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Le concierge, assassin en sous-sol

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Quel bonheur, ce gardien ! Quel délice ! Com me on se sentait bien quand il était là. Christian Bonin était concierge dans une grande copropriété de la banlieue parisienne. Quatre cents familles dans des tours de huit étages. Et lui, dans sa loge au rez-de-chaussée, qui veillait aux petites destinées du Clos Saint-Georges, Le Plessis-Bouchard, Val-d'Oise. C'est un homme de 53 ans qui essuie ses lunettes avec un mouchoir à carreaux et dont la raie bien droite partage les cheveux noirs au-dessus de trop grandes oreilles. Avec sa femme Gilberte, ils étaient au courant de tout, et on les aimait pour ça. "C'étaient des gens très bien, on pouvait compter sur eux." De son temps, on partait serein au travail le matin, "le gravier était ratissé, l'herbe arrosée, les poubelles sorties" . Quand on rentrait le soir, il ne manquait pas de signaler si les enfants étaient revenus de l'école plus tard que d'habitude, ou s'ils avaient fait des "petites bêtises" . Il empêchait sa propre fille de fumer. Une ampoule qui manquait, une toile d'araignée dans l'escalier, un service à rendre. Il était toujours là. "Et jamais une parole déplacée, ni de geste" , insiste le témoin. "Il faisait respecter l'ordre, il faisait des rondes de nuit" , rêve encore cette mère de famille appelée à la barre de la cour d'assises du Val-d'Oise. Le concierge modèle, l'ange gardien, était un assassin. Le 17 mai 2000, Christian Bonin a attaqué à coups de couteau dans les sous-sols du bâtiment Bretagne, un homme de ménage, Kouyé Diarra. Touché au coeur, celui-ci s'est traîné 40 mètres plus loin jusqu'au pied du bâtiment Dauphiné, où il est mort. Ensuite, Christian Bonin est allé voir son collègue, le deuxième concierge de la résidence, au bâtiment Provence. En lui montrant le couteau, il lui a dit : "Je viens de planter Diarra." Pour finir, il est passé chez lui au bâtiment Guyenne prendre le téléphone portable de sa femme. Et il a filé en voiture. "Toujours aimable" . Le concierge ne s'est rendu à la police que le lendemain. Il a été jugé par la cour d'assises de Pontoise, jeudi et vendredi, pour assassinat, au grand regret de la copropriété. "Un accident" , estime à la barre une des résidentes, une blonde veuve vêtue de velours bleu, enthousiasmée par la "discipline" qu'il faisait régner dans les immeubles. "Un drame" , consent-elle à corriger devant la désapprobation de la présidente. La veuve est venue avec un paquet de lettres de soutien à remettre à la cour. Jusqu'à la boulangère qui n'a eu qu'à se louer de monsieur Bonin : "Toujours aimable et dans une tenue vestimentaire correcte. Avec lui, on n'avait pas de chien dans le bac à sable, on avait une résidence tenue impeccablement. Ça ne plaît pas toujours, la discipline, insiste-t-elle, mais moi, j'aime ça." Quand la victime avait tenté d'arranger des histoires entre le concierge et deux femmes de ménage de la résidence, des Africaines, la veuve l'avait avertie : "Je lui avais dit "ne te mêle pas de ces affaires"" , car, poursuit-elle en se tournant vers l'avocat de parties civiles, noir lui aussi : "On se tutoie facilement avec des personnes comme vous." L'avocat, la cour, la salle, tout le monde est interloqué. Mais la veuve n'est pas méchante. Après le "drame" , elle a lancé deux quêtes. L'une pour la famille de la victime qui laissait deux épouses au pays, le Mali, huit enfants, des frères et soeurs, et une mère. Et l'autre, pour la femme du concierge. Le chef de la police municipale du Plessis-Bouchard, "bon copain" de l'accusé, est venu dire comment il a été amené à regretter personnellement le gardien. Depuis le départ de Christian Bonin pour la maison d'arrêt d'Osny, ça a recommencé, "les rassemblements de jeunes le soir, les petits trafics de stupéfiants, la consommation d'alcool" . La présidente l'arrête, elle ne voit "rien d'anormal au fait que les jeunes se rassemblent quand ils ont 15 ans" . Il l'écoute à peine, pressé d'expliquer comment ça marchait si bien auparavant : "Tous les matins, M. Bonin nous informait de ce qu'il avait vu la veille, et nous, on informait la police nationale. Il y avait une bonne coordination dans le cadre de la police de proximité." Le concierge, ajoute le policier, ramenait aussi des noms, des numéros d'immatriculation, des infos sur "des petits faits, comme des dégradations" , que le chef de la police "remontait à M. Le maire" . "Quelle est l'utilité pour vous de travailler sur des faits qui ne font pas l'objet de plaintes ? " , grimace l'avocat général. Le policier ne comprend même pas la question. Lui et l'accusé contribuaient à apaiser "le sentiment d'insécurité" . C'est bien aussi l'avis de Christian Bonin, attentif dans son box, où il se plaint d'avoir été victime d'une "cabale" . Licencié. Le geste meurtrier du 17 mai 2000, il l'a commis "sous pression" . Son employeur, le syndic de copropriétaires, venait de lui signifier son licenciement. C'est-à-dire, la fin de son travail, celui de sa femme, de leur logement de fonction, de leur vie au Clos Saint-Georges. Il arrivait que cet homme "très strict sur la propreté et l'ordre" , selon l'expert psychologue, se laisse aller. Quand il trouvait des revues pornographiques dans les poubelles, il les mettait sur la table du local où les femmes de ménage se changeaient. Quand son épouse en trouvait, et elle en trouvait "très souvent, des revues, des livres et des cassettes" , elle les laissait dans la poubelle. Quand son collègue du bâtiment Provence en trouvait, il "j'étais un oeil" et les remettait à la poubelle. Christian Bonin, non. Il les "déposait" sur la table. "Et je dis bien déposer ! S'insurge-t-il. Voit qui veut, c'est comme à la télé, on peut zapper." Il y a des gens, assure-t-il, que ça faisait rire. Mesdames Makalou et Duarte qui voyaient leur local "constellé de femmes nues" ont porté plainte pour harcèlement sexuel. Elles se plaignaient aussi que le concierge les poursuivait dans les sous-sols, où il leur proposait de leur "faire du bien" . Comme elles refusaient, il j'étais de la terre dans les escaliers et marchait là où elles venaient de nettoyer. C'est leur version. L'accusé la réfute. Lettre. Quand il avait pris son poste de gardien, il s'était aperçu du "laxisme ambiant" qui régnait au Clos Saint-Georges du fait des deux femmes. "J'ai voulu modifier leurs petites habitudes, explique-t-il à la cour, mais dès que j'ai commencé à faire des remontrances, j'étais devenu gênant pour leur petit train-train." Comme a dit son collègue du bâtiment Provence, "elles n'ont pas la même couleur de peau, alors, quand on leur dit quelque chose, elles prennent ça pour une insulte" . La victime s'est contentée de soutenir la plainte des deux femmes. Juste avant d'aller "planter" Kouyé Diarra, le concierge avait écrit un texte de trois pages, dont chaque mot commence par une majuscule. "Malheureusement, je laisse derrière moi ma femme, ma fille, mes parents" , et, ajoutait-il, "les bâtiments Dauphiné, Alsace, Flandre et Guyenne" , dont il avait la charge. "Depuis le départ de M. Bonin, nous avons des difficultés à le remplacer" , a reconnu le syndic. Le concierge a été condamné vendredi à 18 ans de réclusion criminelle.
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523772
b
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