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Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 01/09/10 | Mis en ligne le 28/04/12
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Mon père, ma plus grande douleur. Aujourd'hui, cela fait officiellement dix ans que tu es décédé. Officieusement, ce fut vers le quinze août, moi qui te croyait à Saint-Malo. Cet été 2010, je suis partie remarcher sur les traces de l'enfance. J'ai retrouvée Trouville, Villers, Honfleur, un jour je retournerai à Varengeville m'éclater les talons sur les galets. J'aime toujours pas le livarot. Voilà, ça fait dix ans aujourd'hui. Tu me manque, tu m'as toujours manqué. Je me suis construite dans ce manque, cette frustration, j'en suis devenue mauvaise pour que tu le vois. Nous n'en avons jamais parlé, je croyais que mon regard suffirait pour que tu comprenne ma peine. J'ai ruminé jusqu'à mes vingt ans où je t'en ai mis plein la gueule. Tu n'as pas compris, non je crois que tu as toujours mis ça sur un caractère. Ce n'était pas mon caractère, juste la sensation de réagir dans la colère face à ma peine que tu ne voyais pas. Mon papa, toi qui était celui que j'attendais impatiente un week end sur deux pour que tu vienne me chercher. Mon papa, mon dieu, celui que j'avais mis sur un pied d'estale, tellement tu me manquais, moi qui aurait voulu l'impossible, mes parents ensemble sous le même toi. Mon papa, toi qui avait ta vie, qui élevait deux enfants plus grands que moi, la belle-mère à charge, tu étais bien occupé. Mon papa, tu n'avais pas de temps pour moi et je n'ai jamais trouvé ma place dans cette vie là qu'était la tienne. Tu as fait le vide autour de toi, tu n'as gardé que le lien avec la famille de Nelly. Pour toi, rien d'autre n'a compté que Nelly, son confort, son bien-être. C'est seule que j'ai fait face à ta mort, seule j'ai tout porté à bras le corps. L'alcool t'as tué, mais je l'ai toujours su depuis l'enfance que c'est l'alcool qui te tuerait à la longue, à l'usure. Crois-tu que tu savais comment ça allait se finir, moi j'ai vu papa, c'est moi qui ait tout nettoyé. Sais-tu ce que ça fait de nettoyer la boucherie de voir et de comprendre que tu es mort dans d'atroces souffrances, seul comme un chien. 10 ans je me suis encore battue devant la justice contre Nelly pour qu'enfin ta succession soit réglée. Ma légitimité, ma vie et ma place, c'est tout ça qui s'est joué. Personne ne saura jamais que je n'étais pas une ingrate, je t'aimais plus que tout au monde, et j'ai toujours couru après toi pour que tu me le montre un peu. Aujourd'hui, je fais mon deuil et je réalise que maintenant je sais que tu m'aimais, nous avons pleuré ensemble déchirés par ces aux revoirs que nous ne connaissions que trop. C'est ça le prix à payer d'un divorce et d'une vie à 500 Km l'un de l'autre, nous étions habitués n'est-ce-pas. Douloureux comme à chaque fois, c'était ainsi et ça je l'avais accepté depuis toujours. Je crois que c'est ce jour là que j'ai compris que tu tenais à moi et que tu souffrais de la solitude et qu'elle te pesait à la veille de la retraite. Tu étais seul maintenant, Nelly t'avais jeté ou tu t'es sauvé avant qu'elle ne te jette. Te quitter était toujours un crève coeur et te voir autant pleuré que moi, m'avait ébranlée, c'était la première fois que je te voyais pleuré. J'ai compris que tu m'aimais, mais que tu ne savais pas le montrer, tu étais peut-être trop égocentrique pour ça, ou rattrapé par la culpabilité du gâchis, une fois le constat fait. Ce câlin, fut le dernier, je ne le savais pas encore. Une partie de moi est morte deux ans plus tard, quand les gendarmes m'ont prévenu, j'ai compris tout de suite ce qu'ils allaient m'annoncer. Un message sur mon répondeur un vendredi soir me demandant de rappeler d'urgence la gendarmerie, c'était pas pour rien. Je voulais