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Bon courage pour la reprise boulot.

Témoignage d'internaute trouvé sur france5 - 18/05/10 | Mis en ligne le 13/07/12
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Coucou à toutes, Désolée pour ce début de semaine morose CLoeluca. As-tu eu les résultats pour le SAPL ? Bon courage pour la reprise boulot. Et l'année 2010 est loin d'être finie… Heureuse que vous ayez passé de bon week end Sophie et Lise. Cette histoire de maison à la campagne me fait rêver. (Moi je rêve d'un monde sans téléphone portable ! C'est mon côté ringard…). J'ai réfléchi un peu à ce que représentait le forum de mon côté. Hormis le fait qu'il faut que j'écrive mon fichu papier pour le 4 juin, je n'éprouve pas trop le besoin de m'en détacher au sens où c'est pour moi un espace qui, quelque part, m'offre une liberté. J'essaie de renouer avec ma vie en différentes occasions : en reprenant des projets en cours, en surprenant un moment de grâce, et en venant ici partager ce chemin avec d'autres êtres humains ayant connu la même expérience potentiellement dévastatrice. En intégrant ce collectif, j'ai plus l'impression de prendre de la distance du pôle "dévastateur" et de trouver réassurance dans le côté constructif, élaboration de quelque chose. J'avais lu un truc du genre : il est très difficile de faire grandir un enfant décédé. C'était mieux dit mais en gros, ça voulait dire tout le paradoxe que contient un deuil (jamais "fini") tel que celui-là. Et oui j'ai l'impression que de venir ici, concilié avec d'autres espaces, m'aide à faire grandir Taos, et m'aide à être la maman que je désire continuer à être pour elle. J'avais lu cette phrase écrite par un psy (jean philippe legros) qui bosse sur le deuil périnatal : "La crainte de l'absence de regard des autres dans le réel. Cet essentiel invisible pour les yeux, cet essentiel de l'enfant que personne d'autre que soi n'aura vu pour le faire vivre. Nous savons que l'enfant n'accède à la vie psychique que s'il rencontre le psychisme de l'autre, car c'est cela qui fait exister l'enfant, le regard que le parent pose sur lui" . Venir ici, vous rencontrer, rencontrer par vos paroles, vos conjoints, vos enfants, me permet de continuer à faire exister également ma fille, et par là même, à accepter sa mort. "Ce réel antérieur là doit être maintenu coûte que coûte puisqu'il correspond à cette trace de l'indélébile. C'est de cet indélébile-là dont la mère parle sans cesse sous réserve qu'elle rencontre un interlocuteur non effrayé par cette résurgence du souvenir et d'affects. (…) Il n'y a rien à effacer, le détachement n'est pas de mise, et c'est en célébrant la mémoire de ces disparus-là, qu'elle se retrouve. Ce que certains nomment le "devoir de mémoire" . (…) il restera à jamais de l'inconsolable à l'intérieur de chacun et de nous-mêmes. Il demeure pour les mères une nécessité absolue de conserver une part irréductible du mort en soi – à jamais – comme créateur de vie. L'inconsolable salvateur, c'est, pourrions-nous dire, cette “dose homéopathique du trauma” qui guérit de lui en ne s'en séparant jamais" . Concernant les grossesses des autres, ça va peut-être vous faire flipper, mais je fais un blocage total. Je suis incapable de côtoyer ceux qui viennent d'avoir des enfants, je serre toujours le bras de mon chéri à chaque fois que l'on croise une femme enceinte dans la rue, et je pourrais continuer des pages comme ça. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, mon état n'a rien changé à ce blocus à l'égard de la maternité de la plupart des autres. Je me projette avec Taos lorsque je vois les autres, je me revois avec mon bonheur et ça me déchire le coeur. Cette intolérance énerve mon chéri mais je m'en veux moins en moins d'éprouver cela. Je me dis que je ne peux pas me battre contre toutes mes émotions. Je passe à côté de la grossesse de 3 potes que j'adore, mais tant pis. C'est la vie. Par contre, il y a la femme d'un ami à mon chéri qui est venue à l'enterrement de Taos, enceinte de cinq mois. Elle vient d'accoucher d'une petite fille et j'ai réussi à lui envoyer un msg de félicitations sans aucun problème. Ça m'a surprise. Je crois que c'est grâce "au-delà des mots" qu'elle m'a dit le jour de l'enterrement de mon bébé. Ah les mots… Quant au "bonheur", pareil, je dis souvent : houlala, attention à ne pas trop me stimuler joyeusement car le contre coup est à chaque fois terrible ! Mon chéri m'avait prévenu en reprenant le boulot, il m'avait dit : tu partages de bons moments avec les clients, de l'échange, des sourires, tu vois la salle du restaurant remplie, les gens heureux, tu es très satisfait, et tout à coup, tu te rends compte