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Le choix était cruel pour lui, insupportable pour moi

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En mai 2004, nous partons pour une semaine de vacances lointaines, une semaine de bonheur absolu. La mer est turquoise et chaude, nous sommes sur un autre continent, très loin du quotidien. Ne penser à rien d'autre qu'au présent. Cà fait longtemps que nous savons que nous nous entendons bien sur tous les plans.

Retour difficile, comme à chaque fois. Mais retour quand même. Difficile aussi pour lui mais ça ne l'empêche pas de rentrer à la maison.

J'avais arrêté toute contraception le jour de mes 40 ans. J'avais tenté sans réelle motivation dans une autre période de ma vie d'avoir un enfant. Sans succès. Mon désir était ambigu. J'étais totalement persuadée être stérile sans avoir investigué plus avant. Et je l'avais accepté.

Vous voyez où je vais en venir…

Je suis fatiguée en revenant, décalage horaire que j'ai du mal à compenser ! La fatigue ne passe pas avec les jours. Je m'endors au bureau l'après-midi. La classe ! Mais bon, je ne me pose pas de questions.

Au bout de 2-3 semaines, je me sens vraiment bizarre. Nausées, seins lourds. Là, je commence à me poser des questions. Que je garde pour moi. Non, ce n'est pas possible !

Plusieurs jours passent, les symptômes s'accentuent, là je dois regarder la réalité en face. Test de grossesse un samedi matin. Positif.

Le monde change de visage. Je suis abasourdie. Entre la joie inouïe de ce miracle de la vie et la panique absolue. Je suis la première femme enceinte, tout simplement. Oui mais, enceinte à 42 ans, d'un homme marié et qui veut le rester.

Je refais un test 2 fois par jour. On ne sait jamais, si je m'étais trompée. N'importe quoi !

Le mardi soir, je vais chez mon généraliste, prise de sang à suivre tout de suite et résultats le mercredi en fin d'après-midi. La journée a été longue dans l'attente du résultat. Et je sors du laboratoire avec un grand coup sur la tête et aussi un immense soleil, qui se couvre très vite quand je replace la situation dans son contexte. Je ne dors pas de la nuit.

Je ne sais pas quelle va être sa réaction, mais jen ai peur. Je lui ai fait un enfant dans le dos, tout simplement. Jespère tellement mais ne veux pas me faire dillusions.

Je préfère tout prévoir, surtout le pire et si sa réaction est bonne, ce sera un bonheur. Mais en attendant, je suis terrorisée.

Nous lavons conçu sans le savoir, sans le vouloir, ce début de bébé.

Le lendemain midi, je force la porte d'un gynécologue, en pleine panique. Elle est très compréhensive même si je ne lui dis presque rien et surtout pas l'essentiel. A léchographie, je vois ce point brillant. Mélange de nous deux. Petit point rempli despoir. Il existe. Je fonds en larmes, je ne contrôle plus rien.

Elle me propose un rendez-vous pour le 16 juillet sans que je lui demande quoi que ce soit. Donc pour elle aussi cest évident. Je ne suis pas faite pour être mère, trop vieille. 42 ans pour un premier enfant. Et elle ne sait pas tout.

Je lui demande quand même si cette grossesse est possible. Oui, elle serait à surveiller mais elle est possible.

Il arrive le soir même et vient passer le week-end avec moi. J'ai repris visage humain mais dans ma tête, cest un tremblement de terre. En allant le rejoindre au métro, je pense à lui, tout à la joie de ce week-end et qui ne sait encore rien du missile que je lui prépare, qui va tout bouleverser.

Je ne dis rien ce soir là. Je veux que tout soit simple, léger et insouciant.

Par contre, vendredi, il faut y aller. Je ne sais pas par où commencer. Il est bouleversé, incrédule. Il me demande Quest-ce quon va faire ? Quest-ce que tu en penses ? Aucune réaction violente. Cette promesse de bébé est un choc pour tous les deux.

Sen suit un week-end complet de discussions, de larmes. Pas de négociations, là on touche à la vie. Moi je veux essayer, de donner vie à ce petit point brillant que j'ai entrevu.

La décision est devenue définitive quand il a été clair qu'il ne voulait pas lui donner son nom.

Je voulais tant qu'il le reconnaisse, que ce bébé sache que son père l'avait quand même aimé quelque part, même s'il ne voulait pas l'assumer. Qu'il sache quil était le fruit d'un véritable amour. Oui, je crois que c'était un amour immense.

Il ne maccuse pas de lavoir trahi, mais il reste déterminé.

Je suis allée passer le week-end de ce 14 juillet 2004 en province. Je voulais que mon idée d'enfant connaisse sa famille avant de disparaître. Il est venu secrètement, je n'en ai parlé à personne.

Il a rencontré ma mère, ses nièces et neveu. J'ai raconté mon histoire à mes grand-mères disparues, que j'aimais tant. Je lui ai montré les endroits que j'aimais, dans un tête-à-tête intense. Je voulais qu'il existe, qu'on se connaisse un petit peu tous les deux. Qu'il sache d'où il venait. Qu'il soit heureux pendant ces quelques jours. Même si ma détresse est totale. Même s'il était éphémère.

J'ai eu peur, noyée dans la panique. Jusqu'au bout, j'ai espéré qu'il change d'avis et qu'il me dise qu'il n'avait pas souhaité cet enfant mais qu'il était là et qu'il l'acceptait parce qu'il m'aimait, pour moi si ce n'était pas pour lui. Il ne l'a pas dit. Je sais qu'il m'aimait. Mais pas assez.

Et je suis rentrée à Paris, pour l'acte final. Nous nous sommes retrouvés la veille, il m'a accompagnée, a passé la journée à la clinique avec moi. Il était malheureux lui aussi, différemment. Le choix était cruel pour lui, insupportable pour moi.

J'ai avorté ce matin d'été, le 16 juillet 2004, dans les larmes. L'acte sous anésthésie générale, en lui-même s'est bien passé, pas de douleurs, pas de séquelles physiques.

Et mon idée d'enfant, mon cadeau de la vie, s'est transformé en déchet hospitalier.

Curieusement, je ne me suis pas sentie mal tout de suite après. Je me sentais anesthésiée, sans réactions. C'est venu avec le temps. Ma douleur a grandi, de plus en plus. Elle est profonde. Quelque part le temps s'est arrêté à ce jour maudit qui a marqué le départ de mon bébé.

Pas un jour ne se passe sans mon idée d'enfant. Pas un jour ne se passe sans que je regrette ce choix. Rien ne dit que la grossesse aurait abouti mais je nai même pas essayé.

Je lui ai fait une petite tombe en un lieu connu de moi seule.

Nous l'avons aussi laissé partir aussi tous les deux un an après, une petite flamme dans une belle église sur une île près de Venise. Mais ces symboles n'ont pas soulagé ma douleur.
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b
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