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Témoignage d'internaute trouvé sur forumados - 16/07/10 | Mis en ligne le 08/05/12
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The Beatles. (Redirigé depuis Beatles). Aller à : Navigation, rechercher. Pour les articles homonymes, voir The Beatles (homonymie). Les Beatles à leur arrivée à New York le 7 février 1964. En haut : John Lennon et Paul McCartney. En bas : George Harrison et Ringo Starr. Alias The Fab Four. The Fabs. Pays d'origine Liverpool, Royaume-Uni. Genres Rock 'n' roll. Pop rock. Pop psychédélique. Rock psychédélique. (+). Années actives de 1960 à 1970. (réunion en 1994-1995 pour le projet Anthology). Labels Apple, Parlophone. Capitol. Site Web. Membres John Lennon. Paul McCartney. George Harrison. Ringo Starr. Anciens membres Pete Best. Stuart Sutcliffe. Entourage Jane Asher. Neil Aspinall. Pattie Boyd. Geoff Emerick. Brian Epstein. Mal Evans. Astrid Kirchherr. George Martin. Linda McCartney. Jimmy Nicol. Yoko Ono. Billy Preston. Derek Taylor. Klaus Voormann. The Beatles est un groupe musical britannique originaire de Liverpool. Composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, il demeure, en dépit de la séparation de ses membres en 1970, l'un des groupes de rock les plus populaires au monde. En dix ans d'existence, et seulement huit ans de carrière discographique (de 1962 à 1970) , les Beatles ont sorti treize albums et ont composé plus de 200 chansons, soit en moyenne un album tous les neuf mois, productivité particulièrement remarquable dans la période 1963-1966, où, entre les tournées incessantes et la participation à deux longs métrages, ils ont publié sept albums, treize singles et douze maxis. Les chansons des Beatles ont marqué les années 1960 — elles sont même considérées comme la "bande-son" de cette décennie — et les générations suivantes, et leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux genres musicaux, notamment le jazz, la salsa, le reggae ou la musique classique (symphonique) et baroque. Au XXIe siècle, le groupe jouit toujours d'une grande popularité ; ses chansons sont jouées et reprises dans le monde entier. Le duo d'auteurs-compositeurs Lennon/McCartney reste célèbre comme créateur de standards qui ont fait l'objet de milliers d'adaptations dans les décennies suivantes. Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde1,2. Ce chiffre était déjà estimé par EMI dans les années 1980 à plus d'un milliard de CD, vinyles, et même 78 tours en Inde, vendus à travers la planète1,2, et il a continué à augmenter jusqu'à aujourd'hui3,4. Par ailleurs, un biographe de Paul McCartney a calculé dans les années 1970 qu'à tout moment, l'une des interprétations de la chanson Yesterday (on en dénombre plus de 3 0005) était jouée par une radio quelque part dans le monde. "Placés à la proue" de l'évolution de la jeunesse et de la culture populaire des années 1960, leur style, leur habillement, leurs discours, leur popularité planétaire, leur conscience sociale et politique grandissantes au fil du temps, ont étendu l'influence des Beatles bien au-delà de la musique, jusqu'aux révolutions sociales et culturelles de leur époque. Sommaire [masquer] 1 Membres du groupe. 1.1 Le "cinquième Beatle" 2 Histoire du groupe. 2.1 1957 à 1962 : la formation et les débuts. 2.1.1 Des Quarrymen aux Beatles. 2.1.2 Les séjours à Hambourg. 2.1.3 L'apport décisif de Brian Epstein. 2.1.4 L'intuition de George Martin. 2.2 1963 à 1966 : la Beatlemania. 2.2.1 Analyse du phénomène. 2.2.2 Passage à l'Olympia de Paris. 2.2.3 La conquête de l'Amérique. 2.2.4 Cinéma et "oeufs brouillés" 2.2.5 Le tournant de Rubber Soul. 2.2.6 Demain ne sait jamais. 2.2.7 "Nous sommes plus populaires que Jésus désormais" 2.2.8 L'arrêt des tournées. 2.3 1967 à 1970 : les années studio. 2.3.1 Le triomphe de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band. 2.3.2 Mort de Brian Epstein et premier échec. 2.3.3 Fondation d'Apple Corps. 2.3.4 L'Inde et le Maharishi. 2.3.5 Yoko Ono et l'Album blanc. 2.3.6 Le projet Get Back. 2.3.7 Abbey Road, l'ultime réussite. 2.3.8 "Paul est mort" 2.3.9 La séparation du groupe. 2.4 1970 à aujourd'hui : depuis la séparation. 2.4.1 Une popularité jamais démentie. 2.4.2 Le nettoyage posthume. 2.4.3 Réédition de tout le catalogue remasterisé. 3 Analyse musicale. 4 Héritage. 4.1 Impact sur la musique. 4.2 Impact sur l'industrie discographique. 4.3 Reprises, adaptations, parodies. 4.4 Tourisme, monuments, lieux dédiés. 4.5 Autres hommages. 4.6 Produits dérivés. 4.6.1 Jeu vidéo. 4.7 Cursus universitaire. 5 Records établis. 5.1 Albums. 5.2 Singles. 5.3 Prestations. 6 Œuvre du groupe. 6.1 Discographie. 6.1.1 Albums officiels. 6.1.2 Singles officiels. 6.2 Filmographie. 6.2.1 En tant qu'acteurs. 6.2.2 En tant que producteurs. 6.2.3 En tant que producteurs et acteurs. 6.2.4 Autres films. 7 Notes et références. 8 Bibliographie. 8.1 Travaux universitaires. 8.2 Livres en français. 8.3 Livres en anglais. 9 Liens externes. Membres du groupe [modifier] John Lennon (né John Winston Lennon à Liverpool, le 9 octobre 1940, devenu John Ono Lennon lors de son mariage avec Y ? Ko Ono en 1969, et mort assassiné à New York, le 8 décembre 1980) : auteur-compositeur, guitare rythmique, chant, piano, claviers, percussions, harmonica, basse (à l'occasion) , fondateur du groupe, membre de 1957 à 1970 ; Paul McCartney (né James Paul McCartney à Liverpool, le 18 juin 1942, devenu Sir James Paul McCartney par anoblissement en 1997) : auteur-compositeur, basse, chant, piano, claviers, guitares, percussions, batterie (à l'occasion) , membre de 1957 à 1970 ; George Harrison (né à Liverpool, le 25 février 1943, et mort à Los Angeles, le 29 novembre 2001) : auteur-compositeur, guitare solo, chant, sitar, instruments indiens variés, percussions, claviers, synthétiseur, basse (à l'occasion) , membre de 1958 à 1970 ; Ringo Starr (né Richard Starkey à Liverpool, le 7 juillet 1940) : batterie, percussions, chant, auteur-compositeur occasionnel, membre de 1962 à 1970. John Lennon a résumé les débuts du groupe ainsi : "Il était une fois trois petits garçons nommés John, George et Paul, de leur nom de baptême. Ils décidèrent de se mettre ensemble parce qu'ils étaient du genre à se mettre ensemble. Quand ils furent ensemble, ils se demandèrent pour quoi faire, après tout. Alors il leur poussa tout à coup des guitares et ils formèrent du bruit. Au début, cela n'intéressait personne6." Le "cinquième Beatle" [modifier] Le titre de "cinquième Beatle" fut attribué à un moment ou à un autre à : Stuart Sutcliffe, pour son rôle aux débuts du groupe en tant que bassiste, notamment à Hambourg ; Pete Best, batteur du groupe de 1960 à 1962 ; remplacé par Ringo Starr ; Neil Aspinall, road manager des Beatles dès leurs débuts et jusqu'en 1963, puis leur assistant personnel. Il a été à la tête de la compagnie Apple Corps durant près de 40 ans avant de prendre sa retraite en février 2007, un an avant sa mort en mars 2008 ; Klaus Voormann, artiste, ami des Beatles et dessinateur de la pochette Revolver et du coffret The Beatles Anthology ; Brian Epstein, découvreur, puis manager des Beatles jusqu'à sa mort en 1967 ; George Martin, patron du label Parlophone, division d'EMI, qui les auditionna puis les engagea à l'été 1962. À partir de là, il produisit la quasi-totalité de leurs albums et écrivit la plupart des arrangements et des instrumentations avec les Beatles, jouant fréquemment des claviers. Il a continué, jusqu'à aujourd'hui, à produire les albums post-Beatles, comme la série The Beatles Anthology et la compilation Love ; Jimmy Nicol, batteur qui remplaça Ringo Starr, malade, pour une dizaine de concerts lors de la tournée australienne des Beatles en juin 1964 ; Derek Taylor, attaché de presse et confident des Beatles. George Harrison a déclaré en 1988 "Il n'y a eu que deux cinquièmes Beatles : Neil Aspinall et Derek Taylor" ;Il est mort du cancer le 8 septembre 1997. Billy Preston, claviériste qui participa à l'enregistrement de l'album Let It Be, que l'on entend aussi sur quelques pistes d'Abbey Road (1969) et qui fut le seul musicien a figurer nommément sur une pochette du groupe, en avril 1969, à l'occasion de la parution du 45 tours Get Back/Don't Let Me Down par The Beatles with Billy Preston. Il est décédé le 6 juin 2006. Malgré la longue liste de prétendants, c'est à George Martin que ce titre symbolique est le plus généralement attribué, pour sa contribution active à la musique des Beatles, dont il fut le producteur du début à la fin de leur carrière discographique, arrangeur et fréquent musicien additionnel7,8,9,10. Histoire du groupe [modifier] 1957 à 1962 : la formation et les débuts [modifier] Des Quarrymen aux Beatles [modifier] Article détaillé : The Quarrymen. "Rien ne m'a vraiment touché jusqu'au jour où j'ai entendu Elvis. S'il n'y avait pas eu un Elvis, il n'y aurait pas eu les Beatles6." — John Lennon. John Lennon est un adolescent de Liverpool élevé par sa tante "Mimi" — Mary Elizabeth de son vrai nom11. Son père, Alfred "Freddie" Lennon, un marin, a rapidement délaissé sa mère, Julia Stanley, et son enfant qu'elle n'avait pas les moyens de garder seule auprès d'elle. Dès qu'il découvre Elvis et le rock 'n' roll, John veut devenir musicien, se voit offrir un Banjo puis une guitare par sa mère, et ne tarde pas à monter son premier groupe, The Quarrymen. Le 6 juillet 19575, à Woolton dans la banlieue de Liverpool, John Lennon, qui a alors 16 ans, et son groupe de skiffle donnent un concert pour la fête paroissiale de l'église St. Peter. À la fin du concert, Ivan Vaughan, un ami commun, présente Paul McCartney à John Lennon. Paul prend alors une guitare et joue Twenty Flight Rock d'Eddie Cochran devant un John un peu éméché mais néanmoins très impressionné. Quelques jours plus tard, Pete Shotton, autre membre des Quarrymen, propose à Paul de se joindre au groupe. Celui-ci, qui n'a que 15 ans, accepte. La maison du 20, Forthlin Road, où vécut Paul McCartney avec son père et son frère, à Liverpool. En février 19585, sur l'insistance de Paul, et malgré les réticences de John qui le trouve trop jeune, George Harrison intègre le groupe comme guitariste solo. À trois – guitaristes et chanteurs – au sein d'une formation à géométrie variable qui s'appellera à tour de rôle, The Rainbows et Johnny and the Moondogs12, avec ou sans batteur, ils jouent dans les clubs de Liverpool, comme le Jaracanda, un coffee-shop dirigé par Allan Williams qui officie en tant qu'agent pour le groupe débutant. Ils se produisent également au Casbah, dirigé par Mona Best, la mère de leur futur batteur Pete Best. D'autres portes s'ouvrent ensuite, dont le Cavern Jazz Club, alors que le rock 'n' roll et le Mersey Beat, les styles des groupes de Liverpool, deviennent populaires dans cette ville. Autodidactes, influencés par le rock 'n' roll (Elvis Presley pour commencer, mais également Chuck Berry, Buddy Holly, Little Richard, Gene Vincent et bien d'autres) et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment "à l'oreille" , sans partitions. Mais dès le départ aussi, John Lennon et Paul McCartney s'associent et s'entendent pour écrire ensemble des chansons, par dizaines, assis face à face avec leurs guitares dans une parfaite symétrie (Paul est gaucher) , affinant leur technique au fur et à mesure. Quelques-unes d'entre elles ressortiront sur les albums des Beatles des années plus tard5. Ils partagent également un drame qui les rapproche : Paul McCartney a perdu sa mère Mary, terrassée par un cancer du sein en 1956, tandis que la mère de John, Julia, meurt écrasée par une voiture conduite par un policier ivre en 195812. Les futurs "Fab Four" utilisent différentes variantes de leur nom (Beetles, Silver Beetles, Long John and the Silver Beatles, Silver Beats) avant de se fixer sur le mot-valise "Beatles13" pendant l'année 1960. Il s'agit en fait de références au groupe accompagnant Buddy Holly, The Crickets, et au film L'Équipée sauvage avec Marlon Brando, où il est question d'un gang du nom de "Beetles" ("scarabées"). Il fait aussi référence au rythme (beat) du rock 'n' roll (appelé beat music). Les quatre adoptent définitivement cette appellation (attribuée à John Lennon et Stuart Sutcliffe) en août 1960, lorsque débute leur premier engagement sérieux, que leur a déniché Allan Williams à Hambourg, où ils vont rencontrer Klaus Voormann et Astrid Kirchherr. Les séjours à Hambourg [modifier] Bruno Koschmider, propriétaire de l'Indra Club et du Kaiserkeller, engage donc les Beatles à Hambourg, sur les indications d'Allan Williams. L'Indra, un club hambourgeois où les Beatles jouèrent à leurs débuts. Cinq jours avant de partir pour l'Allemagne, le 17 août 19605, ils ont auditionné et engagé Pete Best comme batteur, alors que Stuart Sutcliffe est leur bassiste depuis le début de l'année. Mais ce dernier, copain de John Lennon, qui a pu rejoindre le groupe tout simplement parce qu'il avait assez d'argent (artiste-peintre en devenir, il a vendu une de ses toiles) pour s'acheter un instrument, ne sait pas en jouer. Il se produit dos au public afin que cela ne se voie pas et "joue" même parfois sans que son instrument soit branché à un ampli14. Sutcliffe tombe amoureux d'Astrid Kirchherr (qui prend les premières photos du groupe, des clichés restés célèbres15) et décide de rester à Hambourg en 1961 lorsque ses camarades regagnent l'Angleterre. Entre leurs différents voyages en Allemagne, ils continuent à se produire à Liverpool et dans ses environs, se constituant un solide noyau de fans, mais restent inconnus au-delà du "Merseyside" , se retrouvant notamment, en décembre 1961, à jouer devant 18 personnes à Aldershot dans la lointaine banlieue de Londres14. Paul McCartney, jusque-là guitariste au même titre que John Lennon et George Harrison, est devenu le bassiste du groupe (ses deux camarades n'étant pas enthousiastes pour tenir ce rôle) après le départ de Sutcliffe, qui décède à 21 ans le 10 avril 19625 d'une congestion cérébrale, trois jours avant que les Beatles ne posent à nouveau le pied sur le sol allemand pour un nouvel engagement de sept semaines au Star Club. Les Beatles font en tout cinq séjours à