Histoire vécue Grossesse - Bébé > Adoption      (2580 témoignages)

Préc.

Suiv.

Je suis atteinte dans ma dignité

Témoignage d'internaute trouvé sur aufeminin
Mail  
| 506 lectures | ratingStar_87191_1ratingStar_87191_2ratingStar_87191_3ratingStar_87191_4

Je mappelle Céline, j'ai 24 ans et j'ai été adoptée au Pérou à Lima à lâge de 15 jours par un couple de jeunes français qui sont devenus mes parents. Jusquà la naissance de ma petite fille il y a 4 ans j'ai vécu une vie paisible auprès deux, sans me poser de question. Une vie française, confortable, avec ses peines, ses joies.

Et puis, laccouchement, une projection soudaine dans mon propre passé, un passé que je ne connaissais pas et qui quelque part me faisait peur. Pendant deux ans, je vais chercher à avoir des contacts avec des gens de mon pays, bizarrement, je ne cherche pas tout de suite à retrouver ma mère, mais dabord ma culture. Deux ans de galère et de coups durs pendant lesquels j'ai du accepter que jétais différente des péruviens : je ne parlais pas leur langue, je ne comprenais pas leurs blagues, je ne vivais pas de la même manière, ni ne pensais de la même manière. Cétait pour moi de grands inconnus et pourtant, jaurai tout donné pour être comme eux.en dehors du physique bien évidemment.

Et puis le destin a mis sur mon chemin ce garçon. Un péruvien bien sûr. Lui, il est comme moi, mais à linverse. Il est en France depuis peu et cherche à sintégrer dans ce nouveau pays, dont il ne connaît rien, ni la langue, ni la culture, ni les mentalités… Tous les deux, on sétait trouvé.

Pendant 1 an on va tout sapprendre, lun à lautre. Je lui enseigne ma culture française, afin quil sintègre plus facilement dans la société, lui va menseigner tout du Pérou, car personnellement jen avais besoin, pour moi même. Bilan, au bout dun an, il parle le français correctement, je parle lespagnol couramment. Ca y est, la partie péruvienne qui dormait en moi sest réveillée, et je me sens mieux.

Alors un matin de décembre, lannée dernière, je décide de retrouver ma mère biologique. Le père de mon ami entame les démarches là-bas, une recherche qui durera quelques semaines mais au bout de laquelle je mentends dire "Céline, on a retrouvé ta maman". A ce moment cest plein de sentiments différents qui semmêlent en moi. Je vais enfin découvrir la vérité une vérité à laquelle je ne mattends évidemment pas.

Mes parents, en 1980, sont passés par le Rayon de Soleil de lEnfant Etranger en France pour mon adoption. Cette même association sest occupée de toutes les démarches administratives à effectuer avec leurs correspondants au Pérou. Ces correspondants, qui étaient chargés de "trouver" des bébés, leur ont été présentés comme une association (appelons là B) qui recueillait des enfants abandonnés par leurs familles, donc adoptables. La vérité, cest que ces personnes étaient des trafiquants denfants : ils dupaient des mères en situation difficile, dans la misère et la pauvreté, afin de leur soutirer leurs bébés ou leurs enfants. Les mères pensaient, en se rendant dans les bureaux de lassociation B, trouver une aide, une main qui se tend. Et ces personnes savaient se faire passer pour leurs anges gardiens. Ils leurs proposaient pouponnière, vivres, vêtement, soins du bébé, soin pendant la grossesse. La seule condition, que la mère laisse son bébé ou son enfant dans leur pouponnière (via leur autorisation sur papier avec signature) le temps de retrouver une situation stable. Ensuite, ils inventaient nimporte quelle excuse pour ne pas que la mère revoit son petit.

Cest dans ce contexte que mes parents mont adoptée. J'ai donc été "enlevée" à ma mère naturelle, elle na jamais voulu mabandonner. Evidemment, ils ne savaient rien de tout ça, eux aussi ont été dupés par lassociation B. La vérité, cest ma mère naturelle qui me la racontée ce 24 février 2004, par téléphone, en pleurant toutes les larmes de son corps car pour elle, nos retrouvailles relevaient dun miracle.

Par la suite, j'ai fait un premier voyage au Pérou, en avril, pendant lequel ma mère et moi avons cherché toutes les coupures des journaux de lépoque qui relataient les faits. Nous en avons trouvé pleins (des unes de journaux…). La famille de trafiquants (le père, la mère, les 2 filles) , ainsi que les juges qui signaient les adoptions ont été arrêtés 1 an et demi après mon adoption (suite aux plaintes de toutes les familles et de lenquête qui a eu lieu) et ont été jugés en juin 1984, à 25 ans de prison. Les mères, qui avaient été bernées, ont demandé que leurs enfants reviennent au Pérou, mais cela a été refusé. 4 ans après cela peut se comprendre. Nous avions déjà une autre langue, une autre culture, et des parents qui nous aimaient. Pour eux, quelle déchirure cela aurait été ?

