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Mon histoire de mère porteuse

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Enorme, continuellement essouflée et très fatiguée, j'étais de moins en moins mobile. Le Web et le téléphone étaient devenus mes deux contacts privilégiés avec l'extérieur. Une fois par semaine environ, je recevais un mail de France, généralement un copié-collé du message de la semaine précédente.

Une inélégance que j'avais de plus en plus de mal à mettre sur le compte de la barrière de la langue. D'autant plus que le téléphone, lui, sonnait encore bien plus rarement. A peine une fois par mois, quelques minutes de gène mutuelle, des formules de politesse et d'encouragement qui auraient été à demi inaudibles pour moi si je n'y avais pas reconnu, là encore, les phrases toutes faites lues sur Internet. "Salut Destiny, comment vas-tu ? " "Alors, pas trop fatiguée ? " "Les bébés bougent bien ? " "On pense très fort à toi" . Etc, etc.

Mais ils écoutaient à peine mes réponses, ou ne les comprenaient pas. Quant à mes questions sur les prénoms qu'ils comptaient donner aux enfants, ou sur l'avancement de l'aménagement de leurs chambres, elles me semblèrent aussi malvenues que celles d'un vendeur automobile qui aurait osé s'enquérir auprès de ses clients de l'usage qu'ils comptaient faire de la voiture qu'il s'apprêtait à leur vendre. "Comptez-vous faire beaucoup de kilomètres avec chaque année ? " "Vous servira t-elle à aller visiter votre belle-mère ? " "La prêterez-vous à vos enfants ? "…

Ils mirent deux mois avant de me répondre, du bout des lèvres, que les petites s'appelleraient respectivement Sandrine et Corinne. Cela dit, j'étais bien avancée. Ces prénoms au fumet de baguette n'évoquèrent rien pour moi qui se rapprochât en quoi que ce fût des deux enfants qui gambadaient dans mon ventre. Je me gardai bien de leur dire que, pour moi, elles étaient, depuis longtemps déjà, Sandra et Belinda.

Je savais bien que c'était mal, de leur avoir donné un prénom à moi, que ce supplément d'âme que je leur conférais en les nommant en mon coeur ne pourrait que m'affaiblir davantage. Mais ce fut plus fort que moi : sans même le faire de manière consciente, je les ai appelées comme j'ai appelé mes deux garçons tant que je n'ai pas su qu'ils ne seraient pas des filles. Ces prénoms étaient en moi depuis des années, voletant dans mes pensées au fil de mes tempêtes intérieures. Ils se sont posés sur elles presque à mon insu, je n'y peux rien. Et, je le jure devant Dieu, aucun prénom ne pouvait mieux leur convenir, à ces deux anges.

Seuls la tendresse de mes deux boys me distrayait de ma morne solitude et, à intervalles de plus en plus courts à mesure que mon terme approchait, les visites de Debbie.

Toujours aussi pleine d'entrain, elle n'hésitait pas à me rapporter les courses que je ne faisais plus. Pas tant de mon fait, d'ailleurs, que de ceux, conjugués, de mon médecin et de l'association elle-même. S'ils l'avaient pu, je suis certaine qu'ils m'auraient cloîtrée chez moi, sanglée à mon lit, obsédés qu'ils étaient par le fait de faire courir le moins de risques possible à leurs bébés !

Face à la solicitude toujours empressée, parfois envahissante, mais jamais gratuite, de mon cerbère en jupon, j'ai toujours soigneusement dissimulé mes atermoiements et mes doutes, comme d'une réaction honteuse et proprement incongrue. En y repensant, peut-être aurais-je dû m'ouvrir un peu plus à elle de cet étau qui m'enserrait le coeur : n'était-elle pas, a priori, on ne peut mieux placée pour me comprendre ? Mais je me suis toujours tue, incapable d'oublier qu'elle était, c'est-à-dire d'abord et avant tout, la gardienne de mon contrat. Je m'étais engagée en toute connaissance de cause, tergiverser n'aurait de toutes façons servi à rien. J'étais liée mains et ventre liés à l'association, ainsi qu'à Claire et Mathieu. Je n'avais qu'une hâte : en finir au plus vite, retourner à mon quotidien, retrouver mon supermarché, mon ménage et mes enfants, à qui je ne parvenais plus à consacrer le temps, l'énergie et même, à ma grande honte, tout l'amour que j'aurais voulu.

Dans mon calvaire, Dieu a eu pitié de moi. A la fin du huitième mois, on diagnostiqua un affaiblissement des bébés. Une césarienne fut ordonnée pour la semaine suivante. Je m'en sentis grandement soulagée, tant par le fait d'arriver enfin au bout de cette mission chaque jour plus insoutenable physiquement et moralement que par celui de savoir qu'elles ne sortiraient pas de moi par les voies dites "naturelles" . De fait, je me raccrochais désespérément à tout ce qui pouvait démarquer cette grossesse de celles que j'avais déjà connues.
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