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Marre de ce qu'on raconte sur les anorexiques

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Je ne supporte pas ce qu'on raconte sur les anorexiques.

Ça fait trois ans que j'ai envie de pousser ce "coup de gueule" contre les idées reçues sur l'anorexie et personne ne veut entendre ce que j'ai à dire. Que tout le monde reste persuadé qu'une anorexique est une jeune fille orgueilleuse qui voudrait être parfaite dans tous les domaines et notamment avoir la silhouette d'un mannequin pour séduire toute la planète et être le rêve central de tout l'univers, et qui en plus de cela est une horrible menteuse, et une vicieuse qui cherche à manipuler tout le monde pour qu'on ne s'occupe que d'elle, mais bien entendu sans respecter les autres le moins du monde. Ben voyons, rien que ça : le MAL ABSOLU EN PERSONNE !

Je ne sais pas si vous prendrez la peine de lire mon texte, mais j'ai tellement besoin de dire ce que moi j'en pense, de cette maladie, envers et contre tous.

J'ai moi-même été anorexique et je considère que les gens se trompent à mon sujet (même mes proches sont pour certains points allés dans le sens affirmé par les médecins et autres juges-étiqueteurs ne me connaissant même pas).

Tout d'abord, JE N'AI JAMAIS VOULU FAIRE DE MAL A PERSONNE. Notamment, je n'ai jamais voulu mettre en cause mes parents (je n'ai jamais voulu les faire culpabiliser ou les faire passer pour des parents qui m'auraient rendue malheureuse, contrairement à ce qu'on a voulu me faire "confesser"

Ensuite, je n'ai jamais voulu maigrir. Je n'ai jamais été obsédée par mon image, ni par mon poids. Ce sont les autres qui l'étaient (j'entends par autres tout mon entourage et ensuite les médecins).

Lorsqu'on m'a collé l'étiquette d'anorexique sur le front, je ne connaissais même pas mon poids, ce sont les médecins qui me l'ont appris ! (Moi j'étais venue les voir pour des acidités gastriques à la moindre gorgée d'eau ! ). Alors c'était qui qui était le plus obsédé par les chiffres de la balance : moi (qui ne m'étais jusqu'alors jamais pesée de moi-même) ou eux (qui me pesaient tous les jours) , hein ?

Je ne me suis jamais senti le besoin de perdre des kilos (j'étais même anti-régime) , et je n'en avais d'ailleurs jamais eu besoin.

Je sais qu'il y a des anorexiques qui ont voulu commencer par un régime, j'en ai fréquenté même au cours de mon parcours d'anorexique. Je sais qu'il y en a même beaucoup qui entrent dans cette catégorie. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde (je retiens là mes insultes envers ceux qui le pensent).

Pour ma part, je n'avais perdu que quatre kilos (oui, quatre seulement à l'époque, pas plus ! ) lorsque l'on m'a mis une sonde dans le nez pour les reprendre de force vite fait (je précise que j'avais cessé de maigrir).

Résultat : on a réussi à me dégoûter de la bouffe à cause de ces quatre malheureux kilos (que sans ces circonstances j'aurais sûrement repris naturellement une fois les maux d'estomac passés).

Mais là, avec cette sonde dans le nez, je n'avais pas vraiment envie de me forcer (puisqu'elle me nourrissait, à quoi bon ? ).

Alors je suis devenue réellement anorexique (on se fait vite une habitude de se laisser nourrir exclusivement par cette voie, c'est tellement plus simple).

Résultat : après, j'ai maigri, maigri, maigri. Beaucoup cette fois. SANS JAMAIS L'AVOIR VOULU (et j'insiste là-dessus, même si je sais qu'on ne me croit pas).

Sans compter que le fait qu'on vous colle l'étiquette de malade mentale (asociale dangereuse à isoler qui plus est) sur le front vous rabaisse bien le moral quand vous croyez que vous aviez réussi à être à peu près sociable et que vous aviez développé des relations globalement plutôt saines avec les gens. Fait qui aurait plutôt tendance à vous couper l&lsquo ; appétit qu'autre chose…

Résultat aujourd'hui. J'ai regrossi, et largement au-delà de mon poids qui était mon poids habituel antérieur à l'anorexie (presque quinze kilos en plus). Je suis aujourd'hui en surpoids. Mais surtout j'ai repris une quinzaine de ces kilos par BOULIMIE (ou plutôt, je corrige : par hyperphagie hyper massive, puisque c'est le terme adapté, mais j'emploierai boulimie car c'est souvent plus causant, pour "faim de b&oelig ; uf" , même s'il n'y a pas faim d'ailleurs).

Et pourquoi la boulimie (sans vomissements volontaires) ? Non pas sur impulsions de mon corps, figurez-vous (on entend souvent ça).

Mais voilà comment ça a commencé. C'est parce que j'en avais marre au début de mon engraissage qu'on me dise que je ne faisais pas assez d'efforts pour grossir plus vite, qu'on prenne mes bras encore maigrichons à témoin, que j'étais une méchante perverse qui voulait détruire ses parents et leur faire honte, etc, etc.