Hambourg (d'août à novembre 1960, de mars à juillet 1961, d'avril à mai 1962, puis en novembre et en décembre 19625) , le premier d'entre eux étant interrompu simultanément par le renvoi en Angleterre de George Harrison car il est encore mineur et les expulsions de Paul McCartney et Pete Best pour avoir involontairement mis le feu à leur loge6. Pour satisfaire le public des clubs de la cité hanséatique, les Beatles élargissent leur répertoire, donnent des concerts physiquement éprouvants, et recourent aux amphétamines pour rester éveillés. Les jeunes gens sont par ailleurs logés dans des conditions difficiles, voire quasiment insalubres6. D'autres groupes de Liverpool se produisent à Hambourg, comme Rory Storm and the Hurricanes, dont le batteur se nomme Ringo Starr. Les Beatles envient sa notoriété et apprécient sa compagnie. Les deux groupes partagent l'affiche de très nombreuses fois à Liverpool14, et se retrouvent au Kaiserkeller du côté de la Reeperbahn pendant plus d'un mois en octobre et novembre 1960, où Ringo aura l'occasion de jouer avec eux12. C'est aussi à Hambourg qu'ils décrochent leur premier contrat d'enregistrement, chez Polydor, en tant qu'accompagnateurs du chanteur et guitariste Tony Sheridan. Le 45 tours My Bonnie par Tony Sheridan and The Beat Brothers est publié en octobre 1961. "J'ai grandi à Hambourg, pas à Liverpool" dira plus tard John Lennon. Évoquant cette période des débuts, il racontera aussi : "Quand les Beatles déprimaient et se disaient "On n'ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques" , je disais "Où on va, les potes ? " , et eux, "Tout en haut, Johnny ! " , et moi "C'est où ça ? " , et eux "Au plus top du plus pop ! " (to the toppermost of the poppermost) , et moi "Exact ! " . Et on se sentait mieux6." Par ailleurs, nostalgique de cette époque "cuir" , on entend aussi John Lennon expliquer dans le disque Anthology 1 : "Ce que nous avons fait de meilleur n'a jamais été enregistré. Nous étions des performers, nous jouions du pur rock (straight rock) dans les salles de danse (dance halls) , à Liverpool et à Hambourg, et ce que nous produisions était fantastique. Il n'y avait personne pour nous égaler en Grande-Bretagne (There was nobody to touch us in Britain) 16." En 2008, Hambourg a dédié une place de la ville au groupe17. L'apport décisif de Brian Epstein [modifier] Article détaillé : Brian Epstein. À leur retour d'Allemagne, les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d'abord, sur scène ensuite. Après leurs deux premiers voyages formateurs à Hambourg, le 9 novembre 1961, Brian Epstein vient voir les Beatles au Cavern Club de Liverpool, le café souterrain où ils se produiront près de 300 fois jusqu'au 3 août 19635. Disquaire à l'origine, Epstein n'a jamais dirigé de formation musicale auparavant mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d'un artiste. Il va devenir leur mentor et les propulser au rang de musiciens professionnels. Il va notamment leur faire abandonner les vêtements en cuir pour une nouvelle tenue vestimentaire et gommer ainsi leur image de sauvages. Les Beatles devront maintenant jouer en complet-veston, comme les professionnels de l'époque, avec leur coupe de cheveux caractéristique. Inventée par Astrid Kirchherr pour certains, par John Lennon et Paul McCartney à l'issue d'un court séjour à Paris en septembre 1961, pour d'autres, la "coupe Beatles" était déjà celle du personnage incarné par Moe Howard dans Les Trois Stooges18, un trio comique très populaire aux États-Unis dans les années 1930 à 1950. Brian Epstein fait aussi le tour des maisons de disques afin de leur faire signer un contrat d'enregistrement. Epstein multiplie sans succès les tentatives auprès des grandes compagnies discographiques. Un échec chez Decca restera célèbre. Les Beatles y sont auditionnés le 1er janvier 19625 en enregistrant 15 titres en une heure. Dick Rowe, directeur artistique (A&R) chez Decca, sera surnommé dans le milieu "the man who turned down the Beatles" (l'homme qui rejeta les Beatles) pour avoir dit au jeune manager : "Rentrez chez vous à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont bientôt disparaître19." L'intuition de George Martin [modifier] Articles détaillés : George Martin et Love Me Do. Finalement, seul George Martin, alors producteur chez Parlophone, une division d'EMI, se montre intéressé. Début mai, Brian Epstein lui a fait écouter les bandes Decca20, et rendez-vous est fixé pour une audition dans les studios EMI d'Abbey Road le 6 juin 19625. Quatre jours après être revenus de Hambourg où ils honoraient un engagement au Star Club - leur troisième séjour dans la ville allemande - les Beatles arrivent aux studios EMI de Londres, situés au 3, Abbey Road dans le quartier de St. John's Wood. C'est leur première visite dans ces studios, qu'ils rendront légendaires. George Harrison raconte ainsi leur première audition : "Les autres membres du groupe m'ont presque tué lorsque George Martin nous a enregistrés pour la première fois. En rejouant la bande, il nous a demandé : "Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? " Je l'ai regardé et ai dit : "Pour commencer, je n'aime pas votre cravate" , et les autres : "Oh non ! On essaie de décrocher un contrat ici ! " Mais George avait, lui aussi, le sens de l'humour19." "ça a brisé la glace ! " , note-t-on du côté du personnel technique des studios EMI20. George Martin a une intuition. Il décèle le potentiel des Beatles et décide de les "signer" , mais il n'aime pas beaucoup le style de Pete Best et suggère de le remplacer pour les premières véritables sessions d'enregistrement. Le groupe ne se fait pas prier et s'en sépare en août 1962, pour le remplacer par Ringo Starr, avec qui les affinités sont bien plus grandes. Une éviction brutale, qu'ils n'annoncent même pas eux-mêmes à Pete Best – c'est Brian Epstein qui s'en chargera12. Ce renvoi ne sera pas sans conséquence. George Harrison explique : "On avait joué au Cavern Club et les gens hurlaient "Pete est le meilleur ! " (jeu de mots avec "Best" en anglais) , "Ringo jamais, Pete toujours ! " C'était devenu lassant, et je me suis mis à les engueuler. Après le concert, on est sortis des loges, on est entrés dans un tunnel tout noir, et il y a quelqu'un qui m'a balancé un coup de poing dans le visage. Je me suis retrouvé avec un oeil au beurre noir. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour Ringo6 !" Les 4 et 11 septembre, ils enregistrent leur premier single, Love Me Do. Pour la version de Love Me Do présente sur l'album Please Please Me, le batteur est Andy White, musicien de studio, tandis que sur le single publié le 5 octobre 1962, c'est Ringo Starr qui tient la batterie ; George Martin ne voulait pas prendre de risques avec un autre batteur qu'il trouvait médiocre. Toutefois, Ringo Starr, qui n'a jamais oublié cette "humiliation" , joue du tambourin sur la version de l'album12, et ce premier titre publié par EMI sera pratiquement le seul où ce n'est pas lui qu'on entend derrière les "fûts" . À l'instigation de Brian Epstein, qui met à profit son expérience de disquaire, les Beatles vont désormais alterner des sorties de morceaux isolés (sur "45 tours" ou "singles") , qui ne sont pas sur les albums, et celles d'albums dont sont extraits des singles lancés plus tard, accréditant ainsi l'idée qu'acheter un album des Beatles est une "valeur sûre" où l'on trouve déjà "les succès que les autres ne découvriront que demain" . Pete Best, amer de son éviction des Beatles, sort son propre album en 1965, Best, of the Beatles (la virgule a son importance) , avec le Pete Best Combo, dont la pochette est une photo où il est batteur du groupe et entouré des autres, mais cet album reste anecdotique. De cette époque, certains enregistrements rares et un peu marginaux des Beatles ont été très recherchés, notamment ceux qu'ils ont réalisés chez Polydor avec Tony Sheridan, les fameuses "bandes Decca" de janvier 1962 (que l'on a fini par entendre en partie trois décennies plus tard sur le disque Anthology 1) , quelques chansons qu'ils interprètent en allemand et où ils se contentent de réenregistrer leur voix sur les bandes instrumentales existantes (finalement publiées sur le disque Past Masters, Vol. 1 en 1988) , et des chansons sorties en 78 tours en Inde. 1963 à 1966 : la Beatlemania [modifier] Please Please Me, le premier album des Beatles. Le 5 octobre 1962 sort Love Me Do qui n'atteint que le 17e rang au palmarès britannique. Ce n'est pas encore la "Beatlemania" , mais il s'agit là d'une grande satisfaction pour le groupe, particulièrement au moment où le titre passe à la radio6. Mais leur deuxième 45 tours, Please Please Me, dont les paroles sont ambiguës pour l'époque ("You don't need me to show the way, girl" , que l'on peut traduire par "tu n'as pas besoin que je te montre la voie, fille") est propulsé au premier rang. Les Beatles obtiennent ainsi l'occasion d'enregistrer un album complet, ce qu'ils feront en 585 minutes (9h45) le 11 février 196321. Intitulé Please Please Me et sorti le 22 mars 1963, cet album atteint également la tête du hit-parade où il se maintient durant sept mois. Partie de Liverpool — où ils continuent jusqu'en août 1963 à enflammer le Cavern Club —, la popularité des Beatles se répand dans tout le Royaume-Uni qu'ils sillonnent inlassablement, y effectuant quatre tournées cette année-là22. Les succès se suivent : From Me to You en avril, puis She Loves You en août sont classés nº 1 au hit-parade. She Loves You et son fameux "Yeah Yeah Yeah ! " rend les Beatles célèbres dans toute l'Europe. Leur passage, le 13 octobre 1963 dans le très populaire show télévisé londonien Sunday Night at the Palladium marque le début du phénomène que la presse britannique baptise la "beatlemania5" . Disquaires pris d'assaut, ferveur généralisée, jeunes filles en transe… Le groupe va aligner douze n° 1 successifs dans les charts britanniques de 1963 à 196623, jusqu'à la publication en février 1967 du single "double face A" Strawberry Fields Forever/Penny Lane, seulement n° 2 (mais premier aux États-Unis). Le 4 novembre 19635, les quatre musiciens de Liverpool se produisent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre de Londres pour le Royal Command Performance, où un John Lennon, irrévérencieux, avant de se lancer dans l'interprétation de Twist and Shout dit au public : "On the next number, would those in the cheaper seats clap your hands ? All the rest of you, if you'll just rattle your jewelry ! / Pour notre prochain titre, est-ce que les gens installés dans les places les moins chères peuvent frapper dans leurs mains ? Et tous les autres, agitez vos bijoux12 !" Les Beatles avec la vedette suédoise Lill Babs en novembre 1963. En 1963, John Lennon et Paul McCartney écrivent partout, à n'importe quel moment, dans le bus qui les amène d'un lieu de concert à l'autre, dans leurs chambres d'hôtel, dans un coin des coulisses avant de monter sur scène, dans l'urgence avant d'enregistrer, quelquefois en une seule prise, autant de titres qui vont marquer leur histoire et celle de la musique rock20. En tête des hit-parades, Please Please Me n'est remplacé à la première place que par le deuxième album du groupe, With the Beatles, publié le 22 novembre 1963. Ces deux disques sont exportés aux États-Unis respectivement sous les noms de Meet the Beatles et The Beatles' Second Album, en ayant préalablement subi divers traitements tels que le raccourcissement de la liste des chansons, la modification de l'ordre des pistes, ou bien celle du son (écho, stéréo, etc.). Dans un premier temps, les maisons de disques américaines affichent leur mépris pour ce qu'elles pensent être un phénomène passager. Leur cinquième 45 tours, I Want to Hold Your Hand, est leur premier nº 1 sur le marché américain et y reste du 1er février au 14 mars 1964. Il sera détrôné par She Loves You du 21 au 28 mars, suivi de Can't Buy Me Love du 4 avril au 2 mai. Le classement du Billboard Hot 100 du 31 mars 1964 aux États-Unis fait apparaître cinq titres des Beatles aux cinq premières places : la "beatlemania" qui avait débuté au Royaume-Uni se propage de l'autre côté de l'Atlantique, et dans le monde entier. Analyse du phénomène [modifier] La "Beatlemania" fut un phénomène d'ampleur et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s'habiller "à la Beatles" , comme en témoignent les photos de l'époque prises dans les rues. Ils deviennent des trend-setters, expression anglophone que l'on peut traduire en français par faiseurs de mode ou leaders de tendances. Les disquaires se spécialisent sur la discographie des Beatles, et pour mieux gérer ses stocks, la société EMI/Parlophone propose la présouscription des albums et des singles à suivre, même s'ils sont encore à l'état de projet. Les pré-commandes atteignent dès lors des sommets astronomiques : par exemple, 2,1 millions pour Can't Buy Me Love en 196424. Des magazines spécialisés fleurissent, comme le célèbre Beatles Monthly, (aussi connu sous le nom de Beatles Book, 77 éditions de 1963 à 1969, intégralement republiées de 1977 à 1982) et se vendent comme des petits pains. Le palais de Buckingham où les Beatles sont décorés en juin 1965. L'atmosphère hystérique des concerts rend parfois ceux-ci presque inaudibles25. Le premier ministre britannique, Harold Wilson, remarque néanmoins que ces artistes constituent pour le pays une excellente exportation, notamment en termes d'image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d'un humour très britannique lors des interviews. Ils sont décorés par la reine du Royaume-Uni, le 12 juin 1965, de la médaille de membre de l'Empire britannique (Member of the British Empire, ou MBE). C'est en fait la plus basse des décorations. Certains MBE — dont plusieurs sont des vétérans et des chefs militaires —, froissés, renvoient par dépit leur propre croix à la Reine. John Lennon répliqua qu'il aimait mieux recevoir cette distinction en divertissant12. Les vrais honneurs arrivent beaucoup plus tard, quand James Paul McCartney est anobli en 1997. Extrêmement liés, par le simple fait qu'ils sont les seuls à "vivre la beatlemania de l'intérieur" , considérant se trouver dans l'oeil du cyclone, voyant tout le monde s'agiter frénétiquement autour d'eux, se soudant autant que possible, très amis, les Beatles se voient affublés du surnom de "monstre à quatre têtes" au plus fort du phénomène6. Dans les années 1960, l'industrie musicale est en pleine expansion. Désormais, il est possible de donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes. À la télévision, les émissions sont de plus en plus regardées par un public familial. Les Beatles participent dès 1963 à de nombreux shows avec les animateurs les plus populaires de la télévision britannique et bientôt américaine, et sont les premiers à passer dans une émission diffusée en "Mondovision" , dans le monde entier en juin 1967, avec la chanson All You Need Is Love. Depuis 1965, les Beatles ne chantaient pratiquement plus qu'en playback à la télévision et Paul s'en expliquait : "Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d'offrir aux téléspectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de TV" . Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d'autographes : "Nous n'avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ! " Les Beatles ont l'intelligence de mêler à des standards du rock comme Kansas City des chansons susceptibles de plaire à la génération précédente (Till There Was You, You Really Got a Hold on Me ; Besame Mucho reste dans les cartons). À noter que ces chansons, y compris Besame Mucho, font partie du répertoire des Beatles depuis Hambourg26. Pour ne pas se faire cataloguer comme "mods" et perdre le public des "rockers" , Brian Epstein a eu une idée : les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, vont sortir un EP (extended play) de quatre titres de rock pur et dur (Matchbox, I Call Your Name, Long Tall Sally et Slow Down) qui est le "disque des initiés" et montre "ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent" . Satisfaits par cet "os à ronger" , les rockers ne dénigrent plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques en ne sachant pas ce qu'est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu'ils savaient faire bien mieux que de la pop. Pour se concilier ce public — mais aussi pour se faire plaisir — la présence d'un "standard de rock" devient un "incontournable" des albums27. Dans le film A Hard Day's Night, tourné en noir et blanc pour ne pas coûter trop cher — mais aussi pour masquer le fait qu'ils n'ont pas la même couleur de cheveux — et réalisé par Richard Lester, les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec le film suivant, Help ! , sorti à l'été 1965, en couleurs, où les Beatles se moquent d'eux-mêmes. On va jusqu'à les comparer aux Marx Brothers, ce que John estime excessif. George Harrison, lui, noue une solide amitié avec Eric Idle et le groupe des Monty Python. L'humour britannique reste une composante incontournable des Beatles. Quelques exemples tirés d'interviews : "Que craignez-vous le plus ? La bombe atomique ou les pellicules ? (ricanements). - La bombe atomique, puisque nous avons déjà des pellicules (hurlement de rire de l'auditoire) " "Pouvez-vous nous chanter quelque chose ? - L'argent d'abord ! " "Répétez-vous beaucoup ? - Pour quoi faire ? Nous jouons déjà en concert tous les soirs, vous savez." "Vous jouiez autrefois des standards. Pourquoi ne le faites-vous plus ? - Parce que maintenant, nous en créons." "Ringo, êtes-vous des mods ou des rockers ? - Personnellement, je suis un moqueur" (cette réplique sera reprise dans le film A Hard Day's Night). "Comment avez-vous trouvé l'Amérique ? - En tournant à gauche au Groenland ! " (cette réplique sera aussi reprise dans le film A Hard Day's Night). L'album Rubber Soul sera plus tard ainsi nommé pour pasticher l'expression "plastic soul" (qui se traduit par "âme influençable"). Rubber Sole, qui se prononce presque à l'identique, signifie "semelle de caoutchouc" ! John Lennon avait soigné son personnage avant-gardiste en écrivant en 1964 et 1965 deux livres de courtes nouvelles dans un style imagé et surréaliste, In His Own Write, puis A Spaniard in the Works. La critique de l'époque ne leur fait pas bon accueil, mais Christiane Rochefort traduit en français le premier sous le titre "En flagrant délire" . Entre-temps, le fan club des Beatles travaille à chouchouter un réseau de fans à qui on concède des bonus comme des photos inédites et des disques hors commerce offerts à Noël : un Christmas Record sortira ainsi chaque année durant les fêtes, jusqu'en 1968. Brian Epstein intervient pour la partie organisation et George Martin pour la partie musicale. Dès le début des années 1960, George Martin fait à tout hasard enregistrer un album de musique symphonique inspirée des Beatles. Un autre, plus élaboré, suit bien plus tard pour le remplacer. Vers l'an 2000, un disque nommé Beatles Go Baroque et issu des pays de l'Est fait de même. Passage à l'Olympia de Paris [modifier] À l'avènement de leur gloire internationale, et donc en laissant de côté leurs prestations au Star Club d'Hambourg et au Cavern Club de Liverpool, c'est à l'Olympia de Paris et durant trois semaines (du 15 janvier au 4 février 1964) , à raison d'un, deux ou trois shows quotidiens, soit 41 apparitions en tout28, que les Beatles ont joué le plus longtemps au même endroit. Le programme des shows de l'Olympia en janvier et février 1964. Après un "tour de chauffe" au cinéma Cyrano à Versailles, ils donnent leur premier spectacle à l'Olympia le 15 janvier. L'affiche est imposante et donne tout son sens au mot "Music-hall" . Daniel Janin et son orchestre, les Hoganas, Pierre Vassiliu, Larry Griswold, Roger Comte, Gilles Miller et Arnold Archer, acrobates, jongleurs, humoristes, chanteurs se succèdent sur la scène avant la deuxième partie du spectacle avec les trois têtes d'affiche au fronton du Boulevard des Capucines : Trini Lopez, Sylvie Vartan et les Beatles, passant à chaque fois en dernier. Les passages des Beatles sont assez courts puisqu'ils ne jouent à chaque fois que huit titres : From Me to You, Roll Over Beethoven, She Loves You, This Boy, Boys, I Want to Hold Your Hand, Twist and Shout, Long Tall Sally28. La surprise pour eux, c'est que la salle est composée en majorité de garçons, et qu'ils n'entendent pas, pour une fois, les cris féminins stridents qui les accompagnent d'habitude6. Au fur et à mesure, et malgré quelques incidents techniques au début, les Beatles conquièrent leur public. Durant leur séjour à Paris, les jours de relâche leur permettent d'aller faire un tour aux studios Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt. Le 29 janvier, ils y enregistrent leurs deux titres en langue allemande : Sie Liebt Dich (She Loves You) et Komm, Gib Mir Deine Hand (I Want To Hold Your Hand). Le premier est entièrement enregistré, voix et instruments (en 14 prises) , le second n'est qu'un ajout vocal sur leurs propres pistes instrumentales. Le même jour, ils mettent également en boîte un nouveau tube composé par Paul : Can't Buy Me Love29. C'est aussi à Paris que les Beatles apprennent qu'ils viennent de décrocher leur premier N°1 aux États-Unis : I Want To Hold Your Hand. Cette nouvelle provoque une grande scène de joie collective dans leur chambre du George-V ; Mal Evans raconte : "Quand je suis rentré dans la pièce je suis resté stupéfait. Debout sur un fauteuil, John prononçait une sorte de discours dont je n'arrivais pas à saisir un mot. George donnait des bourrades à Ringo et je me demandais encore ce qui se passait quand Paul me sauta sur le dos ! Ils étaient heureux comme des collégiens en vacances et, à la réflexion, je reconnais qu'il y avait de quoi6." La conquête de l'Amérique [modifier] Les Beatles sur le tarmac du JFK Airport de New York, le 7 février 1964. Trois jours après leur dernière prestation à l'Olympia, une foule immense est à leurs côtés à l'aéroport londonien d'Heathrow, au moment où ils s'embarquent pour le Nouveau Monde. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est encore la foule — plus de 3 000 fans — qui les attend lorsqu'ils se posent sur le tarmac de l'aéroport international John-F.-Kennedy de New York, le 7 février 1964. Un événement majeur va secouer l'Amérique moins de 48 heures plus tard : plus de 70 millions de personnes (soit 45 % de la population) assistent en direct à leur première prestation télévisée, lors du Ed Sullivan Show diffusé sur CBS le 9 février. Une audience record pour l'époque, qui reste encore de nos jours une des plus élevées de l'histoire, hors retransmissions sportives. Certains médias iront jusqu'à dire que cet événement télévisuel a redonné le moral à l'Amérique encore profondément traumatisée, 77 jours après l'assassinat du Président Kennedy30. 31. Après un premier concert dans des conditions difficiles au Coliseum de Washington — la scène est au milieu de la salle, comme un ring, la batterie doit pivoter et les musiciens se retourner pour faire face à une partie ou à l'autre du public, le matériel fonctionne mal, etc. — le 11 février, un autre le lendemain au Carnegie Hall de New York, et un nouveau passage dans le Ed Sullivan Show en direct de Miami le 16 février, les "Fab Four" (en français les "quatre fabuleux") rentrent au pays. L'Amérique est emportée par la Beatlemania, un rendez-vous est pris pour une première tournée de 25 dates à travers le pays, à guichets fermés, du 19 août au 20 septembre 196432. C'est pendant cette tournée estivale des États-Unis que les Beatles rencontrent Bob Dylan, et que ce dernier leur fait essayer la marijuana pour la première fois12. Une découverte qui a une importance incontestable dans l'évolution de leur musique. La légende veut que Dylan ait pris le "I can't hide" ("je ne peux le cacher") de I Want to Hold Your Hand pour "I get high" ("je plane") et qu'il ne se soit ainsi pas gêné pour proposer un "reefer" aux Beatles6. L'histoire d'amour entre les Beatles et l'Amérique, où ils enchaînent les Nº1 en 1964 et 1965, trouve un point d'orgue le 15 août 1965 en ouverture de leur seconde tournée de ce côté de l'Atlantique. Ce jour-là, ils sont le premier groupe de rock à se produire dans un stade, le Shea Stadium de New York, devant 56 000 fans déchaînés et dans des conditions singulières pour ce genre de spectacle dans une telle arène, sous les hurlements de la foule. Les Beatles se produisent seulement munis de leurs amplis Vox, et sont repris par la sono du stade, c'est-à-dire les haut-parleurs utilisés par les "speakers" des matches de base-ball. Il en résulte que ni eux ni le public n'entendent clairement une note de cette prestation historique. Les documents filmés ce jour-là démontrent cependant que les Beatles arrivent à jouer, et que c'est John Lennon qui les empêche de se retrouver paralysés par l'événement en multipliant les pitreries, comme parler charabia en agitant ses bras pour annoncer un titre en se rendant compte que personne ne peut l'entendre, ou maltraiter un clavier avec ses coudes au moment de l'interprétation de I'm Down6. Pionniers de la British Invasion, terme utilisé aux États-Unis pour y décrire la prédominance des groupes de pop rock anglais — parmi lesquels les Rolling Stones, les Who ou encore les Kinks — au milieu des années 1960, les Beatles sont abonnés aux premières places des charts américains jusqu'à la fin de leur carrière. Ils détiennent d'ailleurs toujours, aujourd'hui, un record absolu avec 170 millions d'albums vendus sur ce seul territoire. "La musique n'a plus jamais été la même depuis lors" affirme la RIAA (Recording Industry Association of America) 33. Cinéma et "oeufs brouillés" [modifier] Quoi de mieux que le film A Hard Day's Night (dont le titre français est Quatre garçons dans le vent) pour aborder et comprendre ce qu'était la Beatlemania en 1964 ? La bande-son de ce faux documentaire humoristique réalisé en noir et blanc par Richard Lester, qui connaît un succès international, est aussi le troisième disque des Beatles (sorti en Angleterre le 10 juillet 1964 chez United Artists Records). Le titre a été accidentellement créé par Ringo Starr ; sortant à une heure avancée des studios, il a dit "It's been a hard day" ("cela a été une dure journée") , puis s'apercevant que c'était la nuit, a ajouté "…'s night" ("…de nuit5"). Il représente un tour de force de John Lennon, auteur et chanteur principal de 10 des 13 chansons. Il est à cette époque au sommet de sa prépondérance sur le groupe5. C'est le premier album des Beatles à ne comporter aucune reprise, tous les titres étant signés Lennon/McCartney. Il inclut notamment la première ballade portant réellement "la patte" de Paul McCartney, And I Love Her, ainsi que de nombreux futurs N°1. Encore une fois, deux éditions différentes sont réalisées pour l'Angleterre (Parlophone - 14 titres) et les États-Unis (Capitol - 11 titres). Pressés de toutes parts, littéralement poussés vers les studios au milieu d'incessantes tournées, les Beatles sortent dans la foulée, le 4 décembre 1964, Beatles for Sale (titre évocateur : "Les Beatles à vendre") , où ils se contentent de reprendre en studio leur répertoire scénique du moment en y incluant quelques nouvelles chansons, comme Eight Days a Week, I'm'a Loser, Baby's'in Black et No Reply ou une très ancienne comme I'll Follow the Sun. Le disque comprend donc six reprises de rock 'n' roll et sera livré avec une pochette, qui comme celle de With the Beatles34 (et d'autres à venir) deviendra une des plus pastichées des décennies suivantes35. Au même moment, le titre I Feel Fine de John Lennon, publié en single le 27 novembre, est N°1 durant cinq semaines. Il démarre par un "feedback" de guitare ou effet Larsen, le premier du genre dans le rock, que l'on pourrait croire accidentel, alors que cet étonnant effet est délibéré. "Je défie quiconque de trouver la présence d'un feedback sur un disque avant I Feel Fine, à moins que ce soit un vieux disque de blues de 1922" assure John Lennon6. La "beatlemania" bat toujours son plein en 1965, lorsque sortent le film Help ! — tourné par les Beatles dans les volutes de fumée de cigarettes très spéciales6 — et le disque du même nom. Seule la moitié des titres de l'album fait partie de la bande-son du film dont Ringo Starr est