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Les assassins du tour de France

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Voilà un bon résumé du tdf:

 

Les assassins du Tour.

Plombé par les scandales, la Grande Boucle n'est plus que l'ombre d'elle-même. En coulisses, une sourde lutte oppose les parrains du cyclisme professionnel. Enquête de Jean-Louis Ezine 

 

Le Tour de France adore les miracles. Il est d'ailleurs étrange que le Vatican ne se soit pas encore penché sur le palmarès d'une épreuve dont certains vainqueurs jouissent à l'évidence de célestes protections et mériteraient à tout le moins le titre de "bienheureux" .

Loin des guenilleux en casquette des âges farouches qui ont ouvert le martyrologe, le jeune Contador, oeil de velours et sourire angélique, est sans doute encore un peu tendre pour la canonisation. Il n'empêche. Sa place dans l'iconographie impose déjà ce respect plus distant qu'admiratif voué naguère à Lance Armstrong, son maître et son inspirateur. Comment ne pas voir dans le destin de l'élève la continuation presque tragique des oeuvres du gourou américain ?

Même équipe, même direction sportive, même préparation, mêmes envolées frénétiques au sommet des montagnes, même parcours chaotique de revenant des enfers. Armstrong avait vaincu le cancer. Alberto Contador, opéré d'un oedème cérébral en 2004, est lui aussi un rescapé. Après plusieurs semaines de coma, on le donne pour perdu. Il revient à la conscience et découvre sur son lit d'hôpital la confession du septuple vainqueur de la Grande Boucle, "Il n'y a pas que le vélo dans la vie" . Un best-seller mondial. La révélation. La foi, cet opium du peuple, soulève les montagnes.

 

A propos du dopage, Roland Barthes écrivait déjà, dans les années 1950: "C'est vouloir imiter Dieu. C'est voler à Dieu le privilège de l'étincelle." Cette fois, le Tour est le seul véritable miraculé de l'édition 2007. On a voulu le tuer et il a survécu. On a même frôlé le crime parfait, perpétré par de redoutables sorciers. Ces marchands d'étincelles ont les diplômes, les officines, les couvertures, les réseaux et l'argent. Le Bon Dieu a été tourné en ridicule. Depuis lors il fait les poubelles, le soir, sur les parkings d'hôtels, à la recherche du secret. L'indémodable Poulidor, à qui on demandait un pronostic au départ de Londres, a répondu : "Comment voulez-vous faire une prévision ? Le Tour, on ne sait même pas qui l'a gagné l'an dernier ! " Allusion au scandale Floyd Landis, autre disciple d'Armstrong, à qui, douze mois après son retentissant hold-up, on n'avait toujours pas retiré le magot des mains. C'est le plus lent flagrant délit de toute l'histoire de la délinquance. "Je ne reconnais rien de mon cyclisme" , a avoué Eddy Merckx, confondu par les insolences vélocipédiques de Michael Rasmussen. A cause du Danois, meilleur grimpeur du Tour en 2005 et en 2006, le glorieux maillot à pois n'est plus désigné que par le sobriquet de "maillot à poisse" . Et il s'en est fallu d'un rien qu'il ne refile la malédiction au maillot jaune. Comment Merckx, qu'on appelait le Cannibale, pourrait-il en effet se retrouver dans le cyclisme des anorexiques ?

 

Le Tour s'est vu un moment dans l'humiliante obligation de faire cortège jusqu'à Paris à son si maigre et si peu crédible bourreau, dont les obsessions maniaques entretiennent toutes les conversations. On dit que Rasmussen lime la gomme des patins de freins pour alléger son vélo. Le soir, il compte les spaghettis dans son assiette. Il ne sourit pas : c'est du temps perdu pour la concentration. Même pour respirer, dans les cols, il ne desserre pas les lèvres. Une guêpe, dans l'Aubisque, a tenté de les lui ouvrir. En vain. Ce fut la seule piqûre visible qu'il ait reçue sur le Tour, mais on sait, à ce propos, que l'essentiel se passe dans les semaines qui précèdent. C'est avant le Tour que les tricheurs organisés encaissent les plus grosses "charges" , un mot qui convient aussi bien à l'entraînement qu'aux soins. Pendant l'épreuve, ensuite, ce sera l'affaire de simples "lichettes" , quasiment indétectables.

 

La période cruciale, c'est juin. Certains, en raison de leur rang élevé dans la hiérarchie sportive ou du soupçon qu'ils inspirent, sont tenus de fournir à la fédération internationale leur emploi du temps précis. Et d'indiquer, bien sûr, leurs lieux de résidence. Pour échapper aux "vampires" , ainsi qu'on nomme dans le peloton les contrôleurs chargés des prélèvements sanguins, des coureurs de renom, parmi lesquels Alexandre Vinokourov, alias "Vino" , favori du Tour, ont lancé cette année une sorte de mode. Sur la Riviera (beaucoup résident à Monaco) , ils abandonnent les couleurs de leurs sponsors et s'entraînent, incognito, dans des tenues noires destinées à égarer les inspecteurs. Le phénomène est si répandu dans le gotha qu'on lui a donné un nom : "MIB" (les men in black).

