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Enzo, mon bébé qui est né à 35 semaines

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Elle est déjà écrite : j'ai juste à faire un copier/coller. Bonne lecture à celles qui auront le courage de lire jusqu'au bout ! Je précise qu'à l'époque où ça c'est passé, je n'avais pas encore lu "Pleurs et colères… ", mais quand je l'ai lu, cette expérience m'a confortée dans mon idée que cette approche (les enfants ont des choses à dire et à guérir par les pleurs ou les colères) est juste. Comment Enzo a "réparé" sa naissance ? Voici un témoignage qui vous intéressera peut-être, surtout si vous vous passionnez pour l'empreinte de la naissance et les enjeux des premiers contacts mère/enfant. Pour commencer, je dois raconter brièvement les circonstances de la naissance de mon fils aîné Enzo. En fin de grossesse, mon bébé se présentait en siège complet (les pieds d'abord). Après avoir tout essayé pour l'aider à se retourner (haptonomie, trucs de sage-femme, positions à quatre pattes, paroles,?) , j'avais rendez-vous à la maternité pour une échographie de contrôle et éventuellement, une tentative de version. J'étais alors à 35 SA, ma grossesse s'était déroulée fabuleusement bien jusqu'à ce jour et j'envisageais l'accouchement avec sérénité. Bébé était toujours en siège complet et le gynéco, après avoir fait une tentative légère de version qui n'a pas marché, a décidé de me mettre sous monitoring pour voir comment réagissait le bébé avant d'envisager une vraie version au bloc d'accouchement. Et là, ça a été le début de la panique : mon bébé a révélé des chutes du rythme cardiaque. Ce n'était pas très grave et ne nécessitait pas d'intervention d'urgence, mais l'équipe a décidé de me garder sous surveillance. Après 5 jours passés à faire des monitorings toute la journée et une échographie détaillée pour comprendre ce qu'il se passait, il a fallu se rendre à l'évidence : mon bébé avait des chutes du rythme cardiaque de plus en plus alarmantes, probablement dues à sa position, sa tête appuyant sur l'insertion placentaire. Chaque fois qu'il essayait de bouger (de se retourner ? ) , chaque fois qu'il y avait une contraction, l'arrivée de sang semblait gênée et le phénomène augmentait au fil des jours, probablement à cause de sa croissance. Il était donc en danger s'il restait plus longtemps dans mon ventre. L'équipe a donc décidé de pratiquer une césarienne tranquillement, sans urgence, et je suis partie au bloc opératoire, terriblement déçue que ça se passe comme ça (moi qui rêvait d'un accouchement naturel sans médicalisation ! ) , mais heureuse de mettre fin à ce calvaire d'angoisses pour la vie de mon bébé. Enzo est donc né le dimanche 26 janvier 2003 à 20h13. Tout a été très (trop) vite. Je n'ai pu avoir mon bébé que quelques secondes contre moi, le temps que son regard plonge dans le mien et qu'il me confirme qu'il savait que j'étais sa mère. Je me suis raccrochée à ce regard pendant toutes les heures qui ont suivi. Mon bébé allait bien et faisait 2,5 kg et 45 cm, ce qui n'était pas mal du tout pour un bonhomme né à 35 semaines de grossesse. Il est ensuite partie avec son papa et la sage-femme. Le temps que l'équipe finisse de me recoudre et que je passe par la salle de réveil, je n'ai revu Enzo que 2h30 après, déjà tout habillé. Son papa lui avait donné un biberon (argh ! Moi qui rêvait de la première tétée après la naissance ! ) , mais Enzo était prématuré et il lui fallait manger rapidement et entretenir son réflexe de succion paraît-il. J'ai quand même pu l'avoir un peu contre moi et le mettre au sein, mais c'était déjà 23h. J'étais shootée par l'opération et les médicaments anti-douleur, il fallait dormir et ne plus déranger ma voisine de chambre. Enzo est donc parti