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Obsession.

Témoignage d'internaute trouvé sur forumados - 17/07/11 | Mis en ligne le 08/04/12
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Obsession. Nicolas croqua dans le toast qu'il venait de tremper dans son chocolat, écoutant la radio d'une oreille distraite et souriant de temps à autres aux plaisanteries des animateurs. Encore mal réveillé, il finit son petit_déjeuner et prit une douche tiède avant de se brosser les dents, puis répondit à un sms qu'il avait reçu dans la nuit en se rasant. Il envoyait énormément de sms, adorant ces messages brefs qui lui permettaient de rester toujours en contact avec ses amis, une façon d'être avec eux sans l'être totalement. De plus, même quand il n'avait plus de crédit, comme c'était d'ailleurs le cas, il pouvait toujours en envoyer autant qu'il voulait même s'il ne pouvait pas passer d'appels. "Vivement que je sois renouvelé" , songea-t-il. Quand il eut finit son rituel matinal, il s'aperçu qu'il lui restait une dizaine de minutes avant de partir. Il s'assit à la table de sa cuisine et lu le journal de la veille, écoutant fugitivement les pas des gens qui passaient devant sa fenêtre et les bribes de conversations qui lui parvenaient. En effet Nicolas habitait un appartement au rez-de-chaussée, ses fenêtres donnaient donc directement sur la rue. Il s'était souvent amusé des barreaux qui séparaient les vitres de la rue : si ceux-ci n'étaient pas nombreux, ils empêchaient à coup sur n'importe qui de rentrer ou de sortir de l'appartement par les fenêtres. Quand il était plus petit, Nicolas jouait à passer sa tête entre les fines barres d'aciers mais la fois où il avait failli rester coincer lui avait fait passer l'envie de recommencer. Quelques minutes plus tard il fut l'heure de partir. Il empoigna son sac, sortit et pris soin de bien fermer la porte d'entrée à double tour. Son appartement donnant sur le hall de l'immeuble, son père, avec qui il vivait seul, lui avait répété maintes et maintes fois à quel point il était important de bien fermer la porte, car on ne sait jamais quel genre d'individu peut rentrer dans un hall d'immeuble. Il fit donc, comme tous les jours, deux tours dans la serrure avant de se mettre en route. Comme chaque matin depuis le début de l'année, le jeune homme rejoignit le quai de la ligne 6 du métro parisien, puis s'installa dans un des sièges du wagon quand celui-ci arriva, observant les gens sans leur prêter une réelle attention. A 7 heures du matin dans le métro se côtoyaient des gens très différent, des étudiants qui comme lui commençaient tôt les cours, des ouvriers, des employés ou encore ceux qui, épuisés, dormaient contre la vitre affalés sur la banquette des sièges à 4, finissant la soirée de la veille. Il observait les gens, cet homme en costume gris qui parlait d'une voix autoritaire dans le kit main libre de son téléphone, manifestement en train de jongler entre les bilans financiers et les cours de la bourse, ou plus loin une jeune fille légèrement plus âgée que lui qui envoyait un sms, tapotant frénétiquement sur son écran tactile. Non loin d'elle se tenait, debout, un jeune homme qui agitait son IPhone en scrutant l'écran, sûrement en train de jouer à un jeu de voiture. Quelques stations et quelques pas plus tard il arriva devant sa fac de droit, ou ses camarades formaient groupes inégaux, certains fumant la première cigarette de la journée, d'autres écoutant de la musique, ou riant à une plaisanterie. Il aperçut Sam et Antoine, deux de ses meilleurs amis, et se dirigea vers eux. -Salut ! Lança-t-il. Ses amis l'accueillir chaleureusement. -Yo, dit Sam. Ça va mec ? -Ouais ! -T'as fait le commentaire en droit civil ? Lui demanda Sam. -J'ai commencé hier à lire le texte mais j'ai pas attaqué encore, et toi ? -Oui j'ai essayé vite fais de faire un plan, il est vraiment pas évident. Sam était très préoccupé par les cours, alors que Nicolas et Antoine prenaient les choses plus doucement. Nicolas regarda l'heure sur son portable et constata qu'il était bientôt l'heure de s'y rendre. -Bon, les gars je vous laisse, on se voit dans une heure à la pause clope ! -ça marche mec, à toute à l'heure ! Lui lança Antoine. Ils n'avaient pas choisi la même option au début de l'année, et n'avaient donc pas cours ensemble. En fait Nicolas n'aimait pas trop ces deux heures du mercredi matin, car il ne connaissait personne dans cet amphithéâtre et étant d'un naturel assez timide, il restait toujours seul. Il voyait les gens parler, rire et s'amuser pendant le cours et se sentait isolé, donc mal à l'aise, parmi les 300 inconnus qui peuplaient l'amphi. Heureusement qu'une pause de 10 minutes séparait les 2 heures, moment qui lui permettait de rejoindre ses amis. Comme à son habitude il s'installa en silence au troisième rang, sorti ses affaires et démarra son ordinateur. De nombreux étudiants s'étaient déjà installés et un brouhaha dominait l'amphi. Derrière lui un jeune homme et deux filles discutaient, hilares. Nicolas tendit l'oreille et constata que les inanités dont ils parlaient étaient assez proches de celles qui les amusaient ses amis et lui, et il aurait bien aimé se joindre à leur discussion, mais n'osait pas. Reclus, il redoutait le regard des autres qui s'amusaient et bavardaient alors qu'il restait seul, isolé. Pour se distraire un peu et pour faire passer le temps plus vite, il avait pris l'habitude, comme la grande majorité des étudiants de l'amphi, de laisser son téléphone à côté de son ordinateur et d'envoyer des sms à ses amis, eux aussi en cours. Il avait paramétré son téléphone exactement comme il le souhaitait : le vibreur était juste assez puissant pour que lui seul le sente, et il avait désactivé tous les signaux qui l'agaçaient, comme celui lui signalant que la batterie était faible. Il n'avait jamais compris l'intérêt de ce signal intégré à tous les téléphones, puisque de toute façon si la batterie était faible le fait que l'appareil le lui rappelle toutes les 5 minutes en vibrant ne pouvait qu'accélérer son déchargement, autant qu'il s'en rende compte par lui-même. Le professeur arriva, arrachant Nicolas à ces considérations techniques. Le conférencier ajusta le trépied du micro que le professeur d'avant, sûrement plus grand que lui, avait relevé et commença son cours. Le silence se substitua vite au brouhaha ambiant, et