille, il me semble que cela me prend un temps infini avec les contractions, puis je rassemble comme je peux le matériel pour l'accouchement - serviettes de toilette, alèses, etc - dans une valise prévue pour et qui attendait dans la chambre depuis quelques semaines.J'attends la fin d'une contraction et je descends les escaliers aussi vite que possible. Mon homme est dans le salon, en train d'allumer le feu. Il a mis Lohan dans sa poussette canne, qui nous sert de chaise haute tant que la vraie n'a pas encore été repeinte. Je lui demande de me descendre le ballon et la valise. J'ai toujours aussi froid, alors je m'enroule dans une couverture blanche et je recommence à bouger pour trouver une position moins douloureuse. Comme plus tôt, je termine assise au bord du canapé, en appui sur mes bras tendus vers l'arrière. Mon homme remonte, me laisse seule dans le salon avec un Lohan étrangement calme, lui qui ne supporte pas de rester immobile plus de quelques minutes en temps normal. Tout est silencieux, on entend que le crépitement des bûches dans la cheminée… Je ferme les yeux, la douleur domine tout, et je me sens en colère contre moi-même de ne pas arriver à "profiter" de mon accouchement, je me sermonne presque, je suis en train de vivre un moment unique, et je ne peux pas penser, sauf à la douleur qui m'envahit presque continuellement, qui me fait perdre pied.Le ballon blanc arrive, je m'installe dessus, mais j'ai le sentiment que ça n'ira pas cette fois… effectivement, ça ne me fait pas du tout le même effet que pour Lohan, il me semble même que la pression du ballon amplifie la douleur, j'ai le sentiment d'être écartelée. Je demande à mon homme de le mettre dans la salle à manger puisqu'il ne me servira visiblement à rien. Les contractions s'accélèrent encore et montent en intensité, c'est vraiment très rapide. J'essaie de me calmer, de penser à mon bébé qui descend, qui dessine son chemin vers le bas… à mon col qui travaille pour s'ouvrir… mais je n'y arrive pas, la douleur est toujours omniprésente. Il faut appeler Elodie maintenant, parce que le temps passe tout de même. J'entends mon homme téléphoner, puis il me dit qu'elle est par chance dans une commune voisine, et qu'elle sera là bientôt. Je lui demande de prévenir ma mère pour qu'elle vienne s'occuper de Lohan : il met du temps avant de parvenir à la joindre, elle dit qu'elle arrive… J'ai l'intuition qu'elle arrivera trop tard, tant pis. Finalement, nous serons tous les trois, comme je le pensais. Je lui demande - oui, encore - d'aller chercher mon ipod dans mon sac à main… Dès qu'il me le ramène, je m'isole avec, écoute la musique qui a bercé mes dernières semaines de femme enceinte - The Greatest de Cat Power, la musique du film My blueberry nights, celle dont j'avais décidé qu'elle serait ma "musique d'accouchement" -, et je me sens un peu mieux, les sons m'apaisent. En fermant les yeux, j'arrive à créer ma bulle… ça me permet de mieux appréhender les contractions, et de me distraire entre, de ne plus les considérer qu'à l'instant présent. Puisque justement, leur intensité augmente encore, si c'est possible. La douleur monte si haut qu'on croirait qu'elle va s'arrêter là, qu'elle ne peut pas aller au delà, qu'on a atteint nos limites, mais elle continue, plus haut encore. Je continue à ne rien gérer, je n'arrive pas à laisser faire. Je lutte encore, je voudrais tellement que ça  s'arrête… Elodie arrive. Il doit être neuf heures ou un peu plus, je n'ai plus trop la notion du temps. Elle me regarde dans les yeux, pleine d'empathie, et me demande si ça va. Je réponds franchement que non et, entre les contractions, j'explique par bribes l'intensité de ce que je vis, le fait que j'ai aussi mal qu'à dilatation complète pour Lohan. Et termine en avouant que je suis heureuse de ne pas avoir de péridurale sous le nez, là, maintenant. Autant l'idée ne m'avait même pas traversée pendant le long travail de 36 heures précédant la naissance de Lohan, autant la c'est si