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J'ai eu un accouchement difficile

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A l'une de ces énièmes visites pour monitoring (vérifier si Naé ne suffoquait pas dans mon utérus trop protecteur) , on me dit que mon col s'est modifié, il est mou, un peu raccourci, et ouvert à 2 cm ! Je "saute" de joie : jusqu'à présent, je connaissais mon col dur long et fermé, et là, hallelujah, les faux travails que je faisais tous les jours n'étaient pas vains ! Je me dis alors que c'est peut-être pour bientôt. En plus, d'après cette sage-femme, le bébé est déjà bien positionné. Reste plus qu'à attendre. Deux jours plus tard, mon col n'a pas bougé. L'espoir diminue, même si je continue de me dire que ça peut arriver à tout moment. Arrive un jour, à 41 semaines d'amenorrhée 3 ou 4 jours, où j'annonce à l'équipe qui pratique systématiquement un déclenchement à 41 SA 5 que je refuse le déclenchement à cette date. Je veux me laisser le week-end, être à 42 semaines, avoir donc mes 41 semaines révolues, et attendre donc lundi, où là… mais c'est encore toute une histoire, je me dis que je suis en vrai dépassement de terme et que je ne peux plus prendre le risque de continuer cette grossesse.

En même temps, je me suis toujours dit aussi que si tous les contrôles étaient ok, et ils l'étaient, pourquoi s'alarmer ? Mon corps se préparait tout doucement : contractions, perte du bouchon muqueux, modification du col, et en plus de ça il y avait assez de liquide, Naé bougeait encore beaucoup, et les monitos étaient bons. Mais mais mais… cette fameuse épée chiffrée au-dessus de ma tête : 42 semaines d'amenorrhée ! Ce vendredi, au lieu de me faire déclencher, je suis allée voir une sage-femme qui nous a tous les 3 pris en charge d'une manière tellement douce, calme, et chaleureuse que je passais le reste de la soirée le sourire aux lèvres. En fin de séance, elle me fit un toucher et me dit qu'effectivement le col est ouvert, pas tout à fait court, mais en cours, et qu'il est bien souple. Elle me montre sur un schéma tout ce que mon col avait fait comme parcours et me dit "vous voyez, il a réussi à faire tout ça tout seul, il ne manque plus que la dernière étape, qui se fera également toute seule, si on vous fout la paix et si vous restez détendue… il n'y a aucune raison que ça ne marche pas. Vous n'avez pas besoin de ce déclenchement ! Rentrez chez vous, riez, faites l'amour, et ne pensez à rien, décrochez téléphone, oubliez famille, amis, et restez dans votre cocon ! " C'était les premières paroles positives que j'avais entendues depuis le début de mon suivi dans cet hôpital. Les premières. Des paroles qui allaient dans le sens de l'encouragement, et non dans le sens d'une course contre la montre, des paroles qui faisaient de moi une maman en devenir, et non un utérus qui commence à devenir dangereux pour mon bébé. La soirée nous l'avons passée dans notre cocon, j'étais encore empreinte de la douceur enveloppante des paroles et des manipulations douces de cette sage-femme si encourageante, et que je regrettais donc de n'avoir pas connue plus tôt. La suite, à partir du samedi matin, c'est le début de la fin. C'est le début de mon cauchemar. Ca devient un cauchemar parce que dans ma tête plus rien ne va, je sens lundi arriver, et rien ne bouge. Je me sens de plus en plus mal. Je me réveille le samedi matin et je pleure, Naé n'est pas décidé. Idem dimanche, je vis dans une ambiance lourde et négative, alors qu'on me dit de rester détendue… ahahah… J'ai quand même décidé que ce fameux déclenchement se ferait en douceur, on ne commencera pas directement au syntocinon, comme la maternité a l'air d'avoir l'habitude de faire, puisque j'ai dû préciser que je ne voulais pas commencer par ça. Je trouve ça effarant d'ailleurs. Si on ne dit rien, on commence direct par un bon déclenchement chimique.

