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Comment affronter la mort de son enfant

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Ma meilleure amie me disait hier, face à ce message qui m'a vraiment bouleversée, que soit l'on m'accepte comme je suis, soit je change mais comme je ne changerai jamais sur ce point là… et bien, à moi de "mettre de la distance" si je ne puis évoquer ponctuellement ma fille au même titre que mes neuf autres enfants…

Et puis effectivemment pourquoi "les gens comme moi" devraient ils faire comme si tout cela ne pouvait pas être évoqué au même titre que la mort d'un parent proche car il y a quand même un tabou encore plus fort face à la mort d'un enfant… un adulte, les gens arrivent à gérer mais un enfant, c'est l' INACCEPTABLE alors on essaie de faire comme si celà ne nous concernait pas… je sais de quoi je parle : j'ai agit ainsi quand ma meilleure amie au collège a perdu sa soeur, j'avais peur de rencontrer sa mère et de faire face à son insoutenable chagrin parce que je savais pas quoi dire (difficile à 15 ans) mais je comprenais bien qu'il n'était pas possible d'affronter ce genre d'épreuve comme un autre décès (je l'ai déjà écrit, ma marraine a perdu le seul enfant qu'elle pouvait avoir- elle a même failli mourir en le mettant au monde- Pierre avait 8 ans et cette maman, moi je ne l'ai connue qu'après ce drame qui est survenu avant ma naissance et après qu'elle ait adopté une petite fille et un petit garçon… mais comme le tabou de la mort lui a fait commettre d'erreurs pour ses deux enfants adoptés… ne pouvant parler de son fils décédé sans déranger, elle a projeté sur son fils adoptif tout ce qu'elle n'avait pu vivre avec Pierre… celui ci a réussi à s'en sortir à 30 ans passés quand il est devenu père à son tour ; quand à sa soeur, sa vie a été plus un échec qu'autre chose car difficile d'être "le vilain petit canard"…).

Pour en revenir à mon amie qui a perdu sa soeur, quand Rebecca est décédée, je me suis tournée vers sa mère car la mienne avait une attitude malsaine face à toute cette épreuve (elle ressassaitla mort de Pierre…).

Bien sur elle a compris mon chagrin et parler avec elle m'a apporté une certaine paix : ça faisait aussi du bien d'évoquer tous ces non dits au moment de la mort de sa fille Suzanne parce que ça fait encore plus de mal de se taire…

Je reste convaincue que si l'on laissait les gens évoquer leur deuil, ils feraient "plus vite" leur parcours (attention, je ne dis pas que "tout rentrerait dans l'ordre" par le simple fait d'en parler mais juste que l'on vit mieux si on peut se libérer de sa douleur et qu'ainsi on progresse vers l'apaisement d'une meilleure façon).

Pour ma part, je n'ai pas sombré dans la dépression après la mort de Rebecca (mais j'admet que chacun fait comme il peut) : j'ai eu envie de vivre et faire la nique à la mort… sans doute mes enfants nés après auraient ils été moins nombreux (et encore je n'en suis pas sûre) , peut être n'en serais je pas à espérer encore un onzième bébé (une fille, je ne le cache pas et j'ai conscience de ce que cela a de "pathologique" aussi en septembre vais je redémarrer une thérapie - j'en ai déjà fait une mais pas pour la perte de Rebecca, cela a rapport à mon enfance…) pour autant 13 mois quasiment après Rebecca est née une petite soeur mais jamais il n'y a confusion dans mon esprit : elle n'est pas sa remplaçante !!!! Le prénom de Rebecca, je le prononce uniquement pour parler d'elle alors que j'appelle régulièrement mes autres enfants par le prénom de leur frère (avec 6 garçons forcément, ça peut arriver ! ) ou de leur soeur (Mélanie pour Roxane ou Winona mais pas Rebecca ! ).

C'est vrai, c'est facile de se retrancher derrière des " ça ne dérange pas que moi" ou autres propos que ceux qui m'ont été tenus… et tout ça pour quoi ? Par peur de cette issue fatale qui peut tous nous concerner un jour parce qu'il n'y a pas que la mort subite du nourrisson : en donnant la vie, nous "donnons" aussi la mort et pour autant devrions nous vivre chaque instant comme si cela devait être le dernier ? Non point et fort heureusement car nous ne saurions plus être heureux !!!

Avant Rebecca, je savais que ce drame pouvait arriver mais j'allais de l'avant (essayant moi aussi de ne pas "me sentir concernée" mais sans pour autant refuser d'écouter ceux qui l'avaient vécu) et je continue même si je sais qu'avant ma propre mort, la vie peut me jouer un sale tour en ne respectant pas ce qui est logique : qu'un parent enterre son enfant ! Mais ça ne m'onubile pas pour autant ("la peur n'évite pas le danger" mais elle peut pourrir une existence ! ) sinon jamais je n'aurais continué, à donner la vie.

Tout ceci me rappelle la réaction de mon collègue quand on a découvert que j'avais une tumeur au cerveau à l'âge de 27 ans (troubles épileptiques soudains) sachant qu'il a fallu deux ans pour être sure qu'elle n'était pas évolutive (cancéreuse et que mon grand père paternel est mort d'une cause similaire…) et bien ce collègue m'a dit alors que mes autres collègues me traitaient d'hystérique ou me rejettaient (quand on pense à nos professions respectives : infirmier de secteur psychiatrique, il y a de quoi se sentir mal…) que leur attitude était motivée par la peur et la prise de conscience que ça peut leur arriver, nul n'est épargné…

Je vais arrêter là mon long discours mais j'avais besoin de parler car hier et cette nuit ont été particulièrement durs pour moi…
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37425
b
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