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La pyramide khéops

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Le vrai mystère des pyramides. Christian Jacq est l'homme d'une ferveur. L'Égypte l'habite et, par-delà l'Égypte, le sacré, dont il se veut un serviteur. Aussi use-t-il de toutes les ressources de son talent pour que se répande dans notre monde fragmenté un peu de la dignité qui était celle des pharaons assis en méditation dans leur demeure d'éternité. Docteur en Égyptologie, il aurait pu se contenter de déchiffrer des papyrus et de prendre refuge dans l'érudition douillette. Mais voilà, les hiéroglyphes vivent, et Jacq ne saurait être seul à profiter de leur présence toujours actuelle. Longtemps éditeur et homme de radio, conférencier, romancier prolifique, savant et vulgarisateur, capable, avec Champollion (Ed. Du Rocher) et récemment La Reine Soleil (éd. Julliard) de transmuer son savoir en best-seller historico-initiatique, essayiste, il est de ceux qui nous insufflent un surcroît de vie. L'Égypte, selon lui, est détentrice de clefs que nous nous devons d'avoir en poche pour passer la porte des apparences et nous enfoncer toujours plus avant dans les mystères de l'existence, jusqu'au temple où tout se rassemble. Voilà pourquoi, après l'avoir rencontré à Puy-Saint-Vincent et avoir dialogué avec lui sur France Culture, j'ai souhaité pousser plus loin notre échange. Il m'a reçu dans son appartement parisien où je n'ai vu ni modèle réduit de pyramide ni momies, mais seulement un homme au travail, animé par une énergie dont on est en droit de se demander si elle ne lui est pas transmise par les anciens Dieux. Mais ainsi qu'il le dit lui-même en souriant, Christian Jacq est un vieil Égyptien. Nouvelles Clés : Au départ, votre vocation était celle d'un écrivain ? Christian Jacq : Tout à fait. Je caressais même le projet de composer un livret d'opéra. Puis j'ai reçu le choc de la philosophie. Mon professeur était un étrange personnage du nom de Paul Montuclar. Anciennement prêtre, il avait quitté les ordres pour enseigner la philo. Nous nous sommes bien entendus, ce qui m'a permis de sombrer définitivement en maths et en physique sans pour autant échouer aux bacs… Cette année-là, J'ai beaucoup lu et me suis consacré à la philo avec un scepticisme grandissant. J'ai cru comprendre que les philosophes se payaient parfois notre tête avec de grands mots derrière lesquels il n'y avait guère d'expérience réelle. Dans ma dernière copie, je me suis adonné là l'art du pastiche, avec un aplomb total et un plaisir évident : "Heidegger a dit… " - j'ouvrais alors les guillemets et citais sans vergogne des passages imaginaires, "là la manière de" Pascal, Heidegger, etc. Mon Professeur s'émerveillait de ma mémoire et ne voulut jamais croire qu'il s'agissait d'inventions ! (rires) Cela m'a fait réfléchir quant au côté facile de la philosophie… N. C. : Et l'Égypte ? Se profilait-elle déjà à l'horizon ? C. J. : Précisément, c'est là ce moment-là qu'elle est entrée dans ma vie. Il me faut dire, sans tomber dans les confidences, que la découverte de l'Égypte est liée là un événement important, là savoir mon mariage… N. C. : Mais quel âge aviez-vous donc ? C. J. : Dix-sept ans. Je suis toujours marié avec la même femme… Notez que je ne conseille là personne de prendre un tel risque mais, que voulez-vous, je suis comme ça, lorsque je l'ai rencontrée, je me suis dit : "Bon, c'est celle-là, ce ne sera pas une autre", et les choses se sont effectivement passées ainsi. Je vous passe le récit des obstacles que nous eûmes là surmonter, il y aurait de quoi faire un roman… Toujours est-il que nous avons convolé en justes noces, et c'est I là que tout a basculé. En effet, nos chers parents et beaux-parents nous ont offert un voyage de noces. On s'attendait là ce que nous allions là Venise, selon la tradition. Or, je me suis alors mis en tête que Venise ne m'intéressait pas et ai péremptoirement exprimé mon désir de voir l'Égypte Pourquoi ? Sincèrement, je ne saurais le dire. N. C. : Peut-être aviez-vous lu des livres sur la civilisation pharaonique ? C. J. : J'en avais lu deux ou trois, mais ils ne m'avaient pas particulièrement marqué… Chose curieuse, mes premiers écrits comportent de nombreuses références là l'Égypte, que je ne connaissais pas ! Libre là chacun d'y voir un hasard ou des indices en faveur de la réincarnation… Toujours est-il que mon épouse et moi sommes partis en Égypte, dans de très bonnes conditions. La découverte de ce pays a été pour moi un choc, un bouleversement qui allait de pair avec une profonde irritation : tout était marqué, expliqué, mais je ne pouvais déchiffrer cette étrange écriture… Les hiéroglyphes me fascinaient tout en m'infligeant un supplice ! Une fois rentré là Paris, j'ai