Histoire vécue Perte d'un proche > Perte d'un enfant      (1778 témoignages)

Préc.

Suiv.

rupture totale sans aucune transition

Témoignage d'internaute trouvé sur aufeminin
Mail  
| 1390 lectures | ratingStar_50584_1ratingStar_50584_2ratingStar_50584_3ratingStar_50584_4

Le 16 septembre, jour de mon anniversaire et après 1 an despoir, je suis enceinte. Le début de grossesse est un peu mouvementé. La gynéco de ville qui me suit mannonce que je ne suis pas vraiment enceinte : cest un uf clair (un sac ovulaire sans bébé) , elle mannonce sans ménagement : il faut attendre et vous ferez une fausse couche Je veux faire confirmer ce diagnostic. Japprends finalement, 2 jours plus tard par un gynéco de lhôpital, que jattends des jumeaux dont la vie évolue normalement. Puis j'ai des petits problèmes dhypertension qui se stabilisent quelques temps après. Tout se passe bien à part ces nausées et vomissements toute la journée jusquà la fin du 1er trimestre. Je passe mes journées à me regarder le ventre de profil ! Je suis fière. J'ai limpression dêtre la seule au monde à être enceinte, j'ai envie de le dire à la terre entière. J'ai peur de tout (toxoplasmose, fausse couche) sauf de la prématurité et puis me dis-je bêtement, j'ai galéré pour être enceinte ça doit suffire comme souffranceComble de joie, japprends que jattends 2 filles, comme on lespérait mon mari et moi ! Elles sappelleront Emma et Marine.

A 4 mois et demi de grossesse, je suis hospitalisée pour une menace daccouchement prématurée, mon col souvre sous leffet des contractions qui sont indolores. Mon entourage pense que cest normal den avoir quelques unes, ce sont des jumelles, cest ma 1ère grossesse et mon utérus sentraînetant que je nai pas mal, cest que tout va bien ! ! J'ai droit à 2 monitoring par jour pour vérifier les contractions et écouter le cur des bébés. Emma est la plus coquine, elle donne plus de coup de pied que sa sur Marine qui est plus calme. Lorsque jessaie de capter les battements du cur dEmma, elle bouge tellement que j'ai du mal à avoir un tracé correct. Par contre, dès que son papa est là, cest une autre chose : elle se calme et il arrive du premier coup à capter son petit cur. Que voulez-vous, ce sont des filles, elles ont déjà une préférence pour leur papa ! Depuis le début de la grossesse, mon mari me prend en photo, même à lhôpital.

Après une semaine de perfusion contre les contractions, les médecins me déperfusent pour voir comment je réagis. Moins de 5 heures plus tard, il faut me reperfuser. Je pleure, je suis déçue, cest un échec. Une interne de service qui entre dans ma chambre me demande si j'ai perdu les eaux, mon sang ne fait quun tour et ma colère monte.

Le lendemain, ma gynéco vérifie létat du col et mordonne lalitement strict (interdiction totale de se lever même pour aller aux toilettes) , on met un bassin à ma disposition, je suis clouée au lit pour me laver. Japprends donc une nouvelle technique pas très pratique pour faire ses besoinsje morganise pour me brosser les dents sur le lit, mon mari maide à faire ma toilette et me lave les cheveux de temps en temps. Tant bien que mal, jarrive à faire mes petits besoins dans leur bassin. Il faut que je gère mes pauses pipi avec les allées et venues du personnel soignant, les monitoring où il est mieux davoir la vessie vide et mes visites. J'ai honte de demander à des étrangers de menlever mes urines et surtout je ne veux pas laisser le bassin visible pour mes visites de laprès-midi. Pardonnez-moi pour ces détails mais je pense quon ne peut réellement comprendre lhumiliation de cette hospitalisation sans les relater. Et puis, si ça peut aider mes filles à vivre plus longtemps dans mon ventre, je préfère le faire, je nhésite plus ! Le fait quEmma et Marine bougent beaucoup, quelles me donnent pas mal de coup de pied, quelles font en somme la java dans mon ventre, me rassure énormément. Je pense bêtement que plus rien ne peut nous arriver après les mésaventures du début de grossesse. Javais si peur au début de faire une fausse couche que maintenant, puisque j'ai dépassé ce délai, plus rien ne peut marriver, tout ira bien ! Ce nest quun mauvais moment à passer et bientôt cette hospitalisation ne sera plus quun mauvais souvenir, je rentrerais bientôt à la maison avec mes 2 filles encore dans mon ventre.