qu'elle n'est pas là, et là tu plonges quelques instants. À quoi ça sert tout ça ? Comment peux-tu être content ? Et puis ça passe, m'avait-il dit. Ça passe jusqu'à la fois suivante. C'est des moments que tu vas forcément vivre, tu ne peux pas y échapper. Ta souffrance ne va pas disparaitre d'un coup. Elle va surgir, brutalement, au détour d'un instant de bonheur et c'est normal. Tu as choisi la vie, donc tu te dois de la vivre pleinement, et donc accepter progressivement et de façon croissante, avec le temps, ces instants de bonheur et de légèreté. Choisir la vie ça veut dire aussi accepter également ces assauts de douleur. Colère, incompréhension, culpabilité. Quelque soit leur forme, ces assauts sont aussi la vie. C'est ce que mon chéri m'avait dit en gros un soir après que je me sois encore écroulée, anéantie après une belle journée de travail au cours de laquelle je m'étais retrouvée, pour à nouveau me disloquer momentanément car c'est bien vrai que la vie est belle mais qu'elle est aussi d'une cruauté infinie. Heureusement, la plupart du temps, nous, humbles mortels, on s'attache à oublier cette réalité, mais les parents récemment endeuillés que nous sommes ne peuvent pas vivre constamment dans l'illusion commune. Il parait qu'avec le temps la conscience si pointue que nous avons de cette impitoyable cruauté que peut avoir la vie, finira par s'estomper et nous pourrons sans doute à nouveau vivre le bonheur sans craindre la violence du contre coup. Le temps, et la vie… Et, pour ma part, la révolte… (Toujours mon ami Albert Camus ! ). Ce week end, j'ai pris conscience que j'ai fini d'écrire ma "lettre à Taos" que j'ai dédiée à mes futurs enfants une semaine avant de commencer à attendre son petit frère ou sa petite soeur. J'étais obsédée par cette lettre que je voulais finir avant de pouvoir passer à autre chose, recommencer doucement à vivre. Tout le monde me disait : "mais tu ne la finiras jamais, t'auras toujours des trucs à dire, vaut mieux que tu reprennes ton DEA tout en continuant à écrire, patati, patata" . Moi, convaincue qu'il y avait une fin à cette lettre. Impossible de faire quoi que ce soit sans l'avoir conclue. Je l'ai fait. Je vous livre quelques mots de la fin de cette lettre en espérant que cela ne vous embête pas trop. "Ta mort est absurde mon amour. J'ai parfois eu la tentation de me jeter dans l'abyme face auquel elle me confronte. Et puis je me suis rappelé que si je meurs je ne pourrais plus t'aimer. L'amour que je te porte me rappelle que tu mérites que je demeure indignée. Pour que cet amour et cette révolte demeurent, il faut que j'embrasse la vie de tout mon être. 15 février 2010. Ma douce, Taos ma chérie, Tu me manques impitoyablement. Il est extraordinairement douloureux d'envisager de mettre un point final à cette lettre que je t'écris et qui me permet de rester encore un petit peu avec toi. Comme le jour où j'aurais voulu plonger, descendre et creuser pour m'allonger près de toi, là-bas, au cimetière, pas pour mourir, non, juste pour rester près de toi. Figer le temps pour demeurer près de toi. Et pourtant je sais bien que si cela arrivait nous aurions toute les deux des escarres. Je sais qu'il faut que je me résolve à te faire vivre autrement. Laborieusement, je recommence, douloureusement, tout doucement, à reprendre part à la comédie générale de l'agitation du quotidien. L'absurde est consubstantiel de la vie. La mort en fait partie. La rage de vivre… Alors je vais, je joue le jeu, en gardant en mon for intérieur à tout jamais la douleur irrémédiable de ton absence et donc de ton existence. Je t'aime. Maman" . Depuis le 15 février 2010 je ne parle plus à Taos au présent. Avec tout mon amour je parle toujours continuellement d'elle, mais aux autres maintenant, et au passé. Ce qui était important pour moi dans le fait d'écrire sa vie et puis ensuite ce que sa mort m'avaient fait, c'était de concilier deux choses en apparence inconciliables, en gravant son histoire, il s'agissait à la fois de mettre à distance, hors de moi, pour ne pas être obsédée, hantée, pour pouvoir faire de la place à la vie, et à la fois, tout garder, tout conserver, ne surtout jamais rien perdre de son existence. Garder son souvenir toujours près de moi. Bon, j'espère que je ne vous ai pas trop pompées avec ce post hyper intimiste. En fait, j'ai été sensible à l'histoire de la page qu'il faut laisser pour en écrire d'autres… Sur ce je vais vous laisser mon mail sans trop d'accompagnement parce que là je fais la bavarde et tout ça mais en vrai je suis timide… Je vous embrasse toutes bien fort.
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274739
b
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