repris mes études de philosophie là l'université. Un jour, en bibliothèque, je tombe "par hasard" sur un ouvrage mal classé, entre Kant et Descartes, qui était une grammaire de l'égyptien ancien… Là encore, faut-il y voir un nouveau signe du destin ? Je me suis mis là dévorer ce livre et ai eu de longues discussions avec mes professeurs, notamment un grand spécialiste de Nietzsche, là qui je ne craignais pas de déclarer : "Vos cours m'intéressent, mais tout cela me paraît bien mince par rapport là la philosophie égyptienne que je suis en train de découvrir." Je crains de ne pas lui avoir fait très plaisir… Dans le même temps, j'ai rencontré un homme fabuleux du nom de François Brunier qui devait être mon maître, mon éveilleur, celui qui m'a formé. Je continue aujourd'hui là appliquer les trois conseils qu'il me donna alors : "Écris, écris, écris ; cherche, cherche, cherche ; travaille, travaille, travaille." Il avait entrepris un travail extraordinaire qui consistait là recenser tous les chapiteaux, les miséricordes et les tympans des églises romanes et gothiques de France, dans une optique particulière : il s'agissait de laisser de côté la dimension purement religieuse de ces oeuvres pour en déchiffrer le message spirituel et symbolique. Et, selon lui, l'origine de cet art sacré se trouvait en Égypte Nous avons donc entamé une longue et fructueuse collaboration. Avec François Brunier, je publiai mon premier livre, Le Message des bâtisseurs de cathédrales (Plon, 1974) , dont j'ai plus tard repris et développé la substance dans Le Message des constructeurs de cathédrales (Éditions du Rocher, 1980) après la disparition de cet homme là qui je dois tant. Dès cette époque, j'ai donc beaucoup travaillé sur les liens Orient-Occident et la manière dont la symbolique égyptienne avait cheminé jusqu'aux oeuvres du Moyen Age. N. C. : Ce qui veut dire que vous connaissez fort bien la symbolique chrétienne. Quel était votre rapport personnel au christianisme ? C. J. : Une crise s'est produite alors que j'étais en cinquième. Élève de Sainte-Croix de Neuilly, je suis un jour allé trouver mon Préfet des études, ainsi qu'on nommait ce responsable, et lui ai tenu ce langage : "J'ai un problème : le Christ s'est incarné il y a là peu près deux mille ans. Bien. Mais qu'y avait-il avant ? Qu'advenait-il de tous ces Égyptiens et autres membres de civilisations antérieures au christianisme ? Ne me dites pas qu'ils étaient privés de Dieu ? " Non seulement je n'ai pu obtenir de réponse satisfaisante, mais j'ai dû voir mon insistance récompensée par deux heures de colle pour impertinence et questions mal placées. Mon univers a commencé là basculer, dans la mesure ou tout cela me semblait bien insuffisant. Puis je suis tombé sur un homme que je relis tous les ans et qui est pour moi un phare absolu : Maître Eckhart. Quand j'ai lu sous sa plume que Dieu s'incarne là chaque instant et qu'il ne faut en aucun cas penser la création dans la temporalité, mon christianisme s'est, il faut bien le dire, écroulé, du moins sous sa forme dogmatique. Notez que l'Égypte ne possède pas de livre dogmatique ! Sa spiritualité n'est aucunement enfermée dans une Bible, un Coran ou une Torah… C'est d'ailleurs sur ce point que se situe pour moi le grand clivage : nous sommes passés d'une religion du Verbe, celle de l'Égypte, aux religions du Livre : l'islam, le christianisme, le judaïsme. J'ai aussi beaucoup étudié la gnose et me suis penché sur la naissance du christianisme, qui reste un sujet malgré tout fort peu exploré. Cela m'a donné là réfléchir. Pensez qu'au cinquième siècle après Jésus-Christ, la religion égyptienne continue en Haute Égypte Au même moment, en Occident, le christianisme se situe loin derrière le culte de Mithra… En fait, tout bascule assez tardivement. D'où provient la naissance de l'art roman ? Pas du christianisme, mais des religions orientales… Tout cela est très complexe, et il nous est permis de dire que notre perception actuelle du christianisme date du quinzième siècle. Aujourd'hui, je suis frappé par l'absence de grands penseurs chrétiens. Nous avons des hommes d'idées, des théologiens, mais Eckhart demeure le dernier en date des grands bâtisseurs de la pensée chrétienne. A mon avis, tout s'est joué I là : si les autorités d'alors avaient opté pour lui et en avaient fait le pilier, si j'ose dire, de notre pensée religieuse, nous aurions aujourd'hui quelque chose d'assez extraordinaire. Malheureusement, ils ont choisi l'autre voie, plus juridique, administrative et sociale, et nous en récoltons les conséquences sous la forme d'un très grand vide spirituel, on ne peut plus sensible là l'heure actuelle. A cet égard, permettez-moi de vous conter une petite anecdote. L'un de mes grands amis, très chrétien, a récemment perdu sa