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Ma grand-mère est morte comme elle avait vécu

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies 17 ans
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Ma grand mère Elle est partie, comme elle l'avait décidé, juste avant les fêtes, très tôt le matin du 24 décembre. J'ai su par mes cousins qu'elle avait déclaré, quelques semaines (ou mois) plus tôt, qu'elle voulait réunir toute sa famille autour d'elle pour Noël. Joli pied de nez que voilà ! Elle a trouvé le moyen de réunir tout le monde autour d'elle, sans doute pas comme elle l'aurait espéré. Elle est morte comme elle a vécu. Je ne l'ai appris que le 26, je n'ai pas entendu mon téléphone sonner dans la journée du 24. J'ai du donc faire très vite pour m'organiser pour aller aux obsèques qui se sont déroulées avant hier (merci mon ex pour son dépannage en urgence : je n'arrivais pas à la validation de ma commande de billets de train puis je suis tombée en panne d'imprimante ! Il s'est aussi occupé de mes enfants et de mon chien, le temps de mon court séjour là bas). Mon départ pour Bordeaux (j'habite en RP) fut épique : mal dormi à cause de la peur de louper mes trains (d'abord celui qui m'emmène à Paris, puis de là à Bordeaux). Partie à 6h15 de chez moi, je m'aperçois qu'il pleut, obligée de remonter chez moi chercher un parapluie, donc perte de temps, vu que j'habite au 3° ; , un sac d'environ 10 kilos en bandoulière qui ralentissait ma marche et environ 3.5km à parcourir sous une pluie battante… Temps de chien ! J'ai loupé mon direct pour Montparnasse, donc du coup + de marche, + de temps pour atteindre la gare. Arrivée à St Lazare, il pleut dru… j'ouvre mon parapluie… qui dégringole, complètement démonté ! Direct à la poubelle et j'ai atteint ma correspondance trempée. Vraiment, ce n'était pas mon jour ! Mon voyage ne s'est pas trop mal passé, jusqu'à mon arrivée à Bordeaux. Il était prévu que quelqu'un vienne me chercher, le problème : je ne savais pas qui ! Je tourne en rond à la recherche d'un visage familier et je finis par appeler ma soeur qui avait organisé mon arrivée et mon hébergement. Elle me précise quel oncle doit venir et youpi ! Elle a son numéro de portable et me le transmet. J'appelle et il me demande quand j'arrive Suis arrivée depuis bien 20 minutes… On ne lui a pas transmis l'horaire, il part de suite et je vais devoir attendre 30 min. Pas grave, j'ai attendu en mangeant un sandwich. Arrivée chez mes GP, il semblerait que ma tante avait la tête tellement à l'envers qu'elle a oublié de dire à son mari mon horaire. Pas grave en soi, hein ? Mais avec ma fatigue + mon sac bien lourd, je suis arrivée crevée et mal partout J'ai su la possibilité d'aller voir ma GM au funérarium et j'ai demandé à ce qu'on m'y conduise, avant que le cercueil soit fermé le lendemain matin. Jusque là, je n'avais vu que des proches, dont ma mère et mon GP, dans un état d'esprit assez calme, voire comme ma GM accueillait la mort, c'est à dire dans une paix et une sérénité déconcertante. D'ailleurs, ma mère m'avait rassurée en me disant qu'elle était belle, l'air tellement apaisée que j'aurais peut-être du mal à le reconnaître, moi qui ne l'avait connue que le visage "fripée" par une vie bien remplie au grand air, la plupart du temps (elle avait la bougeotte ! Eté comme hiver ! ). Elle m'avait une description que j'avais du mal à projeter tant c'était éloigné de ce que je connaissais. Je crois que j'étais sereine aussi, pas d'appréhension particulière. Et puis je devais la voir, parce qu'il y a 16 ans, j'ai perdu un GP, mais nous sommes arrivés trop tard pour le voir et ça m'avait perturbée, j'ai eu du mal à faire mon deuil. Arrivée au funérarium, j'y croise ma soeur et deux de mes cousines (accompagnées de leur mari et d'une de leur fille). Pour l'une de mes cousines, ma GM a été une seconde mère pour elle (elle s'en est occupée quand elle était bébé et pendant plusieurs années). Elle pleure sans discontinuer, la pauvre… On s'est dirigé vers la chambre mortuaire. Ma soeur et mon autre cousine entrent et y restent un moment. Je reste dehors et je discute avec les autres membres de la famille, me rappelle plus trop de la conversation. Ma cousine sort la première et ma soeur est encore à l'intérieur et je me décide à entrer. Finalement, j'avais quand même une petite appréhension… d'abord parce que je n'ai jamais vu un proche mort. La vie m'a épargnée longtemps sur ce plan là. J'entre, je vois ma soeur complètement effondrée. Je la prends dans mes bras et elle sanglote contre mon épaule. Moi, je ne pleure toujours pas, je n'y arrive pas (encore). Elle sort et je me dirige derrière le paravent où je découvre un corps livide… celui de ma GM que j'ai tant aimée. Le choc ! Je ne l'ai pas vu depuis 2 ans, je n'ai en mémoire qu'une femme pleine de vie, de corpulence forte. Je ne l'ai pas vu malade, je n'ai pas assisté aux derniers mois de sa vie où la maladie l'avait ravagé… je découvre tout d'un bloc, brutalement. Amaigrie, presque sans cheveux, j'ai un mal fou à identifier ce corps comme celui de ma GM. Je l'observe un moment, à chercher ce qui me rappelait elle et je retrouve la ligne de ses sourcils, son nez très caractéristique et je pense en moi-même "mince ! Ma mère en a hérité, mes soeurs aussi"… une sorte de nez droit avec une patate (légère la