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Médicaments et allaitement

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Depuis des années, beaucoup trop de femmes se sont fait conseiller, à tort, de cesser d'allaiter. Si la mère doit prendre un médicament, par exemple, la décision de poursuivre l'allaitement se fonde sur bien d'autres facteurs que sur la présence éventuelle du médicament dans le lait maternel. Il faut aussi tenir compte des risques que le lait industriel représente pour le bébé, pour la mère, pour la famille ainsi que pour la société. Et le fait de ne pas allaiter présente tellement de risques que la question se résume ainsi : Est-ce que la faible quantité de médicament excrétée dans le lait rend vraiment l'allaitement plus dangereux que l'alimentation au lait industriel ? La réponse : Presque jamais. La présence d'une faible dose de médicament dans le lait maternel est presque toujours sans danger. En d'autres termes, la prudence recommande de continuer à allaiter, et non d'arrêter.

Il ne faut pas oublier que suspendre l'allaitement pendant une semaine peut causer un sevrage définitif car le bébé pourrait ne plus jamais vouloir prendre le sein. Il faut aussi se souvenir que certains bébés refusent totalement le biberon ; une interruption de l'allaitement sera non seulement injustifiée, elle sera aussi difficile à mettre en pratique. S'il est facile de conseiller à la mère de tirer son lait quand elle n'allaite pas, cela ne sera pas toujours évident pour la mère, qui pourra se retrouver avec un engorgement douloureux.

Les médicaments et la mère qui allaite La plupart des médicaments se retrouvent dans le lait, mais en faibles quantités. Bien que quelques rares médicaments puissent, même en très petites doses, causer des problèmes chez le nourrisson, ce n'est pas le cas de la grande majorité d'entre eux. Les mères à qui l'on conseille de cesser d'allaiter pour prendre un médicament doivent demander à leur médecin de s'assurer que sa recommandation se fonde sur des sources fiables, ou de leur prescrire un autre médicament compatible avec l'allaitement.

Actuellement, il est facile de trouver un autre traitement. Si le médecin se montre peu compréhensif, la mère devrait demander l'avis d'un autre médecin, et non cesser d'allaiter.

Pourquoi la plupart des médicaments se retrouvent-ils dans le lait en si faibles quantités ? Parce que l'excrétion dans le lait dépend de la concentration dans le sang de la mère et que cette concentration plasmatique se mesure souvent en microgrammes ou même en nanogrammes par millilitre (des millionnièmes ou des milliardièmes de gramme) , alors que la mère en ingère des milligrammes (millièmes de gramme) ou des grammes. De plus, ce n'est pas toute la concentration plasmatique qui est excrétée dans le lait. Beaucoup de médicaments sont presque complètement liés aux protéines du sang de la mère. Par conséquent, l'enfant ne reçoit pas autant de médicament que la mère et presque toujours beaucoup, beaucoup moins, proportionnellement. Ainsi, dans une étude sur la paroxétine (Paxil) , comparativement à sa mère, le bébé recevait moins de 0,3% du médicament pour chaque kilogramme (la mère absorbait 300 microgrammes par kg par jour et le bébé, 1 microgramme par kg par jour).

La plupart des médicaments sont compatibles avec l'allaitement si : · ; Ils sont couramment prescrits à des nourrissons. La quantité présente dans le lait maternel sera très inférieure à celle que recevrait le bébé s'il était lui-même traité.

· ; Ils sont jugés utilisables pendant la grossesse. Ce n'est toutefois pas toujours vrai, puisque pendant la grossesse, le foie et les reins de la mère peuvent éliminer le médicament pour le f&oelig ; tus. Il est théoriquement possible (mais probablement rare) qu'une accumulation du médicament se produise pendant l'allaitement alors que ce ne serait pas le cas pendant la grossesse. Si l'on craint toutefois la simple exposition à un médicament, comme un antidépresseur, rappelons que pendant sa vie utérine, le bébé reçoit des doses nettement plus élevées, à une étape de son développement où il est en outre plus vulnérable.

· ; Ils ne sont pas absorbés dans l'estomac ou l'intestin. C'est le cas de nombreux médicaments injectés (mais pas de tous) , comme la gentamicine (et les autres antibiotiques de la même famille) , l'héparine, l'interféron, les anesthésiques locaux, l'ompérazole.

· ; Ils ne sont pas excrétés dans le lait. Certaines molécules sont tout simplement trop volumineuses pour cela : héparine, interféron, insuline.

Voici des produits courants qui sont en général compatibles avec l'allaitement : Le paracétamol (ou acétaminophène) , l'alcool (en quantité raisonnable) , l'acide acétylsalicylique ou aspirine (la posologie habituelle, pour une courte période) , la plupart des anti-épileptiques et des anti-hypertenseurs, la tétracycline, la codéine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène, la prednisone, la thyroxine, le propylthiouracile (PTU) , la warfarine, les antidépresseurs tricycliques, la sertraline (Zoloft) , la paroxétine (Paxil) , d'autres antidépresseurs, le métronidazole (Flagyl) , l'ompérazole (Losec) , les pédiculicides à base de perméthrine (Nix, Kwellada).