mère. Elle a donc été enterrée religieusement. Or, le prêtre était littéralement en larmes, et il a fallu que le fils de la défunte et moi-même réconfortions ce brave homme en l'assurant que la dame entrait dans la vie éternelle… Manifestement, pour lui, la mort était une catastrophe. Voilà qui me paraît révélateur, au-delà du côté a posteriori presque cocasse de l'histoire. En Égypte, la mort est un concept non existant. On ne meurt pas, tout simplement, bien que l'on puisse disparaître totalement lors de la seconde mort si l'on s'est vraiment conduit n'importe comment. Le christianisme qui, théoriquement, fête la mort des saints, leur retour là Dieu, est en fait piraté par la peur du trépas. Je crois donc que le christianisme, du moins dans sa forme sociologique actuelle, est quelque chose de dépassé, qui ne correspond plus aux aspirations des gens. En revanche, il existe un christianisme symbolique et fondamental qui s'avère très proche de la pensée égyptienne. Ce christianisme-là va s'engouffrer dans le vide actuel et apporter des réponses. N. C. : Selon vous, le terrain est aujourd'hui propice à un renouveau ? C. J. : Tout là fait. Les esprits sont en train de s'ouvrir comme ils ne se sont jamais ouverts. On le voit là des milliers de signes. Nous participions, vous et moi, là ce festival du Puy-Saint- Vincent, où il se passe tout de même des choses… Si mon roman Champollion a trouvé un large écho, ce n'est pas l'effet du hasard. J'ai reçu des dizaines de lettres d'adolescents qui me disaient avoir aimé ce livre parce que le protagoniste va jusqu'au bout de sa quête, en dépit de tous les obstacles. Aujourd'hui, nous vivons dans une civilisation bien tiède, où l'on voudrait maintenir les gens dans des systèmes de valeurs de plus en plus périmés, qu'ils soient sociaux, économiques ou philosophiques. Cet "ordre-là" est, là mon avis, en train de craquer. Pourquoi ? Parce qu'il ne marche plus, tout simplement. Il produit des drames, des crises, et chacun se sent quelque peu bridé. Aujourd'hui, nous sommes en quête de valeurs dynamiques, propres là favoriser une transmutation. N. C. : Là résiderait, selon vous, l'actualité de la pensée égyptienne ? C. J. : Bien entendu ! Car il s'agit d'une pensée essentiellement dynamique. Que nous dit-elle ? Que le divin est là, là tout instant, bien que nous ne soyons pas capables de le percevoir. Instant après instant, nous avons donc une chance de nous y ouvrir. Il nous faut nous créer des perceptions adéquates, par lesquelles l'énergie divine puisse s'engouffrer en nous. Bien sûr, nous serons plus ou moins ouverts, selon les moments. Mais il importe en même temps d'accepter la dichotomie fondamentale de l'être humain, là savoir que nous existons là la fois dans le temporel et dans l'intemporel. Sans doute est-ce ennuyeux… mais là quoi bon le refuser ? Les Égyptiens ont la sagesse de ne rien refuser. Ils acceptent cette cohabitation entre un être immortel et un corps mortel. Selon eux, nous possédons là la naissance tous les élé ments nécessaires là notre plein épanouissement. Hélas, s'ils sont bien I là, ces éléments sont en désordre. Il faut donc procéder là des purifications, ritualiser la vie… Car, dès l'instant où elle est ritualisée, la vie se métamorphose. Elle s'intègre dans une fonction. N. C. : Le rite est-il présent dans votre vie personnelle ? C. J. : Absolument. Lorsque, par exemple, j'emmène des gens dans un temple égyptien, il ne saurait être question d'y entrer comme dans un garage ! Vous savez, on m'a dit un jour, lors d'un entretien télévisé : "Les Dieux égyptiens sont morts." J'ai répondu : "Pas du tout. Vous êtes peut-être mort… mais ce n'est pas le cas des Dieux." (rires) La disparition du phénomène historique ne supprime pas pour autant la réalité métaphysique. Au contraire car, là présent, seul l'essentiel demeure. Je suis toujours frappé de voir déferler des hordes de touristes en short et chemisette, accompagnés de bobonne… Une fois dans Karnak, il se fait un silence… Et pourtant, il n'y a apparemment plus rien. Beaucoup de murs ont disparu, beaucoup de statues ne sont plus là. Mais les rites sont encore inscrits sur les murs, et les hiéroglyphes sont des êtres vivants. Qu'ils le veuillent ou non, les visiteurs le ressentent. Personnellement, lorsqu'il m'arrive de guider quelques personnes, je les fais entrer par la bonne porte, leur fais faire le parcours fixé par la tradition. Même les non-égyptologues ressortent différents d'une telle visite. N. C. : Vous venez de dire que les hiéroglyphes sont des êtres vivants. Pourriez-vous préciser ce que vous entendez par là ? C. J. : Ces sacrés Égyptiens étaient vraiment très forts… Leur idée était la suivante : le Verbe n'est pas d'origine humaine. Mais pour être perceptible, il doit être formulé