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Loupé, le coche ? comment savoir ?

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 27/03/11 | Mis en ligne le 17/05/12
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Bonjour, Aujourd'hui, mal de cou intense. J'étais chez ma compagne, mais j'ai passé une mauvaise nuit : cauchemars stressants, où j'étais poursuivi par des gens qui voulaient ma peau. Me suis réveillé cassé, crevé, et avec la méga douleur, celle qui cloue pour la journée. J'ai pris des trucs contre ça, ils n'ont guère été efficaces. A la fin, suis parti chez moi, histoire d'allumer un peu mon feu, et m'occuper de mes petits chiens. Je voudrais vous dire ce qui me pèse, et je ne suis pas seulement sûr de trouver les mots. Je vais toutefois essayer… Je suis pris par moments d'une nostalgie carabinée, l'impression désagréable d'avoir loupé le coche. Je l'ai déjà dit, je suis, depuis toujours, un créateur, et donc un grand rêveur. Si j'ai réussi à publier des romans dans lesquels je m'étais lancé dans l'insensé projet de créer tout un monde, et si j'y suis parvenu, c'est qu'il y a une bonne dose d'imaginaire, et d'inconscience sans doute, chez moi. Qui plus est, romans qui furent remarqués par la critique, puisque on a fait référence, en me lisant, à mes deux modèles majeurs, Philip K. Dick et James Ellroy. J'ignore si à présent j'aurais à nouveau cette inconscience, cette envie folle de faire sans se soucier des conséquences, sans se poser la question de la viabilité, de la rentabilité. Mes projets en musique ont lamentablement échoué, le pan "arts plastiques" et "infographie" en est à ses balbutiements, quand au plan littéraire, il en est resté à ces romans qui ont fait fort, mais depuis, une bonne dizaine d'années a passé, et beaucoup considèrent qu'en tant qu'auteur, je suis lessivé. A tort, à raison ? Je l'ignore. Je m'étais lancé dans un autre projet, comme toujours très ambitieux (trop, peut-être) , et qui faisait appel à l'histoire. Je me suis coltiné des bouquins et des documentaires en pagaille, pour constamment buter sur la complexité du sujet (l'organisation interne de la SS sous le Troisième Reich, pour être précis) , et me retrouve avec un cadavre de roman sur les bras, des personnages bien structurés, une foule d'anecdotes et d'idées intéressantes, de trouvailles sur le plan du style, de descriptions très bien rendues, de personnages secondaires croqués sur le vif, mais une difficulté à déterminer correctement la trajectoire de mes deux protagonistes principaux : qui était à quel endroit quand, quelle unité a fait ceci ou cela, à quelles conditions mes personnages auraient pu entrer dans ces unités, enfin, quand on connaît un tant soit peu le sujet, on se rend compte que c'est très complexe, puisque bourré d'abréviations qui se ressemblent toutes et faisant référence à l'Allemand, langue que je ne pratique pas, de formations qui changent de nom ou de chef, qui se rassemblent ou se dissocient dans le temps, et se rapportant à un processus qui, dans l'ensemble, a donné lieu à peu d'ordres écrits, mais plutôt à des consignes orales, qu'on a tenté ensuite de minimiser, chacun voulant faire porter le chapeau à son prochain, lors du procès de Nuremberg. Bref, le projet d'englober à la fois la Shoah et l'opération Barbarossa dans une vaste saga sous forme d'imposant pavé me parait, pour l'instant, au point mort. J'ai tout en tête, mais me manque le plan concret de "carrière" de mes personnages, que je n'arrive pas à préciser, et qui bloque tout le processus. Mais revenons à ce qui, personnellement, me préoccupe. Peut-être y aura-t-il parmi vous quelqu'un que ça interpellera, et qui sentira en