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Un Pied noir en Algérie, ... en 63

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Bonjour,

J'ai promis à mon père d'écrire l'histoire de notre famille,… , pour lui, pour son honneur et celui de tous ceux qui comme lui ont construit ce pays avec leur coeur et leurs tripes ; je le ferai aussi pour mon gamin, justement parce que je sais ce que raconte les livres d'histoire…

Mais pour l'heure, je n'en ai pas le temps : à 60 ans, j'en bien encore pour 6 ou 7 ans pour mettre ma famille à l'abri du besoin, …, et dans mon métier, c'est beaucoup de travail…

 

Ceci étant, voici quelques précisions :

Nous sommes restés en Algérie jusqu'à ce que les biens de la famille soient nationalisés par l'état algérien en octobre 1963 (comme ceux de mes 4 oncles également agriculteurs dans le Constantinois).

 

Mais nous sommes restés en contact étroit avec des gens sur place par le biais d'Aïcha, un personnage adorable, d'une grande générosité de coeur, aujourd'hui décédée, probablement descendante d'esclaves noirs venus du Tchad il y a très longtemps. Aïcha c'était la nounou de Scarlett O'hara dans "Autant en emporte le vent" , en un peu moins volumineux ! Elle ignorait sa date de naissance et était illettrée. Gardienne de l'immeuble dans lequel nous habitions à Constantine et mariée avec Mohamed, un (très) vieux monsieur, ancien combattant dans les troupes de Lyautey dans le Riff marocain, elle n'avait pas voulu rester en Algérie après l'indépendance ; nous nous sommes donc chargés de la … "rapatrier" (goutons tous le cocasse de ce terme appliqué à la situation). Naturalisée française, elle nous disait souvent "je suis Pied-noir" , …, et nous lui disions, "oui, Aïcha, vous, vous êtes noire, …, mais votre plante des pieds est quand même blanche, comme la nôtre" , alors elle nous disait "c'est vrai, d'ailleurs, dans le quartier je suis connue comme le loup blanc !! " …J'arrête là pour son histoire, car elle était un roman à elle seule.

 

Etant illettrée, ma mère s'est chargée pendant des années de lui lire son courrier en provenance de sa famille restée en Algérie, et de rédiger les réponses qu'elle souhaitait faire, de sorte que nous avons longtemps suivi (de près) l'évolution de la vie réelle sur place, … qui, effectivement n'était pas spécialement facile.

 

Je suis retourné avec mon père et mon neveu en 1986 sur place pour refaire le circuit de mes ancêtres : depuis le village que mes 2 arrières grands pères avaient créé avant la fin de l'avant dernier siècle jusqu'à Constantine d'où nous étions partis en 63, en passant par mon village natal. L'accueil a dépassé de loin en chaleur et en enthousiasme ce à quoi je m'attendais, y compris par des jeunes nés après l'Indépendance, cela en était étonnant, … très touchant ! Nous y avons entendu des dizaines de fois, comme un slogan "revenez passer au moins des vacances ici ! , vous êtes chez vous ! Pourquoi vous êtes partis ? , …"

 

Plus tard lorsque Boudiaf est arrivé au pouvoir en Algérie, en suscitant un grand espoir parmi les Algériens, j'ai rejoint une association "Maghreb 2000" à la demande d'un copain kabyle qui tenait un restaurant dans lequel je me rendais souvent. Cette association m'a permis de rencontrer des algériens exilés dans différents pays, jeunes et moins jeunes, qui m'ont toujours accueilli à bras ouverts, moi le fils, petit-fils, …, de colon, et avec lesquels j'ai pu mesurer le gâchis de notre histoire et de la leur.

 

Tout cela pour vous dire que je ne fais pas partie des Pieds noirs qui ont du mal à aligner (j'allais dire "éructer") 10 mots d'affilée sans y coller au moins une fois "bougnoule" , "*****" ou "raton" ! Je pense que la plupart de ceux là n'ont vu ou connu de "bougnoule" que de très loin, et, ce faisant, tombent dans le même piège que les français qui ne voient les pieds noirs qu'à travers justement ce genre de personnage. Ils ont toujours été du "pain bénit" pour tous nos détracteurs ; ces derniers n'avaient même pas besoin de les inventer pour servir leurs discours de dénigrement et de diabolisation des pieds noirs, puisqu'ils existent déjà, sur mesure !  