dans un langage symbolique, là savoir les hiéroglyphes. Ceux-ci ne sont pas un langage périssable. Les voyelles en ont été éliminées, ne reste que le corps des consonnes, l'être immortel de la langue. Ils sont gravés dans de la pierre d'éternité, et eux-mêmes sont éternels. Ils sont porteurs d'une puissance indépendante de l'histoire et du temps. Cette énergie est animée par le regard que l'on pose sur eux. Sur tel tombeau, par exemple, il est écrit : "Vous qui passez devant cette tombe, si vous lisez ce qui est inscrit, vous me ressuscitez et vous faites vivre les signes." Et, si j'ose dire, ça marche ! Voilà qui est tout de même phénoménal. Dans ce domaine, tout reste là explorer. Champollion a été un chercheur de génie, mais nous n'en sommes qu'à l'origine d'une véritable science sacrée. Pour l'instant, nous nous sommes bornés là faire l'inventaire des sources. Des textes ont été publiés, sans d'ailleurs être vraiment compris la plupart du temps. De plus, ils ne représentent jamais que vingt pour cent environ des écrits existants. Mais nous disposons déjà là d'un matériau finalement inexploité. Mon but, avoué, est donc d'acquérir l'érudition nécessaire là ce travail, et de ne pas ensuite laisser tout cela sous le boisseau. Je veux utiliser tous les moyens là ma disposi- tion, du roman là l'essai en passant par la télévision et la radio, pour parler de ce travail qui me paraît essentiel. N. C. : En quelque sorte, vous vous sentez mandaté ? C. J. : Oh, je n'ai rien d'un croisé… Par contre, j'ai découvert des choses tellement merveilleuses, tellement essentielles, que je ne puis concevoir de les garder pour moi. De plus, chaque fois qu'il m'est donné d'en parler, de transmettre cela, je constate que les gens s'en trouvent plus heureux, plus éveillés… Alors, pourquoi s'en priver ? N. C. : Vous constatez donc chez nos contemporains une ouverture au message de l'Égypte ancienne ? C. J. : Il m'arrive d'en être très surpris. J'ai parfois rencontré des personnes totalement hostiles à toute forme de spiritualité qui revenaient bouleversées d'un voyage en Égypte Certaines, par la suite, y retournent comme l'on va faire une cure, pour se régénérer. Ce n'est pourtant pas un pays facile : le voyage n'est pas simple, les conditions de travail très dures… En outre, la civilisation égyptienne moderne n'a plus grand-chose là voir avec l'Égypte ancienne. Il s'agit d'une société islamique. En dépit de tout cela, il faut être vraiment imperméable là toute influence subtile pour passer dans ce pays sans être traversé par une sorte de vague magique… N. C. : Ressentir n'est as tout, encore faut-il comprendre… C. J. : Exactement ! Pour tirer parti des sensations éprouvées, il importe de les expliciter : qu'est-ce que ce pays ? De quoi s'agit-il ? Pourquoi cette civilisation a-t-elle vécu quatre mille ans ? Sur quelle conception du monde ce système économique et social était-il fondé ? Là-dessus, nous n'avons encore dit que très peu de choses. N. C. : Vous êtes un savant, mais votre érudition ne se satisfait as d'elle-même. Elle est au service d'une vision vivante, d'un rapport dynamique avec la spiritualité de l'Égypte ancienne. Lorsque vous étiez étudiant, n'avez-vous pas souffert du côté oupossiéreux de l'université ? C. J. : J'en ai souffert, bien entendu. En fait, devenir égyptologue ressort, me semble-t-il, d'une vocation quasiment spirituelle. Cela dit, j'éprouve la plus grande réticence là l'égard d'une "égyptomanie" quelque peu démente, dans laquelle de soi-disant chercheurs plaquent leurs fantasmes sur l'Égypte ancienne. Comme je déteste critiquer les gens, je ne citerai pas de noms, mais enfin, nous ne manquons pas d'égyptomanes prêts là tous les syncrétismes : on se fabrique alors une Égypte agrémentée d'hindouisme, de réincarnation, de lévitation, que sais-je… N. C. : Par exemple, les Égyptiens croyaient-ils, comme certains le prétendent, à la réincarnation ? C. J. : Absolument pas. On ne trouve en Égypte aucune théorie de la réincarnation. En revanche, il y a bien passage de l'être éternel dans une autre dimension. L'âme est soumise là des épreuves, là un jugement… Il existe des formules très précises destinées là faciliter l'entrée en éternité. Mais comment peut-on balayer quinze ans d'études, que l'on n'a la plupart du temps pas faites, soit dit en passant, pour y substituer ses fantasmes ? Certains margoulins du livre me paraissent dangereux, car ils sèment la confusion et répandent de fausses idées sur un domaine dont les gens sont déjà bien ignorants. Donc, d'un côté, nous avons ces marchands d'Égypte frela- tée. A l'autre extrême, que trouve-t-on ? Des érudits qui se prétendent purs et durs. Je dis bien "qui se prétendent". Il n'est pas, en effet, d'érudition qui ne soit sous-tendue par une idéologie. N. C. : Peut-on