dans une couveuse en pouponnière pour la nuit. Les jours qui ont suivi ont été un mélange de tristesse, de douleur et de joie : tristesse de ne pas pouvoir m'occuper de mon bébé comme je le voulais car les mouvements ont été difficiles les deux premiers jours ; douleur des suites de l'opération et de cette première rencontre un peu ratée, mais aussi joie de l'allaiter et de découvrir mon bébé, si merveilleux. Au bout de 3 jours, j'ai fini par pleurer toutes les larmes de mon corps pendant 24h, ce qui m'a fait un bien terrible, et j'ai pu repartir sur de bonnes bases avec mon petit bout. L'allaitement se passait très bien et mon bonhomme grossissait à vu d'il. Quand nous sommes rentrés à la maison, une semaine plus tard, c'était un soulagement de quitter la maternité après un séjour de 11 jours et une nouvelle vie a commencé. Enzo s'est vite révélé un petit gars facile, calme et épanoui. Je l'ai beaucoup porté (je ne connaissais pas encore l'écharpe, mais ça, c'est une autre histoire ! ) et nous avons souvent dormi collé l'un contre l'autre. Le temps passait et je guettais chez Enzo des signes de souffrance de cette naissance particulière (pleurs abondant, troubles physiques, petites maladies, ?) , mais il semblait aller bien et pleurait peu (peut-être aussi qu'à l'époque, je n'étais pas prête à comprendre certaines choses ou que je n'ai pas vu ce besoin d'extérioriser les émotions chez mon fils ou, n'ayant pas moi-même encore conscience de ce que j'avais vécu exactement, mon bébé faisait comme moi et avait mis cette souffrance de côté). Bien que né par césarienne, je l'ai quand même emmené voir un ostéopathe un peu après ce qui aurait du être son terme. Il l'a fait remettre dans la position qu'il avait dans mon ventre et lui a fait revivre une sorte de seconde naissance, que nous avons cette fois vécu ensemble avec son papa. Enzo a beaucoup pleuré et a évacué colère et souffrance. Je pense que cette séance lui a fait beaucoup de bien. Le temps a filé, Enzo a grandi, bébé souriant et heureux. Moi, j'étais une maman épanouie et maternante, mais j'ai commencé à me poser des questions sur cette souffrance qui restait et même qui grandissait en moi de ne pas avoir eu une naissance naturelle, d'être passée à côté des premiers instants de mon fils, comme un vide physique et émotionnel qui ne se comblerait jamais. Cette césarienne, qui pourtant avait peut-être sauvé la vie de mon fils, continuait à me faire verser des larmes plusieurs mois après, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Même si "l'essentiel était que bébé et toi alliez bien" (qu'est-ce que j'ai détesté cette phrase que tout le monde me répétait et que j'ai fini par répéter moi-même ! ) , les choses n'étaient pas si simples. Le souvenir de cette naissance complètement passive, les bras en croix sur une table d'opération, au milieu d'un personnel sympa mais distant et dans l'automatisme, sans place à aucune émotion, mon bébé arraché à mon ventre et éloigné si vite de mon corps, tout cela me laissait un goût amer. Parfois, je rêvais de sentir mon bébé passer entre mes jambe, j'avais envie de le sentir naître, de cette douleur qui donne la vie, je rêvais de peau à peau, de renifler mon bébé à loisir, tout chaud et humide contre moi. Pourquoi tout cela restait-il si fort en moi, comme un goût d'inachevé ? Je me suis alors mise à lire plein de choses sur le sujet de la naissance, la césarienne et le maternage, je me suis investie activement comme bénévole dans une association d'information et de partage pour les futurs et jeunes parents, j'ai réalisé que ce que je ressentais était légitime et normal, et j'ai entamé comme ça une sorte de thérapie pour me "guérir" . J'ai découvert Michel Odent, Fréderick Leboyer, Catherine