douloureux, si horrible, presque inhumain… Elodie m'explique qu'on va écouter le c'ur du bébé pour voir comment il va lui. Je m'allonge sur le dos un instant, elle écoute rapidement puis m'explique qu'on va attendre la prochaine contraction pour voir comment il y réagit. Quand la contraction me saisit, je décroche complètement, je n'entends plus rien… lorsque je rouvre les yeux, elle m'annonce que tout va bien pour lui, mais comme je n'avais pas l'intuition d'un problème, la nouvelle ne me fait pas grand effet.Pendant ce temps, mon homme va chercher du bois, pour alimenter le feu, sur les conseils de notre sage-femme qui veut qu'il fasse bien chaud. Puis elle examine mon col, ça sera mon seul toucher de tout l'accouchement. Elle a le sentiment que le travail est bien avancé, ce qui justifierai l'intensité de ma douleur… Elle le fait en douceur, pour une fois je n'ai presque pas mal au dos - les touchers me font toujours énormément souffrir des reins, pendant et des heures après - , et elle m'annonce qu'effectivement, le travail est bien avancé, que si j'ai mal autant qu'à dilatation complète pour Lohan, c'est que j'en suis au même stade. Mais elle ne me donne pas de chiffre, et un instant je me dis qu'en fait c'est parce que ça n'est pas aussi avancé que ça, et qu'elle ne veut pas me décourager. Je n'en sais rien mais je m'en fiche. J'ai tellement mal, je sais maintenant que ça va bien plus vite que tout ce que j'avais imaginé et que la dilatation peut se faire très rapidement. Sa voix est posée, sérieuse, comme si elle comprenait ma douleur, je pense qu'elle voit que je lutte, que je suis totalement dépassée par les contractions… Elle me propose de respirer autrement, d'expirer fort vers le bas lorsque la contraction est à son paroxysme. Sur le moment, je me sens presque agacée qu'on essai de me "diriger" à ce moment là - je crois que chez moi, la mauvaise humeur est un signe d'accouchement imminent - et puis après quelques essais, je ne regrette pas.La douleur est toujours présente, mais ça m'aide à me recentrer, c'est plus facile d'entrer en elle, de se laisser porter par elle, en respirant profondément. Et le fait d'expulser violemment l'air entre mes dents serrées, le son produit aussi, a quelque chose de presque bestial qui fait beaucoup de bien. Elodie me propose d'essayer de me mettre à quatre pattes, je ne suis pas convaincue après mon essai précédent, mais encore une fois je met ma mauvaise humeur de côté, pourquoi pas, le travail a évolué, on va voir à nouveau… Elle m'explique que mon bébé est encore haut - comme Lohan - et qu'une position verticale l'aiderait à s'engager. Finalement, je suis mieux à genoux sur le canapé, les bras et la tête appuyée sur un des grands coussins. Ça ne réduit pas la douleur, mais ça a l'avantage de réduire la durée de la contraction et aussi, j'ai l'impression, de la rendre plus efficace.J'appelle mon homme, j'ai besoin de ses mains dans mon dos, il me masse, c'est extraordinairement agréable mais je ne supporte plus la sensation lorsque la contraction est là, je lui demande d'arrêter mais il ne semble pas entendre, donc je m'énerve et hausse le ton. Je continue de respirer comme Elodie me l'a conseillé, ça me permet de me laisser porter par la contraction, paradoxalement, gérer ma respiration me permet de laisser passer le reste.J'ai l'impression que les contractions "m'appuient" sur la vessie, je me lève du canapé, il faut que j'aille aux toilettes. Je sens que l'idée n'enchante pas Elodie, elle doit avoir peur que je confonde avec la sensation de la descente du bébé au-delà du bassin… Elle me parle aussi d'Alice, sa stagiaire, qui est là et attend dans la cuisine, je ne comprends pas pourquoi elle ne l'a pas fait venir avant - d'après mon homme, il paraît qu'elle me l'avait demandé et que j'avais répondu que je ne savais pas, je n'en ai aucun souvenir -.Je me lève, une contraction me surprend contre le chambranle de la porte. Je me penche vers l'avant, m'appuie dessus, tout s'assombrit, puis