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Vivre sans carapace sans avoir aussi mal (âmes sensibles s'abstenir)

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies
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Àvous, Ce matin, après des semaines de fuite, j'ai enfin réussi à pleurer et là j'suis arrivée au boulot il y a à peu près une heure et demi et je me sens happée de nouveau par ma carapace. Ma problématique, c'est que soit je ne suis en contact qu'avec mon intellect et donc je ne sens pas ma vie dans mon corps, je ne vis rien puisque je suis "ailleurs" que dans la vie. Soit je suis complètement et de façon ultra violente à vif. Je vis ainsi quasi tout le temps depuis aussi loin que je me souvienne et j'ai 39 ans. Donc soit je pleure, ce qui me permet sans doute d'évacuer toutes les émotions que j'ai bloquées, soit je me maintiens (sans avoir le sentiment de choix) à un niveau qui me "protège", dans une espèce d'autre dimension je dirai, qui me protège de tout mais fait de multiples dégâts à l'intérieur. Et ma vie donc ne ressemble pas à une vie puisque je la fuis. Soit je fonce tout droit en ne sentant pas ce qu'il se passe dans mon corps, en ne ressentant pas d'émotion réellement. Soit j'en crève de sentir ce que je sens et ne peux le supporter sur la durée. J'ai eu une mère qui n'a jamais rien montré de ses émotions, perpétuellement insatisfaite, à montrer clairement, et même à le dire parfois, que ses enfants étaient de trop, lui avaient gâché sa vie de femme en étant là trop tôt. Rien de ce que j'ai pu vivre, et à ma connaissance du moins (inceste, relations douloureuses avec les hommes, avortement, cancer et elle est même pas au courant que j'ai été droguée et abusée sexuellement une fois adulte et que j'ai même laissé un mot gentil au mec qui dormait le matin, parce que je me considérais comme une rien du tout, un corps qui devait combler les désirs des autres même quand moi j'avais pas envie et c'est arrivé plusieurs fois ça : les mecs qui ne me plaisaient pas mais qui avaient envie de moi, j'y allais). Toutes mes détresses, encore y a pas longtemps je pleurais au téléphone et rien, rien, même pas un mot, une carte après coup, rien. J'avais vu ma chirurgien enceinte, du moins j'ai pensé qu'elle l'était tandis qu'elle me rappelait que ma tumeur au col (je suis désormais hysterectomisée, je n'ai même plus mes ovaires et je me sens si mal dans mon corps) était toute petite et ça m'avait flinguée. Et bien rien du tout, pas un mot. Pas facile de dire, je sais et à quoi ça sert de parler alors, à sa mère ? Je ne sais pas donc si c'est que j'ai appris à fonctionner ainsi au contact de ma mère. Je fonctionne comme une "éponge" en fait, je fais même du mimétisme avec des personnes que je cotoie seulement un moment, avec des personnages de film quand je vais au cinéma. J'ai été élevée et je sais pas si ça explique dans l'idée que c'est l'Autre toujours qui doit être satisfait et qu'on doit se taire, toujours se taire, encaisser, avaler et la fermer. D'ailleurs quand on était petit, quand on était chez les étrangers comme ils disaient dans ma famille, si on nous proposait à boire ou à manger, c'était toujours la famille qui répondait et c'était "non", même quand on avait soif. Et on avait droit à un regard sévère si on se permettait de sourire, de faire entendre par notre mimique à l'hôte que oui, on voulait bien. Une fois, on était mon ti frère et moi chez une dame qui travaillait chez ma grand-mère paternelle, on avait fait du vélo, il faisait chaud et on avait très soif et on avait dit quelque chose comme : "Personne n'est là pour nous voir, on peut même boire jusqu'à ce qu'on n'ait plus soif du tout, hein Agnès ? " et on était heureux comme tout. La liberté de se dire et d'être écoutés dans nos besoins, rien qu'écrire ça et je me souviens de la sensation de lâcher-prise, du bonheur d'enfant, de la liberté. C'est donc comme si finalement je ne m'habitais pas. Et ce qui fait que je ne m'incarne pas c'est quoi ? Ça pourrait être le fait