juste te dire, que tu es toujours avec moi. Je t'ai fait incinéré et je t'ai ramené à la maison. Il m'a fallu attendre que tu meurs, pour qu'enfin mon rêve de petite fille se réalise enfin : qu'on vive sous le même toit. Je devais disperser tes cendres prochainement, mais j'en suis incapable. Je crois que je ne m'en remettrai pas, donc je ne changerai rien, nous resterons ensemble jusqu'à la fin. T'avoir ici, près de moi, c'est un équilibre que j'ai trouvé. Je veillerai sur toi, tout comme je veille enfin sur la petite fille que j'étais, je viens de faire la paix avec moi-même, je me suis consolée. Finalement, je l'ai enfin ce que j'ai toujours voulu. J'aurais juste aimé me comporter autrement pour que tu sache que je t'aimais et que je t'ai toujours aimé malgré mon agressivité, comportement qui finalement, ne démontrait que le contraire. J'ai fini de culpabiliser pour cela, je reste persuadée aujourd'hui que si tu n'arrivais pas à me comprendre, au moins tu savais quelque part que je t'aimais, mais que tout comme toi, je m'y suis mal prise. J'ai fait pour toi, bien plus que tu n'en auras jamais pour moi, mais la vie fait que seule moi aujourd'hui sais qu'il y a eu un prix à tout ça. J'ai enfin fait mon deuil, 10 ans après ton décès. Je viens enfin d'en finir avec la colère et la haine, pas seule, on m'a ouvert les yeux. Là, je fais le deuil de mes carences de l'enfance, je suis en paix avec moi même et je me suis pardonnée. J'avais tellement de choses à te dire mais la mort m'a devancée et jamais tu n'as su que j'aurais tellement voulu m'excuser pour t'avoir rendu la vie si dure parce que tu ne t'étais pas investit dans ma vie et j'en avais déduit que je ne comptais pas pour toi. Tu sais, maintenant j'ai compris que tu avais pris des obligations et d'autres engagements, et que cela faisait 5 personnes à assumer, moi je n'étais que la sixième, mais c'était moi ta fille. Ma plus grande peine, c'est qu'enfin nous commencions à nous rapprocher, à nous découvrir réellement, tu venais de devenir grand-père et malgré tes petits moyens, tu prenais ta place dans sa vie, un super papy tu serais devenu, je n'en revenais pas. La mort en a décidé autrement, je crois que tu as du penser que tu crevais seul comme un chien, mais papa, lorsque je suis arrivée dans ton appartement, il y avait mes 21 messages laissés sur ton répondeur où je m'inquiétais depuis 15 jours de ne pas avoir de tes nouvelles. Je te croyais à Saint-Mâlo ou à Dieppe, je me suis trompée, tu n'étais pas parti en vacances, ni parti en week end le 15 août 2000, non tu es mort d'une cyphose, la phase terminale. Tu t'es suicidé à l'alcool peu à peu enfermé dans ta solitude, et moi si loin, je n'ai su le comprendre, tu me mentais en permanence et tes secrets pesaient tellement lourd sur la balance. Voilà, ça fait 10 ans aujourd'hui et enfin maintenant je sais que tu m'aimais, c'est un problème de communication que nous avions : toi par maladresse, moi par rancune. Jamais je ne te l'ai vraiment montré papa, sauf dans mes larmes de séparation que tu as quelque fois surpris. Je te le dis, je nous le dis : mon papa, tu me manque tu m'as toujours manqué et je t'aime de tout mon coeur. Pardonne moi de ne pas te l'avoir montré ou dit quand nous avons commencé à nous rapprocher, je me disais que j'avais le temps et j'étais tellement heureuse de te voir heureux grand-père. J'ai voulu te laisser en profiter et que cela pourrait attendre. La mort est arrivée trop tôt, 58 ans c'est jeune pour mourir. Il faut dire aux gens qu'on les aime tant qu'ils sont en vie, surtout quand on les aime profondément. Aujourd'hui, je le fais pour moi, mais tu vois je te le dis je t'ai toujours aimé papa chéri et rien n'y changera.
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247711
b
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