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Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies
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Que de ballons dans le ciel ! Des bleus, des rouges, des jaunes, des verts… C'est une belle journée d'été, et tous ses amis sont dans le parc. Ils ont tous répondu présents pour elle. Elle, Ambre, dix-sept ans. Une fille "normale" . Peut-être un peu artiste dans l'âme, un peu rêveuse, un brin farfelue, un juste-ce-qu-il-faut fêtarde, le coeur sur la main et beaucoup de monde autour pour en prendre soin. C'est quelqu'un de bien. Elle déborde d'amour et de joie de vivre tout le temps et on lui envie ce côté optimiste et pétillant.

Je me souviens d'Ambre. Quand on était adolescentes, on jouait dans la même équipe de volleyball au collège. La première fois qu'elle m'a adressé la parole, c'était dans les vestiaires avant un match. Et puis quand l'année s'est terminée, on s'est un peu perdues de vues. Elle était plus jeune que moi, je suis partie au lycée, j'ai arrêté le volley. Il m'arrivait de la croiser encore quelques fois. Ambre.

Un jour, Ambre a tout plaqué. Un premier septembre. Pour certains ce jour rime avec reprise du boulot, rentrée. D'autres voient plutôt le côté fin de l'été, du soleil, des soirées bien arrosées entre potes, des bikinis et minijupes… Coups de blues, nostalgie des vacances et compagnie. Si ce n'était que ça. Pour Ambre c'était bien plus. Pour nous aussi finalement.

Ambre entre en terminale. Après des vacances du tonnerre, elle est prête à affronter l'année du bac, moral au top, motivation avec. Pour clôturer l'été, deux jours avant l'école sa jeune tante lui passe un coup de fil : "Une aprem' shopping entre filles rien que nous deux ça te dit ? " Et comment ! Même s'il pleut ! Ambre est toujours partante pour une sortie avec les gens qu'elle aime. Elle raccroche le téléphone et court enfiler ses converses multicolores. Quelques minutes plus tard Fauve, sa tante, klaxonne devant chez elle et les voilà parties prêtes à dévaliser les magasins et s'amuser comme des folles, comme chaque fois qu'elles sont ensemble. Il pleut toujours mais elles rayonnent.

Sur la route, elles se remémorent quelques bons souvenirs d'enfance au café de leur grand-père. Petites, elles y passaient beaucoup de temps, elles adoraient lui donner un coup de main. Tous les clients les connaissaient bien, le village était petit et les habitants étaient en quelque sorte une grande famille. L'hiver, à la fin de la journée, parce qu'elles avaient été sages, leur grand-père leur apportait une tasse de chocolat chaud pleine de chantilly, elles adoraient ces moments. Ce café… Il est toujours ouvert, même le dimanche et bien souvent elles s'y arrêtent encore. D'ailleurs elles comptent bien y faire un saut en rentrant lorsqu'elle auront fini leurs courses.

Une chanson qu'elles adorent passe à la radio, elles montent le son et chantent haut et fort " Don't worry about a thing… 'cause every little thing gonna be all right ! " Un grand monsieur ce Bob, disent-elle. Peace and love. A l'écouter, on a envie de dire merde à tous les problèmes et profiter enfin de la vie pleinement, parce qu'elle est vraiment trop courte. Un peu hippies sur les bords, Ambre et Fauve sont fans de reggae et connaissent la discographie complète de Marley. "Every little thing gonna be all right" . Ou presque. La chanson est bientôt finie. Leur dernier refrain ? Des cris, une symphonie terrible de pneus dérapant sur la route mouillée, et l'éclat d'une voiture qui passe sous un camion à la fin de la musique. Qui ose imaginer que n'importe où, n'importe quand, n'importe qui peut tout perdre en à peine le temps d'une chanson qu'on aime. Une chanson c'est… trois minutes ? Quatre ? Cinq à tout casser ? A tout casser. Le bonheur, l'amour, le temps, l'avenir… leur vie.

Des sirènes de pompiers retentissent, l'ambulance fait de son mieux pour arriver à temps et sauver deux vies. Mais parfois, même quand on fait de son mieux les choses ne se passent pas comme on l'espérait. La vie est injuste et le temps meurtrier.

Que de ballons qui s'envolent ! Des bleus, des rouges, des jaunes, des verts… C'est une belle journée d'été et tous ses amis sont dans le parc. Ils regardent le ciel multicolore. C'est comme ça qu'Ambre voyait la vie. Et c'est comme ça qu'on devrait apprendre à la voir nous aussi à présent, parce que c'est ce qu'elle aurait voulu.

Que de ballons qui s'envolent. Les larmes, elles, restent bien sur terre. Avec nous.

Dimanche, le café a ouvert comme d'habitude. La tristesse a marqué pour toujours les visages de la famille. Le grand-père malheureux attend. Les aiguilles sur l'horloge continuent de tourner, la vie continue d'avancer, l'après-midi touche à sa fin. Mais Ambre et Fauve ne passeront plus.
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Commentaires pour cette histoire  Ajouter un commentaire

Par matillou | le 23/01/11 à 14:39

bonjour . oui la vie part vite .BASCULER ,et ceux qui nous quittent ,ne savent pas et tt mieux ,combien leur absence est TERRIBLE .APPRENDRE A VIVRE SANS .C TROP ATROCE .le temps doucement ADOUCIE LE MANQUE .une chanson ,un parfum ;et malgré ca ,il faut ESSAYER DE CONTINUER .
COMME MON JLOUIS ME MANQUE TANT ET TANT . SES JE T AIME .LA VIE EST DURE ET NE FAIT PAS DE CADEAUX .QUE FAIRE .AVANCER OU RESTER SUR LE BAS COTES .COURAGE A TOUT CEUX QUI SONT DANS LA PEINE .GARDER ESPOIR .
une MARYLINE A QUI SON HOMME LUI MANQUE TANT ET TANT ..COURAGE .

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