Alors si on ne veut pas y passer, il vaut mieux connaitre l'état de son col, et savoir que s'il est favorable il y a quelques trucs à essayer avant le bon déclenchement de derrière les fagots. Je décide donc d'essayer le décollement des membranes d'abord. Lundi matin à 11h : décollement des membranes. Oui, en effet, ça fait un mal de chien. Le médecin me dit "dans 90% des cas, les femmes accouchent dans les 48h". J'ai du mal à y croire, mais j'ai tellement besoin d'entendre des sons d'espoir que je me laisse porter par cette note positive. Ah oui : mon admission à l'hôpital fut faite le matin-même, parce que dangereuse comme j'étais, si on tentait quoi que ce soit, même un décollement des membranes, il fallait que je reste à l'hôpital… au cas où… au cas où quoi ? Je n'ai pas compris pourquoi on ne pouvait pas me faire mon petit décollement de derrière les fagots, me laisser rentrer chez moi faire mon petit travail tranquille, et revenir au moment voulu… je n'ai bien évidemment pas eu de réponse quand je posais la question, si ce n'est une assez vague qui allait dans le sens où il valait mieux que je reste hospitalisée pour faire tout un bilan en cas d'anesthésie… et puis peut-être que dans leur boule de cristal ils avaient vu que ce décollement n'allait pas marcher et qu'il fallait aller vite, et que donc, c'était bien mieux si j'étais dans le coin… Bref, j'ai eu des contractions l'après-midi, qui étaient encourageantes… je suis restée avec manu dans cette chambre si lugubre en attendant… et puis, ce faux travail s'est interrompu. Mon organisme n'était pas prêt à prendre le relais de ces contractions provoquées. J'ai eu droit aussi à un peu d'accuponcture, mais… rien. Mon moral dégringolait encore d'un étage. Si ça n'avait pas marché, il fallait trouver autre chose, "forcément". Il fallait donc prendre une nouvelle décision le soir pour le lendemain. J'étais HS.

Dans une chambre à 2 lits parce que je remets toujours au lendemain ce que je peux faire aujourd'hui et que du coup je n'avais toujours pas souscrit à ma mutuelle, pour avoir une chambre seule (le courrier attendait sagement à la maison d'être envoyé). Manu ne pourrait donc rester avec moi cette nuit-là si je restais dans la chambre, alors que j'avais vraiment besoin d'être accompagnée. Ma tante et mon oncle sont arrivés et sont restés avec moi et manu jusqu'au milieu de la nuit. Plus le soir avançait, plus mon moral descendait. J'avais envie d'appeler Search. Dans un bain, je l'ai appelée et nous avons discuté de mon état moral, et des possibilités qui "s'offraient" à moi pour le lendemain. Avant ou après ce coup de fil, je ne sais plus, tout est tellement dissous dans cette vapeur si étouffante, nous avons eu une longue discussion avec l'interne, une jeune femme à l'écoute et prête à la discussion… mais si empreinte par la médicalisation, si convaincue dans cet hôpital que je devais absolument accoucher le plus rapidement possible… Ce que je n'ai pas encore dit et que je finis par dire à l'interne, c'est que l'après-midi, au contact de plusieurs sages-femmes, j'ai eu plusieurs discours différents : on me conseillait le Syntocinon d'abord, on me conseillait le Cytotec d'abord, on me déconseillait formellement le Cytotec, etc… (dont l'utilisation à cette fin, je l'appris plus tard grâce à Search, est visiblement illégale et dangereuse) , on me donnait tellement de sons de cloches différents que dans tous ce fouillis, j'étais incapable de savoir quelle décision était la bonne. Qu'est-ce qui était le mieux ? Le Cytotec servirait-il ? Jusqu'à quand je peux repousser cette échéance tant redoutée de la perfusion de Syntocinon ?! Imaginez-vous, à 2h du matin, complètement vidée, debout depuis 6h (la veille donc) , ayant subi un décollement des membranes inefficace, n'ayant pas pu récupérer un peu de sommeil, et devant prendre une décision importante pour le lendemain MATIN… ça devenait vraiment insoutenable, physiquement, et moralement. Décision fut prise : Cytotec le lendemain matin, à 9h. Je reste 2h sous contrôle monito, à 11h, ma poche se rompt, j'en suis toute contente. Pour moi, tout est signe d'accouchement imminent. Mais les sages-femmes ne sont pas si optimistes que moi à cet instant précis, ben oui, c'est banal une poche des eaux qui se rompt, et ce n'est pas du tout signe d'accouchement imminent.