 

Mais passons…

Quant à mon année après l'indépendance, je la raconterai plus en détail, …, plus tard, …, mais je vous livre quelques perles, tout en précisant qu'au premier niveau ces perles peuvent prêtent à rire, mais en même temps elles traduisent des réalités bien éloignées des rodomontades de nos "chefs" respectifs petits et grands, et des discours officiels de part et d'autre de la Méditerranée depuis 40 ans :

 

-Un soir Mohamed (le mari d'Aïcha) , sonne en catimini à notre porte ; il porte avec lui 2 immenses drapeaux français sur des hampes de 2 mètres soigneusement enroulés dans du tissu et nous dit : "je les avais gardés jusqu'à présent, mais maintenant que c'est l'indépendance, je préfère les mettre en sécurité chez vous ! "

 

-J'ai rendez-vous avec une copine dans le centre de Constantine ; à mon arrivée, je vois un jeune algérien tournant autour d'elle et l'importunant. Je m'approche et lui fait comprendre qu'il vaut mieux qu'il lui "fiche la paix" , ce qui me vaut un coup de poing. Dans les 10 secondes qui suivent, un policier à moto le ceinture et 2 vieux arabes en gandoura blanche, s'arrêtent et me dise "il faut porter plainte, on a tout vu, on peut témoigner, c'est lui qui vous a frappé" . Nous arrivons tous chez le Commissaire ; je n'ai pas besoin de lui expliquer, les 2 papis et le policier le font pour moi avec force détails ; le Commissaire commence à engueler le "gamin" et me dit "il faut que vous portiez plainte" ! Je décide de ne pas le faire en lui précisant que pour autant je n'aimerais pas qu'une fois sorti le "gamin" et ses copains cherchent à se "venger" ; et le Commissaire de me répondre : "si jamais il vous adresse seulement la parole, je le mets immédiatement en tôle" !!, "et je le dis devant lui et devant tout le monde" !!

 

-Mon oncle Toussaint se fait voler sa voiture (pratique courante à cette époque). Quelques jours plus tard il la voit passer dans la rue avec un militaire en uniforme au volant ; il avise un policier, lui explique que c'est sa voiture, ce dernier sans hésiter l'arrête, fait descendre le militaire (il lui fallait du courage, …, ou de l'inconscience) et accompagne mon oncle au commissariat pour le constat. Le Commissaire reconnaît mon Oncle : "je suis content que tu aie retrouvé ta voiture Toussaint !!! Si tu veux bien repasser demain, le temps de faire les papiers et tu pourras la récupérer…" ; le lendemain, mon Oncle retrouve le Commissaire la mine déconfite : "tu sais Toussaint, je suis très embêté, …, ta voiture c'est un Commandant de l'ALN qui te l'a faite voler,… , et il ne veut pas te la rendre !!! " éclat de rire de mon Oncle devant la situation, et la mine de Commissaire vraiment "très embêté" qu'il s'empresse de rassurer "ne t'inquiète pas, tu as fait ce que tu as pu ; de toutes les façon il est probable qu'on va devoir tout laisser ici dans quelques mois, …, alors pour la voiture… ça arrive simplement plus tôt que prévu !! "

 

-Ma mère doit rencontrer le Préfet. Arrivée sur place une file de 20 à 30 algériens attendent leur tour pour une audience. Elle se met dans la file (comme "avant"). Dans la minute l'huissier la voit, va la chercher, l'accompagne dans un ***** privé, lui sert un café et lui dit "le Préfet va vous recevoir immédiatement" !! Pour la petite histoire, mon père parti en cure, certains individus s'étaient présentés à la ferme pour dire aux ouvriers que ces biens étaient "vacants" puisque mon père s'était absenté et qu'ils allaient les réquisitionner. Aussitôt des ouvriers sont venu avertir ma mère, …, d'où la visite chez le Préfet qui, illico presto, a fait cesser l'opération !  

 

-Aïcha arrive à la maison pour faire un peu de ménage, … et beaucoup de papotage avec ma mère autour d'un café. Elle nous raconte en rigolant sa sortie de la veille : un grand meeting populaire était prévu au stade de Constantine, à l'occasion du passage de je ne sais quel ministre. Voulant profiter de cette occasion de sortie (ce qui n'était pas fréquent pour les musulmanes à cette époque) , Aïcha décide d'y aller avec des amies. Comme c'est la coutume, bien que voilées, les femmes en profitent pour se parer de tous leurs bijoux. Le meeting se déroule avec force discours pour galvaniser la foule, … ; le thème c'est "on est en difficulté, mais ça va aller mieux ! " . Puis une phrase, préméditée ou pas, fuse de la tribune : "levez les bras !! " , …, la foule s'exécute, et apparaissent sur les poignets montres et bracelets souvent en or, à profusion…, de la tribune, l'orateur continue : " à quoi vous servent tous ces bijoux, alors que l'Algérie est en difficulté, …, donnez les à l'Etat qui en a besoin !!! " , …, avant que la surprise ne soit passée, une troupe de jeunes se répandent dans la foule une corbeille à la main et raflent tous les bijoux qui se présentent, …, et ceux qui ne se présentent pas d'ailleurs !! Et Aïcha de rigoler un bon coup de cet épisode malheureux, …, elle n'a jamais eu beaucoup de bijoux, et de toute façon, fine la mouche, elle n'en avait mis aucun ! (au passage, je ne sais pas si Smaïn a piqué l'idée pour un de ses sketchs célèbres, … mais je ne pense pas).