Nota : Habituellement sans toxicité, la fluoxétine (Prozac) a une très longue demi-vie (elle reste très longtemps dans le corps). Un bébé né d'une mère traitée pendant sa grossesse aura accumulé dans son organisme une quantité importante de fluoxétine, à laquelle viendront s'ajouter les faibles quantités absorbées avec le lait maternel ; l'accumulation pourrait être suffisante pour causer des effets secondaires. C'est rare, mais c'est arrivé. Dans ce cas, deux possibilités :

1. Arrêter le traitement à la fluoxétine pendant les 4 à 8 dernières semaines de la grossesse. Cela permettra l'élimination de la fluoxétine du corps de la mère et de celui du bébé. Après la naissance, la mère pourra reprendre de la fluoxétine, la quantité présente dans le lait étant trop faible pour susciter des problèmes.

2. S'il n'est pas possible d'arrêter le traitement à la fluoxétine pendant la grossesse, on peut en général prendre après l'accouchement un autre médicament dont le passage lacté est faible. La sertraline (Zoloft) et la paroxétine (Paxil) sont deux bons choix.

Les médicaments appliqués sur la peau, inhalés (antiasthmatiques) ou utilisés par voie oculaire ou nasale sont presque toujours sans danger pendant l'allaitement.

Les produits employés pour les anesthésies locales ou régionales… ne sont pas absorbés par l'estomac du bébé et sont sans danger. Quant aux anesthésiques généraux, seules d'infimes quantités (comme de tout médicament) passent dans le lait et sont peu susceptibles d'avoir des effets sur le bébé. Leur demi-vie est d'ordinaire très courte et leur excrétion, extrêmement rapide. La mère peut allaiter dès son réveil, dès qu'elle se sent prête.

Les vaccins faits à la mère ne nécessitent pas l'interruption de l'allaitement. S'il en passe dans le lait, ils aideront même l'enfant à développer sa propre immunité. En fait, la plupart du temps, ils ne passent pas dans le lait, sauf éventuellement certains vaccins à virus vivant comme celui de la rubéole. C'est un avantage, pas un inconvénient.

Les examens radiographiques habituels ne nécessitent pas d'interruption de l'allaitement, même si un opacifiant est utilisé (urographie intraveineuse, par exemple). L'opacifiant ne passe pas dans le lait, et même s'il le faisait, il ne serait pas absorbé par l'enfant. La situation est la même pour la tomographie et l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Il est inutile d'arrêter l'allaitement, même pour une seconde.

Les produits radioactifs.

Nous ne souhaitons pas exposer les bébés à la radioactivité, mais les médecins hésitent rarement à leur faire passer des examens radioactifs. Lorsqu'une mère subit une scintigraphie pulmonaire ou osseuse ou une lymphangiographie, elle est le plus souvent faite avec du technétium (bien que d'autres substances soient utilisées). Le technétium a une demi-vie (le temps nécessaire pour que la moitié du produit soit éliminé) de 6 heures, et après 5 demi-vies, il sera totalement éliminé. Cela signifie qu'au bout de 30 heures la mère pourra reprendre l'allaitement sans le moindre risque. Mais faut-il attendre l'élimination complète du produit ? Au bout de 12 heures, 75% du produit est éliminé, et le taux lacté sera très bas. J'estime personnellement que la mère peut continuer à allaiter après la plupart des examens nécessitant un produit radioactif ; mais si la mère et son médecin craignent pour le bébé, suspendre l'allaitement pendant 2 demi-vies est suffisant avec des produits tels que le technétium. Si l'examen est fait pendant les premiers jours qui suivent l'accouchement, le bébé recevra encore moins de produit dans la mesure où la sécrétion lactée est basse. Dans un tel cas, je pense qu'il n'est ni nécessaire ni utile de suspendre l'allaitement : le colostrum est important pour le bébé.

Si une suspension de l'allaitement est jugée souhaitable, la mère pourra tirer son lait à l'avance pour faire des réserves. Il est rare qu'un tel examen soit nécessaire en urgence ; le plus souvent, on peut attendre quelques jours.

Pour la radiographie thyroïdienne, c'est différent. L'iode radioactif se concentre dans le lait, est ingéré par le bébé et s'accumule dans sa thyroïde où il reste longtemps. C'est certainement préoccupant. Faut-il que la mère cesse d'allaiter ? Non. Cet examen est en effet souvent facultatif. Chez les mères allaitantes, il sert souvent au diagnostic différentiel de la thyroïdite du post-partum et de la maladie de Graves (goître exophtalmique) , alors que d'autres méthodes peuvent être employées. Il faut se renseigner. Au besoin, on peut faire une scintigraphie trhyroïdienne avec du technétium.
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b
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