très vite les seuls sont qui se firent entendre dans l'amphi furent les pianotements concentrés sur les claviers d'ordinateurs. Nicolas envoya deux ou trois sms. Il ne prenait même plus la peine se cacher car les profs, si habitués à ce comportement de la part des élèves, ne relevaient même plus l'incorrection que cela représentait. Il remarqua que la fille assise deux rangs à sa droite possédait le téléphone qu'il comptait demander à son anniversaire. L'écran de son propre portable, devenu noir, se ralluma : à peine quelques minutes après qu'il lui ait envoyé, Sam lui avait déjà répondu : "Ouais, nous aussi le cours est chiant. Mais ça va il y a une fille canon assis devant moi lol" Nicolas sourit, et interrompit quelques secondes sa prise de note pour lui répondre. Le cours se poursuivit ainsi, le portable de Nicolas se rallumant en moyenne toutes les deux minutes pour lui signaler un nouveau sms reçu, auquel il répondait instantanément. Le prof donnait son cours sur le statut de l'esclave à l'époque du bas Empire romain, et Nicolas prenait en note les dates, les chiffres et les faits. Il n'avait pas regardé son portable depuis un moment, il le déverrouilla donc et constata qu'il avait reçu un sms. Il sourit, en se demandant ce qu'allait répondre Sam à la bonne blague qu'il venait de lui envoyer. Il ne le lu pas immédiatement car le prof évoquait une partie fondamentale du cours, qui avait de forte chances de tomber le jour de l'examen : il ne voulait pas en perdre une miette. Après un moment l'écran de son téléphone s'assombrit, comme il toujours après 3 minutes d'inactivité, et le prof leur annonça qu'il était temps de prendre les 10 minutes de pause tant attendues. Les élèves fermèrent leurs ordinateurs et se pressèrent vers la sortie en haut de l'amphi. En descendant les escaliers pour qui menaient à la cour intérieure ou les étudiants se regroupaient pendant les pauses, Nicolas lut le sms qu'il avait reçu. Il fut surpris de voir que celui-ci ne provenait pas de Sam mais d'un numéro inconnu, et le fut encore plus en lisant son contenu : "Salut coquin, retournes toi je suis juste derrière toi…" Nicolas écarquilla les yeux, abasourdit. Il relu plusieurs fois le court message. Sa première pensée fut que le destinataire était une fille, soit qui lui faisait une blague, soit à qui il avait tapé dans l'oeil. Flatté et intrigué, il se retourna, mais ne vit que le flot d'étudiants qui comme lui descendaient les escaliers, sans que personne ne fasse attention à lui ou ne lui adresse un quelconque signe. Quand il arriva en bas des marches, son portable vibra, un nouveau sms venait d'arriver. "Trop tard chéri, c'était tout à l'heure qu'il fallait se retourner ! " Hébété, il se dirigea vers la cour de la fac, ne sachant que penser. Il arriva dans la cour ou ses amis se tenaient légèrement à l'écart. Sam fumait sa cigarette en écoutant Antoine lui raconter une anecdote manifestement très amusante. Il les rejoint, heureux de voir leurs visages familiers. -Alors, pas trop dur l'histoire ? Lui demanda Antoine. -Bof, c'était surtout ennuyant ! Et toi, t'as fait que de regarder la fille ? Lui demanda Nicolas en souriant. -Mec, c'est elle, là-bas, avec un pull rouge qui fume une roulée, elle est folle ! Nicolas se retourna discrètement. -Ouais elle est pas mal. Les gars vous devinerez jamais ce qui m'est arrivé ! -Qu'est-ce qu'il y a ? Il leur montra successivement les deux sms. Ils furent, comme lui, abasourdit et chacun y alla de sa théorie sur l'expéditeur mystérieux, exagérant les hypothèses, déformant tout en le prenant à la rigolade. -Je me demande trop qui s'est ! S'écria Nicolas. Tu as essayé de l'appeler ? -Je n'ai plus de crédit, je ne peux plus appeler personne ! Répondit Nicolas. -Ba passe son numéro, je l'appelle, moi ! Nicolas lui donna, et Sam essaya à deux reprises d'appeler ce numéro mystérieux mais celui-ci sonnait dans le vide, sans qu'il n'y ai de répondeur. -J'avoue, c'est bizarre, dit Sam. Au fait, ajouta-t-il après un silence, j'ai découvert une chanson géniale d'un groupe pas très connu un peu folk, ça te plairait je pense. -Le groupe s'appelle comment ? Demanda Antoine. -The Monkies, c'est très sympa. La conversation glissa ainsi sur un autre sujet et Antoine cessa d'être le centre d'attention. Il fut un peu surpris, voir déçu, que ses amis se soient désintéressés si vite de son histoire. Surtout que lui était toujours intrigué. Quelques minutes plus tard il regagna l'amphi ou le cours avait déjà repris, en se demandant qui pouvait bien être cette personne qui lui avait envoyé ces deux sms. Il s'installa en faisant le moins de bruit possible, rouvrit son ordinateur, appuya sur la barre d'espace pour rallumer l'écran et repris la prise de note, en indiquant qu'il lui en manquait un petit bout. Cet échange mystérieux l'intriguait malgré lui, et le distrayait un peu de l'ennui de ce cours. Il relu le dernier texto reçu, et, amusé malgré lui, décida de lui répondre : "T'est qui ? " Peu de temps après son portable vibra. "C'est moi qui pose les questions ici. Tu aimes les films de gladiateurs ? " Il décida de ne pas répondre, mais il ne pouvait pas nier que cela l'excitait. Un demi-sourire aux lèvres, il continua à prendre le cours. Pour une fois, quelque chose de peu ordinaire lui arrivait. Quelques minutes après son portable vibra à nouveau. "Tu déteste ce cours, pas vrai ? Allez fous toi à poil, montre nous ton corps et danse sur la table" Nicolas fronça les sourcils. Il se retourna, pour voir qui pouvait bien lui envoyer ces messages, qui utilisait son téléphone. Il balaya l'amphi du regard et fut surpris, voir choqué de ce qu'il vit. Quasiment tous les étudiants avaient leur portable posé à coté de leur feuille ou de leur ordinateur, et la plupart étaient soit en train de taper un sms soit en train d'en lire un. "ça pourrai être n'importe qui" , songea-t-il. Il se demanda pourquoi cette personne lui envoyait ces messages, et surtout que savait-elle de lui ? A nouveau, son portable vibra. "Comment il s'appelle déjà le groupe de folk qu'a découvert ton ami ? " Le coeur de Nicolas se mit à battre un peu plus fort. Cela ne l'amusait plus vraiment. Un inconnu avait eu son numéro et s'amusait à lui envoyer des sms, il connaissait son prénom et rodait manifestement autour de lui. Il décida de lui répondre : "Y veut pas me dire qui tu es ? Après