Dumonteil-Kremer, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Isabelle Brabant, ? J'ai beaucoup surfé sur internet ? J'ai découvert le portage en écharpe (une révélation ! ) ? Puis, je suis tombée enceinte de ma fille quand Enzo avait 18 mois et là, j'ai poursuivi ma "thérapie" pour me préparer du mieux possible à un AVAC (suivi global par une sage-femme, yoga, projet de naissance, remises en question, séances de larmes, ?). Aujourd ? Hui, je peux quand même dire que cette césarienne a finalement été un cadeau de la vie car elle m'a fait évoluer et prendre conscience de choses qui me semblent essentielles pour lesquelles je "milite" aujourd ? Hui : l'importance de pouvoir vivre un accouchement le plus près possible de ses désirs, l'enjeu du contact mère-enfant, l'importance du respect de la mère et du bébé dans les premiers instants, le bénéfice d'une écoute active des enfants et des autres, le besoin de vivre les émotions, de les reconnaître et les exprimer (même longtemps après les événements) , d'être accompagné (e) et écouté (e) si quelque chose ne va pas ? Si je n'avais pas vécu tout ça, je serai certainement une autre personne aujourd ? Hui et vous ne seriez pas en train de lire ces lignes. J'ai réussi à transcendé ma (mes) cicatrice (s). Le destin peut-être ? Enzo, lui, semblait ne toujours pas avoir de séquelles visibles de sa naissance. Il avait un peu de mal à se séparer de moi quand je le laissais à la garderie de temps en temps, mais ça me semblait normal pour un enfant qui est avec sa maman la plupart du temps, car je ne travaillais pas. A part ça, c'était un petit garçon confiant, autonome, sociable et visiblement heureux. Je me suis toujours dit qu'il avait moins souffert que moi de cette naissance précipitée et de notre première rencontre écourtée. Pourtant, voici ce que j'ai écrit à mes copines d'une liste de discussion le 27 janvier 2005 au matin, 2 ans pile poil après sa naissance, alors que j'étais déjà enceinte de plus de 7 mois de Shana : Je voulais vous raconter un truc dingue qui nous est arrivé avec Enzo la nuit de mercredi à jeudi (pas facile de mettre ça par écrit en quelques mots, mais je vais essayer de vous expliquer) : vers 4h du matin, Enzo s'est réveillé en pleurant et en m'appelant, complètement paniqué, comme si j'avais disparu pour toujours. Je suis restée allongée à côté de lui pendant 1/2 heure, mais dès que je faisais un mouvement pour me décoller de lui et repartir alors que je pensais qu'il s'était rendormi, il pleurait et réclamait "câlin maman". Il voulait dormir dans notre lit et j'ai fini par le prendre avec nous pour pouvoir dormir moi-même. Et là, il s'est passé un truc fou, qui ressemblait un peu à ce qu'il nous avait déjà fait une fois en novembre (une sorte de terreur nocturne mais en différent dans le comportement) : il était dans une espèce de transe, ni réveillé ni endormi, n'arrêtait pas de dire "bébé, bébé" et hurlait dès qu'il n'était plus en contact avec moi. Il me grimpait dessus, voulait être couché sur mon ventre et son visage, dans la pénombre, ressemblait à celui d'un nouveau-né qui pleure. On lui a demandé de quel bébé il parlait, si c'était sa poupée qu'il tenait contre lui (il a dit non) ou si c'était bébé dans le ventre de maman (et il a dit non aussi). Et là, j'ai eu un flash : je lui ai demandé si c'était lui le bébé et il m'a dit oui plusieurs fois ! Là, révélation ! C'était la nuit de son anniversaire et 2 ans pile poil en arrière, il était à cette heure-là dans une couveuse en pouponnière et moi, clouée par ma césarienne dans ma chambre d'hôpital. On avait à peine eu le temps de faire connaissance (une petite 1/2 heure ensemble 2h30 après la naissance et comme c'était la nuit, il fallait dormir et l'emmener loin de moi) et nous souffrions probablement tous deux