s'éclaircit. Je reprend mes esprits, je vais dans la cuisine où Alice est assise toute seule : je lui dis bonjour en vitesse, je file aux toilettes avant de me faire surprendre par une autre contraction, puis je retourne dans le salon, m'installer dans la même position qu'auparavant.Entre deux contractions, je souffle, je croise le regard plein de malice de Lohan dans sa poussette. Je lui dit que je suis en train de faire son petit frère, et il sourit. Mon homme est devant, à côté… Je sens sa présence, et ça me suffit. Pendant une contraction, il prend ma main, et je serre ses doigts. Fort.On reste comme ça, sa main reliée à la mienne, son front contre le mien. Je garde la tête enfouie dans les coussins et les yeux fermés. Je ne peux pas les rouvrir, sinon je sors instantanément de ma bulle et tout est plus difficile, j'ai besoin d'entrer dans ma douleur, de l'accepter, de me laisser porter par elle, et de toute façon elle ne me laisse pas le choix. Je n'ai plus aucune notion du temps, je crois que je n'ai jamais autant vécu l'instant présent que maintenant. Elodie essaie de m'encourager je crois, mais je n'entends pas ce qu'elle dit, juste des bribes. Je sens ses mains dans mon dos, qui descendent vers les reins, doucement, comme pour tracer le chemin à mon bébé.Quand une contraction arrive, je continue à souffle fort entre mes dents, à respirer vers le bas. Je suis plongée à chaque fois dans un état voisin de l'inconscience, je ne perçois ni n'entends plus ce qu'il y a autour de moi. Puis tout s'éclaircit à la fin de la contraction, je regarde même par la fenêtre une fois ou deux. Dans notre village c'est le jour de la deuxième grande brocante de l'année, je vois des gens se garer, marcher sur le trottoir… C'est à la fois étrange et magique, j'ai l'impression d'être en dehors du monde… dans notre maison un bébé va naître, et au dehors la vie continue. J'entends Elodie qui me reparle d'Alice, me dit qu'elle peut venir dans le salon, pour sortir Lohan de la poussette et jouer avec lui au fond de la pièce "comme s'ils étaient pas là" . J'accepte, à vrai dire ça n'est pas très important pour moi à ce moment-là, je suis ailleurs… Les contractions me font toujours aussi mal, la douleur dans les reins va en empirant et s'accompagne d'une lourdeur dans le bassin, j'ai l'impression que ça s'écarte… Elodie m'aide à remplacer mon pantalon par un plaid noué autour de la taille, pour que je sois plus à l'aise… et elle m'explique que si je le sens, je peux l'accompagner, autrement dit pousser. La douleur est intense, mais néanmoins je n'en reviens pas d'en être déjà là. Mais je n'ai pas envie de pousser, pas encore, je préfère attendre, il n'est pas question que cette fois je pousse sans en ressentir le besoin. Et rien que le fait d'amorcer une poussée me fait monter une douleur encore plus atroce, une douleur très ciblée, comme une boule au milieu des reins. Mon bébé continue visiblement sa descente. Après une contraction, la poche des eaux rompt brutalement, comme une tension qui se libère. Ce flot me surprend, inonde le canapé ? J'ai une pensée reconnaissante pour les alèses - et je souris intérieurement. Je savais bien qu'elle se percerait toute seule si on me laissait faire, j'aimerai avoir devant moi la sage-femme qui m'a assisté pour la naissance de Lohan et me certifiait que le travail n'avancerait pas si on ne me perçait pas la poche des eaux.Elodie dispose d'autres alèses sous mes jambes, elle me demande comment je vais. J'appréhende la prochaine contraction car je sais qu'elle sera encore plus douloureuse maintenant, et j'ai déjà atteint et dépassé mes limites depuis un bon moment… Elle ne tarde pas à arriver, elle est douloureuse oui, mais aussi différente. Une extraordinaire pression vers le bas, on passe à autre chose, cela devait être le dernier obstacle avant le final.Et ça pousse, tout à coup… mais je n'ai pas la force d'accompagner cette poussée jusqu'au bout, je laisse faire et sur la fin la douleur revient dans la