lui un écho, une idée, un quelque chose émerger, et m'en fera part. Sait-on jamais ? Il y a des créations, des oeuvres, qui m'interpellent fortement et semblent constitutives de mon envie de créer. Un lien de très forte filiation, qui toujours me ramène sur les rivages de ces oeuvres, qui sont comme des piliers, incontournables, sur lesquels je semble m'être construit. Je ne parlerai pas d'avantage de Dick, qui fut celui qui m'a donné envie d'écrire. Qu'on sache simplement qu'à certains moments de ma vie, je lis et relis son chef-d'oeuvre, "Substance mort", roman sur la drogue, mis en scène récemment sous son titre originel (A scanner Darkly) et qui me bouleverse, par sa faculté à rendre présents et émouvants les personnages. Bouquin que j'ai offert à tant de gens que je ne pourrais plus dire combien. Histoire poignante d'un homme qui finit par perdre son identité, ne plus savoir qui il est vraiment. Ce qui prédomine, en ce qui me concerne, est le lien de filiation. Je me sens proche de Dick, comme si je l'avais connu, et ce qui émerge le plus, c'est justement le fait de ne pas l'avoir connu personnellement, que je regrette. Il formait, avec Kevin W. Jeter et Anthony Boucher, une sorte de trio délirant (Emmanuel Carrère raconte ça très bien dans sa biographie de Phil Dick) et je regrette de ne pas avoir fait partie de cette bande d'allumés. Il y a comme ça des oeuvres, des périodes, des gens, dont je regrette d'avoir été exclus. Un sentiment d'incomplétude, donc. Idem, c'est Hans Rudi Giger et Ron Cobb, et leur travail pour le film Alien qui fut le déclencheur premier de mon envie de créer des volumes, de peindre à l'aérographe, etc. Ce fut ensuite le 20000 lieues sous les mers de Richard Fleischer, que j'avais vu gamin mais que j'ai redécouvert il y a quelques années, qui m'a poussé à créer mes sculptures et les images que peins actuellement. Il y a comme ça quelques références qui sont comme un monde inaccessible, inimitable, auquel je tends, sans arriver à en égaler la qualité. En fait, chaque découverte MAJEURE pour moi, sert à la fois de fondement sur lequel, dans une période essentielle, je me suis construit. Constitue aussi un défi, par sa perfection, parce qu'on se dit, je n'arriverai jamais à faire aussi bien. Et déclenche une nostalgie, un sentiment d'exclusion, car on se dit : de cette aventure, je n'en ai pas fait partie. Ces objets culturels me hantent, me fascinent, servent quasiment de talisman. Il me suffit d'ouvrir Substance mort et en lire quelques pages, pour me sentir comme un poisson dans l'eau, dans mon élément. Regarder quelques plans de 20000 lieues sous les mers ou écouter la musique du film, et tout à coup je me sens chez moi, dans mon monde. Idem en ce qui concerne le film de Jeunet et Caro, "Delicatessen", dont j'ai disséqué les vingt premières minutes dans les moindres détails, à l'époque où j'avais un projet de court métrage avec mon ami Ber, celui qui m'a formé à l'informatique musicale et graphique, mon mentor, si on peu dire. Quelqu'un qui a perçu tout de suite mon potentiel créatif et m'a mis le pied à l'étrier. Oui, ces objets constituent un talisman, un "pare-excitation", auraient dit les psychologues cliniciens, une sorte de "doudou", d'endroit où on se sent en accord avec soi-même, en sécurité. Sécurité, mais insécurité aussi, car ils constituent un défi. Par exemple, je peux passer des jours entiers sur une image, et elle sera parfaite à la fin. Mais ce ne sera qu'une image, pendant que d'autres créent des films, avec des décors qui fonctionnent, qui bougent, et une histoire, des personnages, le tout en 24 images par seconde, pour une durée d'une heure et demie environ. Je ne suis qu'un