chacun dans notre coin de cette rencontre loupée. J'ai donc reparlé de tout ça à Enzo, en lui disant qu'on n'avait pas eu le choix de vivre cette situation qui heureusement n'avait pas duré, et qu'on avait tous les deux du chagrin, qu'il avait le droit d'exprimer la peine qu'il n'avait pas compris en tant que nouveau-né et que, maintenant, maman serait toujours là quand il en aurait besoin. On a pleuré ensemble à chaudes larmes, collés l'un contre l'autre. Apaisé, il a fini par se rendormir vraiment (puisqu'il n'était pas complètement réveillé) à 7h du matin et 1/4 d'heure après, il était debout comme si de rien n'était ! Je lui ai reparlé un peu de ce qu'il s'était passé pendant la nuit et il avait l'air d'accord. Hier et ce matin (après une nuit d'une traite très paisible) , il a réclamé à voir des photos de lui petit et je pense que ça a dû le rassurer de voir, qu'ensuite, on avait essayé de rattraper ces 1ers moments perdus, de nous voir ensemble sur les photos, en train de téter et de se câliner. Toute cette théorie de régression/anniversaire était pour moi une hypothèse bien sûr, et, comme j'ai une copine psychothérapeute qui m'a téléphoné en début d'après-midi, j'en ai profité pour lui demander son avis. Elle m'a dit que c'était typique d'une régression évacuatoire et que ce genre de choses arrivait souvent aux dates anniversaires. Ça lui aura certainement fait du bien et lui évitera peut-être quelques petits problèmes d'ordre psychologiques plus tard. Comme j'avais aussi la visite des 2 ans chez le doc hier, je lui en ai parlé et il était en accord avec cette théorie de régression. C'est dingue non ? Et voici la suite de l ? Histoire : Dans les jours qui ont suivi, Enzo a demandé très régulièrement à regarder son album photos, heureux de se voir bébé dans mes bras. Bizarrement, il m'a aussi demandé "Dumbo l'éléphant volant" , ce film émouvant de Disney dans lequel un bébé éléphant est séparé de sa maman. Il avait regardé ce film une fois avant cette fameuse nuit anniversaire et n'avait pas accroché, retournant à d'autres activités avant la fin de l ? Histoire. Je lui ai donc mis le DVD et tout d'un coup, j'ai entendu mon bonhomme courir vers moi en pleurant à chaudes larmes "petit bébé perdu maman, petit bébé perdu maman" . Il était si malheureux ! J'ai tout de suite fait le rapprochement avec sa propre expérience et je suis allée regarder la suite du film avec lui en lui promettant que ce bébé éléphant allait retrouver sa maman. Effectivement, à la fin du film, Enzo a explosé de joie "petit bébé retrouvé maman ! " . Puis pendant 1 mois, il m'a demandé plusieurs fois par semaine à regarder à nouveau ce film. Je lui ai quand même dit "mais ça va encore te rendre triste et tu vas pleurer ! " et il m'a dit "ça fait du bien pleurer" . J'ai fini par comprendre qu'il se "guérissait" comme ça, que lui aussi faisait sa "thérapie" . Alors, à chaque fois que la scène fatidique arrivait, je le prenais sur mes genoux et il pleurait de toutes ses larmes, et nous rions ensemble des joyeuses retrouvailles finales. A chaque fois qu'il voyait le film, il pleurait un peu moins. Puis, un jour, il a cessé de me réclamer le film. Maintenant, quand il le regarde une fois de temps en temps, il suit l ? Histoire comme n'importe quel autre film. Egalement, quelques jours après la nuit de son anniversaire, Enzo a fait une terrible gastro, s'est vidé dans tous les sens du terme (physiquement et sûrement émotionnellement) et a vécu littéralement collé à moi pendant 5 jours (personne d'autre ne pouvais s'occuper de lui). Une autre façon d'évacuer physiquement des émotions refoulées pendant 2 ans je pense : cela ne peut pas être qu'un hasard ! Et dire que je croyais que mon bébé n'avait pas souffert de sa naissance et de notre brusque