Ensuite, je pars marcher dans les allées de l'hôpital. On s'arrête à la cafet et je prends quelque chose à grignoter. On me dit de rester à jeûn, mais rester à jeûn pour moi, si le travail doit durer toute la journée, c'est hors de question. Le Cytotec, comme le décollement des membranes, provoqua des contractions artificielles… mais qui ne se sont jamais régularisées. Vers 13h, on me propose un lavement, sensé avoir un pouvoir de régularisation des contractions, j'accepte immédiatement, non pas pour ce pouvoir qu'il aurait, mais à cause de la gêne que je sens depuis la veille… bien entendu, il m'a bien aidée à me soulager, mais il n'a eu aucun effet sur les contractions. A 14h : conclusion est faite : échec du Cytotec. On m'avait dit le matin que parfois il fallait plusieurs gélules pour que ça marche, seulement on m'a aussi dit que dans mon cas, j'avais beaucoup trop de contractions pour pouvoir m'administrer un autre Cytotec sans danger. Il fallait donc passer "aux choses sérieuses", donc au Syntocinon. Dégringolage d'un autre étage pour mon moral. 15h : pose de la perfusion de Syntocinon. A partir de ce moment-là, je n'ai plus quitté cette salle d'accouchement jusqu'à la nuit suivante, à 5h du mat… C'est le coeur du cauchemar. Non seulement par le souvenir nauséabond que j'ai de ce moment, mais aussi par cette ambiance engluée, vaporeuse, comme dissoute dans ma mémoire… comme si j'étais entrée en transe à ce moment-là, et pour des heures et des heures… En plus, pendant ces longues heures, au milieu de la douleur, j'avais aussi des piques de fièvre, et cet état fièvreux est fatigant à un point… et je n'avais pas le droit de boire ! Manu heureusement m'amena moult compresses trempées dans de l'eau fraiche, et quand il n'y avait personne dans la salle, je lui demandais de me donner un verre d'eau… mais en plus de 14h de travail, je n'ai donc bu que 3 verres d'eau. Bien évidemment, à un certain moment les contractions deviennent insupportables et je demande la péridurale. La super anesthésiste dit "bah oui dis donc c'est difficile à piquer, j'arrive pas bien à voir les vertèbres… c'est le poids, vous en avez pris pas mal hein pendant la grossesse ? "… OUI MERCI C*****SSE DE ME LE RAPPELER ! Bref, je crois que la péri a été posée dans les environs de 18h, et elle n'a fait effet qu'une heure… c'est à dire que de 19h à 5h du matin, j'ai vécu des douleurs absolument atroces que je ne voudrai revivre pour rien au monde. Ce n'était pas au niveau de l'utérus que j'avais mal, je ne sentais pas les contractions à ce niveau-là, mais à chaque contraction, la douleur se localisait au niveau du col, comme si la tête poussait et écrasait aussi le rectum au passage. Mais ce n'était pas une simple sensation de poussée, c'était vraiment une douleur insupportable. J'ai fait appeler 2 fois l'anesthésiste qui m'administra des doses de cheval visiblement, mais qui ne réglèrent le problème que très superficiellement et temporairement. Pendant ce temps de douleur que je n'arrivais plus à supporter, je ne pensais pas à la dose que j'infligeais à mon bébé. Je ne pensais pas non plus que j'allais ralentir le travail de manière assez alarmante. Parce que c'est ce qui arriva… mon col ne s'ouvrait plus… il s'ouvrait déjà à peine d'un demi-cm par heure pendant toute cette journée, et là en deux heures et demi il stagnait à 6 cm sans aucune modification… c'est donc là qu'on m'a parlé de césarienne. La poche était rompue depuis 11h le matin, j'ai eu des piques de fièvre (et une petite perf d'antibios) , et mon col restait bloqué… il fallait faire quelque chose. Ben voilà, un nouveau choc, j'ai dû pleurer toutes les larmes que je pouvais encore laisser couler pour "accepter" cette césarienne. Là, pour la césarienne, l'anesthésiste m'injecte ENFIN le produit qui me soulage de ces douleurs insupportables. Je me dis que c'est ça que j'aurais voulu