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L'enfer des anges

Témoignage d'internaute trouvé sur forumados - 03/06/11 | Mis en ligne le 10/04/12
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L'enfer des anges.   Victor bu une gorgée de son café tiède, qui descendit doucement le long de sa gorge, puis passa sa langue autour de ses lèvres et tira sur sa cigarette. Il garda la fumée un moment et la fit ressortir par le nez avant de soupirer, affichant une expression de nette satisfaction. La jeune fille assise en face de lui observait sans un mot ce qui semblait être chez lui tenir du rituel. Quelques secondes plus tard il recommença, prenant une seconde gorgée. -Et tu fais quoi dans la vie ? Lui demanda-t-elle, agacée par son manque d'intérêt évident envers elle. Victor l'avait rencontrée la veille au soir, lors une fête organisée par un de ses amis de la fac. Ils avaient discuté une bonne partie de la soirée et elle avait tenu à le revoir, proposition à laquelle il s'était montré favorable. C'est ainsi qu'il se retrouvaient assis face à face à la terrasse de ce café New Yorkais plutôt chic, en ce chaud début d'après-midi du mois de juin. Mais, plusieurs longues minutes après que le rendez-vous ait commencé, Victor compris, ou cru comprendre que cette fille ne pourrait rien lui apporter, pour la simple et bonne raison qu'il ne la pensait pas en mesure de le comprendre. Assez grand, athlétique, brun aux yeux perçants, Victor était un jeune homme pour qui le monde se divisait en deux catégories de personnes : celles qui étaient en mesure de faire face et d'appréhender la spécificité du monde, et les autres. Hélas les personnes appartenant au cercle très fermé de la première catégorie étaient, selon Victor, toutes décédées : il comptait parmi elles Charles Baudelaire ou Kurt Cobain. Il recherchait ce qu'il appelait des gens " de son calibre " parmi ses congénères, sans, en 22 ans d'existence, n'en avoir jamais rencontré aucun. Quoiqu'il en soit, cette fille, dont il ne parvenait pas à se rappeler le prénom, ne correspondait ni de près ni de loin au genre de personne qui aurait été susceptible de partager avec lui ce qu'il estimait être des choses  profondes, et en très peu de temps il la rangea avec les millions de personnes qu'il avait déjà classées dans la seconde catégorie. Mais malgré son dédain devenu presque automatique vis à vis de la race humaine, Victor avait, comme un étranger s'étant accoutumé a une terre qui ne sera jamais la sienne, réussit à se faire au monde extérieur, a cet entourage de personnes pour qui il n'éprouvait en réalité aucune admiration. Cela le confinait à un cynisme qu'il dissimulai habilement mais qui était fortement rependu dans l'ensemble de sa personnalité. Par l'opération d'un phénomène curieux, le fait qu'il n'accorde pas la moindre importance à l'issue de ses relations avec les autres semblait le rendre à leurs yeux paradoxalement attractif. Il n'attendait rien de personne, il restait lui-même en toutes circonstances et avait même développé un certain charme. En général, il apparaissait aux gens comme quelqu'un de plutôt agréable, secret, et doté d'un esprit certain. Il avait depuis longtemps appris à garder ses idées pour lui, et a ne montrer aux gens que ce qu'ils voulaient voir, à ne dire à chaque personne que ce qu'elle était prête à entendre. -Dans la vie ? Répondit-il a cette jeune fille qui, il en était pratiquement certain à présent, S'appelait Sarah ou Samia, dans la vie je suis en 5e année d'économie. Et je suis en train d'écrire un roman. -Tu es romancier ? Demanda-t-elle avec un grand sourire, témoignant du désir d'en savoir plus. -Eh oui, enfin j'essaye. -De quoi parle de ton roman ? -De la vie. -Comment ça ? -De tout. Mon livre parle de toi, de moi, de nous, de ce qui nous a poussés à venir au monde, de la tâche qu'on a chacun individuellement à accomplir, tu comprends ? Mon livre est grand, le thème aussi, c'est pas un quelque chose de mineur, je suis un artiste. Je fais de l'art. Je sens que c'est pour ça que j'ai été mis sur terre, pour écrire ce bouquin. Et quand je l'aurai fini ça va être un putain de chef d'oeuvre, il figurera à côté des Misérables ou des Fleurs du Mal. Ça va être un truc majeur, tu vois. Elle ne dit pas un mot, mais paraissait surprise. -Et, demanda-t-elle, ça avance bien ? -Oui, je progresse, je sens que j'arrive à une certaine maturité dans mon écriture, je travaille énormément pour l'écrire. -Eh ben, ça a l'air chouette, dit-elle avec un sourire ou semblait se mêler la curiosité et une dose d'étonnement. Alors qu'il allumait une nouvelle cigarette, elle invoqua un rendez-vous chez le coiffeur et s'en alla après avoir laissé sur la table de quoi régler son café. Victor était néanmoins content qu'elle ne lui ai pas posé plus de questions sur son livre, car il ne tenait pas à lui révéler les deux choses qui le gênaient profondément à ce sujet. La première de ces choses était qu'il travaillait dessus de toutes ses forces depuis l'âge de 15 ans, donc depuis 7 ans, et la seconde que depuis qu'il avait entrepris ce projet, il n'avait pas encore réussi à écrire une seule ligne.   Assis sur son lit, Fred laissait distraitement courir ses doigts le long du manche de sa guitare, improvisant vaguement sur une grille de blues. Mais son attention était ailleurs. Il s'arrêta de jouer pour diminuer le volume de l'ampli et augmenter légèrement la distorsion sur sa  Fender Stratocaster, et entama un morceau d'Hendrix. Mais ce jour-là, rien ne semblait digne d'attirer complètement son attention tant il était préoccupé. Tout lui paraissait inexplicablement différent autour de lui : les posters de Metallica ou de Nirvana qui ornaient les murs de sa chambre semblaient avoir des teintes différentes, sa chambre lui paraissait tantôt plus grande tantôt plus petite que la veille, et même la couleur des murs semblait avoir changée. Un sentiment étrange s'emparait de lui, et il sentait cette boule dans le ventre aller et venir, tel un concentré d'excitation et de peur qui s'emparait de lui. A n'en pas douter il devait cette sensation à l'acte qu'il s'apprêtait à commettre d'ici quelques jours, cette décision qui, il le savait, allait changer sa vie. Il savait qu'il pouvait encore renoncer, mais une telle opportunité ne se représenterai peut être plus jamais. De plus, la perspective de l'éternel remord qui le poursuivrai si jamais il renonçait lui  faisait horreur. Désireux de se vider la tête, il brancha son casque et commença à jouer " Master of Puppets " de Metallica, attaquant frénétiquement les cordes graves de sa Fender saturée. Après quelques minutes il remarqua que l'écran de son téléphone était allumé : il avait reçu un sms de Samy, son meilleur ami : " On est dans au petit parc en bas, ramènes toi !  " . Fred hésita, mais finit par poser sa guitare. Il enfila son manteau, pris son portable et ses cigarettes et lâcha un " Je sors " à l'attention de ses parents avant de claquer la porte. Il rejoignit ses amis, les salua et s'installa près d'eux. Ce parc était depuis longtemps devenu leur point de ralliement. Plutôt petit, il se composait d'une pente couverte de gazon, bordée d'arbres et de feuillages, au terme de laquelle se trouvait une épaisse grille. Le parc surplombait une ligne de chemin de fer, et Fred et ses amis avaient pour habitude de s'installer dans le renfoncement entre la fin de la pente et la grille, endroit où ils avaient passés de longs après-midis à fumer des joints en regardant les trains passer. -ça va ? Demanda-t-il à l' intention de son groupe d'amis, qui l'accueillit chaleureusement. -Tranquille, lui répondit son ami Tom. Jessica est justement en train de rouler, t'arrives pile au bon moment. Et Camille va venir avec sa guitare. -Génial, répondit Fred. Malgré le nombre de fois ou Fred et ses amis s'étaient réunis à cet endroit précis, Fred ressentait toujours la même impression quand il s'y trouvait, le même vague à l'âme, une culpabilité subtile, liée à quelque chose qu'il aurait dû faire mais n'avait pas fait, ou mal fait, sans trop savoir de quoi il s'agissait. Il contemplait devant lui le ciel qui lui apparaissait tout entier devant la grille, et ces immenses lignes de chemin de fer en dessous, rouillées et sales. Il regarda furtivement le visage de chacun de ses amis qu'il connaissait pourtant bien, et se rendit compte qu'il les aimait, qu'il les admirait chacun à leur manière et qu'il aimait tout de ces après-midi. Il en aimait l'ennui, il en aimait le doux spleen qui planait malgré le soleil brillant, et il aimait surtout le fait de se savoir entouré. Cependant il ressentait toujours ce même manque, qu'il ne parvenait pas à identifier, ce besoin pressant d'une chose dont il ignorait la nature. -Tu rêves mec ? Lui demanda Sammy, alors que chacun de ses amis discutaient dans leur coin. - Ouais… tu t'es jamais demandé s'il y avait quelque chose de plus pour nous ? Autre chose que de fumer des joints dans ce parc ou que de faire des soirées a s'en rendre sourd ? Quelque chose de plus, tu sais, qui nous fasse vraiment vibrer. -J'aime bien ma vie moi, répondit Tom. Mais tu veux dire que tu en a marre de la routine ? - Ouais. - Ouais… j'imagine, ouais. Mais je doute qu'on puisse y faire grand-chose. Tient. Il lui passa le joint. Victor soupira. Qui a dit qu'on ne pouvait pas y faire grand-chose ? Les derniers doutes qui demeuraient dans son esprit se dissipèrent, et il savait à présent qu'il allait le faire. D'ici 2 jours, sa vie allait changer du tout au tout, quel qu'en soient les conséquences.     Deux jours plus tard, Victor roulait dans sa Volkswagen au hasard des rues new-yorkaises, une cigarette au bec, les cheveux au vent, et le visage en partie dissimulé par une imposante paire de Ray Ban à la monture dorée. Les vacances d'été venaient juste de commencer, il avait réussi ses examens et se retrouvait à présent pleinement libre de son temps, temps qu'il comptait passer, comme chaque seconde qu'il avait vraiment pour lui, à réfléchir la meilleure manière dont il allait aborder l'écriture de son roman. Conduisant prudemment mais sans trop penser à un itinéraire, il se retrouva aux bordures de la ville, longeant les routes au terme desquelles se trouvait la Virginie. Sur le bord de la grande route, il aperçut un jeune homme aux cheveux bouclés, vêtu d'un tee-shirt trempé de sueur et d'un jean trop grand, doté d'un imposant sac à dos et d'une guitare rangée dans une housse qu'il portait en bandoulière, faisant du stop. Il était manifestement épuisé, directement exposé au soleil du mois de juin, et personne ne semblait disposer à le prendre à bord. Victor se plaça à son niveau et ralentit, laissant au garçon le temps de monter. -Tu veux que je te conduise quelque part ? En vérité Victor s'ennuyait, fatigué de réfléchir sans arrêt aux mêmes choses, et la moindre distraction qui pouvait s'offrir a lui était la bienvenue. Qui plus est la destination de ce jeune homme lui donnerait un objectif précis, un but vers lequel rouler et qui sait, en chemin il rencontrerai peut être l'inspiration qui lui faisait tant défaut. Et puis quitte à dépenser de l'essence, autant rendre service à quelqu'un. -Je vais en Virginie, répondit le jeune garçon. Si c'est là que tu vas emmène-moi le plus loin possible. Ah, et merci beaucoup de m'avoir fait monter. Le jeune homme pris place dans l'imposante voiture, cognant accidentellement au passage sa guitare contre la portière. Il s'assit, posa son sac à dos à côté de lui, et plaça son instrument protégé par sa housse entre ses cuisses. Il jeta un regard circulaire à la voiture, regardant attentivement les cinq sièges en cuir de couleur grise, les quelques emballages de barres chocolatées qui traînaient par terre et les mégots qui se tassaient étroitement dans le cendrier de la portière du côté conducteur. Une odeur légèrement écoeurante planait dans la voiture, comme un mélange grossier entre l'odeur du cuir, du tabac et du désodorisant bon marché. Le plafond était éraflé par endroits, et était accroché au rétroviseur intérieur une mauvaise copie d'un attrape rêve. Il devina qu'à part son conducteur, peu de gens montaient dans cette voiture. Malgré le fait qu'il y aurai sûrement eu beaucoup de question à poser à ce jeune homme dont la sueur qui perlait sur son front s'éclatait sur la housse de sa guitare, dont le vieux Eastpack était plein à craquer, et qui désirait changer d'Etat, Victor n'en posa aucune. Il s'engagea vers la route qui indiquait le commencement du chemin vers la Virginie. " Quand j'en aurai assez je le déposerai " , se dit Victor. -Comment tu t'appelles ? Lui demanda l'inconnu. -Victor, et toi ? -Je m'appelle Fred. -Enchanté. Fred s'était manifestement préparé à répondre à une série de questions, et paru légèrement décontenancé quand il vit que Victor ne comptait pas en poser. -Et tu vas où toi ? Lui demanda Fred. -Je vais voir un ami, mentit Victor. Le reste du trajet fut ponctué de d'échanges banals sur la qualité des routes ou le match de la veille. Les routes qui bordaient New York étaient larges et longées par d'imposants trottoirs  où grouillait la masse New Yorkaise, chaque personne paraissant plus pressé que l'autre. Après une heure ou deux, ils arrivèrent en Virginie. Victor se gara au coin d'une rue peu fréquentée, arrêta la voiture et regarda Fred dans le rétroviseur. Il le fixa un moment, puis après un temps il lui demanda : -Bon, ou est-ce que tu vas vraiment ? -Qu'est-ce que tu veux dire ? Je t'ai dit que j'allais en Virginie. -Je ne crois pas, sinon tu ne ferais pas cette tête-là. Fred affichait en effet une mine totalement décontenancée, à mi-chemin entre la détresse et la panique. En effet il réalisait soudain que si sa fugue était un projet séduisant, agréable à caresser dans son imagination, la réalité était plus dure à encaisser : il se retrouvait dans un Etat qu'il ne connaissait pas, loin de chez lui et à des milliers de kilomètres de sa destination véritable, avec seulement 200$ en poche. -Laisse tomber, merci pour le trajet. -Attends, dis Victor alors que Fred saisissait la poignée de la portière, attend. Victor était déterminé à ne pas le laisser partir avant qu'il n'ait déterminé si ce jeune homme appartenait à la première ou à la seconde catégorie de personnes. -Ecoutes, repris Victor, honnêtement je n'ai rien à faire, donc si tu as quelque chose à accomplir je peux peut-être t'aider, au moins dis le moi. Enfin, tu