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Enfant de remplacement et deuil non fait dans la famille

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 01/03/11 | Mis en ligne le 13/04/12
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Bonjour revedelune, Merci d'avoir lu l'ensemble de mes interventions et d'avoir pris le temps de m'écrire. Je pose des diagnostics un peu trop facilement, mais il évolue constamment, parce que je ne suis jamais sûr quant à la part à accorder à chacun de ces diagnostics. Quand je dis que personne ne peut rien pour moi, ce n'est pas par dépit ou par blocage. J'ai cherché de l'aide pendant des années jusqu'à me rendre compte que je ne cherchais qu'une compagnie dans ma solitude pour m'écouter. Quand je commence une thérapie, j'y vais avec l'enthousiasme du débutant. Je me dis que peut-être je vais enfin changer. Mais chaque fois, c'est la même chose. Parce que j'arrive pas à aller mieux, et oui, je fais un blocage, ou je m'autosabote. J'attends peut-être trop d'une thérapie ou d'un thérapeute, qui a beau me dire que les clés sont en moi, et moi, je persiste malgré tout à les chercher ailleurs. Tout le mystère reste pour moi de savoir comment je peux passer à autre chose et m'extraire de mon passé familial. Cette histoire d'enfant de remplacement n'est qu'une composante parmi d'autres de mon malaise, je n'en fais pas ma seule source. Non, mon problème, c'est que je me décourage trop vite. A peine j'essaye une dynamique de changement, cela me déprime encore plus d'avoir à traverser tous ces sacrifices. Pourtant je sais que c'est une étape incontournable, mais j'ai trop peur de souffrir. Et changer nécessite apparemment de "baver" un peu de manière transitoire. Tout le choix pour moi est là : baver de manière transitoire et ensuite accéder à un bien-être, ou bien ne pas baver et continuer à me sentir mal encore. Quant au réflexe du colonisé que j'ai évoqué, voici comment je vis mon déchirement identitaire. Je suis entre deux cultures, alors que je suis normalement français. Mais la culture française, appelée à se renouveler, voit ma culture d'origine en y projetant des représentations obsolètes héritées du colonialisme. C'est "normal", vu que mon pays n'a pas fait le deuil de son passé colonial et du traumatisme de la guerre d'Algérie. J'ai beau dire que j'ai droit d'apporter ma contribution à la culture française, j'ai beau le faire aussi. Mais rien à faire, je suis toujours perçu comme étant à la périphérie de cette culture, à la rubrique "divers". Je ne crois pas être parano ou bien faire de la victimisation en disant cela. Il s'agit d'un fait désormais établi, et aussi de mon vécu et de mes expériences. Je persiste malgré tout à apporter ma contribution, car il faut se battre. C'est d'ailleurs un des sens que je donne à ma présence ici : apporter ma sensibilité d'enfant de colonisés afin que ce pays, mon pays, soit enfin respectueuse un jour des droits des opprimés, qu'ils se trouvent ici en France, et jusque là-bas, à Gaza. Tout cela est un autre débat. Mais sur ma condition d'enfant de colonisés, ce sont les écrits de Frantz Fanon, psychanalyste français, qui ont bouleversé ma perception. Et celles de Tariq Ramadan aussi, qui je pense, est celui qui est allé le plus loin dans la construction d'une identité européenne musulmane. Mon père est décédé, et ma mère a fait le deuil du retour au pays, sa vie est désormais ici. Quant à moi, je suis d'ici, et la mémoire familiale est là-bas. J'espère un jour me sentir apaisé dans mon identité, mais je me sens bien mieux apaisé sur ce point là qu'il y a dix ans, car j'accepte enfin de dire ouvertement que mon pays, ce pays, est gangréné par un racisme structurel, et qu'il est hors de question pour moi de m'adapter à ce fait en me disant : "laisse le temps faire, la France t'acceptera un jour". Maintenant, je dis plutôt : "ou tu m'acceptes de gré, ou tu m'acceptes. Mais tu m'accepteras, autant par sagesse que par nécessité". Et ça fait un bien fou ! Amitiés. Alifarka.
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240934
b
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