Un dimanche matin, j'ai la visite du chef de service de la maternité me demandant si cest bien moi la dame qui a la poche des eaux bombée ? Jaffirme quil se trompe de personne. Puis je repense au comportement des infirmières. Elles insistent sur le fait quil faut que je me repose le plus possible. Je repense également à léchographie de contrôle, javais vu Emma passant sa petite main dans louverture de mon col comme si elle me faisait un petit coucou. Mais je nai rien compris sur le moment et cest maintenant après cette visite matinale que je prends un peu plus conscience des risques. Je craque, jéclate en sanglots, je suis en colère parce que le gynéco ne ma pas expliqué ce qui se passait vraiment. Comment mettre toutes les chances de mon coté si je nai pas tous les éléments en main ? Je men veux de vouloir rentrer à la maison alors que la vie de mes filles est en danger mais je culpabilise de devoir imposer à mon entourage leur relais à mon chevet. Ma mère vient me voir tous les jours ainsi quun couple dami très proche. Je culpabilise surtout de devoir infliger à mon mari de long trajet après le travail et, je le vois bien, il se fatigue même sil ne veut ladmettre !

Le 16 février, ma gynécologue mannonce mon transfert vers une maternité de niveau 3 avec un service de réanimation pédiatrique pour donner toutes les chances à mes filles dêtre sauvées. Je suis à 23 SA et je savais, bien avant dêtre enceinte, que si un jour je me retrouvais dans cette maternité cest que jétais vraiment dans une mauvaise posture. Je suis angoissée, je pleure, je tremble de tout mon corps. Je demande des explications sur mon potentiel, une réponse claire : je peux accoucher dans 10 jours, dans 1 mois ou dans 2 mois. Je sais que si mes filles naissent maintenant, je vais les perdre mais je ne peux pas laccepter et je nie cette possibilité. Avant mon transfert, j'ai une échographie de contrôle pour vérifier que les bébés vont bien et on mesure louverture du col. Il est maintenant à 2 cm.

Mon gynécologue me rassure en me disant que le plus important ce nest pas louverture du col mais il faut absolument que la poche des eaux ne perce pas.

Je suis terrifiée à lidée dêtre toute seule pour mon transfert car on est en pleine semaine et tout mon entourage travaille. Jaurais tellement besoin de quelquun à mes coté. Miracle, ma mère arrive au bon moment, juste avant que jentre dans lambulance qui mamène vers cet autre hôpital. Je sais quil faudra désormais faire ma toilette et mes besoins devant dautres personnes dans ce nouvel hôpital, ça ne menchante guère mais cest secondaire. Quest ce quune maman ne ferait pas pour le bien de ses enfants ? Lors du transport, j'ai peur quune voiture ne rentre en collision avec lambulance qui nous transporte mes filles et moi, puis je men veux de penser ça, cest bête.