que je ne m'approprie pas l'idée que j'ai le droit d'être qui je suis, que j'ai le droit d'exister (je pleure d'écrire ça). J'ai ignoré que ma vie avait de l'importance, la même importance que celle de chacun des humains. Comment j'aurais pu imaginer qu'elle en avait quand ma famille, sauf mon père et mon petit frère, me projetait toujours dans une vie sans intérêt, pas de boulot ou un homme qui m'entretienne mais en tout cas une vie de femme qui n'existe pas vraiment en tant que telle. Une vie râtée, une vie gâchée, comme elles estimaient la leur finalement. Elles voulaient la même chose pour moi. Et je les ai comblées je pense. Sauf que ma mère il y a quelques années a dit que les parents sont toujours déçus par leurs enfants. En tout cas, dans cette famille, on construit si je puis dire une femme qui n'aura pas de vie propre sans agrément de la famille. Ma grand-mère maternelle me disait de rester indépendante… mais nous a gardés à ses pieds, nous comme ses filles mariées et pour ma mère mère, jusqu'à la fin de ses jours. Elle parlait de l'indépendance financière. Tout le monde était au pas, tous les hommes de la belle-famille même. Tout le monde était soumis. J'ai nié toute ma vie que j'avais des besoins, des manques et que j'avais le droit à ma part d'amour moi aussi. Alors j'ai refusé l'amour qu'on a voulu me donner jusqu'à présent et j'ai longtemps choisi exprès des personnes qui ne pourraient pas m'aimer. Exprès j'ai choisi des hommes qui me sauteraient, me parleraient d'aimer mais toujours quelqu'un d'autre que moi, voudraient un bébé mais plus tard, pas avec moi et moi je restais là, j'accourais dès qu'on m'appelait, pour une pipe, pour n'importe quoi. Souvent des hommes qui m'attrapaient avec le coeur en me faisant croire qu'ils m'aimaient. Pour mieux me jeter, plus fort, plus loin, avec plus de dégâts qu'eux-mêmes pouvaient l'imaginer. Je me suis fait le mal de ne pas avoir un bébé parce que j'ai été plus que terrorisée à l'idée de porter la vie. Et pourtant mes gestes envers mon bébé déjà disaient bien que je le voulais. Je voulais le bébé de mon amour qui ne m'aimait pas mais j'ai tracé en disant que non je ne le voulais pas alors que je me caressais le ventre, alors que j'étais en pleurs dès que je me retrouvais toute seule. Et là je me demande si j'ai pas fait exprès de me faire hysterectomiser pour pouvoir me fiche dans la figure chaque jour que si demain je tombais amoureuse, je ne pourrai pas avoir ce que je souhaite quand je le suis. Et je suis bien consciente que c'est pour ça que je ne suis pas en contact avec la vie ou en tout cas pour une partie. Et que personne ne me parle d'adopter, s'il vous plaît. Il est beaucoup de personnes qui adoptent si elles peuvent faire le bébé naturellement ? Quoique je fasse, on ne me rendra jamais mon bébé et je sais que si je devais le porter maintenant, j'aurais tout aussi peur. J'ai si mal de partout en dedans de moi et j'en peux plus de mon quotidien, ça veut rien dire. On en fait quoi de tout ce qu'on a fait qui a engagé nos vies pour pouvoir vivre avec, vivre vraiment ? J'arrive pas à me détacher de cette façon de fonctionner et j'aimerais le faire. Vraiment. Parce que même si j'ai plusieurs problématiques à régler, celle-ci me gâche vraiment mon quotidien, m'empêche d'être dans la vie. Comment faire pour arriver à laisser le temps réguler sans retourner dans son bocal parce qu'on n'en peut plus de sentir ? J'ai l'impression qu'être en contact de nouveau et d'un coup avec mes émotions me fait violence, me secoue de partout et que le temps que ça se régule, que je retrouve un équilibre, je suis à vif, au maxi de ce que je peux sentir. Mais je ne parviens jamais à l'équilibre. Je ne peux pas rester à vif et sentir les choses telles que je les sens sur une longue durée, ça fait trop mal et des tas de choses se surajoutent et je peux pas gérer alors je reprends ma carapace. Merci de m'avoir lue.
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272690
b
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