avoir. Et oui, sans sommeil et dans la douleur, je ne pense plus qu'à la stopper cette douleur, l'envie d'avoir la sensation de pousser au moment de l'expulsion est secondaire, parce que lointaine… je ne me voyais même pas accoucher ! Je n'étais que douleur. Avec tout ce que je me suis pris dans le corps comme anesthésiants, sans plus aucune douleur, et sachant qu'il y avait enfin une issue, à ce moment, je fus soulagée. Oui, l'annonce de la césarienne, après avoir été un douloureux moment d'acceptation, fut un soulagement. Je me suis laissée totalement porter… j'ai lâché prise complètement… je n'ai jamais connu pareil état… j'acceptais tout, rien de pire ne pouvait m'arriver, je souriais pour un rien, tout en ayant l'impression que je ne fonctionnais qu'à moitié, dans ma tête et dans mon corps (ce qui n'était évidemment pas faux pour le corps… ben et pour la tête pas franchement non plus). On m'a installée dans la salle de césarienne. J'avais la tête complètement à plat. Mes deux bras éloignés de mon corps et rattachés à des perfusions, des brassards de tensiomètre, etc… Mes poignets étaient même attachés.

Et le champ opératoire, je l'ai eu au niveau du cou. Je n'étais plus qu'une tête. Et encore… je n'étais plus maitresse de rien du tout. J'attendais qu'on fasse rentrer Manu. Même dans cet état second, il m'était impensable de faire naître Naé sans qu'au moins son père puisse l'accueuillir. On fait enfin entrer Manu dans la salle, et l'opération commence. Je sens tout, sans aucune douleur. Je sens qu'on m'ouvre et qu'on "m'écarte" le ventre. Je trouve ça long alors qu'il parait que ça ne dure qu'une quinzaine de minutes. Pendant tout ce temps, manu est derrière moi, sur la gauche, et mon regard est fixé sur lui. Lui, même pas peur, regarde toute l'opération. Je le vois qui voit la naissance de notre fils. Et là, même dans ce moment si surréaliste, au moment ou je sens que Naé sort de mon ventre par cette impression d'un poids qu'on enlève, je vois les larmes de Manu qui voit son fils naître, et j'entends les premiers pleurs de Naé. La vision de Manu et les pleurs de Naé sont alors pour moi les moments les plus beaux que j'ai pu vivre dans tout ce cauchemar. Et les seuls. On me présente Naé, à ma tête, mais je suis ficelée, je ne suis plus qu'une tête ! Je ne peux même pas le serrer, je n'arrive pas à prendre la bonne distance pour bien le voir, et réaliser que c'est mon fils. Je ne peux rien faire. Je voulais avoir du temps, pour lui et moi, pour le mettre au sein. Mais non. Ce que je redoutais est arrivé : j'ai eu cette impression de ne pas reconnaitre Naé comme mon fils à ce moment… et ce, entre autres, pour des raisons "physiques" : je ne le voyais pas bien, je ne voyais pas à quoi il ressemblait, je ne pouvais le toucher qu'avec ma joue, mes mains ne pouvaient pas le toucher… J'avais envie que ce contact qui ne me convenait absolument pas cesse, qu'on me recouse et qu'on me redonne mon petit dans les bras après, pour que je puisse en profiter pleinement. Je ne voulais pas que cette première rencontre se passe comme ça. Il est ensuite parti avec son père. Et vient le moment où on me recoud. Euh… l'aspirateur là, je sens que ça fait un peu froid… et ce que vous faites, là… ça me fait mal… oui oui, ça me fait mal, plus ça va, plus je sens la douleur… je crie même un aïe ! Et le chirurgien me pose la question la plus stupide que j'ai pu entendre " mais c'est quoi qui vous fait mal ? ". PEUT-ETRE QUE JE SUIS EN TRAIN DE SENTIR TES INSTRUMENTS ME TRITURER LES VISCERES NON ?!!! L'anesthésiste fronce les sourcils, il a l'air dépité, je lui explique que je commence VRAIMENT à sentir les douleurs, que ça commence à ne plus aller, et là hop, trou noir, il me fait une anesthésie générale pour 10 mn, le temps de recoudre. N'oubliez pas le post d'Emmanewl, il raconte d'une autre manière tout ce que je viens de décrire.