reins. Et puis, progressivement, une envie sourde de pousser en continu… même hors des contractions, le temps se suspend et bizarrement je n'ai presque plus mal. Je commence donc à pousser sans vraiment l'avoir décidé, parce que c'est le moment, et ça me soulage. Mon fils descend, sa tête fait de légers va-et-vient, alors je pousse plus fort cette fois, plus que je ne devrais, parce que je veux que ça s'arrête, et que la douleur dans les reins devient insupportable.Les premières sensations de brûlure du périnée apparaissent, par réflexe je cesse de pousser. Ce cap qui m'avait posé tant de problème pour Lohan, j'ai du mal à le passer… Ce n'est pas évident d'aller au-delà de cette sensation d'écartèlement, de cette brûlure si vive… De laisser faire, d'accepter de s'ouvrir alors que ça fait plus mal encore. J'entends Elodie me dire qu'elle voit ses cheveux. Ça ne peut plus durer, j'ai trop mal… Alors je laisse passer un peu de temps, je prends courage, je sens cette puissance à l'intérieur de moi qui m'oblige à pousser autant que je peux, ça me soulage, ça atténue la douleur… Je veux qu'il sorte maintenant, qu'on en finisse… Et là, je sens que sa tête passe.La contraction s'arrête, et le temps semble le faire aussi. L'envie de pousser s'atténue, mon fils encore à moitié dedans, à moitié dehors, c'est un étrange moment… Je reprends mon souffle bruyamment, par à coups, en attendant la contraction suivante, et je me sens ailleurs, comme si je flottais entre deux mondes. Je sais que je vais devoir encore pousser, une dernière fois, et je suis un peu étonnée que ça me semble si dur maintenant, je suis envahie d'une véritable lassitude physique, comme si je n'allais jamais y arriver… Je le dis. Lorsque la contraction arrive, je crois qu'Elodie l'aide, je ne suis pas sure… Je pousse juste un peu, une dernière fois… et je le sens sortir entièrement, tout chaud, de l'intérieur de mon corps. Une sensation de vide. D'accomplissement. Je baisse la tête, je voit brièvement son corps tout rose, le cordon, puis plus rien. Elodie tend les mains, le prend puis le retourne vers moi. Je commence à souffler, à récupérer tout doucement. A profiter de ce moment où le calme reprend le dessus, où les évènements se tassent. J'ai l'impression de n'ouvrir les yeux que maintenant, la lumière me semble plus vive, tout est plus blanc et lumineux.Elodie retourne mon bébé vers moi, le passe entre mes jambes pour que je puisse l'attraper. Je le prends contre moi, je sens le cordon se tendre, c'est une sensation étrange d'être encore ainsi reliée à lui. Mon bébé. Hadrien. Il est foncé et a beaucoup de vernix. Sa naissance rapide l'a sûrement secoué un peu, parce qu'il pleure assez rapidement. Elodie m'aide, et on s'installe dans le canapé en peau à peau. Je respire l'odeur de mon bébé… il sent extraordinairement bon. Je lui propose de téter mais ça ne l'intéresse pas encore, il se repose… De mon côté, je commence à récupérer, déjà, et je me sens plutôt en forme, ce que je n'aurais pas cru possible il y a seulement quelques minutes. Et, fait encore plus étrange, c'est que le souvenir de la douleur, pourtant si forte et si difficile quelques instants auparavant, commence déjà à s'estomper… Ce souvenir qui est pourtant encore si vivace en ce qui concerne mon premier accouchement. Je ne me rends compte que maintenant qu'il fait vraiment très chaud, mon homme a tellement bien alimenté la cheminée qu'il fait plus de trente degrés à l'intérieur de la maison.Un peu plus tard, Elodie me parle de mon bébé, elle me dit qu'il lui semble que le cordon ne bat déjà plus, mais qu'elle va me laisser en juger par moi-même. Je tends la main et touche, non, effectivement il ne bat plus. Le papa le coupe donc, mais loin du ventre de notre bébé, et il est juste clampé avec une pince posé sur la couverture. J'ai quelques petites contractions pendant ce temps, mon placenta veut sortir… Hadrien commence à manifester des signes d'éveil, alors je le met au sein, cela facilitera la