Histoire vécue Grossesse - Bébé > Grossesse > Attendre bébé      (29588 témoignages)

Préc.

Suiv.

L'après grossesse pour une maman

Témoignage d'internaute trouvé sur magicmaman
Mail  
| 922 lectures | ratingStar_8704_1ratingStar_8704_2ratingStar_8704_3ratingStar_8704_4

Lisez c tres interessant !!!!

Psychanalyste et psychothérapeute, Catherine Bergeret-Amselek accompagne, depuis plusieurs années, les femmes enceintes et les pères en devenir, en séances individuelles et/ou en groupes. Elle est l'auteur du “Mystère des mères” (Desclée de Brouwer, 1996).

A la maternité, j'avais été prise en charge pendant cinq jours, confie Marie. Soudain, je me suis retrouvée parachutée avec mon bébé sur le perron de la clinique… Je me sentais désorientée. Il me restait tout à affronter ! " En effet, on ne naît pas père ou mère du jour au lendemain. Dès le désir d'enfant, puis pendant la grossesse, l'accouchement et même encore un an après la naissance, s'engage pour les deux parents un processus de maturation psychique aussi fondamental que bouleversant. Une véritable crise d'identité les secoue plus ou moins brutalement. Une crise qui aboutit ni plus ni moins à cesser d'être l'enfant de ses parents pour devenir le parent de son enfant.

Ce processus intérieur, on en parle encore peu. Or, dans ma pratique, je vois quotidiennement des jeunes femmes travaillées par les secousses de ce " devenir mère ", qu'on appelle la " maternalité ". Les pères n'y échappent pas non plus, et eux aussi vivent leur " paternalité ". Mais l'intensité des difficultés que rencontrent les parents est à la mesure des immenses et inédites joies et gratifications que le nourrisson leur offre. Il ne s'agit pas là d'une "pathologie" mais d'une maturation.

L'accouchement rend si vulnérable…

Le retour à la maison, couffin sous le bras – véritable image d'Epinal –, n'est pas aussi idyllique qu'on le croit. C'est en réalité une étape choc. Un bébé ne fait ses nuits qu'à 3 mois environ, parfois moins, parfois beaucoup plus. Ainsi, au moment où la mère aurait besoin de récupérer, de se reposer, elle est bousculée dans ses rythmes circadiens : être réveillée la nuit pour nourrir et changer son bébé, assurer le jour le quotidien d'une maison deviennent vite harassants. Toute femme vivant cette expérience se sent rapidement débordée, ce qui la fragilise considérablement. Tout est prétexte à question : " Pourquoi se met-il à pleurer entre 18 heures et minuit ? " " Il régurgite… Peut-être est-il allergique à mon lait ? Me rejette-il ? " etc.

En ce sens, le retour chez soi n'est nullement synonyme de retour " en soi ". Il faudra du temps à la jeune mère pour se retrouver. Il faut d'ailleurs noter que pour une femme, sa maison symbolise l'intérieur de son corps. La trouver rangée et propre – grâce à l'emploi d'une aide ménagère par exemple – concourt à sa réorganisation psychique et à sa propre restauration narcissique. Autant dire qu'une bonne organisation et un relais entre les deux parents vont s'avérer indispensables. A l'abri dans cet " intérieur cocon ", la jeune mère sécurisée peut se laisser aller à régresser normalement, aussi vulnérable et dépendante que son bébé. Ainsi, elle se laisse " habiter " par cette préoccupation maternelle primaire, telle que l'a définie le célèbre psychanalyste Donald Winnicott, qui consiste à pouvoir anticiper les besoins de son bébé en s'y identifiant.

Vais-je être une bonne mère ?

" A chaque fois que je lui donne son bain, mon bébé hurle. Qu'est-ce que je fais mal ? Avec son père ou ma propre mère, il se calme. Pourtant, je fais comme la puéricultrice m'a montré… " Inexpérimentés, les parents se sentent maladroits et parfois démunis. Ce trac est notamment lié à la redistribution des rôles à l'arrivée du bébé. On était dans une relation duelle, on se retrouve dans une triade où se rejoue inconsciemment notre problématique oedipienne : la femme se situe à la place de sa mère, l'homme à la place de son père, etc.