en parles si tu veux. Le ton désinvolte mais sincèrement intéressé de Victor engagea Fred à lui faire confiance. Il n'avait pas l'air d'un policier et Fred n'avait parlé à personne de son projet, pas même à ses amis, et cela lui commençait à lui peser. Il décida donc de se confier à cet inconnu. -Bon, voilà : mes parents pensent que j'ai pris l'avion ce matin pour l'Europe ou je suis censé participer à une colonie de vacances, mais j'ai annulé le séjour il y a une semaine au téléphone. En réalité je vais en Californie ou une vie en or m'attend. -Comment ça ? -Tu vois, j'ai rencontré ce type, en soirée, un vrai baroudeur. Le genre de mec qui a tout vu et qui a bien plus vécu que toi et moi. Il m'a parlé d'un plan en Californie, vers les forêts qui bordent L. A. Là-bas il y a une sorte de communauté de hippies modernes, reclus qui vivent simplement de la culture du cannabis, dans la paix et l'harmonie. Les gens sont agréables, accueillants et peuvent t'embaucher pour travailler dans les champs de marijuana où tu peux te faire jusqu'à 150$ par jour. Sans parler de la fumette et des filles à volonté.  À la simple évocation de ce qui lui apparaissait manifestement comme un paradis perdu qu'il s'apprêtait à retrouver, le visage de Fred rayonnait, et l'on sentait qu'il avait maintes et maintes fois tenu ce même discours pour lui-même, soignant chaque image, chérissant chaque description. Victor était abasourdi, mais il avait pour habitude de ne jamais contredire les gens directement : il garda donc le silence. -Et toi, qu'est-ce que tu fais ? Dis Fred à présent sur la défensive, s'en voulant d'avoir raconté son projet intime a un parfait inconnu. -Ce que je fais là ? Je roulais au hasard et je t'ai vu, je me suis dit que je pouvais sûrement te rendre service. Sinon ce que je fais dans la vie, je vais à la fac et j'écris un bouquin. -Quel genre de bouquin ? - Un grand roman, quelque chose d'épique. Du niveau de Dostoïevski ou Racine. Quelque chose de majeur. -Rien que ça ! Dit Fred, amusé. Toi au moins tu ne manques pas d'imagination. Victor trouvait cette remarque déplacée de la part de quelqu'un qui avait tout abandonné dans l'espoir de retrouver une communauté hippie dont il avait entendu parler en soirée de la part d'un type probablement ivre ou défoncé, mais s'abstint de tout commentaire, préférant demander : -Et comment tu comptes t'organiser ? Pour manger, dormir jusqu'en Californie sans voiture ? D'ailleurs pourquoi tu n'as pas pris le train ou l'avion ? - Parce que si j'utilise ma carte bleue mes parents seront au courant, et je ne pouvais pas retirer suffisamment de liquide pour payer le voyage sans que ça paraisse suspect. -Je vois. Et tu fais des études ? - Oui, je viens de valider ma première année de droit. Mais je n'ai aucune envie de suivre une route toute tracée, je veux créer mon propre itinéraire, ne pas rentrer dans le moule. C'est pour ça que je vais en Californie. Je veux échapper à la conformité, tu vois ce que je veux dire ? -Oh oui. -Et, ton roman tu comptes le faire publier ? -Pas pour l'instant, actuellement je travaille encore dessus. -Et ça avance bien ? -Pas vraiment en fait. Je tourne en rond, je ressasse les mêmes pensées sans arrêt, j'en ai marre. Ça n'avance pas. -Tu as écrit combien de pages ? Parmi les questions les plus clichés auxquelles Victor avait à faire face lorsqu'il évoquait son livre, celle-là était de loin celle qui l'agaçait le plus. Surtout compte tenu de sa situation. -Je ne réfléchis pas comme ça, répondit-il simplement. Après un long silence, Fred lança une proposition qu'il espérait de tout coeur ne pas être amené à regretter : -Ecoutes, Victor, c'est ça ? J'ai une idée, tu ne m'a pas l'air très occupé, et il semble que tu as pas mal de temps à tuer. Pourquoi ne m'accompagnerait-tu pas en Californie ? J'ai pas spécialement envie de voyager seul, et je pense que ça pourra te donner des idées pour ton roman, un voyage c'est toujours instructif non ? Je paierais ma part d'essence et de nourriture, et quand je commencerai à bosser la bas je t'enverrai une partie de mon salaire les premiers mois. Victor se retourna, et pour la première fois le regarda en face. Fred abordait un début de sourire et ses sourcils étaient légèrement levés, ce qui lui conférait une expression qui paraissait témoigner d'une sincérité réelle. Alors qu'instinctivement Victor aurait été tenté de répondre " non " , il s'imagina passer trois longs mois de vacances seul, à fumer cigarette sur cigarette, à réfléchir sur son livre, cloîtré chez lui, insensible au soleil radieux qu'il ferait dehors, mangeant, dormant, vivant au service d'un but qui lui paraissait chaque jour de plus en plus difficile à atteindre. Passer une quinzaine de jours à faire l'aller-retour en Californie paraissait la moins pire des solutions qui s'offrait à lui, et de plus il n'avait encore jamais visité L. A. Mais le principal argument qui motivait la décision qu'il était sur le point de prendre était que, comme l'avait dit Fred, il espérait qu'un voyage lui donne des idées fraîches et neuves qu'il pourrait exploiter dans son roman. -Eh bien, je suis d'accord Fred. Si tu es partant et que tu payes ta part, on va en Californie. -C'est vraiment génial ! S'exclama Fred avec un grand sourire. -Tu sais conduire ? Demanda Victor. -Oui, je conduis mais comme j'ai 18 ans, bientôt 19, je n'ai pas encore l'âge d'avoir le petit bout de carton qui l'atteste. -Ok. Bon, dit-il après un silence, on se dirige vers Chicago ou on choppera la route 66, et c'est partit pour la Californie.   La perspective de voyager ensemble favorisa le dialogue entre Fred et Victor, et ils parlèrent plus volontiers, faisant chacun des efforts. En réalité Victor parla peu et Fred beaucoup, ce qui lui convenait : Victor était plus à l'aise dans un rôle d'écoute. D'une manière générale, il aimait écouter ce que les gens avaient à dire, et, les considérants comme incapables de comprendre ce que lui pourrait dire, il ne faisait pas le moindre effort pour s'imposer dans la conversation. C'est ainsi que les individus se confiaient naturellement a lui, sentant qu'il n'exigerai aucune réciprocité et qu'il écoutait silencieusement en hochant la tête par moment, sans jamais interrompre, et ce qu'il soit d'accord ou non avec ce que la personne disait. C'est ainsi que Victor appris de Fred qu'il était fils unique, qu'il passait le plus clair de son temps libre à jouer de la guitare, à dessiner, ou bien à fumer des joints avec ses amis chez lui ou dans le parc en bas de sa rue. Il appris également que Fred avait vécu deux ans en France à cause de la profession de son père, qu'il adorait les pattes à la sauce basilic, qu'il avait vu 3 fois Orange Mécanique et qu'après une réflexion éprouvante, il en était arrivé à la conclusion que la couleur du goût du camembert était le violet et non le bleu comme le soutenait son meilleur ami. En temps normal une personnalité agitée comme celle de Fred aurait profondément agacé Victor, mais Fred dégageait une sincérité, une candeur qui s'apparentait à une naïveté charmante, qui contrastait avec le cynisme généralisé de Victor, ce qui le poussa à trouver sa compagnie en fin de compte plutôt divertissante. Fred continua à parler, posant de temps en temps quelques questions à Victor auxquelles celui-ci répondait brièvement, sans élaborer, mais sans manifester non plus de quelconque marque d'agacement. -Est-ce que tu m'aime bien ? Demanda Fred après un moment. - Hein ? Demanda Victor, réellement surpris par cette question. J'en sais rien, pourquoi tu me demande ça ? -Ba, je parle, je parle, mais je me dis que je t'énerve peut-être, donc je me demande. En fait je me demande souvent ce que les gens pensent de moi. -Mais c'est complètement idiot de demander ça directement, à moins que la personne réponde " non " , tu ne seras jamais sûr qu'elle est sincère dans sa réponse. -Ouais, c'est pas faux… Mais je me pose quand même la question. Ça ne t'arrive jamais toi ? -Non, moi je m'en fous. Tout ce que je veux c'est écrire mon bouquin. Je m'en moque de ce que les gens pensent de moi. -Ah ouais… c'est cool comme attitude ça. -… Mais oui, je t'aime bien, répondit Victor, un peu gêné.  