De nouveaux médecins me prennent en charge dès mon arrivée. Cest une grande structure, un peu lusine. J'ai très peur, je me rends compte que je ne suis quun numéro parmi dautre. Mon mari arrive entre temps et sa présence mapaise. Je me sens mieux et son soutien mest une aide précieuse. On me fait un nouveau monitoring, j'ai beaucoup de contractions mais elles ne me font toujours pas mal, alors je pense que cest bon signe. Je me raccroche à cette stupide idéeJapprends que mes bébés atteignent les 600 et 650 grammes, on me dit que cest bien pour cet âge, j'ai bon espoir, je sais désormais quelles ont plus de poids que la moyenne. Puisquelles bougent beaucoup, cest que ces petites ont envie de vivre ! Jespère encore que tout ira bien. Mon col, quant à lui sest encore ouvert. J'ai bien lintention de rester des mois et des mois totalement allongée, sans bouger mais j'ai très peur. Mon corps tout entier tremble comme une feuille morte.

Un anesthésiste mausculte pour une éventuelle péridurale le moment venu, bien sûr je la veux, sans hésiter ! ! Il me dit quil ny a aucune contre-indication, je suis soulagée. Je découvre ensuite ma chambre, une chambre triple, lhorreurmon mari maide pour ma toilette.

Nous navons pas tout à fait fini lorsque 2 sages-femmes lui demandent expressément et dun ton sec de partir. Je demande à ce quil reste un peu plus, le temps de finir, mais un refus définitif se fait entendre. La colère me gagne mais je décide de ne rien dire et on sexécute. Je demande quelques renseignements pour le bassin, elles mexpliquent quelles viennent 2 fois par nuit même si le bassin est plein. On me fait remarquer sèchement que toutes les dames arrivent à faire pipi dans un bassin, sans le renverser. Faire pipi dans un lit, allongée, en bougeant le moins possible dans une ouverture de 30 cm x 30 cm environ requiert une certaine technique quapparemment je nai pas encore acquis. Je savais bien que ça allait être comme ça mais je ne men attendais pas à tant ! Dans ce nouvel hôpital, je ne me sens ni aidée ni soutenue mais le plus important ce nest pas mon bien-être, mais la vie de mes filles alors jaccepte sans sourciller. Jessaie de dormir un peu. Dans la nuit, je ressens une chaleur très douce dans le dos lors des contractions. Je suis toujours perfusée. Je minquiète un peu de cette nouvelle sensation mais nose en parler à ces sages-femmes que j'ai limpression de déranger.

On me fait un nouveau monitoring, il nest pas très bon, j'ai trop de contractions et les sages-femmes décident de memmener en salle de naissance. Je meffraie, je sanglote, je tremble de tout mon corps et je suis tellement angoissée que je suis trempée. Cest une véritable descente aux enfers, je suis effondrée devant une telle perspective. On me donne un léger calmant pour maider. Mon mari est appelé par le personnel soignant. Dès que je laperçois, je mapaise un peu ! Les pédiatres me rassurent sur le fait que je nai toujours pas mal lors des contractions, que cest bon signe. Dans ce cas, laccouchement nest pas pour maintenant. Je suis soulagée, je ne veux pas accoucher, je veux que mes petites filles restent encore dans mon ventre, bien au chaud à prendre encore des forces. J'ai très peur mais puisque Emma et Marine bougent beaucoup dans mon ventre, je me raccroche à lidée quelles ont envie de vivre et quelles se battront pour vivre si jamais elles naissent maintenant. Jespère donc une seule chose cest que la poche des eaux ne perce pas, quelle aussi tienne bon et je suis dautant plus décidée à rester 1, 2 ou 3 mois totalement allongée sans bouger pour le bien de mes filles ! !

J'ai droit à une 2ème piqûre de corticoïde qui accélère la maturation des organes vitaux des bébés. J'ai eu extrêmement mal. Pendant au moins 1 heure je ne pouvais pas mappuyer sur le coté de la fesse où j'ai eu la piqûre mais même si jen ai une trouille bleue, avec toutes celles que j'ai déjà eues, je ne suis pas à 1 ou 2 piqûres près. Ce soir là, nous nous sommes endormis toutes les 3 si proches pour la dernière fois, sans le savoir encore.

Le vendredi 18 février 2005, à 3 heures du matin, je perds les eaux.