délivrance. Elodie voit le placenta, me dit qu'il est juste au bord, alors à la contraction suivante, je pousse un tout petit peu pour l'aider, et il sort sans difficulté. Il est complet, Elodie nous demande si on veut en savoir davantage, on accepte, et elle nous explique son rôle, le côté maternel, le côté f ? Tal avec son "arbre de vie"… On touche l'intérieur des membranes, c'est d'une grande douceur… Puis on met le placenta dans un grand récipient en porcelaine, il ira quelques temps au congélateur avant que l'on décide d'aller l'enterrer dans le jardin, au pied d'un petit arbre. Hadrien prend sa première tétée tranquillement, il sait tout de suite comment s'y prendre. Comme c'est "étrange" , avec lui je n'aurais aucun des problèmes que j'ai eu avec Lohan ? Sondé, aspiré, habillé, etc ? Au début de notre allaitement… On m'examine, j'ai une éraillure et une toute petite déchirure qui ne nécessitera qu'un point, je m'attendais à bien pire vu ma hâte à en finir et la violence avec laquelle j'ai poussé vers la fin… La "couture" sera douloureuse malgré les anesthésiants ? Comme pour ma première déchirure à l'hôpital - Elodie en est désolé mais ce n'est pas de sa faute, mon organisme est totalement réfractaire aux anesthésiques locaux quels qu'ils soient… Puis elle me tend un sucre imbibé d'une teinture mère dont je ne retiens pas le nom sur le moment ? En fait il s'agissait de teinture mère de bourse-à-pasteur - je l'entend expliquer à Alice que c'est son ocytocine à elle. Je souris en pensant aux ampoules de synto qui attendent dans le bas du frigo, je suis bien contente que l'on n'en ai pas eu besoin finalement. Elodie se met à masser mon utérus au travers du ventre, pour l'aider à se contracter, et je serre les dents parce que c'est quand même douloureux, mais heureusement ça ne dure pas longtemps et ensuite on me laisse tranquille. Elodie ne cesse de dire - en plaisantant - que "j'ai tout fait parfaitement" , et je songe que même si pendant ma grossesse j'ai bien fait le tour de toutes les situations possibles et imaginables, aujourd'hui pas un instant je n'ai douté du fait que tout se passerait bien, tout allait tellement de soi… C'est tellement simple, finalement. C'est ce qui me restera, surtout… cette simplicité. Je crois que tant que l'on n'a pas vécu cela, on ne se rend pas compte à quel point c'est simple, un accouchement. Nous restons un long moment en peau à peau avec mon fils, pas encore envie de sortir de notre cocon ni d'abréger ce moment… Après quelques recommandations, Elodie part - avec Alice, elles reviendront le lendemain, puis plusieurs fois dans les jours qui suivront - , et tout retombe un peu, le quotidien ré-apparaît. Je me rends compte que je ne lui ai même pas dit merci, pourtant… je crois que je ne pourrais jamais assez la remercier de m'avoir accompagnée, de m'avoir donné la chance de pouvoir vivre ça. Comme j'ai faim, je demande à mon homme de mettre la tarte aux framboises dans le four et nous la mangeons tous les trois, en plongeant nos petites cuillères à même le plat. Et la vie continue. Avec le recul, rien ne s'est passé comme prévu… Je n'avais pas cette vision de l'accouchement à domicile, je pensais à un moment calme, des bougies allumées, de la musique douce… de longues heures qui s'égrèneraient pour me permettre de profiter pleinement de la beauté du moment présent, de ce qui a peut-être été mon dernier accouchement. Et puis finalement, ça restera une des plus - si ce n'est la plus - belles expériences de ma vie… Je pense qu'il me faudra du temps pour pouvoir trouver les mots, s'ils existent, capable de décrire ce moment, ce que j'ai vécu ce jour-là et à quel point cela m'a transformé. J'ai donné naissance à mon fils moi-même, personne ne m'a accouché, et c'est un cadeau, une force, un trésor. Et je ne cesse de remercier mes deux enfants, l'un de m'avoir faite mère, et l'autre de m'avoir fait découvrir quelle force pouvait avoir cette mère.
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