patate) au bout. La ligne de ses lèvres aussi, mais comme elle n'avait plus de dents sur la mâchoire inférieure, je ne l'ai connu qu'avec une lèvre inférieure légèrement en dedans. Le chiropracteur a comblé cet espace. Ca fait bizarre… Je finis par poser ma main sur la sienne, par lui parler et la remercier pour tout ce qu'elle m'a apportée et que je porte en moi : son humanité, son besoin vital de prendre soin des autres en s'oubliant soi-même, son besoin de partager et donner tout ce qu'elle avait, son inqualifiable pifomètre en cuisine (elle cuisinait énormément et n'avait jamais une recette sous les yeux pour réaliser ses plats et surtout ses desserts ! J'ai hérité ça d'elle) … Beaucoup de souvenirs ont afflué à ma mémoire. Je n'arrivais pas à pleurer jusque là, c'est à elle que j'ai offert mes larmes qui se sont mises à couler comme des rivières sur elle "au revoir Mamie chérie, fais bon voyage, tu seras toujours vivante dans mon coeur". Je lui ai donné un dernier baiser au front et je suis partie écrire dans le cahier mes dernières pensées vers elle. J'ai mis un temps fou à arrêter ce flot de larmes. Le temps de me calmer et je suis sortie. Ma soeur et mes cousines pleuraient encore… moment assez paradoxale, tout comme par la suite les obsèques où on mêle larmes et rires rien qu'à l'évocation de certaines scènes dont ma GM était au centre de l'action et qui avait un humour débordant et était d'une drôlerie incroyable. Le lendemain, la cérémonie… Arf… ma GM ayant toujours vécu là depuis son mariage, soit 60 ans environ, il y avait foule. L'église était pleine des gens (encore vivant, parce qu'elle en a enterré beaucoup de ses ami (e) s les années passées) qui avaient tous connu ma GM en diverses occasions et notamment, ma GM faisait piqûres, soins et changement de pansements à beaucoup de gens, quand elle assistait, sans formation ni diplôme, le médecin de ce qui était encore un village, ou bien encore, quand elle préparait les bugnes et beignets à l'occasion du carnaval pour toute la ville, quand elle amenait ses tartes et clafoutis lors d'occasions particulières partagées par la ville etc… Elle était active et dynamique. Belle cérémonie où son parcours a été retracé, clôturé par un discours très personnel de ma soeur au nom des petits-enfants que nous avons été les seuls, je pense, à vraiment comprendre, notamment à l'évocation de souvenirs très drôles… pas pu nous empêcher de rire rien qu'en y repensant Du genre : ma GM, il y a une 15aine d'années, lors du mariage de la cousine la plus âgée, elle avait mis un feu d'enfer lors de la soirée, en enfourchant un balai et en dansant sur l'air de la "salsa du démon", à 65 ans, fallait le faire… Elle n'était jamais la dernière pour ce genre de bêtises… Au cimetière… ma cousine partagée entre rires et larmes, encore… je lui dis que je commence à avoir une envie pressante et elle me dit "y a les toilettes là, si tu veux… " et moi, bêtement, je lui réponds "Mamie n'a pas du les connaître souvent, elle préférait pisser entre les caveaux" Véridique ! Ma GM avait un mal fou à retenir sa vessie, de sorte que lors de fou-rires, s'il n'y avait pas de toilettes à proximité, elle faisait tout debout ! Et lors de nos mémorables visites aux cimetière pour prendre soin du caveau familial, changer les fleurs etc… elle ne pouvait s'empêcher ou de faire des bêtises, ou encore raconter des anecdotes croustillantes de la famille ou des gens de la ville avec un humour débordant. Une fois, elle n'avait pas pu se retenir, elle était morte de rire. Elle a retiré sa culotte et lancé par dessus le mur du cimetière direct dans un arbre. Evidemment, chaque fois qu'on passait devant, c'était la crise de rire assurée ! Mon GP et ma mère n'avait pas pleuré encore, eux non plus… ils ont craqué lors de la cérémonie. A vrai dire, tout le monde pleurait, sauf moi… Alors je réconfortais, je prêtais mon épaule, sans un mot… et puis nous sommes rentrés pour partager un repas. Moment un peu surréaliste où malgré la tristesse, les plaisanteries, les rires fusaient, c'était VIVANT. Alors je peux dire que ma GM est morte comme elle avait vécu, ses funérailles ont été à son image… malgré la tristesse, il y avait la vie, c'était par moment franchement gai et on évoquait notre disparue avec plus de rires que de larmes tout en informant ceux qu'on voit peu de notre vie actuelle. La mort se frottait à la vie, tout le temps, sans doute parce que comme le disait souvent ma GM (que je n'ai jamais vue émue par le décès de personne, pas même ses proches ! ) , la mort fait partie de la vie… pas vraiment une fin en soi, selon elle, tout juste des emmerdements administratifs. Je suis rentrée, à regret, hier, dans l'AM… retour aussi épique presque que mon départ. J'ai commencé à craquer de partout dans le train. Tant que mon esprit est occupé, ça va, mais si je laisse mon esprit vagabonder… Arrivée à la maison, à peine mon PC branché, j'ai mon chéri qui est venu discuter un peu avec moi, ça m'a aidé à tout sortir. J'ai du pleurer une bonne heure non stop à gros sanglots. Sans doute le contre-coups de m'être retenue et d'avoir pris sur moi la tristesse des autres que je consolais. Que dire d'autre ? La vie continue, mais par moment, j'ai du mal…
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122858
b
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