" Je suis moins bonne que ma mère, je ne saurai jamais comment m'y prendre, je ne saurai pas aimer mon enfant, et puis je finis par lui en vouloir, ses cris me tuent… " Souvent, l'ambivalence éprouvée par la maman pour son bébé n'est que la projection d'une ambivalence destinée à sa propre mère. Cette relation, faite d'amour et de haine, qu'elle a vécue pendant son adolescence resurgit violemment. Il arrive ainsi que la jeune mère ne s'autorise pas inconsciemment à faire mieux que sa mère, de peur de la " détrôner " ; ou qu'elle soit persuadée de faire moins bien qu'elle, parce qu'elle ne se permet pas de l'égaler. Derrière la remise en question de sa capacité d'aimer son bébé, son interrogation réelle est : "Suis-je capable d'être une bonne mère ? "

Pleurs du soir, garder espoir.

Pleurs du soir, refus du biberon, endormissement impossible… : inquiets, les parents se demandent sans cesse si tout est bien normal. A bout de patience, ils finissent par penser qu'il s'agit peut-être d'un caprice et que prendre leur bébé dans les bras risque de lui donner de mauvaises habitudes. Il faut savoir que la notion de caprice n'existe pas chez le nouveau-né. Cette " angoisse du soir " se calme par des bercements, une promenade, un sein maternel, le bon remède homéopathique. En fait, c'est en se calmant soi qu'on peut calmer le bébé. Bien sûr, les parents peuvent se questionner : qu'est-ce qui est insupportable pour eux dans ces pleurs ? A quel épisode de leur propre enfance, de leur propre relation avec leur mère, cela les renvoie-t-il ?

Dans les " corps à corps " avec le bébé, refait également surface tout ce qui transitait dans les tout premiers contacts corporels avec leur mère. D'où des angoisses très archaïques susceptibles de les faire vaciller. " Je n'osais pas passer du lait sur le corps de mon bébé jusqu'au moment où j'ai réalisé que je n'avais aucun souvenir sensoriel avec ma mère, qu'elle n'avait pas dû me toucher beaucoup… " A cet instant, c'est toute l'histoire des générations qui s'actualise.

Attention, angoisses inédites.

" J'ai des idées noires, je pense à la mort, j'ai rêvé que mon bébé ne respirait plus dans son berceau, je me relève la nuit plusieurs fois pour voir s'il respire encore ", avoue Noémie.

Ces angoisses travaillent bon nombre de nouvelles mamans. En donnant la vie à leur bébé, elles viennent de l'inscrire dans l'ordre des mortels. Elles ont fait de leurs parents des grands-parents et elles-mêmes ont gravi un échelon sur l'échelle des générations. Comment alors ne pas être envahie par des questions existentielles quand on songe que cet " enfançon " dépend entièrement d'elles pour sa survie ? " Moi qui étais plutôt fonceuse, je fais désormais très attention pour traverser une rue. Pas question que mon mari et moi prenions l'avion ensemble pour partir en week-end : nous embarquons sur deux appareils distincts au cas où il arriverait quelque chose à l'un… Si deux personnes se disputent violemment près de moi, j'ai mal au ventre. Je sais maintenant ce que veut dire avoir “mal aux tripes”. J'ai découvert la peur. "

La peur qu'il arrive quelque chose au bébé, de le laisser tomber lors de la toilette, l'angoisse de la mort subite du nourrisson – renforcée, il est vrai, par les campagnes de prévention régulières – sont des peurs naturelles qui permettent aux mères d'intégrer leur immense responsabilité face à ce petit être qu'il leur appartient de maintenir en vie.

Le baby blues ? Classique !

" Je suis censée être comblée, avoue Solange. Mais je pleure tout le temps ! " Eprouvée psychiquement, biologiquement et charnellement, la nouvelle mère est infiniment fragile. C'est dans cette période, appelée " post-partum ", que sévit souvent le baby blues : dépression, crises soudaines de larmes, manque d'énergie, d'espoir…

En fait, la jeune maman est en train de vivre intérieurement une succession de deuils fondamentaux : deuil de la petite fille en elle, deuil de sa vie " d'avant ", deuil de son corps d'adolescente, deuil de sa grossesse… Inconsciemment, elle est aussi en train de faire le deuil de la mère de son enfance. Cela lui est nécessaire pour se positionner comme femme face à sa mère aujourd'hui. Le deuil de l'" enfant imaginaire " n'est pas des moindres.