parler d'objectivité dans une science telle que l'égyptologie ? C. J. : En ce qui me concerne, je n'y crois pas du tout. A cet égard, je vais vous donner un exemple : je me souviens d'un cours donné au Collège de France par l'un de ces vieux professeurs aussi froids et secs que savants… Il n'était pas sans savoir qu'un texte hiéroglyphique peut-être lu là plusieurs niveaux. Chaque mot possède toute une gamme de sens possibles. Les Égyptiens ne se privent pas d'en jouer, bien entendu. Disons, en caricaturant un peu, que ce vieil érudit avait traduit par : "j'achète une tarte là la crème chez le pâtissier du coin", une phrase que l'on aurait aussi bien pu comprendre comme signifiant : "j'ai la vision du divin dans les étoiles"… Les deux traductions étaient parfaitement envisageables ; tout dépendait des jeux de mots qui sont au centre de la pensée égyptienne. Une auditrice s'est alors levée et a lancé au vieil érudit : "Monsieur le Professeur, pourquoi prenez-vous toujours les choses par le plus bas ? Les Égyptiens n'étaient tout de même pas aussi bêtes que vous voudriez nous le faire croire ! " Là est bien le problème. Dans maints traités, on vous explique qu'un Égyptien ne saurait penser, puisque l'Égypte est antérieure là la philosophie grecque… Il ne peut s'agir que d'une philosophie primitive, infantile… Voilà ce que, souvent, l'on appelle "l'érudition". Cela ne dérange personne et tout est pour le mieux. Malheureusement, lorsqu'on prétend écrire une histoire de l'Égypte, de sa religion, de son architecture, on ne peut le faire sans penser cette civilisation. Dès cet instant, qu'en est-il de l"'objectivité" ? Il conviendrait d'abord de laisser nos préjugés et nos habitudes là la porte. J'ai moi-même écrit des livres d'histoire égyptienne tout en précisant un point pour le moins important : l'Égypte n'a pas d'histoire. En quatre millénaires, cette civilisation n'a pas formé un seul historien ! En effet, l'Égypte pense l'histoire en tant que rituel. A chaque Pharaon, on revient là l'an l - ce qui, par parenthèse, a de quoi donner des cauchemars aux chercheurs d'aujourd'hui, soucieux de chronologie exacte… Donc, nous ne disposons pas de repères chronologiques. En outre, le principe, là mon sens génial, de la corégence, vient encore brouiller les pistes. Lorsque le roi régnant est proche de sa fin ou estime que son rôle s'achève, il nomme un successeur qui devient corégent et règne donc avec lui. Le vieux roi lui apprend le métier. Voilà qui est admirable ! Mais du point de vue de la chronologie, l'an XV de ce vieux roi est en même temps l'an l de son successeur… Ce qui constitue, pour nous, un casse-tête. Mais pour eux, quelle importance ? Par exemple, les récits de la mort des rois sont totalement inexistants. Cela n'intéresse pas du tout les Égyptiens Quand est survenu le décès de monarques aussi importants qu'Akhénaton ou Toutmosis III ? On n'en sait rien. On se contente de nous dire qu'il est "retourné là la lumière dont il est issu". Bref, on se satisfait de l'essentiel. Pour le reste, le fait qu'il soit mort d'une crise cardiaque là tel endroit et là tel moment ne présente pour eux strictement aucun intérêt. N. C. : En étudiant n'importe quelle grande civilisation traditionnelle, on retrouvera, dans les grandes lignes, une connaissance de type "initiatique". Vous en convenez ? C. J. : Bien entendu. N. C. : En ce cas, en quoi l'Égypte, au-delà de sa spécificité culturelle, a-t-elle quelque chose de particulier à nous enseigner ? C. J. : C'est une question que je me suis longtemps posé. En faisant de l'histoire des religions, j'ai eu l'occasion et la chance d'étudier assez profondément la Chine et l'Inde des Védas. N. C. : Dans votre livre sur Champollion, vous rapportez d'ailleurs que ce dernier fut à une époque très attiré par l'Inde. Il aurait presque pu devenir sanscritiste… C. J. : Voilà qui est tout là fait exact. Pour ma part, j'ai, comme par hasard, suivi le même cheminement. Cela dit, pour répondre là votre question, l'Égypte a ceci de particulier qu'elle frappe par sa cohérence. D'abord, le fait qu'elle ait duré quatre millénaires est tout là fait extraordinaire. Ensuite, je crois que l'Égypte nous parle d'une manière toute particulière. Prenez la Chine : on peut facilement lire Lao Tseu ou Tchouang Tseu, mais pour ce qui est de pénétrer les subtilités de l'art chinois… D'autre part, la civilisation chinoise n'est pas morte et continue là vivre sous des formes qui, évidemment, ne sont plus celles de l'ancien temps, mais dans lesquelles persiste tout de même quelque chose du passé. L'Inde vit toujours, malgré les déformations subies par sa tradition. L'Égypte, par contre, est un monde qui n'existe plus historiquement. Mais cette absence historique ne l'en rend, là mon avis, que