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Droit à l'IVG : ce n'est pas égoïste, ni criminel d'avorter

Témoignage d'internaute trouvé sur france5
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Pourquoi la voix de la culpabilité est plus élevée ?

Parce qu'on nous a élevées encore dans cet état d'esprit.

Nous sommes des femmes donc forcément impures, donc forcément si nous ne correspondons pas au schéma traditionnel de la jeune fille pure, de la bonne épouse, de la bonne mère, "bonne" à savoir soumise à la fatalité de sa condition, nous sommes considérées comme indignes d'être des femmes.

Et encore aujourd'hui, malgré droit à la contraception, droit à l'IVG, droit de vote, droit à l'instruction, droit à travailler sans autorisation du conjoint ou du père, nous sommes victimes de cet inconscient collectif que nos mères et nos grands-mères ont porté et nous transmettent.

 

Nos mères, parce que beaucoup n'ont pas eu forcément de contraception, ou alors les méthodes Ogino (dont on sait que ça n'est pas une méthode fiable) , qu'elles ont culpabilisé elles-même quand elles en avaient une de contraception. Qu'on les a traitées de tous les noms (médecin, amis, famille) quand elles ont eu recours à l'IVG et que ça a été horrible à supporter physiquement et moralement.

Cette peur, cette honte, nos mères, nous l'ont transmis.

 

Et si dans les années 70-80, certaines femmes se sont battues pour ces droits, pour sortir justement de la culpabilité, actuellement notre génération y retourne.

Parce que les médias, les politiques tentent de nous convaincre que ces femmes sont allées trop loin, parce qu'on nous ressort le bon vieux discours de la femme à la maison, de la femme mère totalement dévouée et soumise.

 

Mais bon sang de bois les filles, vous en avez pas ras-le-bol de subir votre existence suivant ce genre de schéma ?

Vous êtes où vous dans cette vie ?

Votre corps doit-il encore appartenir aux hommes, à la société et vous n'avez pas à donner d'avis ?

 

Arrêtez de penser que vous êtes égoïste, criminelle parce que vous avez essayé d'être responsable de votre existence, de votre sexualité et de votre maternité.

 

Je vais raconter une histoire de maman qui malgré l'ère de la contraception, de l'IVG a quand même voulu poursuivre une grossesse non désirée parce que justement elle culpabilisait.

 

Appelons-la Jeanne. Je l'ai rencontrée quand j'ai été amenée à donner des cours à son fils de dix ans. Fils non désiré, je l'ai su plus tard.

 

Eh bien Jeanne était une maman très très mal dans son corps et dans sa peau. Elle s'était tellement niée en voulant obéir au schéma traditionnel maman heureuse même si enfant non-désiré, qu'elle avait pris du poids à tel point qu'elle était devenue obèse, ayant des crises alternées d'anorexie et de boulimies. Son enfant, elle ne l'éduquait pas. Parce qu'elle en était incapable psychologiquement, physiquement, n'ayant aucune estime pour elle-même, aucune stabilité intérieure. L'enfant passait son temps à lui réclamer du temps qu'elle n'arrivait pas à lui donner autrement que dans une surprotection et dans des cris dès qu'une situation la dépassait. Il ne savait pas lire à 10 ans, se réfugiait dans un monde imaginaire et n'arrivait pas à s'intégrer dans une classe. Perturbateur systématique, s'automutilant régulièrement pour attirer l'attention, cet enfant atteignait le summum du malheur. Sa mère était aussi dans une très grande souffrance mais n'arrivait pas à admettre cette situation.

A tel point que lorsque j'ai essayé de lui donner des pistes pour s'en sortir, mais aussi pour aider son fils, elle a refusé.

J'en avais mal pour elle. Et j'ai pensé aux milliers de femmes qui pour ne pas avoir à choisir leur existence, le moment de leur maternité, seulement respecter ce que la société leur dit, vivaient des choses similaires. Et j'ai eu très mal, pour ces femmes, pour leurs enfants. Bien sûr elles ont conservé le schéma traditionnel mais à quel prix ?

 

Quand j'ai vu cette situation, ça faisait quelques mois que j'avais avorté. Je peux dire que ce genre de vie m'a fait réfléchir et j'ai encore mieux compris pourquoi nos aînées se sont battues à la fois pour la contraception mais aussi pour le droit à l'IVG. Parce que c'est pas humain de souffrir comme ça et de faire souffrir comme ça. Non, définitivement non.

 

Et c'est pas de l'égoïsme ni criminel d'avorter quand on ne se sent pas les moyens d'assumer une grossesse.

 

Ce qu'il est criminel et égoïste, c'est de se faire souffrir et de faire souffrir un enfant au nom de la morale, de la tradition, de la bien-pensance.

 

Evidemment, ce que je dis ne veut pas dire que l'IVG est quelquechose d'anodin et sans conséquences.

Non, c'est quelquechose de dur à engager, à vivre et ça n'est absolument pas une démarche qu'on fait par plaisir.

 

Ca ne le sera jamais. Parce qu'on aimerait toutes n'avoir que des bébés désirés, n'avoir jamais de soucis dans notre contraception, vivre une situation financière, sociale, amoureuse idéale. C'est logique… nous souhaitons toujours du bonheur.

 

Malheureusement, la vie n'est pas un roman et oui, la misère matérielle existe, les problèmes psy, identitaires, de couple, de contraception, d'amour, de viol parfois aussi et le plus souvent, une IVG est faite par une femme parce qu'elle ne peut pas faire autrement. C'est une question de survie.

 

Si elle méprise sa propre survie dans une situation subie et inextricable, elle ne pourra jamais être autonome ni se respecter et donc pas respecter autrui.

 

C'est certainement choquant ce que je dis mais c'est quelquechose que j'ai compris à la fois en avortant mais aussi en voyant des femmes qui se sont contraintes comme Jeanne à vivre contre elles-même.

 
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b
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