Je téléphone à la maison mais je ne peux pas parler. Mon mari comprend, nous navons pas besoin de nous expliquer et vient de suite. J'ai compris que ça allait être la fin, je tremble comme une feuille sans pouvoir me contrôler mais j'ai un tout petit espoir que mes filles sen sortentJai confiance en mes petites néanmoins le monde sécroule. Jaurais voulu figer cet instant pour ne pas que le reste arrive. Je veux encore retenir mes filles à lintérieur de moi. Je ne veux pas accoucher maintenant, cest trop tôt mais je ne contrôle rien et le pire reste à venir, je le sais. La lutte devient inutile, le combat perdu davance. Je suis paralysée par la souffrance insupportable, langoisse et je nose plus penser à elles, mes toutes petites lovées au creux de moi-même.

Une sage-femme mexamine, me dit quelle sent la tête dun bébé et les pieds de lautre. Je sais que cest la tête dEmma et les pieds de Marine. Je sais que tout va se jouer dans lheure qui suit. Je sais, tout au fond de moi, que je vais perdre mes bébés, mes filles tant attendues, mes amours, mes angesJe donnerais tout pour les sauver, même ma vie sil le fallait, mais je veux les sauversil vous plaît. Je veux encore espérer. Puisquelles bougent beaucoup, jinterprète ça comme une envie de vivre.

On memmène en salle de naissance, on minstalle, beaucoup de monde autour de moi, une dizaine peut-être. Les médecins décident de me faire une césarienne mais ne savent pas la position exacte des bébés. On me fait une échographie, jentends les battements de cur de mes filles et je les sens bouger. Les médecins disent que cest un bon rythme cardiaque et quelles sont toutes les 2 têtes en bas. On me dit que cest la poche des eaux dEmma qui sest percée, elle est à droite dans mon ventre et Marine, à gauche. Finalement, les gynécologues ne me font pas de césarienne. Je dois accoucher par voie basse. Je demande une péridurale, on me dit que cest trop tard, lanesthésiste ne veut pas la faire. Jattends donc les contractions. Je sens quelques unes. Elles ne sont pas très fortes, comme dhabitude.

On me pose une sonde urinaire. La nervosité samplifie, je flageole. Intérieurement, je parle à mes bébés une dernière fois pour leur dire quon est les plus fortes, quon se verra bientôt, que lon va y arriver, que je les aime ! Alors finalement, ce ne serait quune grossesse pour rien ? Non ce nest pas possible ! !

Puis les très grosses contractions sont là. J'ai limpression dêtre dans un état second, dêtre ailleurs tellement j'ai mal. La douleur me prend du bas des fesses, remonte dans les reins puis tout le dos pour irradier tout le ventre. Cest horrible, je nai jamais ressenti une telle douleur et tout ce que j'ai connu auparavant de toute ma vie, les piqûres et tout le reste, nest rien comparé à ça ! ! Jessaie de me mettre sur le coté pour me calmer mais rien ny fait. Je suis branchée de tous les cotés, je nai donc pas de liberté de mouvement. A chaque grosse contraction, on me dit de pousser. Je sens bien que je pousse dans le vide, je ne sais pas comment faire, je nai pas eu de préparation à laccouchement, je me rends bien compte que rien ny fait. J'ai tellement mal que je voudrais déjà que tout soit fini alors même que cest le début. Après quelques conseils de léquipe soignante, je comprends comment faire pour quune poussée soit efficace.

J'ai peur pour la suite, j'ai peur dapprendre que mes bébés ne peuvent pas vivre. Je laisse sortir mon désarroi et ma colère en criant à chaque poussée car jespère un miracle. Mais je sais également que je vis très probablement les derniers instants avec mes filles, avec Emma et Marine, toutes les 3 réunies, ne formant quune seule personne pour quelques minutes encore. J'ai tellement mal physiquement et moralement que ça me fait du bien de crier. Je ne vois rien de ce qui se passe autour de moi, je ferme les yeux, comme pour ne pas comprendre ce qui va arriver.

