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Témoignage d'internaute trouvé sur france2
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Une interview d'un des plus grands écrivains contemporains et une date à retenir : le 8/10 sur la cinq. Exit le fantôme" (Gallimard) est un de vos plus grands livres depuis "Opération Shylock" et "Le Théâtre de Sabbath", mais c'est un livre terrible sur l'âge, la littérature, la politique. Diriez-vous que c'est un livre très politique ? Si vous l'entendez dans le sens d'une littérature engagée, je dirais non. Mais l'histoire que je raconte là se passe à un moment très important politiquement, la réélection de George W. Bush, en 2004. Il m'a semblé que, pour les jeunes gens en particulier, c'était un événement qu'il était bon de souligner. Et personne ne l'avait vraiment fait. Le père de Billy, l'un de vos personnages, dit avoir voté Bush "pour Israël". Etait-ce un point de vue très partagé dans la communauté juive ? Soyons clairs : 80 % des juifs américains votent démocrate. Dans les 20 % restant, ceux qui ont voté Bush l'ont fait pour Israël en effet, comme le père de mon personnage. Vous semblez considérer que, depuis 1963, l'Amérique a de la malchance. Notre histoire aurait été différente sans tous ces assassinats. D'abord John Kennedy, puis son frère Robert, et Martin Luther King. Tout cela a propulsé le pays dans une tout autre direction. Mais George Bush n'était pas de la malchance. Il a été élu et réélu. La malchance a été l'élection de 2000, qu'il n'avait pas vraiment gagnée. Ce qui était étonnant - et assez incompréhensible - et désespérant pour les personnages de mon roman, c'est sa réélection, après quatre ans de sa politique. Est-ce qu'Obama est enfin une bonne chance ? Assurément, mais il arrive dans une période mondialement très difficile. Zuckerman, le héros qui est souvent une sorte de double pour vous, est assez pessimiste sur l'avenir de la littérature. Tout comme Lonoff, le grand écrivain oublié. Sa compagne Amy mentionne une exposition à la grande bibliothèque publique de New York sur les écrivains importants du XXe siècle, où ne figurent ni Faulkner ni Hemingway. C'était un festival de politiquement correct. Gertrude Stein et pas Hemingway, Edna St. Vincent Millay, mais pas Faulkner. On a atteint l'apogée du ridicule. Le choix avait été fait par les libraires. Amy envoie une lettre au "New York Times" où elle prédit la fin de l'ère littéraire : "Il fut un temps où les gens intelligents se servaient de la littérature pour réfléchir. Ce temps ne sera bientôt plus." Est-ce votre avis ? Oui, je pense que, désormais, les gens qui lisent et écrivent sont une survivance, presque des fantômes. Certes, il y a encore quelques personnes qui lisent vraiment, mais elles sont rares. Lire ce n'est pas acheter des livres et tourner les pages. Lire demande une très singulière concentration. Alors il est plus facile de renoncer et de s'amuser avec tous les gadgets technologiques qui existent aujourd'hui, toutes les distractions auxquelles on peut avoir accès sur son ordinateur, son iPhone, etc. Vos personnages tiennent les journalistes pour responsables de cette entreprise de destruction de la littérature. Zuckerman, et là il vous ressemble, dit même "Je n'avais plus le chic pour me rendre agréable aux journalistes, si tant est que je l'eusse jamais eu". Dans Exit le fantôme, mes personnages déplorent que les journalistes culturels ne s'intéressent pas vraiment aux livres, à ce qui fait la singularité de la fiction, mais préfèrent parler autour, chercher le petit détail biographique, la supposée source de tel ou tel propos et noient le livre sous de telles considérations. Quand ils n'écrivent pas de manière péremptoire sur des auteurs dont ils ont lu un seul livre et ne connaissent pas l'oeuvre. Zuckerman est aussi très hostile aux biographies d'écrivains, "une seconde mort", dit-il. Est-ce votre avis ? Il est surtout hostile au personnage du biographe d'Exit le fantôme, Kliman, qui veut écrire une biographie à scandale de Lonoff. Mais je ne partage pas ses propos généraux