Un silence s'installa, et Fred cala sa tête contre la vitre et regarda la route défiler. En réalité il ne souhaitait pas arrêter de parler car cela signifiait se retrouver seul avec soi-même, et prendre la mesure de ce qu'il était en train de faire.  -On peut mettre de la musique ? Demanda Fred. -Si tu veux. Mon IPod est dans la boîte à gants, branche le sur l'autoradio et met ce que tu veux. -Génial ! Fred mis en lecture " Wherever I may roam " , de Metallica, et fut ravis d'apprendre que Victor adorait également cette chanson. Celui-ci monta le son, et Fred ferma les yeux en balançant sa tête au rythme de la musique. " And the road becomes my bride " , chantait James Hetfield, avant de s'écrier au second couplet : " And the earth becomes my throne "  Ils arrivèrent à Chicago quelques heures plus tard, et s'engagèrent sur la route 66 alors que le soleil commençait à se coucher. La Volkswagen de Victor filait sur la route, fonçait, comme aspirée par l'horizon, soulevant de grands nuages de poussières derrière elle. Les lueurs brillantes et orangeâtres du coucher de Soleil se reflétaient sur le bitume : leur chevauchée vers la Californie commençait, accompagnée par la chanson " Hotel California " lancée à plein volume. Victor fut pris d'un léger frisson lorsqu'il entendit dans la chanson cette phrase qu'il aimait tant : " And I was thinking to myself, this could be heaven and this could be hell " . Après plusieurs kilomètres, Victor lança : -il faut qu'on dorme, je commence à fatiguer. -D'accord. Dès que cela fut possible, ils bifurquèrent sur la droite, s'enfonçant dans un chemin à l'abri des arbres. Quelques minutes plus tard la voiture, arrêtée, faisait face à une imposante forêt et sur le capot se projetaient les ombres venant du ciel, découpées en dentelles par les feuillages des arbres qui les surplombaient. -Bon, on va dormir dans la voiture. - On n'aurait pas pu se trouver un motel ou quelque chose dans le genre ? Victor ne répondit pas. -Tu as à manger dans ton sac ? Demanda-t-il simplement. Moi je n'ai rien, je n'étais pas vraiment parti pour aller en Californie en sortant de chez moi ce matin. J'ai ma carte bleue pour acheter des changes et de la nourriture, mais ici ça ne me servira pas à grand-chose. Fred résista à l'envie d'insister sur le fait qu'il aurait été nettement plus judicieux de trouver un motel et dit à la place : -Oui, j'ai de quoi manger dans mon sac, enfin j'ai des gâteaux et du coca. Victor rit gentiment. -c'est la première fois que tu fugue, non ? Demanda-t-il. -Oui, pourquoi ? -Non, juste pour savoir. Sort tes gâteaux j'ai super faim ! Ils mangèrent et le soir tomba doucement, la chaleur étouffante du jour se mua en une brise légère et agréable. Comme il faisait bon, Victor ne rabattit pas la capote de la voiture et ils passèrent un moment silencieux, allongé chacun de leur côté, Victor à l'avant et Fred à l'arrière, à réfléchir à leurs problèmes respectifs en regardant les étoiles. -Tu en fais bien de la guitare ? Demanda Victor après un temps. -Il paraît. - Joue-moi un truc. Fred sortit son Ibanez de sa housse, accorda les premières cordes que la chaleur avait détendues, et entama l'air de Dust in the Wind, le morceau le plus doux qu'il connaissait. Victor se détendit, alluma une cigarette et ferma les yeux. -C'est posé. Tu joues bien mec. -Merci, répondit Fred en continuant l'arpège, qu'il accompagna ensuite d'un chant d'abord timide puis plus affirmé. Victor avait toujours été fasciné par le fait de savoir combien une guitare pouvait rendre une soirée magique, comment un bon joueur peut susciter chez la personne qui écoute une douce mélancolie, qui rend l'âme sincère, réelle, à la fois forte et vulnérable. Victor se trouvait là, la tête posé contre le rebord de sa voiture, le corps allongé sur les deux sièges, avec une couverture sur lui et sa veste en guise d'oreiller, à écouter jouer un type qu'il connaissait depuis moins de 24 heures, en regardant les étoiles. Et pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il ne voulait pas être ailleurs, il se sentait bien en vivant le moment présent. Et pendant l'espace d'environ 10 minutes, pour la première fois depuis 7 ans, il ne pensait pensa plus du tout a ce livre qu'il n'arrivait pas à écrire. -Tu dors ? Demanda Fred en rangeant sa guitare. -Non pas du tout, c'est vraiment sympa ce que tu fais. Faudrait que je me mette à la guitare un de ces jours. -Ouais. Ba si tu as besoin d'aide, n'hésite pas. Mec tu as vraiment été super de me prendre avec toi, honnêtement je ne sais pas ce que j'aurai fait, je me voyais mal faire du stop jusqu'en Californie. -Pas de soucis. -ça t'est déjà arrivé, de ressentir cette sensation, tu sais, comme la, en regardant les étoiles, ou bien le soir, dans ton lit, de réfléchir à pleins de choses, comme un moment de recueillement ? -Oui. Tout le temps. Et au bout d'un moment ça devient fatigant, crois-moi, de vivre dans une introspection continuelle. Très fatigant. J'ai l'impression de passer mon temps à réfléchir sur une vie que je ne suis pas en train de vivre, parce que j'y pense trop justement. J'ai cette sensation que tout m'échappe en permanence. Mais je sais que tout ira mieux une fois que j'aurai écrit mon livre. -Parle-moi de ton livre. -D'accord. Ça va être une histoire épique, quelque chose de grand, quelque chose de… -Non mais ça d'accord, l'interrompis Fred. Mais de quoi il parle concrètement ? C'est quoi l'histoire ? -Ah ça, je sais pas encore, on verra bien. J'ai…un peu de mal à fixer les décors et les personnages en fait, j'attends que tout se mette en place de soi-même. -Ok… Victor se sentait mal à présent, il regrettait d'être allé aussi loin dans la confession. Il était habitué à recevoir celles des autres, pas à s'épancher sur ses propres problèmes. Mais pour une raison qui lui était inconnue, ce soir il avait eu envie de se confier. Victor et Fred parlèrent jusqu'à ce que la nuit soit totale, abordant des sujets personnels avec une facilité qui les déconcerta tous les deux, alternant de grandes interrogations et les plaisanteries à propos de tout et n'importe quoi. Ils parlèrent jusqu'à ce que la lune verse dans le ciel son doux et pâle rayonnement, et ils finirent par s'endormir.   