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Je ne suis qu'un enfant de remplacement

Témoignage d'internaute trouvé sur doctissimo - 04/03/11 | Mis en ligne le 07/11/11
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Pour commencer je voudrais replacer les choses dans leur contexte. Mes parents ont eu 4 enfants... mais normalement ils n'auraient du en avoir que 3. Ma mère a eu beaucoup de difficultés lors des accouchements et après son troisième enfant, lors de la césarienne elle a eu une ligature des trompes, c'était en 1978. Valérie est donc née en 1978, le 18 février. Elle est décédée lors d'un accident de la route le 10 juin 1983. La mort d'un enfant est toujours un drame. Ma mère n'a pas supporté, même si elle avait deux enfants à s'occuper (ils avaient 8 et 9 ans), elle se laissait aller. Par la famille, j'ai su que personne n'avait le droit de prononcer son prénom, elle avait gardé ses affaires, des photos.... tout ce qui pouvait faire encore un lien. Il ne lui a pas fallu longtemps pour penser à avoir un autre enfant. Fin juillet, elle prenait un RDV pour voir ce qu'on pouvait faire pour elle, en août elle s'est faite opérée tout en sachant qu'elle n'avait que peu de chance pour que ça fonctionne naturellement. Mon père aussi voulait absolument un autre enfant. J'ai été conçue à Noël 1983, Un miracle de Noël, c'est ce qui me plait de croire et à mes parents aussi. Accouchement difficile encore une fois, elle ne m'a vue qu'au bout de 3 jours. Ils esperaient un garçon... Je dirais que tout allait très bien pour moi. Jamais je n'ai été confrontée à l'image de Valérie, je ne connaissais pas son existence. Les photos avaient été rangées, ses affaires n'étaient plus là. Et un jour, comme dans toutes les familles, on regarde les albums photos. Vers 5 ans je tombe sur une photo d'elle. Tout de suite je dis à ma mère « c'est moi! ». Silence. « Non ma chérie c'est Valérie, ta soeur, elle est au ciel ». J'aurais pourtant jurée que c'était moi sur la photo. Même baignoire, les cheveux relevés de la même façon, même sourire, même posture que sur une autre photo. L'une de 1983 et l'autre de 1989. La seule différence notable était que sur la 1ere, la salle de bain était encore en travaux. Les semaines ont passé. Je ne m'interrogeais pas plus que ça. Je comprenais juste pourquoi dans la famille il y avait parfois erreur sur mon prénom. J'ai aussi compris pourquoi on ne fêtait jamais l'anniversaire de mon père (Valérie est décédée 2 jours avant). Une dispute avec ma soeur, une phrase qui a été le début de mes problèmes... Dans sa colère, elle m'a hurlée que si Valérie n'était pas morte, je n'existerais pas. J'en ai été tellement choquée que je n'ai pas su quoi dire ou faire. Ces mots ont retentis dans ma tête pendant des années. A côté de cela, je voulais en savoir plus sur Valérie. Elle était présentée comme une enfant si parfaite, belle, douce, gentille, souriante, aimable, intelligente... J'ai fini par me demander comment je pouvais rivaliser avec cette image si idéalisée, comment je pouvais la remplacer, puisqu'apparemment j'étais là pour ça. Quand j'ai été en âge de comprendre un peu mieux, ma mère a bien voulu me donner plus de détails en me parlant de l'opération qu'elle avait subie. Plus les années passaient et moins je supportais qu'on parle d'elle. A l'école elle était l'exemple à ne pas suivre « vous voyez, la soeur de Nathalie a été renversée parce qu'elle n'a pas regardé avant de traverser ». Mais ma curiosité me poussait à en savoir plus sur les circonstances de l'accident. Ma mère était partie chercher du pain à la camionnette. Valérie venait de se lever. Elle n'aurait pas du sortir, mais ma grand mère l'a habillée. Valérie a couru pour rejoindre ma mère de l'autre côté de la route. Pas le temps de réagir, une voiture arrivait trop vite. Un choc. Une robe qui reste accrochée au retro exterieur. Son petit corps de 5 ans trainé sur quelques mètres. Une voiture qui repart aussitôt. Ma mère a du assister à cette scène, impuissante. Ma mère pleurait en me racontant ça. J'ai alors commencé à détester mes parents. J'ai douté de leur amour, j'avais l'impression qu'ils ne voyaient en moi qu'une pale copie de leur enfant si parfaite et disparue. J'ai commencé à devenir insomniaque vers 12 ans. J'étais tout le temps stressée. Je me mettais une pression sur les épaules pour au moins essayer d'être à la hauteur de leurs esperances... et Valérie aussi je la détestais. Je la haïssais de me torturer alors qu'elle n'était même pas là. Je lui en voulais d'être morte tout simplement. Je me suis enfermée dans une bulle, avec mes interrogations. C'est étrange car j'avais tellement de choses à dire mais je ne voulais plus le faire. Lors d'une fête de famille, tout a éclaté. Je ne pourrais même pas dire comment on en est arrivé là, mais j'avais un peu bu et je leur ai tout déballé. Tout ce que je ressentais, tout ce que je pensais et que finalement j'aurais préféré ne pas exister, ça aurait été plus simple pour tout le monde. Je les trouvais égoïstes. Au fil des discussions qui ont suivies, cela a pris des années, je me suis rendue compte d'une chose: mes parents m'aiment pour ce que je suis. Valérie a sa place, moi j'en ai une toute aussi importante. Je me suis punie pendant des années à cause d'un mal être généré par les remarques de l'entourage (car oui ma soeur a lancé la 1ere mais j'en ai entendu d'autres... d'ailleurs ma tante ne comprenait pas pourquoi ils ne m'avaient pas appelée aussi Valérie O_o?), mes parents n'ont jamais rien fait ou dit de mal. J'avais peur de Valérie, peur qu'elle me déteste de lui avoir pris sa place. Je suis sûre que ça peut paraître étrange pour certains d'avoir peur d'une personne décédée. J'ai compris mes parents dans leur motivation à avoir un autre enfant, non pas pour combler un vide mais pour donner à nouveau de l'amour. Je crois qu'il y aura toujours un vide. Finalement cette peur qu'aujourd'hui je trouve stupide, était juste une souffrance. J'ai réussi à la comprendre : je souffre de ne pas avoir connu ma soeur. Je pense qu'il n'y a qu'une solution pour éviter les malaises dans ce genre de situation : parler, ne pas avoir peur d'exprimer sa colère, sa frustration... si ça n'avait pas éclaté, je ne sais pas comment ça aurait fini, j'avais des idées noires, je pensais au suicide, physiquement et moralement j'allais très mal. Encore aujourd'hui il y a des choses qui me font penser à tout ça... Mon conjoint a son anniversaire le 18 février, mon ex était aussi du 18 février... ma belle mère et mon ex belle mère m'ont toutes les deux déjà appelée Valérie plus d'une fois... mon fils va s'appeler Landry (prénom que je ne connaissais pas jusqu'à il y a 2 ans) et j'ai vu il y a quelques jours que la saint Landry est le 10 juin, jour du décès de Valérie.... Un bien long message qui j'espere enclenchera d'autres temoignages, je trouve qu'on ne parle pas assez des enfants conçus suite au décès d'un autre enfant en se plaçant du côté du ressenti de l'enfant... Très souvent c'est abordé du côté des parents.
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223316
b
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