la vedette, et trois chansons vont marquer l'histoire du groupe, autant de N°1 dans les charts. Help ! D'abord, où John Lennon, il l'avoue plus tard, se met à nu en appelant au secours. Le succès, la célébrité, ne lui apportent aucune réponse, il est, dit-il, dépressif et boulimique, dans sa période "Elvis gros6" . Ticket to Ride ensuite, considéré par Lennon comme le titre précurseur du hard rock6 avec ses effets de guitare, ses roulements de toms et sa basse insistante. Yesterday enfin, la chanson mythique de Paul McCartney qu'il joue à tout son entourage, une fois composée sous le titre de travail Scrambled Eggs ("oeufs brouillés") se demandant sincèrement et interrogeant à la ronde pour savoir s'il a bien inventé cette mélodie ou si elle ne vient pas de quelque part, tant elle paraît évidente36. Elle devient la chanson la plus diffusée et la plus reprise du XXe siècle (près de 3 000 reprises). Yesterday et son fameux arrangement pour quatuor à cordes, suggéré et concocté par George Martin en compagnie de l'auteur de la chanson qui pour la première fois, l'enregistre seul, sans les autres membres du groupe. Plus de 40 ans après, Paul mesure encore sa chance d'avoir rêvé cette chanson, de s'en être souvenu au réveil, qu'elle fut bien de lui, et qu'elle ait connu cet incroyable succès37. Le tournant de Rubber Soul [modifier] Article détaillé : Rubber Soul. Un soir d'avril 1965, un ami dentiste de George Harrison et John Lennon charge leur café, ainsi que ceux de leurs épouse Cynthia Lennon et compagne Pattie Boyd avec une substance pas encore illicite : le LSD12,38. Ils découvrent donc cette drogue sans l'avoir voulu, mais John va en devenir un gros consommateur pour au moins les deux années suivantes, tous vont l'essayer (Paul, très réticent, est le dernier à en prendre, en 1966, mais le premier à en parler à la presse) , et d'une façon générale, la musique et les paroles des Beatles vont encore évoluer sous l'influence de cette substance hallucinogène12. Les guitares de John Lennon. À l'automne 1965, ils enregistrent un album charnière dans leur carrière : Rubber Soul, jeu de mots à partir de Rubber sole — semelle en caoutchouc —, Soul music — la musique de l'âme — et Plastic soul — âme influençable —. Les textes sont plus philosophiques, plus fouillés (la poésie de Lennon, l'influence de Bob Dylan déjà présente dans You've Got to Hide Your Love Away de l'album Help ! ) , aux thèmes plus sérieux. Le disque est enregistré dans l'urgence, car il doit sortir pour Noël, en quatre semaines, du 12 octobre au 11 novembre 196520. La musique est devenue élaborée, les techniques d'enregistrement en studio sont en progression, le temps qui y est passé également. Leur immense succès est la garantie pour eux d'une liberté de plus en plus grande dans la création et la possibilité de bousculer les codes en vigueur (par exemple les horaires, ou le simple fait de pouvoir se déplacer de la salle d'enregistrement à la cabine, devant la table de mixage) dans les austères studios d'EMI. "C'est à cette époque que nous avons pris le pouvoir dans les studios" note John Lennon6, ainsi que le contrôle total sur leur art. Les locaux de ce qui s'appelle encore "studios EMI" (ils deviendront "Abbey Road" plus tard) , fourmillent d'instruments en tous genres, jusqu'aux placards, et les jeunes musiciens dont l'esprit s'est ouvert en grand, intéressés désormais à toutes les formes de musique, commencent à tester et à intégrer les sons les plus divers dans leurs chansons. "On aurait pu emmener un éléphant dans le studio pour peu qu'il produise un son intéressant" raconte Ringo Starr6. C'est ainsi que George Harrison, qui vient de s'acheter un sitar car il est tombé amoureux de la musique indienne en écoutant les disques de Ravi Shankar, est amené à l'utiliser spontanément sur la chanson Norwegian Wood (This Bird Has Flown) de John Lennon. Grande première dans le rock, belle réussite et porte grande ouverte, dans laquelle pourra s'engouffrer Brian Jones pour construire quelques mois plus tard le riff du tube Paint It, Black des Rolling Stones. Rubber Soul se caractérise par une rupture, qui est celle de la "trame 4 périodes" typique des premières chansons des Beatles : un couplet, un autre couplet, un moment d'instrumental ou pont, une reprise du second couplet. Les Beatles, qui ne veulent pas devenir victimes d'un "procédé" , rendent ici moins prévisible l'alternance de leurs parties chantées et vocales. Rupture encore : la quatrième chanson de Rubber Soul, Nowhere Man est la première chanson des Beatles ne parlant pas d'amour. Rupture toujours : il n'y a pas une seule reprise d'un quelconque standard du rock 'n' roll ou autre sur ce sixième disque des Beatles. Et il n'y en aura plus jamais… La technique d'écriture en tandem de John Lennon et Paul McCartney est alors à son apogée. Au quotidien ou quasiment, l'un amène une chanson dont la trame est plus ou moins avancée, l'autre y ajoute des paroles ou une idée musicale supplémentaire. La chanson Girl plaît alors à une majorité — toutes générations confondues — et consacre les Beatles comme "musiciens" tout court et non "musiciens pour les jeunes" . In My Life est ce que John Lennon considère comme sa "première chanson parlant consciemment" de lui à la première personne6 et marque, tout comme Nowhere Man, son évolution vers des textes plus introspectifs39 et plus philosophiques. Le chemin parcouru en trois ans est impressionnant. Les Beatles étaient au départ un groupe à l'harmonie vocale de qualité — leur maîtrise de la polyphonie n'a pas été étrangère à leur succès et a presque relégué aux oubliettes les précédents champions américains du genre, les Four seasons40 —, oeuvrant dans la plus grande économie de moyens ; en 1965, la recherche instrumentale devient prépondérante. Les harmonies vocales restent cela dit bien présentes (Drive My Car, Nowhere Man, If I Needed Someone, The Word, Wait) , et ils continuent à s'amuser comme des garnements en choeur, comme sur le pont de la chanson Girl de John Lennon, que McCartney et Harrison ponctuent par des "Tit tit tit tit" ("nichon" en anglais). Ce motif obsédant et le grand soupir poussé par John à chaque refrain transforment ce qui aurait pu n'être qu'une simple ballade en chanson à l'atmosphère très particulière. Dans cet album, le chanteur principal de chaque titre doit encore se prêter au fastidieux procédé dit du double tracking, qui consiste en fait à doubler systématiquement sa propre voix. Sur l'insistance de John Lennon que cela fatigue, un des ingénieurs du son des studios EMI, Ken Townsend, invente bientôt l'automatic double tracking41, en connectant deux magnétophones qui se renvoient le signal enregistré. C'est un exemple des nombreuses avancées technologiques provoquées par un groupe à qui tout réussit, et qui reçoit donc en retour des moyens quasi illimités. La compétition et l'émulation battent également leur plein entre les deux auteurs principaux du groupe : le jour de la publication de Rubber Soul (le 3 décembre 1965) , sort également le 45 tours Day Tripper / We Can Work It Out. Le