on discute" Il se passa une dizaine de minutes avant que son portable ne vibre à nouveau : "Je vais t'emmener faire un tour de train fantôme" Ses mains tremblaient légèrement. Il voulut reposer son portable sur la table mais l'objet lui échappa et fit une chute de quelques centimètres avant de d'atterrir sur la table, provoquant un bruit qui se répercuta dans tout l'amphi. Le prof s'arrêta quelques secondes, lança un regard noir à Nicolas et repris son cours. De nombreux autres regards fusèrent rapidement dans sa direction, et s'en désintéressèrent aussitôt. Rouge de honte, Nicolas avait de plus en plus de mal à prendre le cours en notes. Son portable vibra encore. "Sois un peu plus discret quand tu envoies un sms" Cette fois plus en colère qu'autre chose, il se retourna brusquement pour contempler les rangs de l'amphithéâtre. Il regarda longuement le visage de chaque étudiant qui y était assis, guettant le moindre sourire en coin, le moindre regard complice. Mais personne ne faisait attention à lui, les gens écrivait frénétiquement le cours sur leurs feuille de papier ou sur leur ordinateur. Comme tout à l'heure, la plupart écrivaient en même temps des sms, en recevait, pendant que leur voisin en envoyait : cela n'avait pas de fin. Il se dit que ce mystérieux expéditeur pouvait être n'importe qui dans cette salle, ça pouvait être cette fille trop maquillée aux longs cheveux blonds qui portait un débardeur rouge, assise deux rangs au-dessus de lui, ou ce jeune homme d'origine asiatique à l'air boudeur qui tapait de ses deux doigts sur son BlackBerry, tout au fond. Ça pouvait être la fille du groupe des trois amis dont il avait écouté la conversation en arrivant dans l'amphi, depuis le début du cours elle n'avait pas lâché son téléphone. Plus que le fait de recevoir des sms, c'était le fait de se savoir épié que ne supportait pas Nicolas. A nouveau, il décida de lui répondre : "Je ne discuterai pas avec toi tant que tu ne m'aura pas dit qui tu étais" Et la réponse ne se fit pas attendre : "Tu vas vite apprendre que c'est moi qui fait les règles, pas toi" Et très rapidement un second sms se succéda à celui-ci : "Tu as peur Nicolas ? " Cette fois, Nicolas était réellement mal à l'aise. Qui était ce type, et que lui voulait-il ? Mais par-dessus tout, il se posait toujours la même question, à savoir ce que cette personne savait exactement de lui. Que savait-il à son sujet, en plus de son numéro et son prénom ? Depuis combien de temps cette personne l'observait-elle sans qu'il le sache ? Le moindre geste que faisait Nicolas, un grattement, un étirement, le fait de jouer avec son stylo, tous ces mouvements anodins qu'il faisait sans même s'en rendre compte devenaient conscients et prenaient une toute autre importance, puisqu'ils étaient épiés, guettés. Il ne répondit pas, essayant de se calmer. Nicolas tenta tant bien que mal de se concentrer sur le cours mais il avait un mal fou à suivre ce que disait le prof, ses mains tremblaient et il notait les mots sans les écouter, écrivant des phrases sans queue ni tête. Au cas où "il" serait en train de l'observer, il faisait le plus d'efforts possible pour ne rien laisser paraitre de son malaise. Mais il se surprit à regarder l'écran de son téléphone d'une manière presque obsessionnelle, guettant malgré lui un nouvel sms. Il trouvait cela si frustrant, de savoir que celui qui lui jouait cette sale farce était là, dans cette salle, peut-être à quelques mètres de lui, et il n'avait aucun moyen de le démasquer. Il se retourna à nouveau, et cette fois quelques visages se levèrent pour le regarder, étonnés de le voir se retourner aussi souvent. Un nouvel sms arriva. "Déshabille-toi" Et encore un autre : "Tu es allé au cinéma récemment ? " Nicolas y était il y a deux jours, lundi après-midi et il se demanda si "il" le savait. Il regardait l'heure sans arrêt, les minutes semblaient durer des heures. Il n'avait qu'une envie, c'était de sortir de cette salle et d'être libre de ses mouvements, il se sentait prisonnier, à voir tous ces gens autour de lui, incapables de comprendre ce qui lui arrivait. Le pire était de ressentir cette agressivité sans savoir vers qui la diriger. Il se gratta machinalement le nez et passa la main dans ses cheveux. Il se demanda si "il" avait surpris ces quelques gestes. Il sentait presque son regard posé sur lui. Ses mouvements étaient épiés, observés avidement. Il ne s'était jamais sentit aussi vulnérable, comme dans ces cauchemars ou quelque chose d'horrible nous arrive et où l'on est pourtant incapable de crier ou de prononcer le moindre son. Un troisième sms arriva après plusieurs longues minutes. Nicolas sursauta. Les mains toujours tremblantes, il déverrouilla son téléphone pour le lire, presque à contre coeur. Il fut rassuré de voir que c'était Antoine qui lui demandais si il avait reçu d'autres sms du numéro mystérieux. Nicolas reposa son portable sans lui répondre. Un peu plus tard, celui-ci vibra à nouveau et cette fois il s'agissait à nouveau du numéro inconnu : "Tu ne me réponds pas… pourtant je sais que tu me lis. Pourquoi ce silence ? " En relevant les yeux, il constata un étrange mouvement à sa droite. La fille qui possédait le téléphone qu'il comptait demander à son anniversaire l'avait reposé juste au moment où il avait fini de lire le sms. Il regarda son écran du coin de l'oeil : elle avait laissé son téléphone sur l'écran des sms envoyés/reçus, et les messages qu'elle avait envoyé semblaient, a vue d'oeil, être à peu près de la même longueur que ceux qu'il avait reçu de la part de ce numéro mystérieux. La fille en question était rousse, et semblait d'avantage intéressée par ses textos que par le cours du prof. Afin de faire un test, il envoya un sms au même numéro : "ça t'amuse ? Tu ferai moins le fier si je te disais que je sais qui tu es" A peine quelques secondes après, le portable de la fille vibra. Elle s'en saisi et lu le sms qui venait de lui parvenir. Elle y répondit, et reposa son portable. Quelques secondes plus tard celui de Nicolas vibra, cette fois le sms disait : "ça, ça m'étonnerai Nicolas… j'aime t'observer" Il en était sûr à présent, c'était cette fille qui lui envoyait ces messages. D'un côté, un immense soulagement l'envahit car il savait enfin qui était ce piètre farceur. Il trouva subitement l'atmosphère moins pesante, son angoisse se calma, ses épaules s'affaissèrent