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Allaitement et médicaments : l'avis de Jack Newman

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FEUILLET N° ; 9a Jack Newman.

Vous pouvez continuer à allaiter (Médicaments et allaitement).

Introduction.

Depuis des années, beaucoup trop de femmes se sont fait conseiller, à tort, de cesser d'allaiter. Si la mère doit prendre un médicament, par exemple, la décision de poursuivre l'allaitement se fonde sur bien d'autres facteurs que sur la présence éventuelle du médicament dans le lait maternel. Il faut aussi tenir compte des risques que le lait industriel représente pour le bébé, pour la mère, la famille et la société. Et le fait de ne pas allaiter présente tellement de risques que la principale question est : La faible quantité de médicament excrétée dans le lait rend-elle vraiment l'allaitement plus dangereux que l'alimentation au lait industriel ? La réponse : Presque jamais. La présence d'une faible dose de médicament dans le lait maternel est presque toujours sans danger. En d'autres termes, la prudence recommande de continuer à allaiter, et non d'arrêter.

Il ne faut pas oublier que suspendre l'allaitement pendant une semaine peut induire un sevrage définitif car le bébé pourra ne plus jamais vouloir prendre le sein. Il faut aussi se souvenir que certains bébés refusent totalement le biberon ; une interruption de l'allaitement sera non seulement injustifiée, elle sera aussi difficile à mettre en pratique. S'il est facile de conseiller à la mère de tirer son lait quand elle n'allaite pas, cela ne sera pas toujours évident pour la mère, qui pourra se retrouver avec un engorgement douloureux.

Les médicaments et la mère qui allaite.

La plupart des médicaments se retrouvent dans le lait, mais en faibles quantités. Bien que quelques rares médicaments puissent, même en très petites doses, causer des problèmes chez le nourrisson, ce n'est pas le cas de la grande majorité d'entre eux. Les mères à qui l'on conseille de cesser d'allaiter pour prendre un médicament doivent demander à leur médecin de s'assurer que sa recommandation se fonde sur des sources fiables, ou de leur prescrire un autre médicament compatible avec l'allaitement. Actuellement, il est facile de trouver un autre traitement. Si le médecin se montre peu compréhensif, la mère devrait demander l'avis d'un autre médecin, et non cesser d'allaiter.

Pourquoi la plupart des médicaments se retrouvent-ils dans le lait en si faible quantité ? Parce que l'excrétion dans le lait dépend du taux sérique maternel, et que ce dernier se mesure souvent en microgrammes ou même en nanogrammes par millilitre (des millionnièmes ou des milliardièmes de gramme) , alors que la mère en absorbe des milligrammes ou des grammes. De plus, seulement une fraction de ce qui est dans le sang sera excrétée dans le lait. Beaucoup de médicaments sont presque complètement liés aux protéines plasmatiques. Par conséquent, l'enfant ne reçoit pas autant de médicament que la mère et presque toujours beaucoup, beaucoup moins, après ajustement par le poids. Ainsi, une étude sur la paroxétine (Paxil) a montré que, comparativement à sa mère, le bébé recevait moins de 0,3% de la dose reçue par la mère après ajustement pour le poids (la mère absorbait 300 µ ; g/kg/jour, et le bébé 1µ ; g/kg/jour).

La plupart des médicaments sont compatibles avec l'allaitement si :

&bull ; Ils sont couramment prescrits en pédiatrie. La quantité présente dans le lait maternel sera très inférieure à celle que recevrait le bébé s'il était lui-même traité.

&bull ; Ils sont jugés utilisables pendant la grossesse. Ce n'est toutefois pas toujours vrai, puisque pendant la grossesse, le foie et les reins de la mère peuvent éliminer le médicament pour le f&oelig ; tus. Il est théoriquement possible (mais probablement rare) qu'une accumulation du médicament se produise pendant l'allaitement alors que ce ne serait pas le cas pendant la grossesse. Si l'on craint toutefois la simple exposition à un médicament, comme un antidépresseur, rappelons que pendant sa vie utérine, le bébé reçoit des doses nettement plus élevées, à une étape de son développement où il est en outre plus vulnérable.

&bull ; Ils ne sont pas absorbés dans l'estomac ou l'intestin. C'est le cas de nombreux médicaments injectés (mais pas de tous) , comme la gentamicine (et les autres antibiotiques de la même famille) , l'héparine, l'interféron, les anesthésiques locaux, l'oméprazole.

&bull ; Ils ne sont pas excrétés dans le lait. Certaines molécules sont tout simplement trop volumineuses pour cela : héparine, interféron, insuline.

Voici des produits courants qui sont en général compatibles avec l'allaitement :

Le paracétamol, l'alcool (en quantité raisonnable) , l'acide acétylsalicylique (ou aspirine, la posologie habituelle, pour une courte période) , la plupart des anti-épileptiques et des anti-hypertenseurs, les tétracyclines, la codéine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène, la prednisone, la thyroxine, le propylthiouracile (PTU) , la warfarine, les antidépresseurs tricycliques, la sertraline (Zoloft) , la paroxétine (Paxil) , d'autres antidépresseurs, le métronidazole (Flagyl) , l'ompérazole (Losec) , les pédiculicides à base de perméthrine (Nix).

A noter que : bien qu'habituellement dénuée de toxicité, la fluoxétine (Prozac) a une très longue demi-vie (elle reste très longtemps dans le corps). Un bébé né d'une mère traitée pendant sa grossesse aura accumulé dans son organisme une quantité importante de fluoxétine, à laquelle viendront s'ajouter les faibles quantités absorbées avec le lait maternel ; l'accumulation pourrait être suffisante pour causer des effets secondaires. C'est rare, mais c'est arrivé. Dans ce cas, deux possibilités :

&bull ; Arrêter le traitement par fluoxétine pendant les 4 à 8 dernières semaines de la grossesse. Cela permettra l'élimination de la fluoxétine du corps de la mère et de celui du bébé. Après la naissance, la mère pourra reprendre la fluoxétine, la quantité présente dans le lait étant trop faible pour induire des problèmes.