Lors dune poussée, je sens une déchirure, comme si on mécartelait. Le gynécologue continue en coupant mes chairs et je comprends alors quil fait une épisiotomie, sans péridurale ni anesthésie locale. Je souffre.

Emma naît à 4h 15 du matin.

Jespère encore que tout va bien pour elle mais je nentends pas son cri ni ne la voit. On peut entendre le silence dans la salle. Jimagine bien quelle ne peut pas respirer toute seule. Je sais que les pédiatres lont emmenée à coté pour la réanimer. Jespère vraiment quelle va bien, je sais que les médecins vont laider à respirer, quils vont certainement la brancher de tout les cotés mais je préfère la voir branchée dans une couveuse quapprendre son décès.

Je suis très fatiguée, vidée dune partie de moi-même mais il y a Marine à mettre au monde. Je ne me sens pas capable de recommencer. Je sais quil y a environ dheure entre la naissance de jumeaux alors jessaie de me reposer le plus possible avant de devoir affronter un nouvel accouchement. Une sage-femme me dit que… mon mari, attend de pouvoir rentrer. Je sais quil a peur de tout cet arsenal médical. Je ne veux surtout pas le forcer à venir près de moi ni à lui imposer une telle épreuve. Je suis partagée entre le besoin de le voir car son soutien mest précieux, il allait mapaiser et la culpabilité de le voir souffrir en me voyant comme ça.

Jespère encore que tout va bien pour mes filles. Même si elles doivent rester des mois et des mois toutes les 2 branchées à des machines, tant pis mais je veux quelles vivent, JE VEUX QUELLES VIVENT.Lamour que j'ai pour elles va les sauver.Je veux le croire.

… me racontera plus tard quil est rentré par la salle où les pédiatres étaient avec Emma. Il savait donc quEmma navait pas survécu mais ne ma rien dit. Heureusement car je dois encore accoucher de Marine et je naurais pas eu le courage nécessaire si javais su quune de mes filles navait pas survécu. Je pensais encore que les pédiatres essayaient toujours de sauver Emma.

Il ne reste plus personne dans la salle daccouchement excepté mon mari et un médecin qui me tient toujours la main ; le reste de léquipe médicale est au chevet dEmma et jimagine quavec toutes ces personnes autour delle, elle survivra, cest obligé !

De nouvelles contractions très intenses reviennent. Marine va bientôt naître. Le médecin qui me tient la main me demande de ne pas pousser, de me retenir. Jarrive à faire ce quil me dit pour la 1ère contraction mais les suivantes sont toutes autres. Je sens que Marine pousse et descend dans le passage. Je crie quelle va venir mais aucun médecin ne vient.

Jessaie tant bien que mal de ne pas pousser mais après 3 ou 4 contractions, la poche des eaux éclate sur une sage-femme. Elle crie. Je crois à cet instant que Marine est sortie toute seule, quil ny a personne pour laccueillir et jimagine quelle est tombée sur le sol. Jen veux à ces médecins qui ne sont pas venus prendre ma fille et qui lont laissé tomber. Jespère que mon mari na rien vu de choquant.

Marine est née ainsi à 5h05 du matin.

Jimagine que Marine na pas survécu puisquelle est certainement tombée sur le sol et quelle ne peut pas survivre au choc. Je ne vois rien de ce qui se passe autour de moi, je men veux car je suis myope et je veux savoir. Je ne sais pas si les pédiatres ont essayé de réanimer Marine. Je demande des précisions à mon mari qui est toujours à mes cotés. Il mexplique quun gynécologue a récupéré Marine. Elle nest donc pas tombée sur le sol comme je le crois, je suis réconfortée de lapprendre. Le désir de voir la vie vaincre la mort est plus fort que tout, comme un raz de marée, il nous emporte dans le fol espoir de vouloir gagner cette victoire impossible. Je ne peux pas me résoudre à voir mes filles perdre ce combat de la vie et je veux leur transmettre, avec lénergie du désespoir la force de vivre.