et tout son corps se détendit. Il se sentait si mal il y a encore quelques minutes, il avait eu l'impression de devenir fou, à ne pas savoir qui lui envoyait ces textos. "Elle doit être complétement folle je ne vois pas d'autre explication" , songea-t-il. Il n'avait en effet jamais vu cette fille auparavant, et comme les autres étudiants présents dans cet amphi, elle était pour lui une parfaite inconnue. Néanmoins il eut un petit sourire en coin, il se sentait plus en confiance, maintenant qu'il avait identifié l'expéditeur mystérieux, ou plutôt l'expéditrice. Il reprenait le contrôle. Antoine tourna la tête et la regarda avec un sourire complice, qui disait silencieusement "j'ai compris ton manège" . Il la fixa un moment avec cette expression dans l'attente d'une réaction mais elle ne lui prêtait aucune attention, entièrement accaparée par son ordinateur et son téléphone. Décontenancé, il cessa de la regarder. Il mourrait d'envie de l'interpeller, de lui demander qui elle était et pourquoi elle faisait ça. Il regarda l'heure sur son portable : il restait 20 minutes avant la fin du cours. 20 longues et interminables minutes, après quoi il lui sauterait littéralement dessus pour avoir des explications, et il était prêt à être assez agressif s'il le fallait : après tout, elle lui avait vraiment fait peur, il voulait à tout prix comprendre pourquoi elle avait agi ainsi. Il reprit le fil du cours et recommença à taper, pressé de raconter cette étrange histoire à ses amis et surtout de questionner cette fille. Il souriait intérieurement, s'amusant à présent de la frayeur qu'il avait ressentie quelques minutes auparavant. Son portable vibra, il lut le sms : c'était le même numéro mystérieux : "Il y a une fille qui te regarde au 6e rang, je crois que tu lui plait. Tu devrais aller lui parler" Le portable de la fille rousse était resté posé sur la table depuis 5 minutes. Ça ne pouvait donc pas être elle qui lui envoyait ces sms, puisqu'elle n'avait pas touché à son téléphone. Ce que Nicolas avait cru voir ne pouvait alors être qu'une coïncidence. Le sang de Nicolas se glaça quand il réalisa qu'il était sur le point d'attendre cette pauvre fille à la sortie pour lui sauter dessus et lui demander des explications alors qu'elle n'avait rien fait. Elle l'aurait pris pour un cinglé et il se serait ridiculisé, il aurait peut-être même eu des ennuis. "J'étais convaincu que c'était elle" frémit Nicolas. En accusant cette fille il avait cru que cette histoire était terminée. Manifestement ça n'était pas le cas. 15 longues et pénibles minutes plus tard, Nicolas sortit, sentant sa peau se détendre au contact de l'air frais, heureux d'avoir quitté cet amphi sombre et surchauffé. Le cours s'était terminé sans qu'il ne reçoive d'autres sms. Il avait décidé d'ignorer ces messages, espérant qu' "il" se lasserait. Alors qu'il s'éloignait de la fac et se dirigeait vers le métro, il senti son téléphone vibrer dans sa poche. Encore un texto. "J'aime ta façon de marcher. Regarde bien à ta droite, coquin, il y a une surprise" Nicolas s'arrêta brusquement de marcher, furieux. Il regarda à sa droite, il y avait une boulangerie devant laquelle des gens faisaient la queue en attendant leur tour, rien d'extraordinaire. Il se retourna, scrutant chaque personne, regardant chaque fenêtre, guettant le moindre regard, le moindre indice. Mais, comme dans l'amphi, les gens passaient, entraient dans les magasins ou en sortaient, sans lui prêter la moindre attention. Un groupe de fille passa juste à côté de lui, elles discutaient avec énergie, manifestement surexcitées. Il reprit sa marche, regardant chaque personne comme un suspect potentiel. Il jetait des coups d'oeil à sa droite toutes les 3 secondes, se demandant pourquoi le type lui avait dit ça. Mais il n'y avait rien à droite, et cela le rendait malade d'obéir malgré lui aux ordres de ce destinataire mystérieux, mais il le devait, au cas où il y aurait vraiment eu quelque chose à voir. Mais il ne constata rien d'intéressant, se demandant pourquoi "il" lui avait dit de faire ça. Il se sentait furieux de l'avoir fait. En descendant les marches pour s'engouffrer dans les couloirs du métro, Nicolas se demanda ce qui se serait passé s'il avait lu au bon moment le tout premier sms, qui lui disait de se retourner. Il aurait peut-être vu le visage de ce cinglé. Ou alors il n'aurait rien vu, pas plus qu'il n'avait vu quoique ce soit en regardant à droite sur son trajet. "Peut-être qu'il savait que cette partie du cours était importante et que je ne regarderai mon portable qu'une fois dehors" songea Nicolas, en frémissant, alors qu'il arrivait sur le quai. Son métro arriva, et, peu tranquille, il s'assit sur la banquette des sièges à quatre, calant sa tête contre la vitre. Il constata alors une pointe de méfiance dans les yeux de tous les gens qui le regardaient. Interloqué, il se regarda son reflet dans la vitre et prit soudain conscience de son expression faciale : sans qu'il s'en soit aperçu, son visage affichait une expression amère et agressive. Il essaya de se calmer, tentant de retrouver une façade plus sereine. "Au moins dans le métro je suis tranquille" songea-t-il. Comme pour lui répondre, son portable vibra : "C'est très sympa comme ligne la 6" Affolé, Nicolas lu et relu cette simple phrase, anodine et pourtant dangereusement suggestive. Son portable vibra encore. "Et ton papa, il vas bien ? " A nouveau il releva brusquement la tête, abordant un regard fou : cela pouvait être n'importe qui, cette femme d'âge mur qui parlait au téléphone d'un air grave, cet homme en costume qui écoutait de la musique et battait la mesure en tapotant son doigt contre son portable, ou ce jeune homme qui envoyait un sms. Ou bien quelqu'un qui se trouvait dans le wagon d'en face, ou à l'arrière du sien, ou sur le quai. L'âge ne lui donnait aucun indice. "N'importe qui peut rentrer dans un amphi" Songea Nicolas. Il imaginait qu' "il" avait dû le voir, toute la matinée, lancer des regards fous à tout le monde, paniqué, et qu'il devait bien s'amuser. C'était d'autant plus perturbant que Nicolas ne savait comment réagir : devait-il rentrer dans son jeu, ou bien tenter de lui faire peut en le menaçant, au risque de s'attirer les foudres d'un fou ? Nicolas ne reçut plus rien durant le trajet. Il arriva devant son immeuble, tapa le code d'entrée, passa la porte