Donc j'ai ingurgité de la nourriture engraissante (farine et lait, ce qu'il y a de plus efficace pour cela, et ce qu'il y a de moins cher) autant que je pouvais, jusqu'à me cramponner de douleur (bien entendu, pas question de vomir, au début, j'allais jusqu'à ravaler le vomi qui me remontait NATURELLEMENT dans la bouche). Au moins, on ne pouvait plus dire que je ne faisais plus d'efforts.

En d'autres termes : J'ÉTAIS PRÊ ; TE À ; TOUT POUR PROUVER QUE JE N'ÉTAIS PAS "CELLE QUI REFUSE DE GROSSIR JUSTE POUR EMMERDER LE MONDE" .

Et les gens étaient contents quand ils me voyaient avaler mon litre de lait et mon demi-kilo de farine (crue).

Mais je n'étais pas encore assez grosse selon eux (même quand j'ai rattrapé mon poids initial, vu que c'était mal réparti, tout au niveau du ventre).

Alors j'ai continué. Jusqu'à en faire des malaises. Et je continue toujours aujourd'hui, même si je n'en ai plus besoin. Je me surpasse pour devenir obèse.

Je n'en ai pas vraiment envie, mais ça me rassure : je me dis que je continue à mépriser mon corps et sa douleur, comme on me l'a appris. Dès que j'ai mal au ventre (et c'est de plus en plus fréquent) , je me gave jusqu'à mes limites.

Histoire de prouver aux gens que je suis pleine de volonté pour lutter contre moi-même, et que ce n'est pas mon corps qui pourra m'arrêter dans les projets que je peux avoir, pas une autre fois.

Et aussi (surtout) pour montrer que je n'étais pas devenue anorexique par peur de grossir (comme on l'entend toujours).

JE N'AI JAMAIS CHERCHÉ LA PERFECTION. Moi, non.

En revanche, CE SONT PLUTÔ ; T LES AUTRES QUI CHERCHENT À ; ÉVITER VOS "IMPERFECTIONS" QUAND ELLES LES DÉRANGENT (en l'occurrence, le fait qu'on puisse être trop maigre les dérange).

Les gens pensent aussi que c'est facile de passer de un croissant le matin à trente (c'est ça que ça représente pour une anorexique qui essaie de grossir malgré son estomac à la capacité rétrécie). Ben essayez, alors !

Je fais mes boulimies plutôt le soir pour pouvoir "assurer" mes journées (mieux vaut que ça m'empêche de dormir quand tout le monde dort que que ça m'empêche de vivre quand tout le monde vit).

Seulement, mon organisme commence à être fatigué, et même mon esprit travaille au ralenti (surtout que mes capacités intellectuelles ont déjà été amoindries depuis plusieurs séances d'électrochocs rapprochées à 31kg - ce qui m'a d'ailleurs valu de redescendre à 24 alors que j'en avais repris 2 à l'époque).

La maigreur dérange alors que l'obésité, avec l'évolution des mentalités (et de la fréquence du surpoids, croissante) , est acceptée relativement bien de nos jours (j'avais plus de critiques et surtout de mise en retrait en étant trop maigre).

Les gens se sentiraient-ils COUPABLES que d'autres qu'eux meurent de faim dans le Tiers-Monde (ou même ailleurs) ou sont morts dans les camps de concentration ?

Pour moi la boulimie (telle que je la pratique) est beaucoup plus dangereuse que d'avoir quelques kilos en moins (bon, tant que ce n'est pas quinze au-dessous de ce qu'il faudrait, bien sûr, et même ! ). Seulement les gens sont persuadés du contraire. C'est pas dangereux d'avoir l'organisme surchargé, vous croyez ? Alors essayez de plus que doubler votre poids en deux ans à coups de farine au lait (si vous en faites actuellement 70 par exemple, atteignez quelque chose comme 154 kilos) , et vous verrez comment vous vous sentez !

Bon, j'ai tendance à m'emporter ici sur ce sujet sensible, mais j'espère que vous aurez au moins fait l'effort de comprendre ce que je veux dire.

JE VOUDRAIS DÉFENDRE LA CAUSE DES ANOREXIQUES. Et je voudrais qu'on arrête de leur foutre la pression pour qu'elles grossissent plus vite quand elles augmentent déjà leur poids petit à petit (+200g par jour, pendant plusieurs semaines d'affilée, c&lsquo ; est déjà pas si simple que ça, ne brusquez pas les choses pour tout faire louper ! ). C'EST DES COUPS À ; Ê ; TRE OBLIGÉE DE DEVENIR BOULIMIQUE (et ce n'est pas le corps qui commande la boulimie, c'est bien l'esprit, pour que les gens considèrent au plus vite comme humaine la personne qui habite le corps d'une maigreur inesthétique qui dérange, et non plus comme un simple estomac ou une oie qui doit grossir pour être mangeable). Et après, la boulimie s'installe, et… je vous laisse imaginer la suite (en résumé, elle nous pourrit la vie plus ou moins directement ou indirectement, au fil des jours).

Et pour finir : pitié, pour soigner quelqu'un qui serait prétendument asocial, l'isolement n'est pas du tout une bonne solution. On n'apprend pas à être doué pour le contact en société en étant coupé de celle-ci !!!!
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96607
b
Moi aussi !
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