plus présente au fond de nous-même. En l'Égypte, je vois notre source philosophique, métaphysique, mais également notre avenir. L'Égypte anecdotique a disparu, et c'est bien ainsi. Les Égyptiens l'avaient également prévu. Pour ma part, je m'efforce de connaître les détails, comment les Égyptiens mangeaient, se soignaient, car cela m'est utile sur le plan romanesque. Et puis, j'aime tant cette civilisation que rien de ce qui la concerne ne me laisse indifférent. Par contre, ne pas connaître la quantité exacte de pois chiches absorbée par Aménophis III ne m'empêchera pas de dormir. Il s'agit tout de même d'éléments se- condaires, ce qui n'est pas le cas des textes des pyramides, par exemple. Ces textes traitent de l'immortalité de l'être, de ses pérégrinations dans l'au-delà, et autres sujets qu'on ne peut guère tenir pour négligeables. N. C. : Mais en quoi la vision égyptienne de ces questions nous concerne-t-elle, nous ? C. J. : Elle nous concerne dans la mesure où sur ce plan nous sommes orphelins. Nous avons perdu la symbolique des cathédrales qui parlait précisément de cela. L'au-delà n'intéresse plus guère la religion contemporaine. Je me souviens avoir discuté avec un prêtre enseignant dans un séminaire, donc formateur de futurs prêtres. Nous nous sommes mis là parler du mal, et il m'a avoué ne pas aborder avec ses étudiants ce sujet là ses yeux "beaucoup trop vaste"… Si l'on n'aborde pas ce problème au séminaire, où donc s'en préoccupe-t-on ? Où parle-t-on de l'immortalité de l'âme, de la structure de l'être ? Moi, je vis avec ces questions, grâce là l'Égypte, qui ne cesse d 'y revenir. Voilà ce qui frappe les visiteurs une fois arrivés là-bas : ils entrent en terre d'éternité. Les monuments, la terre, les lieux les saisissent et les mettent face là eux-mêmes. N. C. : Pourtant, l'Égypte ancienne n'existe plus, du moins en apparence… C. J. : Vous savez, les Égyptiens savaient qu'il en serait ainsi. Pour eux, le temps de vie est soumis là un déterminisme absolu. On ne saurait y rien changer. Le moment de la naissance et celui de la mort sont absolument arrêtés, même s'il y a suicide. Ce suicide était "prévu". Ce déterminisme joue pour les individus comme pour les civilisations. Cela dit, une fois ces bornes de la naissance et de la mort fixées, on dispose, dans ces limites, d'une liberté totale. N. C. : Selon vous, donc, les Égyptiens connaissaient le bonheur ? C. J. : Vous savez, qu'est-ce que le bonheur ? C'est être là la bonne heure ! Et il ne s'agit pas seulement d'un jeu de mots. Aujourd'hui, les gens cherchent le bonheur, mais ils s'y prennent mal car, comme on dit, ils vont chercher midi là quatorze heures. Les Égyptiens, eux, me paraissent avoir toujours vécu là la bonne heure, sachant faire les choses quand il faut les faire. Un enfant n'est ni un adulte ni un vieillard, ni un génie ni un minus. C'est un enfant, qui doit être traité comme tel. Les Égyptiens ne répugnaient pas là donner quelques petits coups de bâton lorsqu'il le fallait. "Horreur ! " s'écrie-t-on, "foin des châtiments corporels", etc. Mais, selon moi, la question n'est pas de savoir s'il faut ou non botter les fesses d'un enfant de temps là autre ; il s'agit surtout de voir quelle éducation réelle on souhaite donner, dans quel contexte. Quel but l'éducation sert-elle ? Les Égyptiens envisageaient cette question, comme toutes les autres, en fonction d'une loi supérieure, d'un ordre de l'univers… N. C. : Justement, quelle était la place de l'homme au sein de cetordre ? C. J. : Ah, voillà une question épineuse ! En effet, l'Égypte ne met pas l'homme au pinacle. L'homme fait partie de la création, au même titre que les plantes, les animaux, les minéraux. Mais il n'occupe pas la première place. Pourquoi ? Parce que l'homme est susceptible de trahir. L'Égypte voit en lui une créature ambiguë, inachevée. Voilà pourquoi cette civilisation met tant de soin là construire ses rois. Le Pharaon n'est pas un homme politique s'appuyant sur tel ou tel parti. C'est un être façonné, construit pour respecter la règle de Maât. Qu'est-ce que cette règle ? On pourrait dire qu'il s'agit d'une coudée du maître d'oeuvre, d'une règle servant là construire les édifices afin qu'ils tiennent d'aplomb. Cela n'est pas non plus sans rapport avec le gouvernail, puisque les Égyptiens parlent du "navire de l'Etat". Pour eux, si un être humain n'est pas en accord avec cette règle supra-humaine, universelle, il devra mordre la poussière. Le rituel, l'éducation, le temple contribuent là maintenir les êtres en accord avec la loi de Maât. L'Égypte a une obsession : bâtir, bâtir, encore et toujours. Tout est à construire : l'homme, l'intelligence humaine, le bonheur… Rien n'est donné. Cela aboutit donc là un culte du travail ritualisé. L'homme s'intègre dans un