Le lendemain, Victor s'éveilla le premier, et réveilla Fred d'un coup de coude. -Debout Ben Harper, on a de la route à faire, la Californie est encore loin. Fred, les yeux à demis fermés, se redressa sur le siège, s'étira et se passa la main sur le visage. Il alluma une cigarette et mis en lecture " California Dreamin' " sur le IPod de Victor. -Maintenant c'est bon. En route ! S'écria-t-il. Fonçant sur la grande allée de la route 66, voyant autour de lui les paysages secs et rocailleux défiler à toute vitesse, et le soleil se lever avec hâte, Victor restait encore plus silencieux que d'habitude. Il s'en voulait presque d'avoir parlé de manière aussi sincère la veille, lui qui prenait toujours soin de son image et faisait toujours attention à ne jamais trop s'impliquer émotionnellement dans ses relations, il avait hier envoyé balader toutes ses règles de vie. Que se passait-il ? Pour la première fois depuis longtemps, il avait parlé de choses qui l'intéressaient réellement, sans réfléchir, sans juger l'autre et pas une seule fois il ne s'était demandé à quelle catégorie appartenait Fred. Et il s'était senti vraiment vivant, hier soir, dans ce moment de sincérité et de dialogue véritable. Fred, lui, restait la tête collée à la vitre, à regarder la route se faire avaler par la voiture ou à fixer l'inatteignable horizon vers lequel ils se dirigeaient pourtant. Il ne savait pas trop quoi penser de sa rencontre avec Victor. Il était d'un côté heureux de le connaître, car sans voiture son périple vers la Californie aurait été plus que compromis, mais d'un autre coté maintenant qu'il n'était plus le seul engagé dans ce voyage, il ne pouvait plus faire marche arrière. Il n'était plus question de renoncer. Il pensa rapidement à la longue discussion qu'ils avaient eu la veille, et, quoiqu'il aimai bien Victor, il ne pouvait s'empêcher de le trouver un peu prétentieux. -Dit, tu sais qu'on aurait pu prendre un chemin plus rapide pour aller à L. A. Que la route 66 ? Demanda Fred. -J'ai pas de GPS et j'ai un très mauvais sens de l'orientation, pas envie de me prendre la tête avec une carte routière. Au moins en suivant cette route on est sûr d'arriver à destination, répondit Victor. La voiture roulait à toute vitesse et soleil avait atteint son zénith. Ils firent quelques haltes pour se restaurer ou se dégourdir les jambes, et en fin d'après-midi, Fred, bien qu'il n'ait pas le permit, pris le volant et ils prièrent tous les deux pour ne pas tomber sur un policier. La voiture passa devant un véhicule fédéral garé devant un petit restaurant de routiers, ou deux policiers partageaient une boite remplie de donuts posée sur le capot. -Toujours prêts et te les briser, ceux-là, maugréa Victor. -Bof, ils font leur boulot tu sais. -Arrête, regarde autour de toi, il y a de plus en plus de flics et de moins en moins de justice, on est filmé dès qu'on sort de chez nous, suivit a la trace avec nos portables et cartes bleues, on nous gave de désinformation tous les soirs à 20h en nous disant que tout le monde fait bien son boulot pendant que des gens crèvent de faim ou se font tuer, faut arrêter. -Ouais, enfin tu dis ça mais si jamais toi ou un de tes proches se fait agresser voir pire, tu seras bien content qu'il y ai des policiers chez qui tu pourras porter plainte et des caméras qui auront filmés l'agression et permit de retrouver le coupable ! -Sauf qu'en vrai ça se passe jamais comme ça… le monde perd la tête et c'est tout, ça s'entretue de partout, les hommes politiques sont corrompus et l'intérêt des peuples passe après eux, la démocratie est morte. Toi qui écoute Metallica, Justice is lost, justice is raped, justice is gone ! - C'est facile de critiquer, de dire tout ce qui ne va pas, n'empêche qu'on a réussi à créer un système ou la démocratie est au centre de nos institutions, ou le peuple a un réel poids, c'est quelque chose. Et ça ne s'est pas fait en critiquant tout à longueur de temps, ça c'est fait grâce à des hommes et des femmes qui ont brandis bien haut leurs convictions, affirmant ce qu'ils voulaient et pas simplement ce dont ils ne voulaient pas. Alors bien sûr qu'il y a pleins de choses qui ne vont pas mais on ne fait rien avancer du tout si on se contente de critiquer bêtement sans apporter de solution, il n'y a rien de plus facile. Et moi ce que je retiens de cette chanson c'est surtout la phrase " …And justice for all " . -Je n'ai pas la prétention de sauver le monde, j'essaye déjà de me sauver moi-même. Pour le monde, il est déjà trop tard. -Je ne vois pas comment tu peux être aussi négatif mec ! C'est justement en tenant un tel discours qu'on tire le monde vers le bas, certes il y a pleins de choses qu'il faudrait changer mais justement, tant qu'il restera de l'espoir on pourra tout faire pour faire de ce monde ce qu'on voudrait qu'il soit. -J'ai l'impression que tu vis dans le monde des bisounours. Fred ne répondit pas, mais serra plus fort le volant. Alors que les heures passaient, le soleil commença à descendre dans le ciel et Fred et Victor, fatigués par la monotonie, se remirent a parler de sujets plus neutres en faisant même des blagues et riant de plus en plus de bon coeur, une ambiance chaleureuse se réinstalla progressivement. Depuis la veille, ou ils n'étaient encore que de parfaits inconnus, quelque chose avait changé entre Fred et Victor, sans qu'aucun des deux ne puisse dire exactement de quoi il s'agissait. Victor se surprenait lui-même, riant aux blagues obscènes de Fred, se relâchant. Il se fit la réflexion que depuis qu'il avait entamé ce voyage, il n'avait jamais pensé moins et se sentait bien. Il laissait les choses arriver, sans chercher à les maitriser et surtout à les juger. Il se sentait vivre et retrouvait cette sensation qui l'avait envahie la veille au soir. Fred, d'abord intimidé par la présence de Victor, par sa maitrise de lui-même et son assurance, se sentait à présent détendu, maintenant qu'il le voyait comme son égal. Durant les premières heures qui avaient suivies leur rencontre, Fred n'avait cessé de se demander ce que Victor pensait de lui et se sentait à présent stupide de lui avoir posé la question directement. Mais à présent il faisait son numéro habituel, enchainant les blagues, les mimiques et les anecdotes, sans se préoccuper de rien d'autre que de passer le temps agréablement. -T'as une copine toi ? Demanda soudain Fred. -Non, et toi ? -Non. C'était quand la dernière fois toi ? -Je sais pas trop, tu veux dire copine…copine ? -Bah, ouais. -C'était il y a 3 ans alors, dit Victor sombrement. A la simple évocation de cet évènement, son visage s'assombrit, imitant le ciel, théâtre au sein duquel la lumière du jour se retirait rapidement pour laisser place à la nuit. -Et depuis 3 ans, rien ? Demanda Fred, surpris. -Oh, si, pleins de coups comme ça, en soirée, ou des histoires de quelques semaines. Mais je me lasse tellement vite, Faut que je change en permanence tu vois, répondit Victor en tournant la tête vers Fred. Et toi, la dernière fois ? -Euh, un mois, mentit Fred. En réalité cela faisait bien plus longtemps que ça. -En fait ce que j'aime, poursuivit Victor, c'est le jeu de séduction, tu sais, les petits regards, les effleurements, tout ce qui précède le baiser. Ce jeu du