séparation (même si plutôt courte au regard de l'expérience d'autres parents) !!! Aujourd ? Hui, quand je regarde en arrière et que je repense à cette expérience, il y a différentes choses qui me sautent aux yeux : non seulement ces événements ont commencé le jour de l'anniversaire d'Enzo, mais c'est aussi le jour où j'ai passé ma 3ème échographie pour Shana et que j'ai eu la confirmation que mon bébé se présentait bien la tête en bas, ce qui a été pour moi un grand soulagement avec la presque certitude de ne pas avoir à revivre une autre césarienne. J'étais enfin prête à accueillir mon bébé sereinement. Si, ensemble, nous avons pu mettre des mots sur ces événements et les comprendre, c'est grâce à plusieurs facteurs : le fait que j'ai cherché à guérir de ma propre douleur de cette naissance, d'avoir fait un stage d'écoute active dans le cadre de mes activités associatives, d'avoir fait confiance à mon intuition et à la capacité de mon fils à me faire comprendre ses messages, et également qu'Enzo était assez grand pour mettre des mots sur son ressenti. J'ai aussi toujours raconté régulièrement, dans des cahiers à destination de mes enfants, les événements et les émotions de mes grossesses et des premiers mois de mes bébés, agrémentés de photos, que je continue de compléter à chaque anniversaire, afin qu'Enzo et Shana puissent avoir une trace de ces moments si précieux qui ont souvent un grand impact sur les futurs adultes. Le terme d'Enzo était prévu le 2 mars 2003 (il est en fait né le 26 janvier). Le terme de Shana était prévu le 18 mars 2005. Comme par hasard, le travail a commencé le 2 mars et elle est née le 3. Un long travail à la maison accompagné d'une sage-femme, un accouchement naturel et rapide à la clinique, toujours accompagné d'une amie sage-femme (ces deux sages-femmes me connaissaient personnellement, moi et toute mon histoire) , un petit séjour de 24h à la maternité et surtout, Shana ne m'a jamais quittée pendant tous les jours qui ont suivi sa naissance ! Je ne pouvais espérer mieux ! Voilà, la boucle était bouclée ! Enzo est maintenant un grand frère attentif et attentionné, qui sait me faire comprendre les besoins de sa petite s'ur et qui se préoccupe de son bien-être. Je suis toujours attentive à ses réactions, notamment dans les moments de séparation. C'est lui qui a choisi quand il était prêt pour rester seul chez ses grands-parents et ça s'est très bien passé. J'ai raconté cette expérience à une soirée/débat de professionnels (sages-femmes, pédiatres, psy, ostéopathes, ?) organisée pas mon association sur le thème "l'empreinte de la naissance" : tout le monde a trouvé l ? Histoire très belle et très révélatrice de cette empreinte. Septembre 2007 : Je dois rajouter quelques lignes car l ? Histoire continue. Je viens d'apprendre que je suis enceinte et nous annonçons avec beaucoup de bonheur à nos enfants l'arrivée d'un bébé pour le printemps 2008. Quelques heures plus tard, je demande à Enzo s'il est content et il me dit oui, puis quelque secondes plus tard "de toute façon, on va tous mourir au printemps ! " . Cette phrase très forte me laisse sans voix : soit mon fils est extralucide et c'est plutôt effrayant, soit l'annonce de cette future naissance le renvoie directement à la peur de la mort, quelque chose que lui et nous avons expérimenté juste avant sa propre naissance. Je lui demande s'il a peur pour ce bébé et il me répond "il va arrêter de pousser et il ne pourra pas sortir" . Sa propre histoire remonte à la surface, ça me semble évident. Je lui explique que c'est vrai, parfois des bébés meurent dans le ventre de leur maman, que pour lui, nous avons eu peur que ça arrive et que lui a certainement eu peur de ne plus pouvoir "pousser" , grandir dans mon ventre, et de ne pas pouvoir