En effet, voilà la maman catapultée avec son bébé " réel " : un enfant en chair et en os, qui crie, réclame, ne laisse pas de temps pour soi, ne réagit pas tel qu'elle l'avait idéalisé.

Le père, où est-il ?

Le " primipère ", ainsi nommé par Geneviève Delaisi de Parseval (1) , n'est guère plus rassuré. Il ne sait pas comment s'y prendre avec son bébé. Lui aussi est renvoyé à sa propre enfance. Dérouté par la labilité émotionnelle de sa femme, impressionné par ses transformations corporelles, par le spectacle éprouvant de la naissance, par cette relation charnelle entre le bébé et maman – dont il se sent exclu –, il cherche à la fois sa place d'homme et de père. Il avait une maîtresse, une amante, il se retrouve face à une mère.

" Je voulais toujours l'aider à changer le petit, raconte Paul, mais ma femme venait sans cesse regarder par-dessus mon épaule et vérifier si je faisais bien… Je me sentais maladroit et contrôlé. " Certaines jeunes mères, en effet, ne laissent pas leur compagnon s'occuper du bébé, ou pas " à leur façon ".

Souvent, on note dans l'histoire de ces femmes que leur propre mère, toute-puissante, n'a pas laissé de place aux hommes, ou qu'elle a été incapable de " présentifier " un père, c'est-à-dire de le rendre présent par ses discours, ses pensées. Pourtant, la maladresse des hommes est indispensable : très tôt, le nouveau-né perçoit la différence de qualité entre les soins maternels et paternels.

Les différences de " holding " (maintien du bébé dans les bras) , de " handling " (maniement pour le changer ou l'habiller) sont très structurantes pour lui. Dès le début, le père doit être présent auprès de sa femme pour la " séparer " du bébé. Il la soutient en l'aidant à trouver la bonne distance avec l'enfant : la place de ce dernier est bel et bien dans son berceau, si possible dans sa propre chambre, et non dans le lit de ses parents.

1- “La Part du père”, Seuil, 1981.

Libido, des hauts et des bas.

Sur le plan de la sexualité, il peut y avoir un décalage dans les désirs et les attentes des hommes et des femmes. Les jeunes mères, en effet, vivent des rapports charnels avec leur enfant, mais dénués de toute génitalité. " Je suis comblée en tendresse, en odeurs, en caresses par ce bébé qui me tient chaud au coeur, raconte Marie. Le désir sexuel de mon mari me ramène à un niveau dont je n'ai pas envie… " " Depuis mon accouchement, mon épisiotomie me fait mal, poursuit Olga. J'ai peur de refaire l'amour, d'être abîmée en dedans, qu'il casse tout en rentrant. Lui dit qu'il attend depuis des mois qu'on se retrouve… Que faire ? "

Parce qu'elles ont vécu avec l'accouchement une perte d'intégrité corporelle, les jeunes mères doivent d'abord réintégrer leur corps pour retrouver un désir de l'autre. On ne le répétera jamais assez : se préserver des moments à deux loin de bébé est vital pour la relance du désir dans le couple. S'échapper deux heures au cinéma, se retrouver en tête à tête sont des instants précieux volés à la vie de famille.

Crèche, nounou, grands-parents ?

Dès le début, et si le contexte familial le permet, le père doit également veiller à ce que les grands-parents puissent participer aux soins de bébé, mais sans jamais que cela remette les parents en question dans leur capacité. Les conseils des belles-mères, l'expérience des grands-mères, toutes ces bonnes intentions qui sont aussi des " nids à projection ", peuvent destituer la jeune mère au lieu de l'aider à prendre sa place.

Tout comme on met souvent trois mois à annoncer sa grossesse (parce qu'on a besoin de protéger ce qui " naît " en soi) , le nouveau trio a besoin d'un temps d'intimité et de protection de ses liens exclusifs avant de rejoindre le monde. Rencontrer, dans cette période, des couples qui viennent d'avoir un enfant, s'identifier à leurs maladresses, permet en revanche de dépassionner les angoisses normales des parents débutants.