Le Rayon de Soleil de l'Enfant étranger a su tout cela quand les trafiquants ont été arrêtés. Par conséquent, ils ont arrêté aussi les adoptions au Pérou. Mais ils nont rien révélé aux familles au moins pour leur dire que ces enfants nétaient pas abandonnés, pour leur dire la vérité sur leur histoire. Ils ont gardé cela pour eux.

En juillet, je suis retournée à Lima. Là-bas, en me rendant au palais de justice, j'ai pu avoir la copie intégrale de tout le jugement des trafiquants, ainsi que la liste de tous les enfants qui étaient concernés par ce trafic, entre janvier 1980 et décembre 1981.

En revenant à Paris je me suis dit que cela ne pouvait pas continuer comme cela. Javais entre les mains des articles de journaux, montrant des mères complètement écurées et effondrées par la perte de leurs enfants (certaines avaient perdu jusquà 3 enfants) , javais la liste, javais des noms, javais la photos des passeports avec les numéros, je connaissais leur histoire à eux ces enfants qui sont en France et qui eux aussi ont été adoptés via le Rayon de Soleil et eux, ne savaient rien. Je repensais à la souffrance de ma mère et essayais de mimaginer la souffrance des autres. Que faire ? Javais un dilemme.

Les trafiquants ont été relâchés au bout de 16 ans de prison pour faute de preuve ! Cest ça ! ! Lenquête a duré 3 ans, le jugement deux semaines, la copie du jugement fait 140 pages dans lesquelles sont relatés tous les faits, les plaintes de chaque mères et en ce qui concerne leur sortie de prison, cest un jugement de 8 pages. Les 7 premières pages reviennent sur les faits qui leur étaient reprochés, et UNE page est consacrée à la décision du juge, sans aucune explication. Faute de preuve ils sont relâchés ! La partie civile (les mères) nont pas été prévenues, elle ne le savaient même pas ! Cest moi qui lai appris à ma propre mère ! Je pense quils ont payé pour leur sortie, cest évident.

Je retourne donc au Rayon de Soleil à Paris et leur mets les faits sous le nez.

Pour ce qui est du fait quils le savaient, ils ne le nient pas. Mais pour ne pas paniquer les familles ils préféraient garder le silence… Et ne jamais rien révéler ! Je leur dis que ces enfants (ces adultes maintenant) ont le droit de connaître leur histoire. Ce nest pas pousser des gens vers leur origine (car cela est une décision, un choix personnel) mais révéler un élément essentiel de leur dossier. Cest une nouvelle pièce à apporter, ce sont eux les premiers concernés !

Après de maintes et maintes discussions avec eux, en rendez vous, au téléphone, ils finissent par me dire quils vont maider et prévenir les familles. Je me suis dit : "bon ça va, il leur reste un brin dhumanité dans leur cur".

Et puis, coup de théâtre ! Je retrouve une des mères affectée en 1980 par le trafic : celle qui a perdu 3 enfants (un bébé, un enfant de 2 ans et de 3 ans). Elle me raconte son histoire et se met à pleurer. A l'époque, les policiers lont beaucoup soutenue, car étant la mère la plus atteinte, par la perte de 3 enfants. Alors quon a refusé le rapatriement aux mères, les policiers lui donne ladresse des 3 familles où ont été adoptés ses petits. Mais ils lui disent bien de ne jamais le révéler, car sinon toutes les mères feraient la même chose (normal ! ) Alors elle écrit à chacune des 3 familles une lettre destinée à ces enfants. Une seule répondra, la famille qui a adopté le bébé, qui est désormais un petit garçon de deux ans et demi. Un appel court. Un seul appel et plus de nouvelles. Cette mère a juste pu savoir que son enfant allait bien, cest tout. Quand elle va retenter de les contacter, ils ont déménagé. Elle réussi à avoir les coordonnées du Rayon de Soleil. Celui-ci lui répondra quelle doit à présent couper le contact avec ses enfants. Pour la rassurer ils lui disent que ses 3 enfants se voient régulièrement et quils fêtent Noël chaque année ensemble Jy crois pas une seconde ! Et bien sûr, ils refusent de lui donner les nouvelles coordonnées de la famille. Les autres nont jamais répondu.

En sachant tout ça, que cétait un trafic, que les mères nont pas abandonné leurs enfants, quelles étaient désespérées par leur perte et quelles cherchaient juste à avoir des nouvelles (puisque je le rappelle le rapatriement avait été refusé) , ils ont envoyé cette mère sur les roses et ont coupé volontairement le seul contact quelle pouvait avoir avec son enfants ! Mais où va t-on ! ? ? Reste t-il un semblant dhumanité à ces gens là ! !