Quelques minutes après avoir mis au monde mes 2 filles, un pédiatre vient à nos cotés et nous annonce quEmma et Marine sont décédées toutes les deux car elles nont pas réussi à respirer. La terre sécroule, le temps sarrête. Mon cur bat une effroyable chamade, je sanglote, affolée. Je nentends plus rien. Jentends vaguement ce quannonce le pédiatre mais je ne comprends pas ce quil me dit, je ne réalise rien. Je suis tellement épuisée, je nai plus de force et ni mon corps ni mon esprit ne peuvent encore fonctionner correctement, je suis ailleursJe souffre davantage de voir mon mari souffrir que parce que j'ai compris quelque chose. Affreuse sentence pour des parents ! Cest à hurler de douleur mais aucun son ne peut séchapper. Limpensable qui narrive quaux autres est là, devant nous.

Je ne veux quune chose, voir mes filles. Je les aime si fort, je les aime encore aujourdhui tellement et je les aimerais toujours. Nous les avons tant attendues, tant désirées leur papa et moi, nous avons fait tant de chose pendant 1 an pour les avoir. Je ne pense quà une chose, les voir, les prendre dans mes bras, les embrasser, les caresser, les serrer si fort sur mon cur et leur dire au revoir.

Je sais que ce sera un moment éprouvant mais il le faut, je veux avoir mes filles près de moi. Je ne prends réellement conscience de ce qui arrive que lorsque je vois pour la 1ère fois mes filles.

Qui peut vraiment comprendre ce que j'ai pu ressentir lorsque j'ai mis au monde mes bébés ? Cest un trop plein damour qui menvahis. Cest un sentiment qui naît en même temps que naît son enfant. Je me suis sentie écrasée par cet amour, comme si mon corps avait été broyé sous le poids dun gros rocher. Cest un sentiment nouveau pour moi et aucun autre amour nest comparable à celui-là. Lamour qui sen approche cest celui que je ressens pour le père de mes filles. Ce nest pas rien de faire des enfants avec une personne, ce nest pas quelque chose quon fait à la légère comme on peut faire un gâteau. On ne peut pas recommencer après. Pour toujours, quoiquil arrive, mon mari et moi auront fait 2 magnifiques petites filles, 2 bébés qui sont désormais au ciel et qui, espérons-le, nous protégeront désormais.

Une sage-femme nous apporte nos bébés, toutes deux enveloppées dun drap blanc et vêtues dune petite couche. Là, le fait dapercevoir nos filles ma subitement déchiré le cur. Je suis bouleversée de les découvrir enfin, de faire leur connaissance. On nous conseille de prendre des photos, nous dit que ça aide. Nous nous exécutons comme des automates sans comprendre la réalité. Nous sommes restés là, un long moment, tous les 4 réunis pour la 1ère fois, nous formions une famille. Cest dans le malheur et face au décès que nous étions réunis et non pas dans le bonheur comme pour tous les autres parents. Je narrive même pas à en vouloir à la terre entière. Je ne pense quà une seule chose, contempler mes filles, nos filles, nos bébés si petites, si belles, si fragiles. Elles ont toutes les deux le nez de papa ! Quelques cheveux sur la tête, des membres si petits et fragiles et toutes les 2 se ressemblent. Elles sont belles ! ! Nous les prenons chacun à notre tour dans nos bras. Nous les caressons tendrement, nous les embrassons tout doucement, les cajolons dans le creux de nos bras comme on prend un enfant qui pleure pour le consoler. Ce sont nos amours, nos anges.Je les appelle, leur confie à loreille mes mots damour. Instinctivement, je les berce tandis que mon cur peut sabandonner et vider cette immense fontaine de larmes qui minonde, la brûlure de mon cur, ce cur maternel qui souffre. Que ces minutes ont été longues et en même temps trop courtes pour apaiser mon cur, partagé entre la douleur et la joie de les avoir près de moi, dans une intensité inimaginable. Elles sont bien là, même décédées, elles restent chacune, Emma, Marine, mon enfant.