ordre. N. C. : Qu'en est-il de la femme en Égypte ? Quelle est sa place, son rôle ? C. J. : Aucune civilisation n'a donné une telle place là la femme ! D'abord, l'Égypte ne s'est jamais posé le problème de l'égalité des sexes. N'oublions pas que règne sur cette civilisation non pas un pharaon mais un couple : Pharaon et la grande épouse royale. Une femme peut parfaitement devenir pharaon, nous en avons d'ailleurs de nombreux exemples. De toute manière, le pays ne saurait être gouverné sans que l'époux et l'épouse président ensemble là sa destinée. Symboliquement, Pharaon est la grande demeure. Il est un temple dans lequel entre la population entière. Le Moyen Age n'avait pas oublié cette vieille idée : la cathédrale est un lieu ouvert où l'on enseigne, on y traite des affaires, on y intègre la vie collective de la cité… La grande épouse royale, elle, a un titre extraordinaire : elle est "celle qui a vu Horus et Seth". En effet, le roi est là la fois Horus, le maître de la Basse-Égypte, et Seth, le maître de la Haute-Égypte Ce sont deux frères ennemis qui s'entre-déchirent mais sont contraints de s'entendre. Si Pharaon est cette dualité réunifiée, il n'existe et ne peut subsister que parce que la grande épouse royale voit, et donc crée, cette dualité, dans un même être. Le couple royal est donc indissociable, et la présence de la femme absolument capitale. A tel point que l'épouse est celle qui nomme Pharaon, le légitime métaphysiquement. Tout cela n'est pas sans conséquences sur le plan de la vie quotidienne. Prenons par exemple le mariage : en Égypte ancienne, se marier consiste là se dire "nous voulons vivre ensemble" puis là s'installer sous le même toit. Voilà tout, le mariage est fait. Et l'on divorce de la même manière, sans papier : "aujourd'hui, ce n'est plus possible, nous ne voulons plus vivre ensemble", et cela suffit, on est divorcé. N. C. : Voilà qui est par contre on ne peut plus moderne… C. J. : A ceci près, et la nuance est d'importance, que les cas de divorce sont très rares. La famille étant là l'image de celle des Dieux, il importe qu'elle tienne le coup. Les Égyptiens ne s'encombrent pas de papiers et de procédures administratives en cette matière, mais ils n'en prennent pas pour autant les choses là la légère. La femme étant considérée comme physiquement moins forte jouit de gros avantages testamentaires. Si elle divorce, elle se verra garantir un minimum de sécurité matérielle. Bref, nous avons I là un modèle tout là fait intéressant… De même, sur le plan du sacré, les prêtres hommes et femmes ont chacun leur place bien spécifique, mais ils s'allient et se complètent. N. C. : Toute cette harmonie suppose que chacun adhère à un ordre… C. J. : Justement, la grande idée de l'Égypte est que nous n'avons pas là croire mais là connaître. Je veux bien que les gens aient des croyances, mais est-ce si intéressant ? Selon l'Égypte, ce n'est pas parce que vous croyez là la vie éternelle que celle-ci vous sera garantie. Il importe de connaître. N. C. : Et donc d'étudier… C. J. : Certes. Si vous n'avez pas étudié tel texte, telle formule, vous vous exposez là quelques ennuis de l'autre côté… Entrons dans le symbole : une fois passé de vie là trépas, vous allez vous trouver nez à nez avec un démon là tête d'âne muni d'un couteau qui va vous dire : " Alors, quel est mon nom ? " Si vous ne pouvez répondre, les choses vont mal tourner pour vous… (rires) Au-delà du côté "folklorique" des démons là tête d'âne, cette symbolique est en prise sur la vie. Nous nous trouvons tous confrontés là des épreuves qu'il nous faut cerner, nommer. L'horreur est de ne pouvoir nommer. A partir du moment où on identifie les choses, une part du chemin est déjà parcourue. L'Égypte considère que la même chose se passera dans l'au-delà. Vous vous trouverez devant une porte qu'il vous faudra nommer. Si vous n'avez pas étudié, tant pis pour vous, vous ne passerez pas. Pour l'Égypte, le processus vital est une succession de portes ou d'épreuves. Si l'on est armé, si l'on a travaillé, acquis une science de l'être et des symboles, tout ira bien. Je ne prétends pas que toute la population égyptienne ait été composée de savants et d'érudits. Elle comportait autant de crétins que la France contemporaine. Mais de manière générale, l'accent n'était pas mis sur les mêmes choses. N. C. : Vous voulez dire que les priorités n'étaient pas les mêmes ? C. J. : Exactement. Qu'est-ce qui, aujourd'hui, est tenu pour important ? Votre compte en banque, la politique, l'économie… Au cours des dernières campagnes électorales, je n'ai entendu personne faire référence au sacré. En revanche, c'est I là la seule valeur essentielle que Pharaon doive défendre. Il doit aussi faire de l'économie et du social ; mais son premier devoir est de construire le