petit bricoleur dans son coin, un mec seul, isolé, un peu perdu, qui fonctionne dans le "mieux que rien"… Ce que je fais est de qualité (je déteste le côté cheap, bouts de ficelles) , mais ça reste le boulot d'un petit artisan, un minuscule échantillon de ce que j'aurais pu faire si certaines rencontres avaient porté leurs fruits (par exemple, quand j'ai proposé à Jeunet de bosser pour lui, et qu'il n'a pas donné suite). Ce sentiment est incommensurablement plus fort quand j'écoute Magma, parce qu'à un moment donné, monter sur scène avec une musique aussi belle, forte, étrange, a été un but essentiel, le premier, celui qui comptait le plus. Donc Magma me remue jusqu'aux tréfonds, d'abord par sa musique, qui est pour moi bien plus que musique. Ensuite, par la nostalgie qui m'étreint, me dire que je vis loin de ça, alors que c'est ça qui me passionne. Je voudrais faire partie de cette équipe, de cette aventure, et par comparaison, ma vie me parait bien prosaïque, étriquée. Ferais-je du Bovarysme ? Le fait est qu'il y a comme ça des moments où je suis dans ce que je crée, et je me rends compte qu'à mon niveau, moi aussi je fascine certaines personnes. Et à d'autres, je me vois comme un petit joueur, qui fait mumuse dans son coin, qui ne donne pas le centième de sa pleine mesure. Manque de confiance en soi ? Manque de moyens ? Manque d'audace ? Incapacité à savoir convaincre, se vendre ? Je me sens, je nous sens, tous ou presque, englués dans les problèmes matériels. Moi c'est ma machine à laver foutue, d'autres ce sera les problèmes d'argent, la voiture qui déconne, le petit dernier qui est malade, etc. Englués, tous, dans des trucs pas forcément passionnants, et qui pourtant pèsent sur notre quotidien… Et moi, quand j'étais jeune, je me disais que ma vie serait PASSIONNANTE, forcément, parce que j'avais bien senti, saisi, que j'étais un créateur. Naïvement, je me disais, puisque je suis créateur, tout ceci n'est qu'une question de temps, il ne peut en être autrement. Maintenant, je pense autrement. En termes de gâchis. Avant, je me disais, si Dieu (ou qui que ce soit, la Vie, peut importe) m'a donné ces dons, alors forcément on s'en rendra compte et c'est ce que je ferai plus tard. Maintenant, je raisonne en termes de gâchis. C'est un peu comme à l'armée, on fout le mécano à la corvée de patates, on dit au cuisinier d'aller graisser les fusils… Le n'importe quoi, le boxon global. Oui, sans doute qu'on m'a donné quelque chose que d'autres n'ont pas. Mais le monde n'en a rien à foutre, il est dans l'indifférence totale. Déjà, il y a des pays où on laisse les gens crever de faim ou de maladie, pourquoi donc se préoccuperait-on des talents perdus, des vocations qui prennent l'eau ? Reste qu'à certains moments, je retrouve intacts ces joyaux, ces talismans, la musique de Christian Vander, celle de Robert Fripp, ou de Steve Reich. Ou encore les films que j'ai mentionnés, ou certains romans qui m'ont profondément marqué, notamment beaucoup de ceux écrits par Serge Brussolo, qui m'a plus d'une fois interpellé au plus profond, comme s'il les avait écrits pour moi… Et je me dis : je n'ai pas participé à ça, je suis resté hors-jeu. Il y a des gens qui ont commencé tôt, à la trentaine ils ont déjà joué dans des films, ou publié des romans qui les ont fait connaître, ou monté des formations, gravé des disques… Et moi, à cinquante balais et des poussières, j'ai le sentiment d'être toujours sur la case départ et surtout, d'avoir loupé l'essentiel. Trop tard, maintenant. Et puis, mon état de santé me parait assez dégradé, ce qui n'aide pas pour se sentir entreprenant. J'ai souvent été fédérateur. Je rassemblais des gens autour de moi. Des personnes