Crèche, nounou à domicile ou assistante maternelle ? Aucune solution n'est plus idéale qu'une autre. Mais, avant 3 mois, on parlera d'une séparation trop précoce avec l'enfant. La mère vit encore avec son bébé un lien charnel : il n'est plus " dedans " mais pas tout à fait dehors. Quiconque touche à son bébé empiète pratiquement sur son territoire à elle.

Rassurons-nous : un retour à la maison chaotique peut réserver une première année harmonieuse et vice versa. Il ne faut rien généraliser et se dire que chaque parent, chaque bébé est différent. L'enfant nous enseigne qu'en tant que parents on est toujours un peu " inadéquat ". Il nous renvoie à nos limites humaines, nous aide à renoncer à notre toute-puissance héritée du stade infantile. D'ailleurs, si on était des parents parfaits, on comblerait tous les besoins de notre enfant. Et il ne pourrait plus faire l'expérience du manque, il n'aurait donc plus d'espace pour désirer et rêver, ne pourrait plus créer et vivre l'espace de jeu (" je ") de sa subjectivité.

Nous devons nous contenter d'être d'" à peu près " bons parents pour parodier Winnicott qui parlait de la " good enough mother " (la " mère suffisamment bonne "). Un bébé nous fait naître à des dimensions inconnues de nous-mêmes et de la vie. Les bonheurs des toutes premières fois, les premiers pas, les premiers mots feront vite oublier les premières difficultés. Un simple sourire suffit…

AVIS :

Dr Thierry Joly, pédiatre “Mon rôle : suivre autant les parents que les enfants”

Psychologies : Quel est le rôle du pédiatre dans “l'apprentissage de la parentalité” ?

Dr Thierry Joly : Il a trois rôles majeurs. D'abord celui d'un " conseiller technique " : combien de biberons, l'âge auquel on commence à donner de la viande, etc. Ensuite, celui de protecteur. En effet, les parents, et surtout la mère, reçoivent des conseils de tous les côtés et ne savent plus où donner de la tête. De plus, l'entourage se livre souvent à des comparaisons déplacées : " Ton fils est en retard. Le petit Ludovic parle depuis trois mois déjà ! " Le pédiatre doit alors redonner à la mère confiance en son instinct maternel. Enfin, il a un rôle de guide en prodiguant, si les parents le demandent et l'autorisent, des conseils d'éducation : à quel âge le faire garder, comment lui dire que son grand-père est mort, ou encore comment lui annoncer qu'il va avoir une petite soeur, etc. Le rôle du pédiatre est de suivre tout autant les parents que les enfants.

Quelles sont les préoccupations ou les angoisses les plus fréquentes ?

Les coliques du nourrisson. Cela semble douloureux et il n'y a pas vraiment de remède. L'enfant pleure, les parents essaient de le calmer en vain. Ils angoissent et souvent ça se termine à l'hôpital. Autre peur très présente, même si les parents ne l'expriment pas clairement, celle de la mort subite du nourrisson. Il m'arrive alors d'en parler pour dédramatiser. En règle générale, les angoisses face aux maladies de bébé sont liées au vécu de la grossesse. La maman était-elle seule ou accompagnée, maîtresse de son état ou perdue… ?

Vous utilisez l'homéopathie, qu'apporte-t-elle à votre pratique ?

Un traitement personnalisé. Cette médecine est très efficace pour les maladies psychosomatiques dues à la séparation d'avec la mère, allergies, eczéma, stress, par exemple. En cas de troubles plus importants, je donne souvent deux ordonnances (homéopathie et allopathie) et les parents font eux-mêmes leur choix.

(Propos recueillis par Marie-Laure Uberti).
  Lire la suite de la discussion sur magicmaman.com


8704
b
Moi aussi !
21 personnes ont déjà vécu la même histoire

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Mon chien peut-il ressentir ma grossesse? - chiens

image

Je ne l'ai pas vécu personnellement mais : j'ai eu un chien il y a quelques années qui ne pouvait pas supporter la présence de la copine de mon frère. A un point que, quand elle venait, elle devait nous prévenir avant pour que nous ayons le...Lire la suite

Aspiration - fausse couche

image

Bonjour, J'aimerai partager mon histoire parce que j'ai besoin d'en parler et si il y a des femmes qui ont étaient dans le même cas que moi merci de m'apporter vos témoignages !! J'ai mis plus d'1 an et demi à tomber enceinte, j'ai consulter...Lire la suite


 
Voir tous les  autres témoignages