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Je n'ai plus peur de la mort

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Mardi matin. Voilà le 3eme jour d'hospitalisation qui démarre. La dernière, nous en sommes conscients.

Nous étions arrivés dimanche matin, la peur au ventre, car Nuno semblait être dans les vappes depuis quelques jours, il ne parvenait plus à se nourrir, meme le lait à la cuillère, alors direction les urgences. Les médecins le mettent sous oxygène et lui installent une sonde gastrique pour le nourrir. Il fait des épisodes de fièvre, il continue à transpirer beaucoup, mais cela nous y sommes habitués depuis quelques semaines (son métabolisme était déréglé) , il est installé dans une chambre en pédiatrie, avec un lit pour les grands et un lit d'appoint, pour nous permettre de rester avec lui tous les 2. Les pédiatres défilent, tous consternés par la violence de cette maladie qui emporte si vite notre fils, impuissants face à tout cela, incapables de ne rien pouvoir faire de plus que de nous accompagner dans cette terrible épreuve. C'est un petit hopital près de chez nous, et personne n'est habitué à cela. Je me retrouve meme à devoir soutenir les infirmières en discutant avec elles. Tout le monde est adorable, comme le service est presque vide ils ont beaucoup de temps pour nous.

Dans la nuit, des infirmières étaient passées pour touner Nuno, le masser, le surveiller aussi.

Ce matin-là, je me suis levée avec un noeud à l'estomac. Je me sentais mal, énervée, stressée, sans vraiment savoir pourquoi. Je regarde mon fils, il dort, il est calme. La veille encore au soir, il nous regardait, nous parlait. Je vais prendre un café, je sors fumer une cigarette, mais meme elle ne me calme pas. Je me sens mal. Je retourne dans la chambre, je le regarde, il dort toujours, mais quelque chose est différent, sans que je puisse voir exactement de quoi il s'agit.

9h30 ma mère téléphone pour prendre des nouvelles. Je lui dis que ça va, il dort toujours paisiblement. Elle trouve ça anormal qu'il dorme encore si tard, ce qui me rend moi aussi perplexe. Alors je le regarde, et je comprend. Plus de transpiration. La première fois depuis des semaines. L'infirmière rentre, prend sa température. Plus de fièvre. Le pédiatre rentre, je lui explique ce que je viens de constater, et il nous confirme : semi-coma. C'est pour bientot. Son corps lache prise, mais au moins il se sent bien sans cette maudite transpiration et cette fievre. Il dort paisiblement, sans souffrir.

La kiné arrive et le masse. Je sors fumer ma 5eme cigarette et j'appelle mes parents. J'essaie d'appeler mon grand frere qui est en allemagne pour son travail, il doit rentrer aujourd'hui. Je lui explique qu'il ne va surement pas passer la nuit, il est catastrophé de ne pouvoir venir plus tot.

Midi. Mon petit frère arrive, il travaille juste à coté de l'hopital donc il vient voir son neveu le temps de sa pause dejeuner. Je dois donc le préparer à ce qui va arriver. A 18 ans, c'est dur de devoir accepter cela. 13h15, il doit repartir travailler, je lui dis alors de dire au revoir à Nuno, et l'assure que si il arrive quelque chose, nos parents viendront de suite le chercher.

13h30. La tante et la cousine de mon homme arrivent, elles sont inconsolables. C'est à moi de les prendre dans mes bras et les rassurer. Juste après, mes parents arrivent, avec mon oncle et une amie de la famille. Le pédiatre est là, il explique à mes parents ce qui se passe.

Les parents de mon homme ne sont pas encore arrivés, ils sont partis courageusement acheter un ensemble blanc pour Nuno pour la suite. La petite soeur de mon homme ne vient pas non plus, elle n'en a pas la force. Elle a le meme age que mon petit frere. Elle prefere garder l'image du petit bébé qu'elle tenait dans ses bras quelques jours auparavent que de le voir mourir dans cet hopital. Ca se comprend.

14h. Alors que tout le monde est avec nous, une alarme retentit. La saturation en oxygene passe sous les 90, et ce malgrè l'oxygène que Nuno reçoit depuis que nous sommes là. Ca commence. Je panique, je demande à le tenir dans mes bras. Rapidement, je m'installe dans le lit avec mon homme, les infirmières prennent Nuno prudemment et me le donnent. Ils augmentent l'oxygene. Le pediatre decide de lui enlever la sonde gastrique. Mais les alarmes retentissent toujours. Je ne veux pas les couper, c'est cet appareil qui me dit que Nuno est toujours en vie.

Mais il va falloir les couper, car elles ne s'arretent pas. Nous essayons alors d'appeler les parents de mon homme, mais ils ont laissé leur portable à leur fille qui est restée chez elle avec une voisine. Pas moyen de les prévenir. Il faut que tu tiennes Nuno, encore un peu, pour eux.