qui se rendaient bien compte que j'avais un "quelque chose" en plus, que j'avais des trucs à cracher. Du jus, des idées, une intention, une démarche. Mais ça n'a jamais rien donné de probant. Surtout en musique. Maintenant, je me retrouve très très isolé, seul et en perdition, avec certes ce que je fais, qui est de qualité, mais l'idée que quoi que je fasse, ça restera pétard mouillé. Que j'ai loupé le coche. Que cette filiation que je me suis imaginé, entre moi et d'autres, des Dick, Brussolo, Ballard, Jeunet et Caro, et d'autres, n'était qu'une illusion. Ou en tous cas, que si elle ne se traduit pas dans le concret, si elle n'aboutit pas à un mouvement, une prise de conscience des autres, elle ne sert à rien et n'a pas plus de réalité qu'une illusion. Un créateur qu'on ignore reste un anonyme. Il y a des gens qui sont très bien comme ça (mon ami Ber me disait qu'il connait un peintre qui ne veut pas montrer ses tableaux, les garde pour lui, on ne les voit qu'incidemment, quand il veut bien recevoir) , mais moi ça n'est pas mon profil. L'impression qu'une aventure, palpitante, passionnante, se produit tous les jours, dans certains endroits (studios de cinéma, ou maisons de production de disques, ou autres) et que pendant ce temps, moi, je surnage à peine de mes difficultés d'argent, de survie au quotidien, et que jamais je ne sortirai de cette ornière, de cet espèce de statut de vieux rêveur, d'ours perdu au fond des bois. Le sentiment de louper quelque chose d'important. De perdre du temps. De s'éparpiller. D'être isolé. D'avoir les capacités, comme beaucoup qui font. Mais de ne pas connaître ceux qui pourraient tirer parti de ces capacités, qui pourraient me dire : banco, ça marche, on s'y met. Je n'arrive pas bien à l'expliquer. Mais ça m'oppresse. Je fais mes petits zinzins dans mon coin, comme un bricolo du dimanche. Mais ça reste des peccadilles. Voilà mon sentiment. J'essaie vainement de cultiver ça, de voir et revoir 20000 lieues sous les mers, pour m'imprégner de ces décors grandioses, du Nautilus designé par Harper Goff, oui, j'entretiens la machine à rêver, à concevoir. Mais comme un mec paumé dans son coin, comme il en existe… tant. Combien ? Je ne sais pas, mais à mon avis, il doit y en avoir des tapées. Et surtout, question : ai-je quelque chose de plus qu'eux, ou ne suis-je qu'un rêveur parmi d'autres, quelqu'un loin d'avoir le niveau, qui ne devrait pas penser à tout ça et devrait se contenter de ce qu'il a ? Ai-je ou pas l'envergure à la hauteur de mes aspirations ? Comment le savoir ? Peut-on se voir objectivement ? Et puis, quand on sait à quel point la chance, la capacité à se vendre, les contacts et opportunités, viennent jouer dans tout ça, on relativise, il y a pas mal de gens qui ont réussi aussi parce qu'ils étaient au bon endroit au bon moment. Moi j'ai l'impression que soit j'ai eu l'endroit, soit le moment, mais jamais les deux à la fois… En d'autres termes : sommes-nous créateurs de notre vie, ou pas ? Il y a des gens qui disent : plus tu penses à ce que tu désires, plus tu le concrétises. Oui, mais a contrario, plus tu y penses, plus tu te mets en attente et tu entretiens la souffrance, la frustration. Non ? Est-ce que nous créons notre monde, à force d'y croire, ou est-ce que croire n'est pas une illusion qu'on entretient, et le monde, au fond, n'en a rien à foutre de nous, ni de rien, d'ailleurs ? Bon, j'arrête de vous saouler. Peut-être que ces interrogations sont stériles. Mais voilà, ça me trotte en tête et fallait que j'en parle, un jour ou l'autre. A vous, Ubik.
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255971
b
Moi aussi !
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