En général, toutes les étapes suffisent pour que l'accouchement prenne le relais… mais chez moi, rien n'a marché. Et cette maudite anesthésie générale, bien qu'indispensable (oui, je pourrai même m'estimer heureuse que l'anesthésiste m'ait crue et écoutée, parce que j'ai bien lu plusieurs fois qu'on pouvait recoudre des mamans à vif) , m'a gaché le reste de la journée. Parce que j'étais dans le gaz, dans une fatigue intense et artificielle, cumulée en plus à la fatigue réelle de ce long périple. J'ai le sentiment de ne pas avoir vécu tout ce qui a pu se passer durant cette journée, comme si ce qui m'arrivait ne m'appartenait pas. Il n'y a que maintenant, des jours plus tard, que je me pose des questions, que je me demande tout ce qui s'est passé. Parce que cette première journée de naissance de Naé est donc la première où je l'ai mis au sein. Et je ne me souviens pas de la première tétée… je n'en ai aucun souvenir. C'est donc pour moi un drame de plus. J'ai loupé cette autre rencontre avec lui, je ne m'en souviens même pas ! Et bien évidemment, c'est la deuxième étape de mon récit, je n'ai vraiment pas été aidée du tout à mon retour dans cette chambre lugubre, dans ce service "mère-enfant" par le personnel en place. J'étais bloquée le premier jour dans le lit, du fait de la césarienne. Je dépendais donc totalement du personnel si je voulais prendre mon bébé, ou même ne serait-ce que lever le dossier du lit !

Parce que j'avais un vieux lit d'hôpital, pas du tout adapté à mes besoins de femme césarisée, et que la manette pour élever ou baisser le dossier du lit se trouvait… en-dessous du matelas ! Logique et pratique ! (là où je travaille, en psychiatrie adulte où tout le monde logiquement est valide, on a le luxe d'avoir deux lits à télécommande que le malade peut gérer lui-même, et on fait des pieds et des mains pour faire ce changement de lit le jour où un patient alité le nécessite…). Je devais donc sonner pour tout ce que je voulais faire. Et bien évidemment, du coup, aucune mise au sein n'a été faite sans personne, pour voir comment lui et moi on pouvait simplement se découvrir. Depuis le début, j'avais quelqu'un qui me disait comment faire, et ce, à chaque mise au sein. Je n'avais plus de marge de liberté, d'essayer par moi-même, et de demander conseil seulement s'il y avait un problème. Et bien évidemment personne n'avait la même technique, ni le même discours. Naé refusait le sein. Il y avait une vieille bique, c'est comme ça qu'on l'a surnommée Manu et moi, 30 ans de métier se plaisait-elle à dire à une maman peu sûre d'elle qui voulait donner le bain à son bébé, qui savait tout, et qui faisait tout. Le souvenir de son visage et de sa voix si caractéristiques me hérisse les poils dès que j'y pense. Elle n'avait aucun tact, elle faisait avec moi comme elle faisait avec toutes les autres mamans. Elle prenait le bébé des