chat et de la souris, ça, ça me fait vibrer, le fait de conquérir la fille. Après bof, je m'ennuie. Moi je joue avec les filles, c'est ça ce qui me plait. Cette étape préliminaire était précisément la phase que Fred détestait. -Ouais, la drague c'est super, dit-il sur un ton peu convaincu. Et Victor lui raconta une anecdote à ce sujet, anecdote dont il était le héros principal, mais il la raconta avec une telle simplicité, une telle apparente modestie que le fait que l'histoire le mette incroyablement en valeur semblait presque être accidentel, ou en tout cas non voulu par lui. Fred écoutait, partagé entre l'envie et l'admiration, l'amenant néanmoins à élaborer, à raconter d'autres histoires comme on peut parfois s'obstiner à faire quelque chose qui nous frustre. Ensuite Fred répondit en inventant des histoires, ou en ressortant des récits qu'il avait déjà entendus, pour impressionner Victor et lui montrer - ou lui faire croire - que lui aussi il savait y faire avec les filles. En réalité, malgré tout ce qu'il pouvait dire, malgré les réactions qu'il pouvait avoir, tout ce que voulait Fred c'était une petite amie. Simplement une copine, avec qui il pourrait partager ses joies et ses angoisses, une copine à qui il pourrait tenir la main en se baladant au hasard de New York, à qui il enverrait des sms avant de s'endormir tout en écoutant une musique d'amour à laquelle il s'identifierait. Avoir quelqu'un qui lui manque quand il part en voyage, avoir une fille en tête en composant ses chansons. Il avait évidemment déjà eu des aventures, était même allé assez loin sur le plan physique mais à chaque fois que quelque chose s'était produit il avait eu de la chance, il s'était retrouvé au bon endroit au bon moment. Mais il sentait qu'il ne maitrisait rien, à la différence de Victor qui semblait tout avoir sous son contrôle en permanence. En général les filles à qui il s'intéressait semblaient le trouver sympathique mais refusaient souvent d'aller plus loin qu'une banale amitié, prenant soudain leurs distances, sans que Fred ne puisse expliquer pourquoi. En effet, il n'expliquait pas le fait qu'il ait tant de mal de se trouver une petite amie : après tout il était plutôt beau gosse, sympathique, drôle, les gens l'aimaient bien en général… il voulait juste avoir quelqu'un à qui donner son affection, sa confiance. Il avait l'impression d'avoir tant à offrir. Fred ne savait pas trop ce qu'il faisait de bien ou de mal avec elles, en sachant juste qu'en l'état actuel des choses, il y avait quelque chose qui ne marchait pas. -Mais bon moi tu sais les filles, repris Victor avec ce ton légèrement blasé auquel Fred commençait à s'habituer, les filles ça un peu m'a soulé. Je veux juste écrire mon roman, ça c'est une grande aspiration, c'est quelque chose de noble. Quelque chose qui fera que mon court passage sur la terre aura eu un sens, tu comprends ? A la simple évocation de son roman et de ce qui motivait son écriture, le visage de Victor paraissait soudain assaini, purifié, paraissant accéder enfin à une sérénité véritable. Mais à cette sérénité se mêla vite une frustration. -Ouais je comprends, dit Fred, qui comprenait surtout que s'il avait les capacités que Victor semblait avoir avec les filles, ce n'est pas à l'écriture d'un roman qu'il passerai tout son temps libre. Leurs deux journées passées à sillonner la 66 avaient conduits Fred et Victor aux bords de l'Oklahoma, la ou les routes étaient grandes et les gens peu nombreux, et ou la seule chose qui venait ponctuer la monotonie des paysages étaient ces motels miteux que l'on croisait de temps à autres au bord de la route. Ils étaient souvent accompagnés de panneaux publicitaires géants aux couleurs criardes et aux slogans vulgaires, ou bien de ces aires d'autoroutes sur lesquelles Victor et Fred s'arrêtaient parfois pour faire le plein, se dégourdir les jambes et acheter de la nourriture hors de prix. Le fait que Victor et Fred se relaient le volant leur avait permis de rouler un peu plus longtemps que la veille. A présent la nuit était totale sur la route 66, ils avançaient à la lueur des phares, doublant quand ils le pouvaient les immenses camions qui occupaient les routes, pestant contre les motards qui en les dépassant les frôlaient d'un peu trop près. -On a presque plus d'essence, constata Victor. Arrêtes toi dès que tu vois une station-service. Fred acquiesça, et, bifurqua sur la droite quelques centaines de mètres plus loin, afin de se garer dans le petit parking d'une aire d'autoroute. -Je vais prendre à bouffer, tu viens ? Après on fera le plein, dit Victor voyant que Fred trainait la patte. -Si tu veux vas-y, achète ce que tu veux et je paierai la moitié. Moi je reste là, tu sais, pour garder la voiture. On fera le plein quand tu reviendras. Victor compris que Fred désirai être seul un moment et n'insista pas, il lui sourit rapidement et se dirigea vers la superette. Victor observa les pompes à essences qui avaient un jour poussées sur le béton, comme des plantes de gasoil dont les fruits étanchaient en permanence la soif de transports de l'homme moderne et ses chevaux de fer. Il contempla cette vaste aire d'autoroute illuminée par les phares agressifs au-dessus des pompes à essences, éclairant plus que nécessaire certaines zones, et en laissant d'autres totalement ténébreuses. Les gens se pressaient et leur mouvement convergeait entre les pompes et la superette, leur voix ne parvenaient à Fred que dans un écho étouffé. Il regarda les vielles publicités aux couleurs usées et aux bords abimés, accrochées aux pilonnes des pompes, ventant les mérites de produits qui pour la plupart ne se trouvaient plus en magasins depuis longtemps. Par terre des emballages de sandwich, des mégots de cigarettes et des serviettes heurtaient irrégulièrement le béton, ballotés par les souffles de la brise nocturne. Les gens ne se regardaient pas, gardaient la tête baissée, pressés. Ils consultaient leur portables, fumaient une cigarette ou entamait le sandwich qu'ils venaient d'acheter, puis reprenaient la route. Ils traitaient cet endroit pour ce qu'il était, un endroit jetable ou tout était conçu pour ne servir qu'une seule fois, ou rien ne durait, un endroit fonctionnel à leur disposition, pour lequel on n'a pas le moindre égard. Un endroit qu'on utilise, puis qu'on jette en le rangeant parmi les souvenirs les plus négligeables, car celui-ci n'était pas conçu pour susciter le moindre attachement. Rêveur, Fred alluma une cigarette. Lui en revanche aimait profondément les aires d'autoroutes. Pour une raison mystérieuse elles lui rappelaient vaguement l'atmosphère du parc où lui et ses amis se réunissaient pour regarder les trains, mais en plus intense. Il admirait ces endroits à usage unique, ces points de passages éphémères par essence pour chaque personne qui l'emprunte, et pourtant solide comme un roc, toujours là, fidèle et prêt à servir. Fred voyait dans chaque aire d'autoroute un rondpoint, comme une escale entre deux mondes. Une plateforme ou, bien que tout soit artificiel, consommable et jetable, l'âme s'y sente paradoxalement découverte, seule dans sa mélancolie et profondément rêveuse, expérimentant un sentiment familier dont les effets lui parvenait