sur la biographie. Vous-même avez un biographe, Ross Miller, le neveu d'Arthur Miller. Où en est-il ? Je ne sais pas. Nous avons longuement parlé ensemble. Certainement plus de vingt heures. Maintenant il voit d'autres gens. Je ne m'en occupe pas. Son travail lui appartient. C'est son affaire. Zuckerman a reçu des menaces de mort écrites sur des cartes avec la photo du pape Jean Paul II. Pourquoi ? Ce n'était pas un geste d'hostilité envers ce pape. J'ai simplement trouvé l'idée amusante. Une bizarrerie qui m'a plu. Vous considérez "Exit le fantôme" comme un livre sombre, où vous n'avez plus, dites-vous, l'exubérance qui caractérisait beaucoup de vos romans, à commencer par "Portnoy". Vous vous dites plus sobre, pourtant votre ironie, vos critiques sur la société, votre portrait à charge du biographe Kliman, sont dans le droit-fil de toute votre oeuvre. Quand je dis sombre, c'est pour insister sur le fait que c'est un roman sur le désespoir. Tous les personnages sont, d'une certaine manière, désespérés. Pour différentes raisons. C'est un livre sur l'âge, le vieillissement, la perte d'énergie. Pourtant Zuckerman tombe une nouvelle fois amoureux. De la jeune Jamie, qui veut devenir écrivain. Amoureux, non. Il est séduit, presque fasciné par cette jeune femme. Mais il sait que tout cela est fini pour lui, qu'il ne peut plus le faire. Est-ce vraiment la fin du cycle de Zuckerman ? Oui. J'en suis certain. J'ai écrit neuf livres avec lui. Depuis Exit le fantôme, j'ai écrit trois livres. N'y figurent ni Zuckerman ni un autre de mes héros, Kepesh. C'est un défi d'inventer de nouvelles personnalités, cela demande du travail. Je n'ai plus envie de retourner vers mes anciens personnages, je préfère aller de l'avant. Dans "Exit le fantôme", Zuckerman relit Joseph Conrad, notamment "La Ligne d'ombre". Conrad est-il un auteur qui compte pour vous ? A deux moments de ma vie, il a été important. Quand j'ai commencé à écrire je l'ai beaucoup lu, et je considère La Ligne d'ombre et aussi Le Nègre de Narcisse comme de grands livres. Depuis trois ans, je le relis, et je relisais La Ligne d'ombre quand j'écrivais Exit le fantôme. Je relis beaucoup de grands écrivains que j'avais lus dans ma jeunesse, Hemingway, Faulkner, Tourgueniev, Dostoïevski… Je ne veux pas mourir avant de les avoir relus. Et Henry Miller ? Vous dites avoir beaucoup appris de lui. C'était un homme libre. Quand il a écrit Tropique du Cancer et Tropique du Capricorne, il n'existait rien de tel dans la littérature américaine. Pas seulement parce qu'il abordait ouvertement la question sexuelle. Mais pour toute sa manière de parler du corps, du rapport au corps. Vous estimez qu'à chaque fois que vous commencez un nouveau livre, vous êtes un amateur. On peine à vous croire. Pourtant, c'est vrai. Chaque fois que je commence un livre, et je vais avoir à le faire maintenant, je suis terrifié. Les trois ou quatre premiers mois sont terribles. Bien sûr, j'ai déjà écrit. Mais jamais ce livre-ci. Peut-être est-ce différent pour d'autres écrivains. Toutefois je crois que pour beaucoup les débuts sont difficiles. Dans "Exit le fantôme" vous dressez une liste des questions stupides qu'on pose aux écrivains, par exemple : "Où trouvez-vous vos idées ? " Mais l'une d'elles n'est pas si stupide : "Comment savez-vous qu'un livre est fini ? " C'est assez facile. A un moment, vous savez que vous êtes allé aussi loin que possible et qu'il n'y a plus rien à faire. C'est fini. Le but du roman est de mettre en lumière un problème humain, de présenter ce problème correctement. Et, à un certain moment, vous savez que vous l'avez fait. Cela fait partie de ce qu'un écrivain sent, sait faire. A la fin du livre, vous n'êtes plus un amateur, vous êtes un professionnel. -------------------------------------------------- ------------------------------ Philip Roth est l'invité de l'émission "La Grande Librairie" animée par François Busnel, le 8 octobre sur France 5, à 20 h 35.
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265885
b
Moi aussi !
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