et, une fois arrivé dans le hall de l'immeuble, il fit quelques pas en direction de la porte de son appartement et passa la clé dans la serrure. La clé fit deux tours, ce qui signifiait que son père n'était pas là. C'était étonnant car il ne travaillait pas le mercredi et était toujours présent quand Nicolas rentrait de la fac. Le jeune homme ferma les yeux, respira calmement, tentant de chasser les scénarios angoissants qui l'assaillaient. Son père était allé faire les courses, ou poster une lettre, voilà tout. Il regarda l'écran de son portable et fut rassuré de voir qu'il n'avait pas reçu de nouveau message. Nicolas pris quelque chose à grignoter a la cuisine, puis s'installa à son bureau, démarra son ordinateur et entrepris le commentaire d'arrêt dont il avait parlé ce matin avec Antoine. Il avait un mal fou à se concentrer, et ne comprenait pas pourquoi son père n'était toujours pas là : le mercredi était son jour de pause dans la semaine et en général il en profitait pour dormir, ou rester à la maison et se reposer. Nicolas alla voir dans la chambre de son père et vit que son lit était défait. Ne parvenant pas à travailler, il envoya quelques sms à Antoine, regarda la télé ou erra sur Facebook, mais il n'était pas tranquille. A 13 heures son père n'était toujours pas là. Nicolas avait plusieurs fois essayé de l'appeler sur son portable mais il ne répondait pas. Inquiet, il décida d'envoyer un sms au numéro mystérieux, il n'était pas du tout rassuré par le fait qu' "il" ait évoqué son père dans le métro. Mais il ne cessait de repenser au fait qu'il lui ait dit de regarder à droite durant le trajet entre sa fac et le métro, il n'y avait absolument rien à droite, il pouvait encore être en train de bluffer. Mais il pouvait aussi être sérieux. Nicolas ne savait plus quoi penser. "Qu'est-ce que tu veux ? " , lui envoya-t-il. La réponse ne se fit pas attendre. "Je veux jouer, Nicolas. Tu veux jouer avec moi ? " Nicolas répondit, décidant d'adopter une autre stratégie. "Non. Laisse-moi tranquille ou je porte plainte. J'ai les sms, j'ai ton numéro, j'ai tout. Tu es dans la merde, gars." Il espérait lui faire peur, car il avait entendu que souvent les maniaques qui pratiquaient ce genre de harcèlement étaient aussi très lâches et craignaient par-dessus tous les forces de l'ordre. Mais "il" répondit : "Tu me fais rire, je suis décidément bien tombé avec toi. Porte plainte ! Je t'en prie Nicolas ! Mais moi je vais jouer avec toi" Nicolas ressentait toujours cette agressivité insupportable, et ne savait contre qui la diriger, et cela l'énervait encore plus. Mais il avait peur, en même temps. Il était maintenant 14 heures, et son père n'était toujours pas là. Il commençait à être réellement inquiet. Sa mère était en voyage et était injoignable, il n'avait personne à qui en parler. A 14h15, il entendit une clé rentrer dans la serrure de sa porte d'entrée. La porte s'ouvrit doucement, et son père apparu dans l'embrasure. -Papa ! Tu es la ! Cria Nicolas en lui sautant au cou. -En voilà un accueil ! Dit son père, amusé. Eh oui, je suis là ! Quelque chose ne va pas ? -Non, tout vas bien, j'étais juste un peu inquiet. - Il me semble que je te l'avais dit, que ce matin j'avais une réunion exceptionnelle avec des collègues au bureau, non ? -Non, tu as du oublier. -Désolé mon grand, dit son père en lui passant la main sur la tête et lui ébouriffant les cheveux. Il faisait ça depuis que Nicolas avait 12 ans, et maintenant qu'il en avait 19 Nicolas et lui avaient gardés cette habitude qu'ils affectionnaient tous les deux. Ils discutèrent un peu pendant que son père buvait son café, puis Nicolas, plus détendu, regagna sa chambre et entama sérieusement son commentaire. Il s'était résolu de ne rien dire à son père. Après quelques heures, il décida de prendre une pause et en profita pour faire des recherches sur internet à propos du harcèlement téléphonique. "La voilà la solution ! " S'exclama-t-il en tombant sur un site web qui expliquait comment bloquer un numéro afin que celui-ci soit incapable de nous joindre, en aucune manière. Il savait que c'était possible mais cette solution ne lui était simplement pas venu à l'esprit, n'ayant jamais été confronté à ce type de problème auparavant. Il entra donc le numéro du sinistre farceur dans la rubrique "numéro à bloquer" de son téléphone, un sms fut envoyé automatiquement à son opérateur et un message lui parvint pour confirmer que ce numéro ne pourrait plus jamais le joindre, à moins qu'il en décide autrement. Malgré cette mesure prise, Nicolas ne se sentait pas parfaitement à l'aise à l'idée qu'il ne saurait peut être jamais qui était cette personne, et surtout qu'elle continuait peut-être à l'épier comme elle semblait le faire. Il regarda l'heure, constata que l'après-midi était déjà bien entamée, et qu'il était plus que temps de se remettre au travail. Dans les jours qui suivirent, Nicolas rendit son commentaire d'arrêt qu'il pensait avoir réussi et sympathisa avec une fille dans son TD, Sarah, qu'il avait remarqué il y a quelques temps déjà. Il pensait de moins en moins à son mystérieux expéditeur, et sa vie semblait reprendre son cours normal et même prendre une tournure très agréable. Il ne reçut plus aucun sms de ce numéro mystérieux et se félicita d'avoir pris la décision de le bloquer. Il s'était résolu à aller voir la police dans une ou deux semaines, quand la quantité de travail qu'on lui donnait se serait un peu réduite et qu'il aurait une après-midi de libre. Mais plus la semaine avançait moins le souvenir de cette horrible journée occupait son esprit. Il allait à la fac avec le sourire, voyait ses amis et dans l'amphi essayait le plus souvent possible de s'assoir à coté de Sarah, avec qui il s'entendait vraiment bien. Les choses allèrent ainsi jusqu'à samedi. Le matin, son chargé de TD, qui corrigeait toujours les copies très rapidement, lui rendit son commentaire, auquel il avait eu 16. L'après-midi, ses amis et lui décidèrent de profiter du soleil au parc qui juxtaposait son université. C'était un vaste espace couvert de larges pelouses bordées de grands arbres, ou les étudiants aimaient venir se détendre, apportant quelques sodas ou une guitare. Nicolas avait proposé à Sarah de se joindre à eux et était ravie qu'elle ait accepté. Assis en un cercle approximatif Nicolas et ses camarades se reposaient, entourés de