Le calme revient, nous mettons un disque de berceuses, le silence envahit la pièce. Nous parlons à Nuno, nous lui disons que nous l'aimons et le remercions de tout ce qu'il nous a apporté. Le pédiatre est avec nous, et controle régulièrement le coeur de Nuno à notre demande.

15h. Une femme avec un fort accent portugais entre dans la chambre. Nous pensons sur le coup que c'est ma belle-mère, mais non, c'est une amie à elle que je ne porte pas dans mon coeur. Elle entre catastrophée en pleurs, nous embrasse, et ne comprend pas que nous ne voulons pas qu'elle reste. Le pédiatre lui comprend et décide que seule la famille doit rester dans la chambre. Il ne reste alors plus que mes parents, et la cousine de mon homme. Le coeur de Nuno bat toujours mais plus faiblement. Nous ne parvenons plus à le sentir battre sur nos doigts alors le pédiatre prend le relais. L'oxygène qu'on lui donne est à fond, pour lui permettre de tenir encore un peu le temps que ses grands-parents arrivent.

15h30. Enfin les voilà. Ma belle-mère entre en pleurant, embrasse Nuno et lui dit qu'elle savait ce qui se passait et a tout fait pour arriver le plus vite possible. Nous décidons alors de lui enlever l'oxygène et acceptons de le laisser partir. Mon coeur bat pour deux, je suis dans un état de panique totale. C'est pas possible que ça arrive ! Non ! Ce n'est pas possible ! S'en suit une heure d'angoisse, d'envie de vomir, de terreur face à ce qui arrive. Je n'ai jamais vu quelqu'un mourir, et la première fois que ça va m'arriver, c'est mon fils. Quelle horreur. Le pédiatre est toujours present, il controle son coeur de temps en temps, Nuno est toujours là. Sa respiration ralentit, il soupire a chaque fois, j'entend sa voix.

16h20. Je meurs, j'ai l'impression de mourir. Mon coeur bat si vite que je crois qu'il va lacher, si vite que j'ai peur de perdre connaissance.

16h25. Tout à coup, je m'endors presque. Mon angoisse s'est envolée d'un coup, je me calme, pose ma tete sur l'epaule de mon homme, je suis detendue, reposée. Alors je regarde le pédiatre et il me comprend. Il pose son stétoscope sur la poitrine de Nuno. "Il n'y a plus rien."

Hurlement.

Mon homme prend Nuno dans ses bras. Il pleure. Je ne comprend plus rien. Ma belle-mère crie. Mon père pleure. Ma mère pleure. Mon beau-père pleure. Je ne sais plus ou je suis.

La grande soeur de mon homme entre dans la pièce. Elle arrive deux minutes trop tard. Deux minutes.

Panique.

Ma belle-mère est assise, infirmière et médecin avec elle, prennent sa tension. Elle a des problemes de coeur.

Nuno passe de bras en bras.

Stupidement, je veux sortir fumer une cigarette. Mes parents m'accompagnent avec leur amie et mon oncle. Je m'assois sur un banc avec ma cigarette, je me repete que mon fils est mort sans parvenir à le réaliser, je n'arrive pas à pleurer. Tout ce que je me dis c'est qu'il est enfin débarrassé de sa maladie. C'est ainsi que ça devait arriver. Mais je ne pleure pas. Je me force presque mais les larmes sont bloquées.

Nous retournons dans la chambre. Ma belle-mère est calmée. Mon homme me dit qu'il faut remettre Nuno sur son lit. Je le prend dans mes bras. Je suis chuchotte "Merci mon bébé, merci de ton existence, je me battrai toute ma vie pour toi… ".

C'est la dernière fois que je tiendrai Nuno, mon petit crapaud, dans mes bras.

Nous voilà, un an après.

Cet après-midi, nous irons au cimetière porter des fleurs et une nouvelle plaque. Le hasard a voulu que Nuno nous quitte pour la toussaint, au moins, nous ferons les deux en meme temps.

Je pense à toi chaque jour mon bébé. Un an après, les médecins ne sont pas encore sûrs du nom de ta maladie, et nous savons à présent que tu seras le seul enfant que j'aurai pu concevoir moi-meme. Le seul. Un deuil supplémentaire. Mais quand je t'ai mis en terre, j'ai dit à ton papa que désormais plus rien ne pourrai m'atteindre, que le plus dur, je l'avais deja vécu alors que je n'avais que 25 ans. Alors un petit frère, une petite soeur, tu les auras je te le promets. Pas de la façon que j'espérais, mais tu les auras, et je leur parlerai de toi. Je leur dirai avec fierté avec quel courage tu as vécu ta petite vie, la force dont tu m'a fait cadeau, l'amour que tu m'a permis de découvrir. Et chaque jour je penserai à toi. Toute ma vie. Grace à toi je n'ai plus peur de la mort, un jour ce sera mon tour et ça ne m'effraie pas, car tu l'as traversée, et ce jour-là je pourrai être pres de toi pour toujours.

Nuno, mon tout petit, mon bébé, mon Amour, je t'aime.
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67670
b
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