bras de Manu sans lui demander, me le flanquait au sein, me pinçait le téton pour le mettre dans la bouche de Naé toujours sans rien me demander ou m'expliquer, et ça devait marcher comme ça. Au départ, comme j'avais ces fortes douleurs de la césarienne, et que surtout, c'était mon premier bébé, que maman n'était pas là pour m'apprendre à donner le sein par exemple, je ne disais trop rien et essayais de me fier à ce qu'elle pouvait dire. Mais quand j'ai repris des forces et que je faisais attention à ce qu'elle pouvait dire, j'ai essayé de lui faire comprendre, manu aussi, qu'on était pas du tout d'accord avec ce qu'elle disait. Et surtout, au 4e jour, alors que Naé refusait toujours le sein, que j'allais de plus en plus mal moralement, elle me dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça, que j'étais sa mère, que j'étais responsable de lui, que je ne devais pas le laisser sans nourriture, que je devais le prendre en charge, parce que sinon, on le transfère et on le perfuse direct. J'ai éclaté en slanglots en lui criant à la face que ce n'était pas comme ça qu'elle m'aidait. Comment voulez-vous être détendue et se sentir mieux si on vous fait comprendre que vous êtes nulle et qu'on vous parle de perfuser votre enfant ?! A partir de ce moment, je ne l'ai pratiquement plus vue. Par contre, après, j'ai eu droit à la visite d'une de ses collègues, aussi compétente humainement qu'elle. Je venais, pour la première fois, de passer une tétée d'un quart d'heure à chaque sein, j'étais absolument ravie, je pensais que ça y est, c'était parti. Mais ce que je ne savais pas et qu'on ne m'expliquait pas, c'est que je n'avais pas encore assez de lait pour le nourrir réellement. Cette femme arriva donc avec la courbe de poids pour bien me montrer que là fallait plus déconner, il était en danger et il fallait absolument lui donner un "complément". Après ce sentiment si joyeux que tout allait rentrer dans l'ordre, elle venait me saper le moral en me disant "mais oui mais on peut pas le laisser sans rien boire ! Il était au sein oui, mais ça veut rien dire, il y a sûrement rien pour l'instant ! " Cette c****sse ensuite s'expliquait tellement mal que je refusais tout bonnement de lui donner autre chose que mon lait. Elle se mit sur la défensive et me répondit "écoutez, moi je vous informe, maintenant si vous refusez j'y peux rien, je vais prévenir le pédiatre". Bien heureusement le pédiatre est arrivé et m'a expliqué le problème, qui n'était pas grave, et m'a expliqué que le complément serait donné non pas au biberon mais comme je le voulais, à la seringue par exemple, pour la nuit après chaque tétée et qu'on réévaluerait le lendemain, que ce n'était que transitoire, le temps qu'il reprenne du poids. C'était pourtant pas compliqué de me l'expliquer comme ça ! J'aurais jamais refusé un complément si j'avais vraiment compris les enjeux.