nombreux autres groupes de jeunes. Ils entendaient à leur droite le doux bruit de la fontaine du parc, le frottement des cailloux sous les pas des promeneurs qui passaient non loin de la, et un grand soleil illuminait les arbres qui juxtaposaient la pelouse. Sam jouait de la guitare, la cigarette au bec, pendant qu'Antoine disputait une partie de cartes avec l'une de leurs amies, et Nicolas, rêveur, écoutait Sarah lui parler de ses projets pour les vacances. Pendant qu'elle parlait, Nicolas jetait des coups d'oeil discrets sur sa main posée à quelques centimètres de la sienne, et luttait avec lui-même pour trouver le courage de poser sa main sur la sienne. Alors qu'il engageait un énième compte à rebours dans sa tête au terme duquel il se jura de le faire, il sentit son portable vibrer dans sa poche. "Excuse-moi" , dit-il à Sarah d'un air entendu, elle lui répondit en souriant. Il déverrouilla son téléphone, un sms était arrivé, d'un nouveau numéro qu'il ne connaissait pas. "Elle est pas mal, la petite. On lui dit ce que t'as fait hier soir, tout seul devant ton ordinateur ? " Le coeur de Nicolas manqua un battement et un effroi envahi son corps. Il frissonna malgré la chaleur ambiante. Machinalement il passa ses amis en revue, le regard vide, ne sachant que penser. Il surprit alors Sam du regard à ranger précipitamment son téléphone, un demi-sourire au coin des lèvres. -C'est toi ? Lui demanda-t-il d'un ton presque hystérique. C'est toi qui m'envoie ces messages ? -De quoi tu parles ? Lui demanda Sam, qui semblait réellement interloqué. -Qu'est-ce que tu viens d'envoyer, la ? Hein ? Pourquoi tu as rangé ton téléphone aussi vite ? -ça te regarde pas, qu'est-ce qui t'arrives Nico ? -Ouais, du calme, mec ! Renchérit Antoine. Nicolas le fixa à son tour. Il était peut être aussi dans le coup. Après tout cela collait parfaitement, eux seuls pouvaient en savoir autant sur lui et ils étaient dans sa fac. De plus c'est Sam qui avait appelé le numéro mystérieux, étant donné que Nicolas n'avait pas de crédit, Sam aurait très bien pu faire semblant de ne pas entendre de répondeur. -Fais voir ton téléphone, ordonna Nicola à Sam, d'une voix autoritaire et sans appel. Fais voir ton téléphone. -Non, je vois pas pourquoi je ferais ça ! Répondit celui-ci. -Fais voir ton putain de téléphone ! Hurla Nicolas, en se rapprochant de lui. -ça va, montre lui ton téléphone, cria Antoine. A contre coeur, Sam lui tendis, en baissant les yeux. Nicola s'en saisit sous les yeux de ses camarades interloqués et alla immédiatement consulter l'écran des sms. Sam venait d'envoyer un sms à une amie à lui ou il faisait une blague osée. C'est pour ça qu'il avait eu un sourire. Ce n'était pas lui qui envoyait ces messages. En fouillant dans les sms plus anciens il tomba sur des messages suggestifs que Sam et Sarah s'étaient envoyés, il comprit alors pourquoi Sam avait refusé de lui passer son téléphone. Mais le fait que son meilleur ami ait dragué la fille qui l'intéressait lui paraissait curieusement secondaire. -Tiens… dit-il en rendant à Sam son portable, les mains tremblantes. -Désolé, mec, dis Sam en baissant les yeux. -ça va, tranquille, répondit Nicolas en se forçant à sourire. Comment Sam pouvait-il se douter que le problème de Nicolas était autrement plus grave que leurs petites histoires d'étudiants ? Il reprit sa discussion avec Sarah, qui, bien qu'un peu décontenancée par son attitude, repris bien vite le fil de ses pensées et recommença à parler. Mais Nicolas n'était pas tranquille, il se sentait à nouveau observé. De temps à autres il jetait des regards furtifs aux alentours, essayant de repérer un comportement anormal ou quelqu'un qui les observait de loin, n'écoutant plus du tout Sarah. Mais le regard appelle le regard, et les gens se retournaient parfois en sentant qu'il les scrutait, alors Nicolas, gêné, détournait la tête, et Sarah se demandait pourquoi il était ailleurs. Nicolas, qui ne rentra chez lui que vers 19 heures, fut surprit de trouver sa porte d'entrée fermée à double tour. Il l'ouvrit, constatant l'absence de son père, et se souvint qu'il sortait ce soir-là et ne rentrerai qu'au matin. Même s'ils ne parlaient pas trop de ces choses-là, Nicolas se doutait qu'il était chez son amie. Il fila directement dans sa chambre pour ajouter Sarah sur Facebook, car il ne l'avait pas encore fait. Il avait noté son nom sur un post-il qu'il colla machinalement contre son armoire à vêtements qui était juxtaposée à son bureau. C'était une armoire ancienne qui prenait une place considérable dans sa chambre, mais il avait toujours eu la flemme de la sortir pour la remplacer par un meuble plus commode. Et puis il s'y était attaché au fil du temps, quand il était petit il s'amusait à se cacher à l'intérieur. Il s'était souvent demandé s'il pourrait encore maintenant y entrer complètement et fermer la porte. Il en doutait, étant donné sa taille actuelle, mais cela n'était pas impossible. Une fois qu'il eut ajouté Sarah en amie, il téléchargea un film en prévision de sa soirée, discuta un moment avec Antoine sur Facebook et consulta ses mails. Sans qu'il puisse dire exactement combien de temps s'était écoulé depuis qu'il avait allumé le PC, Nicolas se rendit compte que dans son empressement il avait posé la clé de l'appartement sur son bureau, sans la remettre à sa place, dans le pot en verre à l'entrée ou son père et lui avaient pour habitude de ranger leurs clés respectives. Il prit donc le trousseau et se dirigea vers l'entrée pour le déposer dans le pot. Mais quand il arriva devant la porte, son sang se glaça et le trousseau lui échappa des mains, tombant dans un bruit sourd contre le parquet. La porte d'entrée était très légèrement entrouverte. D'un geste il la poussa et retentit le bruit rassurant des rouages d'une porte blindée qu'on ferme. Cependant il ne comprenait pas comment cela avait pu arriver. Après tous les sermons que son père lui avait faits à propos de la porte, pas une seule fois il n'avait oublié de la fermer en quittant l'appartement, et encore moins en y entrant. Il essaya de se remémorer les gestes qu'il avait eu en arrivant dans l'appartement, mais, trop obsédé par Sarah et les évènements de cette après-midi, il n'y avait prêté aucune attention. De plus il pensait constamment à ce type sans visage qui à travers les sms s'intéressait à lui d'une façon malsaine. "Allons