sortir, mais que les médecins ont fait ce qu'il fallait et quhui, il était un grand garçon en pleine forme, que Shana était née sans problème et qu'il n'y avait pas de raison que ce bébé n'aille pas bien lui aussi. Je lui ai un peu reparlé des conditions de sa naissance et il a eu l'air rassuré. Puis, un moment plus tard, il me dit "Mais maman, si jamais tu es en train de faire la sieste et que je m'occupe du bébé pendant que tu dors et que je suis en train de regarder "Dumbo l'éléphant" , il va avoir peur le bébé ! " . Cette réflexion est l'évidence même que son histoire lui revient. Je le rassure en lui disant qu'il n'aura pas à s'occuper du bébé à ma place et que ce n'est pas parce que l ? Histoire de Dumbo l'a particulièrement touché, parce qu'elle évoquait quelque chose de fort pour lui (sa séparation brusque avec moi) , que ça toucherait le bébé de la même façon. J'ai senti Enzo apaisé et depuis, il n'a pas évoqué d'autre angoisse au sujet du bébé. Là, je suis heureuse d'avoir lu les livres d'Aletha Solter et d'Isabelle Filliozat qui m'aident beaucoup avec mes enfants et particulièrement dans cette histoire avec Enzo. Tout me semble tellement plus clair ! Dimanche 27 janvier 2008 L ? Histoire continue ! Hier, Enzo a eu 5 ans. Ça aurait du être une journée gaie (nous étions chez mes beaux-parents pour le week-end, gâteau et cadeaux d'anniversaire, ambiance festive) et pourtant, Enzo était bizarrement triste et de mauvaise humeur, particulièrement collant avec moi. Le soir, Steph et moi devions aller à un dîner-spectacle et j'avais prévenu les enfants que ce serait Nono et Nona qui les feraient dîner et les coucheraient, ce qui, d ? Habitude, est une grande joie pour Enzo. Et là, pas du tout : il ne voulait pas que j'aille à cette soirée, voulait que je reste avec lui, pleurait. Je lui ai demandé s'il y avait quelque chose qui l'inquiétait et il m'a dit "j'ai peur que tu ne reviennes jamais" . Là, j'ai à été surprise de constater qu'on était à nouveau dans un schéma de séparation comme pile poil 5 ans en arrière, le jour de sa naissance ! J'ai demandé à Enzo s'il avait l'impression que des émotions liées à sa naissance revenaient et il m'a dit un grand "oui, c'est ça" enthousiaste, comme si on comprenait enfin tous les deux d'où venait son état d'âme de la journée. Je lui ai redit quelques mots sur cette peur de m'avoir perdue pour toujours qu'il avait du ressentir bébé, que j'étais bien là tout près, que je reviendrais dormir près de lui après ma soirée et je le lui ferai un câlin dans son sommeil. Il a eu l'air apaisé et j'ai tout fait comme promis. Comme pour l'épisode de ses 2 ans, je suis enceinte. Mon état doit lui faire remonter des choses de sa propre histoire. Aujourd ? Hui, Enzo a encore oscillé entre tristesse et moments gais, a demandé beaucoup de câlins et d'attention de ma part. A un moment, il m'a même dit "j'ai envie de redevenir un petit bébé" en se blottissant contre moi et en faisant semblant de téter. Je lui ai demandé s'il avait encore des émotions de sa naissance qui étaient là et il m'a dit "oui" . Alors, je lui ai encore raconté sonhistoire et je l'ai câliné comme un bébé. Dimanche 24 février 2008 Encore ! Depuis le jour de ses 5 ans, Enzo a eu un comportement inhabituel, lui d ? Habitude doux et calme. Il était fatigué, abattu, voir presque dépressif par moment, faisant de grosses colères et des crises de larmes, un voile terne sur le visage. J'ai profité d'une visite chez un ostéo/étiopathe pour une douleur à la nuque qu'il avait suite à une roulade à l'école pour lui parler de tout ça. Il a travaillé sur son ventre, siège des émotions, en réveil de mémoire cellulaire. Les jours qui ont suivi, les phases de colère et de tristesse sont devenus très intenses, mais j'étais fatiguée et pas