En bref, de tout le personnel présent durant mon séjour, il n'y a eu que 3 sages-femmes et une auxiliaire de puériculture humaines avec qui le contact passait bien. Tout le reste de l'équipe se composait de personnes absolument incompétentes qui n'encourageaient pas la maman dans son rôle mais qui passait son temps à lui dire comment faire et en lui expliquant que si elle ne le faisait pas, il y avait un gros risque. J'eus droit aussi par exemple à ceci quand Naé refusait le sein et hurlait : " Ohlalala bébé, tu n'es pas content ! Tu es faché ! Qu'est-ce qu'elle t'a dit ta maman ? Je ne sais pas ce que vous lui avez dit, mais ça ne lui plait pas hein ! ". Autres exemples de la compétence de la vieille bique : ma première voisine de chambre venait d'accoucher de son 5ème bébé. Cette auxiliaire du diable venait encore lui apprendre comment langer son bébé, comment lui donner et le sein, et le bain ! Elle ne prenait absolument pas en compte l'expérience de cette maman. Malheureusement ma voisine ne dit rien parce qu'elle ne comprenait pas le français et ne faisait qu'aquiescer passivement. Ma dernière voisine de chambre venait d'accoucher de son premier bébé. Elle est arrivée dans la chambre vers 11h et avait accouché à 5h du matin. La vieille bique venait donc de temps en temps pour voir comment se passaient les tétées. A la deuxième tétée en chambre, elle n'a pas pu s'empêcher de lui expliquer qu'il fallait qu'elle prenne le sein assez régulièrement, SINON, elle allait se déshydrater, il fallait appeler le pédiatre, peut-être la perfuser et voir ce qu'il faudrait faire. C'était mon dernier jour, j'attendais avec impatience que le médecin vienne pour ma sortie, et j'étais outrée, ça m'a foutu dans une rage folle d'entendre les paroles de cette femme, et de penser qu'elle continue d'exercer auprès de tant de mamans en ne leur parlant que des risques EVENTUELS que leurs bébés courraient. Mon séjour dans cet hôpital, du début à la fin, a été l'une des pires périodes de toute ma vie, alors que ça aurait dû être l'une des plus heureuses. Attention, je n'ai pas envie d'entendre que je dois relativiser, que finalement, je n'ai pas eu de complications, que bébé et moi on va bien, que je me plains de choses futiles ou autres… je livre ici mon expérience et mon ressenti, et j'interdis à quiconque d'y porter un jugement. Je tiens à donner mon témoignage, pour qu'on puisse me comprendre, pour que d'autres qui se reconnaissent parfois dans certaines expériences de mon témoignage se sentent un peu moins seules également, pour les écouter me dire qu'on n'est pas seules dans cette galère et qu'on a envie toutes d'avancer et de faire quelque chose de constructif des drames qu'on a vécu à des degrés différents… mais qu'on a eu mal, qu'on a encore mal, et qu'on a envie d'être reconnues dans cette douleur, et non niées. Mon ressenti d'aujourd'hui va dans un sens combattif. Enfin, ça c'est plutôt ma raison. Parce que mon ressenti… je cherche, tous les jours, je cherche ce qui a pu m'échapper. Je cherche à comprendre.

Et mon ressenti… parfois je me sens comme une petite fille qui envie ses copines d'avoir ce qu'elles veulent. Parce que oui, très égoïstement, je ressens une douleur terrible quand je lis ici et là des témoignages d'accouchements qui se déroulent tout à fait normalement. Dans chaque témoignage, je me retrouve à un moment donné, et puis hop, elles continuent leur chemin en Terre d'Accouchement (Search) sur le chemin le plus facile et gai, alors que moi j'ai dévié et pris un chemin sombre et empli de ronces. Alors qu'on avait le même point de départ. Voilà ce qui est le plus douloureux. C'est vraiment étrange mais il y a un phénomène dans le déroulement d'un accouchement qui me peine au point de faire couler mes larmes à chaque fois que je le lis, c'est celui de la dilatation du col. Je vous assure que je pleure chaque fois que je lis un témoignage où on parle de dilatation du col qui évolue. Je n'ai pas eu cette "chance". Parfois, pour me consoler, on me parle d'une éventuelle prochaine grossesse. Mais l'idée de cette "éventuelle prochaine grossesse" aussi me fait atrocement mal. Il m'est impensable aujourd'hui d'envisager une autre grossesse après ce que je viens de vivre. J'ai