Puis il faut les laisser à la sage-femme qui revient et j'ai limpression de les abandonner, dabandonner mes 2 filles. Javais le poids de la vie de mes enfants sur les épaules, javais la responsabilité de leur vie entre mes mains et je nai pas su les sauver.J'ai envie de crier. Je meffondre et cest à ce moment que je comprends réellement que cest finiJai du mal à les laisser partir et je demande si je peux revenir les voir un peu plus tard, dans les larmes dun chagrin absolu. Les retrouver physiquement, serrer leur corps si petit contre mon cur, devient pour moi un besoin irrésistible pour tout simplement apaiser la douleur de mes bras vides, apprivoiser leur absence trop brutale.

Je ne comprends pas vraiment ce que je ressens, j'ai limpression dêtre une autre personne qui regarde dun visage extérieur, lexpérience dune autre personne qui nest pas moi. Je ne prends pas conscience pleinement des choses que je subis et je ne les vis pas vraiment. Je suis 2 personnes différentes et bien distinctes. Quelque part, il vaut mieux que ce soit ainsi pour ne pas que je mécroule totalement comme un château de sable que la mer emporte et détruit tout sur son passage. Je crois que ce dédoublement de personne maide sur le moment à accepter ce quil venait de se produire mais cétait trop dur pour que mon cerveau comprenne vraiment.

Aucun mot ne peut transcrire ces instants, ils sont marqués au fer rouge dans mon cur ! Certains ne comprennent pas que la souffrance ne se mesure pas à la durée de la vie mais à lintensité de lamour qui lhabite. Emma et Marine, si elles nont fait que traverser nos vies, ont suscité en nous un débordement damour et je leur ai donné, dans ce passage de leur naissance à la mort, la tendresse de toute une vie, en un condensé fulgurant.

Mon mari mest dun grand secours à ce moment là, alors que lui aussi doit affronter la tempête qui sabat sur nous. Il maide à ne pas trop sombrer et je me dois dessayer dêtre forte, ne serait-ce que pour lui.

Aujourdhui encore il ne cesse dêtre à mes cotés et cette épreuve nous a dautant plus rapproché. Plus rien ne sera comme avant, notre livret de famille en porte aujourdhui la trace écrite. Rentrer dans le processus de deuil est un chemin très douloureux. Parce que ce deuil est celui de son enfant. De son nouveau-né. Cest un arrachement physique, un vide absolu pour un corps qui est resté tourné vers la maternité, même pendant quelques mois.

De tout mon être, mon corps et mon coeur, je souffre atrocement de cette absence, vidée de leur présence, vidée de moi-même. Une rupture totale sans aucune transition. Cela reste dailleurs longtemps lépreuve de ce deuil si particulier et souvent méconnu.
  Lire la suite de la discussion sur aufeminin.com


50584
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Comment survivre au deces d' un bebe de 10 mois

image

Bonjour tout le monde, je vous lis non parce que j'ai perdu mon enfant mais mon homme le sien. Il est parti à cause d'une maladie orpheline à l'âge de 9 mois. Cela fait un an qu'il est décédé. On a déjà parlé d'enfant, mais j'ai un peu...Lire la suite

Parlons des "aura".... - paranormal

image

Je… je ne crois pas en dieu… et… à cause de mon expérience passé je… je préfère évité de parlé ou même d'appelé un ange à mon aide… déjà que Gno Gno aime bien ce foutre de la gueule des gens… C'est pas que je ne crois pas au...Lire la suite


 

Témoignages vidéos
Ethan, parti rejoindre les anges
Sur le même thème
L'histoire de mon Timéo
Voir tous les  autres témoignages