 

Vinokourov a prétendu vouloir seulement échapper aux cyclotouristes tentés de prendre sa roue, ce qui a bien amusé la communauté cycliste. Le Kazakh a toujours eu beaucoup d'humour. Quand, après l'étape contre la montre, on l'a pincé au contrôle pour une transfusion sanguine, procédé suicidaire et à vrai dire étrange (il avait alors perdu toutes chances de gagner le Tour) , on s'est demandé si le donneur compatible ne pouvait pas être son père, présent sur l'épreuve. "Mon père, dites-vous ? Dans ce cas-là, a rétorqué l'intéressé, c'est à la vodka que j'aurais été positif ! " Mais le plus transparent des men in black, en juin, ce fut bien Michael Rasmussen. Pendant vingt-deux jours, au cours desquels le Danois s'est dérobé à deux contrôles diligentes par les instances internationales, personne n'a su où il se trouvait, pas même son manager, ce qui n'a pas empêché le patron de l'Union cycliste internationale, l'Irlandais Pat McQuaid, d'autoriser le fautif, contre le règlement même de l'UCI, à courir le Tour. Pourquoi, demanderez-vous ? Pardi, pour mieux le faire tomber pendant. Avec d'autres, tel Vinokourov justement, dont on claironnait avant même le départ qu'une victoire dans le Tour n'aurait aucune valeur. Mais alors pourquoi l'accepter sur l'épreuve ? Machiavélique. Là-dessus, on peut partir en vacances. Car le président McQuaid prend ses vacances pendant la Grande Boucle : un peu comme si le patron de la Fifa prenait les siennes pendant la Coupe du Monde de Football.

 

Tout ça ne fait qu'aggraver la suspicion. Il est manifeste que l'UCI, qui a la haute main sur les contrôles médicaux, instrumentalise désormais la lutte antidopage dans le seul dessein de ruiner le Tour de France auquel l'oppose une sourde guerre depuis plusieurs années. D'un côté Amaury Sport Organisation, propriétaire du Tour, détient la légitimité historique du cyclisme et organise les courses les plus prestigieuses (Paris-Roubaix, la Flèche wallonne, Liège-Bastogne-Liège…). De l'autre l'UCI, le gouvernement mondial du cyclisme, piloté en sous-main par un redoutable homme d'affaires, l'ex-président Hein Verbruggen, tente de promouvoir un système de franchise sur le modèle des circuits automobiles de formule 1, où l'importance des épreuves est indexée sur leur capacité à produire des bénéfices. Tant qu'un sponsor paie, l'équipe qu'il soutient est assurée de se maintenir dans la division supérieure, sans avoir à mériter sa place par des résultats. Les épreuves disputées sous ce label sont insipides, donnent lieu à des scénarios courus d'avance, voient se multiplier les arrangements entre des équipes privées de la seule motivation qui vaille : la rivalité sportive. C'est la mort du vélo. Il se murmure que Verbruggen aurait alors tenté de racheter le Tour, par le biais de fonds de pension hollandais. En attendant, les bâtons volent bas dans les roues de carbone.

 

Et depuis dix ans, depuis l'ère Armstrong, très lié à Verbruggen et à l'UCI, le Tour trinque. Sauf quelques médias français, personne n'est dupe : il faut faire tomber le Tour, le contraindre à s'arrêter, l'amener à se suspendre par exemple pendant un an, histoire de marquer les esprits et de "réfléchir" , comme disent les bonnes âmes. On se demande bien à quoi. L'UCI, elle, a déjà mené sa réflexion : elle n'attend qu'un arrêt même provisoire de la Grande Boucle pour organiser aux Etats-Unis, en juillet et sur deux semaines, la course de ses rêves. Bien entendu, ce serait juste pour rendre service, en "remplacement" d'une épreuve fermée pour cause de travaux. Le projet est bouclé, on attend seulement que les coureurs soient disponibles. Et ce ne sont pas les fonds qui manquent. Car contrairement à ce qu'imaginent les naïfs, le cyclisme se porte très bien de ce point de vue : il n'y a jamais eu autant d'argent dans ce sport que depuis l'affaire Festina en 1998, le premier énorme scandale de l'ère du dopage.

 

Mais on l'a dit, le Tour adore les miracles. Celui qui l'a peut-être sauvé s'est produit quelques semaines avant le départ de Londres. C'était le 13 juin, au nord de l'Italie, sous un violent orage. Il était 14 heures et il faisait presque nuit. L'ancien champion Davide Cassani descendait en voiture le col de Giau, dans les Dolomites, quand il aperçut dans ses phares un cycliste tout de noir vêtu, qui s'obstinait malgré la grêle et les éclairs. Impressionné, il s'approche et propose à l'imprudent l'abri de sa voiture. L'autre, tournant vers la vitre un visage ruisselant et rougi par le froid, refuse. "m*****! Mais tu es Rasmussen, non ? " De l'échange qui suivit, Cassani a retenu que le grimpeur danois pédalait dans la tourmente depuis 6 heures du matin. En racontant cette histoire au micro de la RAI en plein Tour de France, il voulait juste faire l'éloge du courage et de la vertu mentale inouïe d'un grand champion. Il était loin de se douter qu'il venait de confondre un imposteur, qui se disait en voyage au Mexique et devrait bientôt rendre son maillot jaune, son salaire, son vélo et son honneur. Davide Cassani a pleuré, il ne voulait pas. Les quatre derniers jours, le Tour a roulé peinard.

Jean-Louis Ezine.

Le Nouvel Observateur
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60510
b
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