premier titre est de John (avec l'aide de Paul) , le second de Paul (avec l'aide de John) , et les deux compères se bagarrent pour figurer sur la face A du single, qui est le tube assuré. Il est alors décidé que ce seront deux faces A. Lesquelles montent de concert à la première place des charts, et ce pour cinq semaines consécutives42. À l'époque, hors de leur "compétition interne" , la plus sérieuse émulation pour les Beatles vient d'outre-Atlantique. En effet, si les Rolling Stones commencent tout juste à émerger en adoptant volontairement une attitude de mauvais garçons, ce sont les Beach Boys qui opposent les qualités les plus grandes en termes d'harmonies vocales, de recherches mélodiques et de techniques d'enregistrement. L'album Pet Sounds, conçu par Brian Wilson comme une réponse aux innovations de Rubber Soul est d'ailleurs une source d'inspiration pour Revolver, le prochain album des Beatles, et l'on s'accorde généralement à dater la naissance de la "pop" de cette "partie de ping-pong" entre les deux groupes en 1965-1966. Demain ne sait jamais [modifier] Article détaillé : Revolver. À l'été 1966, leur album suivant, Revolver, sorti le 5 août 1966 en Angleterre, est de la même veine. John Lennon est au meilleur de sa forme, inspiré, et innove avec Doctor Robert, Tomorrow Never Knows, She Said She Said et I'm'Only Sleeping où le solo de guitare est passé à l'envers. Paul McCartney s'affirme en mélodiste talentueux avec Eleanor Rigby, For No One et Here, There and Everywhere. Il a aussi l'idée de la chanson Yellow Submarine pour Ringo Starr. And Your Bird Can Sing reprend et développe des effets de guitare qui n'apparaissaient que discrètement à la fin de Ticket to Ride. Le sitar indien, déjà entendu dans Norvegian Wood, a séduit George Harrison ; son admiration pour l'Inde, dont il ne se départira plus, devient évidente avec Love You To. Une autre chanson de George Harrison ouvre le disque, Taxman. La galerie de thèmes et de personnages s'élargit : un percepteur, une bigote solitaire, le sommeil et la paresse, le capitaine d'un sous-marin jaune, un docteur douteux, le Livre des morts tibétain… La pochette du disque est dessinée par leur ami Klaus Voormann. Tomorrow Never Knows ("Demain ne sait jamais" , encore un accident de langage signé Ringo Starr5) , dernier titre de Revolver, est un cas particulier : joué sur un seul accord (le do) , incluant des boucles sonores préparées par Paul, des bandes mises à l'envers, accélérées, mixées en direct avec plusieurs magnétophones en série actionnés par autant d'ingénieurs du son — une dizaine — envoyant les boucles à la demande vers la table de mixage, il ouvre l'ère du rock psychédélique et peut aussi être considéré comme le titre précurseur de la techno. Les prouesses de George Martin et des ingénieurs du son des studios EMI — à commencer par Geoff Emerick — vont jusqu'à répondre aux demandes de John Lennon, désirant que sa voix évoque celle du Dalaï-Lama chantant du haut d'une montagne. Ils élaborent cet effet en faisant passer la voix de John dans le haut-parleur tournant d'un orgue Hammond, le "Leslie speaker" . Celui-ci tourne sur lui-même pour donner au son de l'orgue un effet tournoyant, et il donne à la voix de John l'air de surgir de l'au-delà6. "De tous les morceaux des Beatles, c'est celui qui ne pourrait pas être reproduit : il serait impossible de remixer aujourd'hui la bande exactement comme on l'a fait à l'époque ; le "happening" des bandes en boucle, quand elles apparaissent puis disparaissent très vite dans les fluctuations du niveau sonore sur la table de mixage, tout cela était improvisé." — George Martin, Summer of love, The Making of Sgt Pepper's. "Nous sommes plus populaires que Jésus désormais" [modifier] Une interview de John Lennon intitulée "Comment vit un Beatle ? " par la journaliste Maureen Cleave, une proche du groupe, paraît dans le London Evening Standard du 4 mars 1966. Les Beatles sont alors au sommet de leur popularité mondiale, et il déclare : "Le christianisme disparaîtra. Il s'évaporera, décroîtra. Je n'ai pas à discuter là-dessus. J'ai raison, il sera prouvé que j'ai raison. Nous sommes plus populaires que Jésus, désormais. Je ne sais pas ce qui disparaîtra en premier, le rock 'n' roll ou le christianisme […]43." Ce qui passe complètement inaperçu au Royaume-Uni, et même ailleurs dans un premier temps, finit par devenir un véritable scandale quelques mois plus tard aux États-Unis, dès lors que ces propos ont été repris, amplifiés et déformés sur une station de radio de l'Alabama ; il y est suggéré que les disques des Beatles soient brûlés en représailles de ces paroles jugées blasphématoires. La "Bible Belt" américaine ne tarde pas à mettre ces propos en applications. Paul McCartney tente bien de tourner l'affaire en dérision, en déclarant "Il faut bien qu'ils les achètent avant de les brûler12 !" mais le mal est profond. Ainsi, à l'aube de leur ultime tournée, le 11 août 1966 à Chicago, John Lennon est obligé de se justifier devant les médias américains : "Si j'avais dit que la télévision est plus populaire que Jésus, j'aurais pu m'en tirer sans dommage […] Je suis désolé de l'avoir ouverte. Je ne suis pas anti-Dieu, anti-Christ ou anti-religion. Je n'étais pas en train de taper dessus ou de la déprécier. J'exposais juste un fait, et c'est plus vrai pour l'Angleterre qu'ici [aux États-Unis]. Je ne dis pas que nous sommes meilleurs, ou plus grands, je ne nous compare pas à Jésus-Christ en tant que personne, ou à Dieu en tant qu'entité ou quoiqu'il soit. J'ai juste dit ce que j'ai dit et j'ai eu tort. Ou cela a été pris à tort. Et maintenant, il y a tout ça…44" L'arrêt des tournées [modifier] Jusqu'en 1966, les Beatles enchaînent à un rythme soutenu des tournées, des compositions, des sessions d'enregistrement et des sorties de singles et d'albums. Mais plus leur succès grandit, plus leurs prestations publiques se déroulent dans des conditions impossibles, dans des salles ou des espaces en plein air, de plus en plus grands alors que les moyens de sonorisation sont encore balbutiants, et surtout, sous les cris stridents de la gent féminine qui couvrent complètement leur musique. Au point qu'ils ne s'entendent pas jouer et se rendent compte que le public ne les entend pas non plus. La différence entre leur production en studio, de plus en plus complexe et ce qu'ils arrivent à délivrer sur scène devient flagrante. Leur répertoire scénique reste quasiment le même au fil des années — des standards du rock'n'roll comme Rock 'n' Roll Music ou Long Tall Sally seront notamment joués jusqu'au bout —, et ils constatent les dégâts dès qu'ils s'attaquent à des titres plus récents, par exemple Nowhere Man ou Paperback Writer : au Budokan de Tokyo, fin juin, on voit George Harrison agiter la main en saluant le public pour le faire hurler, afin de couvrir le choeur a cappella de Paperback Writer qui sonne nettement faux… Ces concerts à Tokyo ayant déclenché une demande de 209,000 billets 45 se passent d'ailleurs dans une ambiance é.
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