Je me rappelle que lors de mon premier rendez vous avec eux, en ce qui concerne cette histoire, ils mont dit "enfin vous savez il y a peut être eu un trafic mais il y a pas mal de mères qui regrettent tout simplement davoir laissé leur enfant ! ". Mais cest horrible de dire ça ! Cest une décision de justice qui a été rendue, il y a eu une enquête de 3 ans, alors je ne suis pas daccord. Je suis certaine que lorsque cette mère a eu un contact avec une des familles, celle ci a du prendre contact avec le Rayon de Soleil pour avoir des explications Et les connaissant maintenant jimagine leur réponse "ne vous inquiétez pas, elle regrette sûrement son geste donc elle a imaginé toute cette histoire de trafic et veut reprendre contact, nous allons nous en charger" Eh oui, quaurait dit la famille si elle avait su la vérité à lépoque ! ? Le Rayon de Soleil naurait-il pas eu des problèmes ?

Et puis un autre indice me met sur cette piste. Quand la présidente actuelle ma appelée cette semaine pour me dire quils allaient contacter les familles, elle ma dit "mais pas toute, il y en a certaine où ça ne sera pas possible"… lui avait dit lancienne présidente. Je nai pas tilté au début mais après avoir eu cette pauvre mère au téléphone, je pense sincèrement que si ça se trouve ils ne veulent pas contacter la famille de lépoque car justement ils nauraient pas dévoilé la vérité à ce moment. Donc si aujourdhui ils appellent en disant "bon on revient sur ce quon a dit, il y a effectivement eu trafic. Comment va réagir la famille ! ? ?"

Dans toute cette histoire, moi qui recommençais à me construire, je me sens véritablement trahie. Hier je regardais les photos de tous ces enfants (y compris moi même). Il me semblait nous voir comme des bêtes en exposition dans une foire. Des enfants si innocents, qui nont rien demandé.

Oui j'ai été heureuse ici, mais mes problèmes didentités sont confus et je me sens embrouillée dans ma tête. J'ai envie de me battre pour les autres enfants volés, puisquils sont en France, les retrouver (nous sommes 25 enfants au total concernés par ce trafic) , au nom de toutes les mères qui ce jour là nont eu quune seule erreur : celle d'être pauvre et innocente.

J'ai la rage contre cette association, mais je ne connais pas mes droits. Je sens que quelquun doit payer pour ma souffrance et peut être la future souffrance des autres. Ils ont joué avec notre vie comme si nous étions de simples pions quils pouvaient manuvrer à leur goût. Ils ont menti à nos parents, ils leur souriaient quand ils nous voyaient quelques années après, je me rappelle quand javais 4-5 ans.Mais derrière ce sourire, ce "ah mais comment elle va notre petite Céline ! " ils savaient quune personne me cherchait et aurait tout donné juste pour savoir comment jallais, si jétais bien, si on soccupait bien de moi.

Je remercierai toute ma vie mes parents adoptifs de mavoir donné autant damour. Je sais quelle chance j'ai eu dêtre ici, surtout quand je pense à mes frères et surs là bas. Mais cela ne méritait pas la souffrance et les pleurs de ma mère depuis si longtemps. Ils détenaient un lourd secret, et au nom de leur réputation, ils ont préféré le garder, quitte à faire souffrir encore plus les mère biologiques, enterrées dans leur désespoir.

J'ai la rage, les larmes qui montent que puis-je faire ? Pour eux, pour elles, pour moi. Quelque part, je me sens atteinte dans ma dignité. On a joué avec ma vie, derrière mon dos… Je ne peux pas laccepter. Cest trop dur.
  Lire la suite de la discussion sur aufeminin.com


87191
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Adopter apres un enfant biologique - adoption

image

Bonjour, Je me permets de me joindre à la discussion. Notre "cas" va sans doute vous sembler très bizarre, mais je l'expose quand même. Nous sommes mariés depuis 6 ans, en couple depuis 10 ans et nous souhaiterions adopter. Les "hic" sont les...Lire la suite

Adoptee et maman a mon tour - adoption

image

Bonjour. Je suis une jeune maman d'un petit loup de 2 ans. J'ai été adoptée quand j'étais toute petite (3 mois) et je l'ai toujours très bien vécue ! Seulement depuis que je suis devenue maman je le vis différemment. Je veux dire que l'idée...Lire la suite


 

Témoignages vidéos
J'ai envie de rendre un enfant heureux
Sur le même thème
Adoption internationale chine
Adoption en Chine
Voir tous les  autres témoignages