c'est ridicule, j'ai oublié de la fermer en arrivant parce que j'étais distrait, c'est tout" Plusieurs minutes plus tard, Nicolas parvint à se calmer et décida de mettre de la musique tout en se préparant à manger, afin de réchauffer un peu l'ambiance. Il se cuisinait des pattes qu'il accompagnerait d'une sauce bolognaise toute faite et d'une montagne de fromage rappé. La perspective de manger devant un bon film le détendit un peu et lui redonna le sourire. Il alla néanmoins voir la porte, celle-ci était toujours fermé, il la poussa avec la main, juste pour être sûr. "Je deviens paranoïaque" , songea-t-il en souriant à moitié. Quand les pattes furent prêtes, il les versa d'abord dans la passoire, puis dans la casserole, avant de s'en servir une portion. Il ajouta la sauce et le fromage, pris des couverts, un verre et une bouteille d'eau. Les bras ainsi chargé il se dirigea vers sa chambre, ou il disposa son assiette et le reste sur son bureau encombré de papiers en tout genre, prêt à manger devant son ordinateur ou il regarderait le film qu'il venait de télécharger. Il avait tout organisé pour son petit confort et s'apprêtait à passer une soirée reposante. Mais en s'asseyant, prêt à lancer son film et à se régaler avec ses pattes, il se rendit compte qu'il avait oublié le sel. Agacé, il soupira et se leva de son fauteuil pour aller à la cuisine, ou il ouvrit le placard au-dessus du four ou était rangée la salière, la pris, mais en refermant le placard il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Un son très aigu lui sifflait dans les oreilles, sans qu'il puisse précisément savoir de quoi il s'agissait. Le sel à la main, il se dirigea vers le salon d'où semblait venir le bruit. En entrant dans la pièce, ce qu'il vit lui fit l'objet fort qu'il faillit en répandre le contenu sur le parquet. La télévision était allumée sur un canal vide : elle affichait de la neige. Le coeur de Nicolas se mit à battre plus fort. Il éteint la télévision, puis se retourna, scrutant chaque recoin, chaque mouvement suspect. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Machinalement, il déverrouilla l'écran de son téléphone et constata qu'il avait reçu un sms d'un numéro nouveau inconnu. Les mains tremblantes, il le lu. "Ton papa ne rentrera pas ce soir Nicolas, on a toute la soirée pour jouer" Cette fois, il commençait réellement à avoir peur. Il se précipita vers la porte d'entrée, tenta de l'ouvrir mais la poignée ne bougeait pas. Il semblait qu'elle avait été fermée de l'extérieure. Fébrile, Nicolas pris la clé dans le pot et tenta de la passer dans la serrure, mais il eut un sursaut horrifié en voyant ce qu'il tenait dans la main : ce n'était pas sa clé. C'était une clé très similaire à la sienne, mais néanmoins différente, il en était sur : la preuve en était qu'elle ne tournait pas dans la serrure. Il réessaya plusieurs fois d'ouvrir la porte mais celle-ci ne bougeait pas. Il ne comprenait pas comment cette clé s'était retrouvée la, ni comment la télévision s'était allumée toute seule. Instinctivement il se saisi de son portable mais se rappela qu'il n'avait plus de crédit, et ne pouvait donc plus appeler. Affolé, Il se précipita au salon et tenta fébrilement d'attraper le téléphone fixe. Incapable de se maitriser, il fit tomber l'appareil plusieurs fois avant de parvenir à s'en saisir correctement. Etonnamment, celui-ci semblait plus léger que d'habitude. Ignorant cette constatation, il entreprit de composer le numéro d'urgence. Mais à ce moment-là, les lumières s'éteignirent. Le panneau électrique se trouvait dans l'entrée, ou Nicolas se tenait il y a quelques secondes. Tenant toujours le téléphone dans la main, il retourna près de la porte d'entrée et ouvrit le bloc électrique qui se tenait juste à côté de celle-ci : des câbles avaient été sectionnés. Il entendis des bruits de pas. "Il est chez moi" Songea Nicolas, horrifié. Mais son téléphone fixe marchait sur batterie, il pouvait encore téléphoner. Légèrement rassuré par cette idée, il composa le numéro de la police mais n'entendit aucune tonalité. Pris d'un doute, il enleva la coque arrière de l'appareil et mis ses doigts dedans : la batterie avait été enlevée. Le téléphone, devenu inutile, lui glissa des mains et s'écrasa sur le sol. Nicolas, dos à la porte d'entrée, scrutait la pénombre, terrifié. Sa maison, son foyer, l'endroit où il se sentait le plus en sécurité sur terre était devenu un piège mortel duquel il devait à tout prix s'échapper. Les formes et les couleurs avec lesquelles il avait grandi, ce canapé rouge trop grand, le tableau accroché dans le couloir, prenaient avec la pénombre des allures disproportionnées, entourés d'ombres menaçantes. Un silence de mort pesait sur tout l'appartement. Soudain, un grand bruit retentit en provenance du salon. Nicolas sursauta si fort qu'il en perdit l'équilibre un instant. C'était comme si l'on faisait dégringoler quelque chose. Le fait de ne pas pouvoir identifier précisément l'origine de ce bruit le rendit pour Nicolas encore plus angoissant. Cela ressemblait à des billes que l'on fait rouler sur le parquet mais aussi à quelque chose qu'on frotte très fort contre le sol. Un bruit de verre brisé retentit, cette fois dans la cuisine. Nicolas tourna la tête si fort qu'il se tordit un muscle du coup, mais il était trop effrayé pour ressentir la douleur. "Ils sont plusieurs" Comprit-il avec angoisse. Transpirant et au bord des larmes, il s'écria d'une voix forte : "Qui est là ? Montrez-vous ! Qu'est-ce que vous voulez ? " Mais sa voix se perdit dans le silence oppressant qui avait envahi sa maison. Il essaya de nouveau d'ouvrir la porte d'entrée mais celle-ci était toujours bloquée. Affolé, il marcha lourdement jusqu'à sa chambre, le seul endroit qui lui semblait encore offrir un semblant de sécurité. Il avançait lentement, n'y voyant presque rien, se repérant en longeant les murs. Il accéléra le pas, soucieux de mettre le plus de distance possible entre lui et le salon ou la cuisine. Ces pièces, autrefois si rassurantes, synonymes de délicieux gouters ou de longs après-midis passés à regarder ses dessins animés préférés, étaient devenues des gouffres terrifiants d'où il pouvait sortir n'importe quelle horreur. Nicolas se sentait pris au piège, mais aussi violé dans son intimité. Il ne possédait pas d'endroit plus intime que cet appartement et le fait de