 

-Mon père arrive au village un jour, plusieurs habitant l'arrête dans la rue : "Mimi (le surnom que lui ont donné par les arabes, pour Dominique) , c'est vrai que les français reviennent ? , il y en a qui sont allé à Philippeville (Skikda) pour les accueillir au bateau !! " ?, mon père tombe des nues, rétorque qu'il n'est pas au courant, mais se fait expliquer et finit par comprendre : au printemps 63, la pays était dans une panade telle, que les autorités firent courir le bruit que "les français revenaient" , …, non pas comme pourraient le penser de bonnes âmes que nous connaissons bien depuis 50 ans, pour les effrayer, mais bien pour le redonner le moral !!!: l'idée c'était "rassurez-vous, les français (pieds noirs) reviennent, on va pouvoir remettre le pays en route" !! Evidemment je n'ai pas de preuve écrite de ce que je raconte mais je peux vous assurer que cela s'est passé comme ça, …, à notre plus grand étonnement ! Evidemment aussi, l'espoir est vite retombé, et pour cause, les "français" n'étaient pas sur les bateaux arrivant à Skikda !

 

-Octobre 63 enfin : mon père retourné en Algérie pour tenter d'engager une nouvelle campagne agricole, après nous avoir installés à Toulouse, écoute la radio. Ben Bella fait une annonce : "à partir de demain matin plus aucun bien sur cette terre n'appartiendra à un Français ! " . La messe était donc dite (c'est une expression) !! Ce à quoi il s'attendait depuis longtemps, compte tenu de l'état de déliquescence du pays arrivait, Ben Bella tirait ses dernières cartouches en faisant croire au Peuple que cela changerait quelque chose. Le lendemain matin, mon père se rend à un rendez-vous pris de longue date avec le responsable FLN du village. "Mimi, je t'ai demandé de venir parce que j'aurai besoin de stocker du blé et je sais que tu as des locaux vides à la ferme, est-ce que tu peux me les prêter ? " à l'évidence le gars n'est pas au courant du discours de la veille…, mon père répond (tout cela en arabe bien sûr puisqu'il le parle comme sa seconde langue maternelle) "pas de problème, …, et si tu veux le tracteur et la remorque pour le transporter, je te les donne aussi, et si tu veux les terres autour tu les prends aussi, …" … Froncement de sourcils et étonnement de son interlocuteur : "pourquoi tu me dis tout ça ? " , …, mon père "tu n'as pas entendu ton chef à la radio hier ? Il a dit que plus aucun bien n'appartiendrait à un français à partir de ce matin, …, donc tu peux tout prendre c'est à toi !! " …, le Responsable FLN reste pantois, éberlué, puis après un moment de silence, explose : "mais ils sont cons à Alger !! Moi, un type comme toi, non seulement je lui laisserais ses terres mais je lui confierais des milliers d'autres hectares à cultiver, parce que toi au moins tu sais remplir les silos de la coopérative pour donner à manger aux gens !! "  

 

-Voilà, je vais arrêter là, même si bien sûr il s'en est passé des choses en cette année 63 : l'interdiction faite aux cafés de servir de l'alcool aux musulmans, qu'ils ont vite détournée en se faisant servir l'anisette (sec) dans … des tasses à café ! Les métropolitains "coopérants" que les arabes ont rapidement surnommé les "corbeaux" car se faisant payer leur salaire en France, ils ne dépensaient rien sur place, …, et allaient même jusqu'à marchander les prix de la nourriture chez les commerçants, ce qui ne s'était jamais vu auparavant ! L'arrivée en masse des "médecins bulgares" qui faisaient à peu près n'importe quoi, à telle enseigne que les arabes, sauf à trouver un médecin français, refusaient de se rendre à l'hôpital pour se faire soigner ! Le "quart d'heure d'histoire africaine" à la TV dont le jingle durant plusieurs mois fut la chanson "nos ancêtres les gaulois" d'Henri Salvador, mais sans les paroles ! , …

 

Pour la suite, il faudra attendre un peu …

 
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44618
b
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