mais dont la nature lui demeurait inconnue. Fred constata que, trop occupé à rêver il n'avait pas tiré sur sa cigarette depuis qu'il l'avait allumée, et un long amas de cendre s'était accumulé au bout. Il le fit tomber en tapant le filtre avec son pouce, et s'apprêta à prendre une latte quand il entendit : -Et merde ! Putain c'est pas vrai ! C'était une voix féminine emplit de frustration et de détresse. Fred se retourna, et aperçu une jeune fille à deux places de parking derrière lui. Elle se tenait en face du capot ouvert de sa voiture, du cambouis sur les mains et sur le visage, avec une grosse tache d'huile sur le tee-shirt. Elle portait un jean déchiré par endroits dont Fred parvenait mal à distinguer la couleur d'origine tant il était sale. Fred jeta sa cigarette, s'approcha d'elle et arriva suffisamment près pour observer son visage. Elle était rousse, avait quelques taches de rousseur sur les joues et ses yeux bleus/verts semblaient, au contact de la nuit, en révéler une nuance invisible. Ses cheveux tombaient sur ses épaules et formaient sur le devant une mèche inclinée vers la droite de son front, qui tombait derrière son oreille. Fred constata que, derrière ses oreilles, quelques-uns de ses cheveux s'étaient emmêlés avec les boucles d'oreilles qui les ornaient. Ses traits étaient assez fins, sa silhouette élégante, pour ce que Fred en voyait dans la semi obscurité. Dans l'ensemble il la trouvait plutôt jolie. -Euh, je peux t'aider ? La jeune fille se tourna et remarqua Fred. D'un air absent, elle le regarda, semblant procéder à un inventaire similaire à celui qu'il venait de faire sur elle, en plus rapide. -J'en sait rien, t'est mécanicien ? Lui demanda-t-elle. -Pas vraiment, non. C'est ta voiture qui a un problème ? Elle le regarda, et, avec ses yeux devenus tranchants, lui lança un regard destiné à lui faire comprendre à quel point sa question était dénuée d'intérêt tant la réponse semblait évidente. Fred était agacé par cette réaction méprisante alors qu'il souhaitait simplement l'aider. -Ouais, lâcha-t-elle, elle ne démarre plus. Je crois qu'elle est foutue et moi je suis juste dans la merde. Fred la regarda, sans trop savoir quoi dire de peur de poser à nouveau une question inutile. Il se fit la réflexion qu'à sa place, Victor aurait sûrement trouvé quelque chose de spirituel à dire et que si c'est lui qui se tenait face à cette fille, elle serait sûrement en train de rire gentiment avec la tête penchée vers le bas et les yeux vers le haut, tel que Victor avait décrit la position typique d'une fille avec qui tu sais que c'est " dans la poche " . -A défaut d'autre chose je peux t'offrir une cigarette, dit timidement Fred en se demandant ce qu'il faisait encore là. Elle le regarda et esquissa un sourire. -Merci tu es gentil, excuse-moi pour tout à l'heure, c'est que je suis complètement sur les nerfs la, cette voiture était sensée marcher ! -Pas de soucis, je comprends. Tu allais ou ? -En Californie. Fred la regarda. Cette fille avait l'air d'avoir à peu près son âge, elle roulait seule à bord d'une voiture manifestement achetée récemment et d'occasion, et elle se rendait en Californie. Il avait envie de lui poser un million de questions mais n'en posa aucune, plus par timidité que par discrétion. Il se demanda si c'est ce qu'avait ressenti Victor quand il l'avait pris en stop pour la première fois et s'était abstint de lui demander comment il en était arrivé à voyagé seul vers la Californie. " Oh et puis merde, je suis pas Victor " se dit Fred, et n'y tenant plus il demanda : -Je peux te demander ce que tu vas faire en Californie ? -Je vais retrouver mon père. -D'accord, dit doucement Fred. -Je ne le connais pas encore, c'est la première fois que je vais le rencontrer, souffla-t-elle. -Tu as fugué ? -Oui. Fred attendit qu'elle lui pose à son tour une question mais elle ne le fit pas. -Moi aussi j'ai fugué, dit-il. -Ah ouais ? T'habites ou ? -New York, Upper East Side. Toi ? - Chicago, dit-elle simplement. Pourquoi tu as fugué ? -Je vais à Los Angeles, dit-il. Et il expliqua la nature de son projet, l'herbe, les hippies, le reste. -ça c'est vraiment cool ! Dit-elle en roulant des yeux. -Ouais hein. C'est quoi ton nom ? -Sarah, et toi ? Au moment où il s'apprêtait à répondre, il entendit une voix derrière lui : -Eh Fred ! C'était Victor. Fred avait presque oublié jusqu'à son existence en parlant avec Sarah. -Salut, dit-il à l'adresse de Sarah. -Salut ! Vous voyagez ensemble ? Demanda-t-elle. -Yep, dit Victor, et toi ? Tu vas ou ? Sarah lui dit la même chose qu'à Fred mais elle ajouta des détails, expliqua sa situation plus longuement. Fred se demanda pourquoi elle parlait naturellement plus volontiers à Victor qu'à lui alors qu'a priori elle ne connaissait ni l'un ni l'autre. -ça te dirait de venir avec nous ? Demanda Victor spontanément. Si t'as de l'argent il n'y a pas de problème, de toute façon nous on y va en Californie donc si tu veux te joindre à nous… Abasourdie, elle le regarda longuement, ne sachant trop quoi répondre, partagée entre l'envie d'accepter cette proposition qui pour elle tombait à pic, et l'appréhension de monter dans le véhicule de deux garçons qu'elle venait de rencontrer par hasard sur une aire d'autoroute. De son côté Fred ne disait rien, surpris par la proposition de Victor, et légèrement agacé par le fait que celui-ci propose à cette fille de se joindre à eux sans même le consulter. Fred ne souhaitait vraiment pas qu'elle monte avec eux, surtout après ce que lui avait raconté Victor sur sa facilité à captiver l'attention des filles. Durant une seconde, mille scenarios défilèrent sous les yeux de Victor ou à chaque fois il les imaginait en couple, devenant un poids mort, passant ses journées à conduire pendant qu'ils se bécoteraient à l'arrière. C'était à éclater de frustration, le voyage avait si bien commencé ! Rien n'était encore arrivé que Victor projetait déjà mille scénarios dans sa tête ou à chaque fois il se voyait échouer. -Honnêtement, vous n'êtes pas des tarés ou quoi que ce soit ? Demanda Sarah à moitié en rigolant. -C'est promis, dit Victor en affichant un sourire bienveillant. -Ok, ba je veux bien alors vous êtes vraiment gentils, dit-elle en regardant Victor. Quelle chance j'ai ! - On n'allait quand même pas te laisser comme ça, dit Victor, t'aurai fait la même chose j'en suis sûr. Elle lui sourit. -Tu sais conduire ? Demanda Fred. -J'étais en voiture, je te signale ! Dit-elle en riant cette fois franchement, et Victor rit avec elle. A présent Fred se sentait bête. -Bon, dit Sarah, je vais acheter à manger, vous partez pas sans moi hein ! -T'inquiètes ! Dit Victor avec une voix chaleureuse mais néanmoins courtoise, on t'attend ! Après quelques pas en direction de la superette, Fred lança d'une voix forte : -C'est bon, elle est partie allez on se casse ! Il s'attendait à ce qu'elle se retourne et rigole, mais elle ne l'entendit pas ou prétendit ne pas l'entendre et continua son chemin. -Allez vient on va faire le plein, dit Victor. Pendant que l'essence passait goulument de la pompe au réservoir de la voiture, Fred dit à Victor : -T'aurai pu me demander ! Pour la fille. -ça te gêne ? On n'allait pas la laisser dans la merde comme ça, quand