vraiment trop peur, malgré le fait qu'on dise toujours qu'une grossesse n'est pas l'autre, de revivre ne serait-ce qu'un chouilla de ce que j'ai vécu à cet accouchement. J'ai peur de me projeter de manière positive dans une autre grossesse. J'ai l'impression de ne pas avoir le droit, qu'on m'a enlevé tout droit de vivre une naîssance dans son total respect. Et surtout ça n'enlèvera en rien tout ce que je n'ai pas et tout ce que j'ai mal vécu durant cet accouchement-là. Et concernant les pratiques hospitalières… j'aime rai vraiment ne plus lire que tout ce qui se passe à l'hôpital est rare, ou pas systématique. Je ne parle plus de détails ou d'actes qu'on fait. Je lis trop souvent de phrases du genre "puisqu'à mes 5 accouchements dans 3 établissements différents je n'ai pas eu d'épisiotomie, ce n'est donc pas systématique ! " Je parle d'une mentalité médicale ambiante, et non plus de ces actes isolés qu'on pratique ou non. Je parle de l'hôpital universitaire de Strasbourg où la moitié de la population, et la plus défavorisée de Strasbourg vient accoucher. Et cette population, qui pour une partie ne parle pas français, n'a d'autre choix que de "subir" les protocoles instaurés à Hautepierre. Elle ne se renseigne ou documente pas autant que moi. Et moi, malgré tout ce que j'avais appris, voilà ce que j'y ai subi. Et pourtant, cet hôpital a amorcé une ébauche d'évolution. Notamment au niveau du projet de naissance qui n'est absolument pas inconnu au personnel et qui s'est pris la peine de le lire (en tout cas, en salle d'accouchement, parce que pour les premiers soins du bébé, en parlant avec Manu qui était aussi dans un état second, j'ai de sérieux doutes…). Mais depuis le 8e mois de grossesse, l'hôpital par ses multiples surveillances dans ses locaux, donc normalement voués à SOIGNER des PATHOLOGIES, a fait de cette grossesse une grossesse à EVENTUEL risque, de moi un utérus qu'il faut absolument surveiller de très près.

Et ce dépassement de terme, saurai-je un jour si c'en était un vrai ? Ai-je pris les bonnes décisions ? A savoir me fier à ce chiffre de 42 semaines d'amenorrhée, plutôt qu'à leurs moults contrôles qui montraient que tout allait bien ?! Qu'il n'y avait pas de pathologie avérée ? C'est vraiment la question centrale de tout ce vécu. Si mon corps se préparait… que serait-il arrivé si je l'avais laissé continuer son chemin tout seul au lieu de succomber à la pression médicale qui dit que les 41 semaines révolues sont dangereuses ? Le saurai-je un jour… En tout cas, dans tout ce périple, j'ai un énorme merci à faire à Search. J'ai perdu ma mère un mois avant de donner naissance à Naé et je me trouvais desemparée de ne pas pouvoir l'avoir à mes côtés pour ce moment. Mais heureusement, pendant tout ce chemin en Terre d'Accouchement, je savais qu'à chaque moment, chaque peur, doute angoisse ou question, il y avait quand même quelqu'un sur qui je pouvais compter. Une présence féminine, une mère, quelqu'un qui éprouvait de l'empathie, qui savait m'écouter, et qui a su me conseiller. Il y a bien des moments ou, alors que je ne connais même pas son visage, j'aurais aimé qu'elle soit tout à côté de moi. Mais même si ce n'était pas physiquement, je la sentais proche de moi quand même, et sa présence a été vitale. Je te remercie, Search, de tout ce que tu as fait pour Naé et moi. Et tout comme il connaitra sa grand-mère à travers mes mots d'amour, il saura aussi qui nous a accompagné tous les deux pour sa naissance. Edit : j'ai modifié une erreur dans le début du récit où je parlais de "42 semaines révolues"… c'était bel et bien 41 semaines révolues, donc entrée dans la 42ème semaine… (note : le chef de service se sert de cette technique de confusion pour bien me mettre la pression, ça fait plus peur 42 semaines, que 41 révolues…).
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Cesa mal vecue, qui d'autre?

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Bonjour les filles, Le 25 Septembre 2012, mon fils est né par césarienne. Je n'ai pas spécialement mal véçu le fait d'accoucher par césarienne. Je n'avais aucun désir articulier d'accoucher apr voie basse. La césarienne est intervenu en...Lire la suite


 
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