temple, dont tout découle. En effet, le temple constitue le coeur de la cité. Les paysans y apportent leurs produits, pour que le temple leur décerne un label de qualité, avant que les denrées ne soient redistribuées. Le temple se fait fort, en cas de famine, de disette ou de catastrophe, de nourrir la population. Tout cela pour dire que le sacré n'est pas un vague concept mais une réalité concrète. La primauté qui lui est donnée se traduit par un souci d'harmonie, des couches les plus élevées du peuple jusqu'aux plus basses. Voilà une conception qui me paraît grandiose. Elle a en tout cas donné une civilisation digne de ce nom. N. C. : Croyez-vous que le christianisme soit né en Égypte ? Vous le laissez entendre dans Champollion… C. J. : Je me trouvais il y a trois semaines I là où il est né, là Hermopolis, en moyenne Égypte, où l'on peut voir un grand couvent dans lequel la sainte famille aurait séjourné. D'autre part, il suffit de regarder une carte de géographie pour constater que Jérusalem, le Jourdain et autres lieux saints sont très proches de l'Égypte Le premier monastère chrétien a été fondé par Pacôme, en Égypte A cet égard, un problème se pose dès le départ : faut-il être moine dans le désert et ne rencontrer personne ? Ou faut-il être moine dans un couvent et travailler ? L'Égypte donne les deux recettes. Il y a toute une tendance cénobitique avec la fuite au désert, tendance que l'on peut bien comprendre lorsqu'on connaît l'Égypte Un jour, je le sais, je n'en reviendrai pas. Je me mettrai sur le bord du désert, je m'arrêterai I là, et tout s'arrêtera en même temps. C'est ce que Castaneda appelle si bien "stopper le monde". Là-bas, c'est très facile, on est soumis là cette extraordinaire tentation du désert. Je dirais même qu'il est terrible d'y résister. N. C. : Vous avez personnellement senti cet appel ? C. J. : C'est ma grande tentation. J'écrirai un jour un livre sur le désert, que je porte en moi depuis quelque temps. En fait, le désert n'est pas désert. Je comprends que beaucoup se soient laissé aspirer par cette force… Mais d'un autre côté, il faut vivre. La civilisation pharaonique encourage ceux qui ont perçu cette dimension là se mettre au travail, plutôt qu'à tout laisser tomber. D'où les monastères de Pacôme dans lesquels il y a un temps pour la prière et un temps pour le travail. Ce qui aboutira directement là la règle de saint Benoît. Je n'ai pas encore eu le temps de l'écrire et de le démontrer, mais, selon moi, la règle de saint Benoît remonte aux règles des temples égyptiens. Cela dit, on ne peut pardonner au christianisme le travail de sape accompli par les missionnaires. Les Égyptiens, eux, n'exportaient pas la spiritualité. Chez les Hittites, ils parlaient hittite. Quand Toutmosis III colonise la Syro-Palestine et le Liban, il met en place des gens du cru. Les prélèvements économiques auxquels il procède ne s'accompagnent pas d'une mainmise religieuse. Voilà une attitude plus juste. Par contre, comment admettre le génocide des Indiens d'Amérique du Nord, le génocide de l'Amérique du Sud, de l'Afrique noire ? Il nous faudra bien des années pour payer pour ces méfaits, et le pendule est en train de basculer de l'autre côté, tous ces forfaits nous reviennent en pleine figure. En quatre mille ans d'histoire égyptienne, je ne peux vous citer aucune guerre de religion ! Pour des raisons que je ne prétends pas analyser maintenant, le christianisme a subi une perversion, et là l'heure actuelle, là mon sens, le modèle de l'Église ne fonctionne plus. Or, l'homme dans la cité ne peut subsister harmonieusement sans les rites, sans se nourrir d'une symbolique… N. C. : Vous écrivez en regardant la télévision ? Mais qu'écrivez-vous donc, à ce moment-là ? C. J. : Cela dépend. Il peut s'agir d'un rapport, d'une fiche, voire d'un chapitre de roman… Je garde mes antennes ouvertes, au cas où quelque chose d'intéressant se produirait. N. C. : Que deviennent les sentiments, au milieu de tout ce travail ? C. J. : Selon les Égyptiens, connaître la plénitude, c'est être "dilaté de coeur". L'homme qui a raté sa vie est "étroit de coeur". Pour ma part, tout mon travail est l'expression d'un sentiment, d'une passion. Oeuvrant, je donne. Y a-t-il mieux là faire que de créer, de donner ? Je ne sais ce qui restera de mes travaux, de mon oeuvre. Pas grand-chose, peut-être. Mais j'aimerais que demeure au moins une idée : attention, il faut que le coeur continue là battre. Et le coeur, c'est le sacré. Voilà ce qu'il faut absolument transmettre, faire sentir. J'y travaille. Et j'essaie d'être bien dans ma bonne peau de résurrection. L'important est qu'il y ait adéquation entre le travail et l'être.
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b
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