très à l'écoute, ni patiente. Puis, ça a été le début des vacances et mes parents sont venus chercher les enfants pour les emmener quelques jours chez eux en montagne (ils avaient besoin d'un grand bol d'air et moi aussi car l'ambiance à la maison était pesante et difficile). Le lendemain, ma mère m'a appelée pour me dire qu'Enzo n'allait pas bien du tout, qu'il ne voulait rien manger, ni rien faire, ni sortir dehors et que ça l'inquiétait. Au téléphone, Enzo m'a dit qu'il était triste et il s'est mis à pleurer. J'ai promis de venir le lendemain si ça n'allait pas mieux. Ce soir là, inquiète pour mon fils, j'ai dit à Stéphane "Peut-être qu'Enzo a encore des choses à évacuer de sa naissance, je devrais peut-être lui reproposer d'en parler et utiliser le jeu symbolique en rejouant les scènes pour qu'il puisse visualiser et mieux comprendre ce qui s'était passé pour lui et pour moi" . Le lendemain, ma mère m'a dit qu'Enzo avait retrouvé l'appétit et la joie de vivre et que ça allait bien, qu'il ne me réclamait plus et effectivement, au téléphone, c'était un autre petit garçon. Je suis donc allée les chercher 3 jours après et je les ai retrouvés en pleine forme. Le lendemain de notre retour à la maison, j'étais sur l'ordinateur, Enzo vient me trouver, me prend par la main et me dit "maman, j'aimerais que tu me reparles de quand j'étais bébé, de quand je suis né. Viens, on va dans ta chambre et on ferme la porte pour être tranquilles" . Sentant ce moment important, je lâche immédiatement mon clavier et je préviens Shana et Steph qu'on a besoin d'un moment tranquille (au fond de moi, je suis bluffée qu'Enzo ait envie de faire exactement ce dont j'avais parlé à Steph quelques jours avant, comme s'il avait lu dans mes pensées). On s'installe sur mon lit et je prends un poupon lesté que j'utilise pour mes ateliers de portage pour bien expliquer les événements à Enzo. Je lui montre la position qu'il avait dans mon ventre, pourquoi il était en danger, comment on l'avait sorti, pourquoi on avait été séparés tout de suite, que c'était son papa qui s'était d'abord occupé de lui (et là, on a demandé à Steph de venir lui expliquer et lui montrer comment il s'était occupé de lui, le biberon qu'il lui avait donné) , ce qui avait du se passer quand il était dans la pouponnière pendant la nuit (ce sentiment de m'avoir perdue pour toujours) , où je me trouvais et pourquoi il n'était pas avec moi, ce que lui avait du ressentir, ce que moi j'avais ressenti. A chaque fois, j'ai utilisé le poupon pour bien lui montrer, j'ai rejoué les scènes. Il m'a aussi demandé comment ça s'était passé pour Shana et il m'a dit "elle a eu de la chance, elle, elle avait la tête en bas ; le bébé dans ton ventre aussi, il a la tête en bas ; moi, j'étais tout coincé avec la tête en haut et les pieds en bas" . Puis, je lui ai demandé ce que lui aurait voulu faire en tant que bébé s'il avait pu. Il a alors pris le poupon, l'a mis sur mon ventre dans la position en siège, l'a fait se retourner et "naître" entre mes jambes, normalement symboliquement. Puis, il l'a posé sur mon ventre pour un gros câlin et une tétée. J'étais très émue de cette scène de réparation et cela m'a fait du bien à moi aussi. Depuis, Enzo est métamorphosé ! Tristesse et colère se sont envolées, son visage rayonne à nouveau, il semble comme apaisé. Pour combien de temps ? Avec tout ça, je me dis que l'expérience de notre naissance, nos tout premiers instants de vie sont bel et bien là, en nous, pour toujours. PS : ce texte ira rejoindre le cahier d'Enzo pour qu'il puisse le lire plus tard. Vous pouvez également le faire circuler comme bon vous semblera si vous pensez qu'il peut apporter quelque chose à d'autres parents ou professionnels.
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