même ! Tu aurai aimé qu'on fasse la même chose pour toi ! Et Fred ne répondit rien car il n'y avait pas grand-chose à répondre. Un peu plus tard, après que Sarah ait acheté sa nourriture et Victor payé l'essence, ils reprirent la route 66. A présent trois à bord, ils continuaient leur périple vers la Californie, sous la chanson " Californication " Des Red Hot Chili Peppers. Il ne fallut pas longtemps à Fred pour dissiper le dernier doute, voir le dernier espoir qui lui restait à propos de Victor : celui que, comme lui, il ait grossièrement exagéré ses capacités avec les filles. Mais il put constater qu'il n'en était rien : assise devant, la jeune fille nommée Sarah riait de temps en temps et se détendais à mesure que Victor lui parlait en conduisant. Victor abordait des sujets factuels, quelques banalités, anecdotes amusantes ou faits notables, toujours neutres, et comme à son habitude ne s'épanchait que très peu sur lui-même mais invitait fortement Sarah à le faire. Le fait de discuter avec Sarah eu un curieux effet sur Victor : soudain il se rappela de toutes ces filles qui lui avaient racontés des choses dans un premier temps superficielles, puis personnelles, et enfin intimes. Sans rien faire ou dire de spécial, en écoutant, en hochant la tête de temps en temps et en posant quelques questions bien placées Victor amenait les gens, qu'il considérait par essence comme intellectuellement inferieurs à lui, à se confier. Il ne s'expliquait pas vraiment la raison pour laquelle une telle ligne de pensée à propos de ses congénères n'avait pas fait de lui un misanthrope, et ne comprenait pas non plus pourquoi il ressentait ce besoin de prétendre s'intéresser à chaque personne afin d'obtenir une confession et un attachement affectif dont il se moquait éperdument. Plaire ainsi aux gens était devenu quelque chose qu'il savait faire, mais aussi, même s'il ne l'admettrait probablement jamais, quelque chose dont il avait besoin. Très vite, il classa Sarah dans la seconde catégorie de personnes mais cela ne changea rien à l'expression de son visage qui semblait intéressé par l'histoire qu'elle racontait. Fred en revanche, penché en avant avec une main sur chaque siège, l'écoutait attentivement. -Mon père est producteur à Hollywood, expliqua Sarah. Je ne l'ai jamais connu et maman a toujours refusée de me parler de lui. Je ne sais pas s'il nous a quitté, ou si c'est elle qui l'a empêché de rester avec nous… c'est terrible tu sais, de grandir sans père, de ne pas savoir si c'était un type bien ou un méchant. Et il n'y a pas longtemps, en fouillant dans le bureau de ma mère pour trouver un peu d'argent je suis tombé sur la photo d'un homme, prise en noir et blanc. Je savais que c'était lui parce que maman avait écrit son nom au dos et j'ai déjà vu son nom sur les registres d'état civil. A côté il y avait une lettre ou il expliquait à une actrice qu'il ne pouvait pas la prendre dans son film car son teint trop mat ne passait pas à la caméra. Au-dessus de la lettre il y avait l'adresse de la boite qu'il dirige. -Qu'est-ce que tu as fait ensuite ? Demanda Victor. -J'ai cherché ou ma mère avait noté son numéro de carte bleue, je lui ai pris sa carte, j'ai acheté la voiture et je me suis mise en route pour la Californie le soir même. Maintenant je suis si excitée a l'idée de le rencontrer ! Vivement ! Vivement ! Puis elle leva les yeux au ciel en faisant un grand sourire, affichant une expression de naïveté totale. Fred aimait, de derrière, observer ses cheveux fins voler au grès du vent qui s'engouffrai dans la décapotable de Victor. Quand la voiture passait près des néons criards des motels qui bordaient la route, il contemplait avidement la teinte légèrement orangée qui parsemait ses cheveux roux, avant que ceux-ci ne soient à nouveau plongés dans l'ombre à mesure que la voiture s'éloignait du motel. -Donc tu as fugué, résuma Victor. -Voilà exactement, je n'en pouvais plus de ma mère, de mes profs, tu sais, de tout ça quoi. Je suis parti genre une heure après avoir trouvé la lettre et la photo de mon père, j'ai acheté la voiture sur le chemin. Fred ne put retenir un hoquet de surprise. -Une heure ? Tu as pris cette décision sur un coup de tête ? -Ben, oui et alors ? Lui demanda-t-elle comme si sa question était celle d'un arriéré. Quand on veut quelque chose il faut savoir faire ce qu'on a à faire pour l'obtenir, c'est tout. Je ne renonce jamais a quelque chose quand je le veut vraiment. Je vais toujours aussi loin qu'il faut aller pour l'obtenir. Qu'est-ce que j'ai hâte ! La tête qu'il va faire quand il va apprendre qu'il a une fille, ça va être super, on va faire pleins  de choses ensemble ! Elle rit naïvement. " Il lui a fallu seulement une heure pour prendre cette décision " , songea Fred, ne sachant trop que penser. D'une manière très étrange, il sentait une sorte de douce fascination entrer dans son être au fur et à mesure qu'il l'entendait parler. Ce qui l'étonnait le plus était la façon dont elle disait les choses, présentant tout avec une telle candeur et une telle innocence que l'idée même de lui adresser le moindre reproche à propos de quoique ce soit paraissait impensable. C'est ainsi qu'il l'écouta raconter la manière dont elle volait régulièrement de l'argent à sa mère pour acheter de l'herbe, ou dont elle avait fait une grève de la faim pendant 2 heures pour que son copain de l'époque cède et lui achète un énième bijou hors de prix, mais tout cela, raconté par elle, semblait parfaitement légitime, voir normal. En racontant ses histoires elle ne blâmait personne, elle louait les uns et trouvait des excuses aux autres, se plaçant dans la position de la personne qui subit en permanence les évènements sans jamais rien faire pour qu'ils arrivent. Le ton tantôt affligé tantôt résolu qu'elle prenait lui donnait un air attendrissant, comme si son regard implorait une protection, un rempart qui la protégerai de ce monde si dur. En l'écoutant, Fred se sentait fondre. Tout ce qu'il désirait était de pouvoir l'écouter encore, et encore. De plus il avait approché sa tête du siège de Sarah d'une telle manière que ses cheveux très fin lui caressaient doucement le visage et il trouvait ça très agréable même s'il se rendait compte que c'était un peu bizarre. Mais Fred constata rapidement et tristement que sa présence devenait de plus en plus dispensable. A présent Victor l'ignorait complétement et ne s'occupait plus que de Sarah, qui parlait de plus en plus, baissant régulièrement le ton comme si ce qu'elle disait devenait de plus en plus confidentiel. Elle se rapprocha tant qu'elle finit par parler directement à l'oreille de Victor. Vu de derrière, Fred trouvait cela un peu ridicule. Mais à la manière dont Victor écoutait, dont il réagissait, Fred se dit qu'elle devait vraiment lui plaire. En effet Victor agissait comme si tout ce que disait Sarah était de la plus haute importance, sans pour autant le prendre trop au sérieux, et il semblait n'en avoir que faire tout en s'y intéressant profondément. Aucun des deux n'adressait la parole à Fred. " Après tout, songea Fred sans trop y croire, si ce voyage a pu lui permettre de rencontrer une fille dont il va.
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