savoir des étrangers dedans le mettait presque à nu. Arrivé dans sa chambre, il ferma immédiatement le loquet que son père avait fait installer quelques années auparavant. Mais c'était un loquet léger et Nicolas était certain qu'il ne résisterait pas à un ou deux coups de pieds. Cette fois plongé complètement dans le noir, Nicolas utilisa la fonction lampe de poche de son téléphone pour s'éclairer et s'assurer qu'il était bien seul dans sa chambre. Il fouilla les lieux une dizaine de minutes afin de s'assurer qu'il était seul, et son téléphone pour l'éclairer affichait un écran blanc avec la luminosité poussée au maximum. Une fois qu'il en fut à peu près sûr, il s'assit sur son siège de bureau et se pris la tête dans les mains, tentant de se calmer. Il devait réfléchir à une solution pour se sortir de là. Machinalement, son regard se posa sur le calendrier qui était légèrement éclairé par la lumière du téléphone : on était le 8 juin. "Le 8 mai ! Songea-t-il ! Je suis renouvelé le 7 ! Ça veut dire que j'ai du crédit, je peux appeler ! " Nicolas se souvint alors que même sans crédit, il était possible d'appeler les numéros d'urgence. N'en ayant jamais eu besoin, ce détail lui avait échappé. Il entendit un nouveau bruit, cette fois venant de la salle de bain, on aurait dit une sorte de claquement. Le fait d'avoir du crédit lui permettrait de joindre directement le commissariat qui se trouvait à deux rues de chez lui. S'il arrivait à les joindre, les policiers pourraient être là dans moins de deux minutes, bien plus rapidement que le numéro général de la police. Les mains tremblantes, il chercha sur son bureau le tract en carton ou se trouvait la liste de plusieurs numéros utiles dans son arrondissement, comme celui d'un plombier, d'un artisan, ou du commissariat le plus proche. Un bruit sourd se fit entendre contre la porte. Affolé, d'un geste il précipita par terre son assiette de pattes, son verre et tout ce qu'il avait déposé sur son bureau au début de la soirée. Toujours éclairé par la forte lumière de son portable, il chercha parmi les innombrables feuilles qui jonchaient son bureau, dont certaines avaient été tachées de sauce bolognaise. Il n'avait qu'une seule main car de l'autre il tenait son téléphone. "Mais ou est-ce qu'il est ? " Hurla mentalement Nicolas, au bord de la crise de nerfs. Un second coup ébranla la porte. Le verrou sorti légèrement du mur mais tint bon. Nicolas scruta le verrou quelques secondes : "Il pourrait le faire sauter en une fois, mais il prend tout son temps" Songea-t-il en frémissant. Il avait beau retourner tous les documents qui trainaient sur son bureau, cette carte demeurait introuvable. Il était trop tard à présent pour composer le numéro général de la police, le temps qu'il parle à quelqu'un et que la personne contact le commissariat le plus proche, il serait déjà trop tard. Il lui fallait à tout prix ce bout de carton. A bout de nerfs, Nicolas retourna un à un les tiroirs qui composaient son bureau, en versant le contenu sur le meuble. Il ne trouva rien dans le premier tiroir. Il retourna le second, tout en se maudissant de ne pas avoir rangé son bureau quand son père le lui avait demandé. Un troisième coup sourd résonna contre la porte. Nicolas entendit un craquement sec : le verrou, devenu inutile, était à présent quasiment détaché du mur. Nicolas accéléra le mouvement si tant est que cela fut possible, mais ne trouvait pas. Il arriva au dernier tiroir dont il déversa également le contenu, mais il eut beau chercher, il ne trouva pas ce tract. Il sentit alors son portable vibrer. Sans pouvoir s'en empêcher, il ferma la fonction lampe de poche et lu le sms : "Très sympa ta maison, on va repeindre les murs" Sur le chemin de la résignation horrifiée, Nicolas remis la lampe de poche et contempla l'immense tas d'affaires qui s'était formé sur son bureau. La carte ne pouvait être que la. Il entendait presque la respiration de celui qui se tenait derrière la porte, et celui-ci avait commencé à gratter avec son ongle le dos de la porte, provoquant un grincement aigüe insupportable. Nicolas était terrifié. Soudain, il eut un éclair de génie. "Dans mon manteau ! " Se dit-il. Il y avait de fortes chances pour qu'il ait machinalement glissé la carte dans son manteau d'hivers, à l'époque où il l'avait prise, manteau qu'il n'avait pas porté depuis plusieurs mois. Il se précipita vers son placard, mais son pied s'écrasa contre un bout de verre de l'assiette qu'il avait renversé quelques minutes auparavant. Il hurla de douleur quand le sang jailli de son pied mais ne s'arrêta pas. Les crissements d'ongles contre la porte devenaient de plus en plus insistants. Ce son transperçait les oreilles de Nicolas. Il ouvrit son immense armoire à la volée, se précipita à l'intérieur et en ferma la porte juste au moment où il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir violemment. "Il" était à présent dans sa chambre. "Il ou eux" , songea Nicolas, effaré. Dans le noir, pouvant à peine bouger, les épaules écrasées entre les parois de l'armoire, la tête inconfortablement baissée à cause du plafond trop bas et sentant son pied qui saignait de plus en plus, Nicolas parvint difficilement à atteindre de la main la poche de son manteau qui était accroché à la barre latérale. Il fouilla de longues minutes mais celle-ci était vide. De l'autre côté de la porte, des bruits confus lui parvenaient, dont un très distinctement : le bruit de lames qu'on aiguise. Les mains tremblantes, il fouilla dans l'autre poche dans un mouvement désespéré, et sa main se posa sur une fiche en carton. Pris d'un immense espoir, il la sortit et la plaça sous la lumière de son portable : c'était bien la fiche qu'il cherchait, il posa immédiatement les yeux sur le numéro du commissariat. Il poussa mentalement un rugissement de bonheur. Il eut du mal à placer son portable sous ses yeux tant l'espace était étroit, mais quand il y parvint il effleura l'écran afin de quitter le mode lampe de poche et de composer le numéro. Il en saisi les trois premiers chiffres, mais avant qu'il put aller plus loin, le voyant de notification devint rouge et il lu très distinctement sur l'écran : "Batterie épuisée" Et avant que l'écran de son téléphone ne s'éteigne complètement, il crut entendre un ricanement de l'autre côté de la porte.
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