&bull ; S'il n'est pas possible d'arrêter le traitement à la fluoxétine pendant la grossesse, on peut en général prendre après l'accouchement un autre médicament dont le passage lacté est faible. La sertraline (Zoloft) et la paroxétine (Paxil) sont deux bons choix.

Les médicaments appliqués sur la peau, inhalés (antiasthmatiques) ou utilisés par voie oculaire ou nasale sont presque toujours sans danger pendant l'allaitement.

Les produits employés pour les anesthésies locales ou régionales ne sont pas absorbés par l'estomac du bébé et sont sans danger. Quant aux anesthésiques généraux, seules d'infimes quantités (comme pour tout médicament) passent dans le lait et sont peu susceptibles d'avoir des effets sur le bébé. Leur demi-vie est habituellement très courte, et leur excrétion extrêmement rapide. La mère peut allaiter dès qu'elle est suffisamment réveillée pour ce faire.

Les vaccins faits à la mère ne nécessitent pas l'interruption de l'allaitement. Ils pourront même aider l'enfant à développer sa propre immunité, si tant est que quoi que ce soit passe dans le lait. En fait, la plupart du temps, ils ne passent pas dans le lait, sauf éventuellement certains vaccins à virus vivant comme celui de la rubéole. C'est un avantage, pas un inconvénient.

Les examens radiographiques habituels ne nécessitent pas d'interruption de l'allaitement, même si un produit de contraste est utilisé (urographie intraveineuse, par exemple). Le produit de contraste ne passe pas dans le lait ; même s'il le faisait, il ne serait pas absorbé par l'enfant. La situation est la même pour la tomographie et l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Il est inutile de suspendre l'allaitement, ne serait-ce que pendant une seconde.

Les produits radioactifs.

Nous ne souhaitons pas exposer les bébés à la radioactivité, mais les médecins hésitent rarement à pratiquer chez eux des examens nécessitant ces produits. Lorsqu'une mère subit une scintigraphie pulmonaire ou osseuse ou une lymphangiographie, elle est le plus souvent faite avec du technétium (bien que d'autres produits soient utilisés). Le technétium a une demi-vie (le temps nécessaire pour que la moitié du produit soit éliminé) de 6 heures, et après 5 demi-vies, il sera totalement éliminé. Cela signifie qu'au bout de 30 heures la mère pourra reprendre l'allaitement sans le moindre risque. Mais est-il nécessaire d'attendre l'élimination complète du produit ? Au bout de 12 heures, 75% du produit est éliminé, et le taux lacté sera très bas. J'estime personnellement que la mère peut continuer à allaiter après la plupart des examens nécessitant un produit radioactif ; mais si la mère et son médecin craignent pour le bébé, suspendre l'allaitement pendant 2 demi-vies est suffisant avec des produits tels que le technétium. Toutefois, tous les examens au technétium ne requièrent pas l'interruption de l'allaitement (la scintigraphie des voies biliaires ou HIDA, par exemple). Tout dépend de la molécule à laquelle le technétium se lie. Pendant les premiers jours qui suivent l'accouchement, la sécrétion lactée est basse (mais suffisante). Dans cette situation il ne serait pas nécessaire de suspendre l'allaitement à la suite d'un examen pulmonaire, par exemple. Si l'examen est fait pendant les premiers jours qui suivent l'accouchement, le bébé recevra encore moins de produit dans la mesure où la sécrétion lactée est basse. Dans un tel cas, je pense qu'il n'est ni nécessaire ni utile de suspendre l'allaitement : le colostrum est important pour le bébé.

Si une suspension de l'allaitement est jugée souhaitable, la mère pourra tirer son lait à l'avance pour faire des réserves. Il est rare qu'un tel examen soit nécessaire en urgence ; le plus souvent, on peut attendre quelques jours.

La situation est différence en cas de scintigraphie thyroïdienne. L'iode radioactif I-131 se concentre dans le lait, est absorbé par le bébé, et s'accumule dans sa thyroïde où il reste longtemps. Cela pose indiscutablement un problème. Faut-il pour autant que la mère cesse d'allaiter ? Non. En effet, cet examen n'est pas nécessaire dans la plupart des cas. Par exemple, le diagnostic différentiel de la thyroïdite du post-partum et de la maladie de Graves est la cause la plus fréquente de prescription d'une telle scintigraphie chez la femme allaitante, alors que cet examen n'est pas nécessaire. Il faut se renseigner. Au besoin, on peut faire une scintigraphie thyroïdienne avec du technétium, ou de l'iode-121, qui nécessite une interruption de l'allaitement pendant seulement 12 à 24 heures, en fonction de la dose administrée.

Traduction de le feuillet n° ; 9a, "You Should Continue Breastfeeding (1) Drugs and Breastfeeding" . Janvier 2003.

Par Jack Newman, MD, FRCPC © ; 2003.

Version française révisée en mars 2003 par Stéphanie Dupras, IBCLC.

Peut être copié et diffusé sans autre autorisation, à condition qu'il ne soit utilisé dans aucun contexte où le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel de l'OMS est violé.

PS : Jack Newman est un pédiatre canadien réputé pour ses formidables connaissances en allaitement et l'aide qu'il apporte aux mamans allaitantes.

Ses feuillets sont une référence.
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110581
b
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