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Quand et pourquoi les etats-unis ont changé de position sur le tibet.

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Lisez et Apprenez !!! Quand et pourquoi les Etats-Unis ont changé de position sur le Tibet. Domenico Losurdo. 1. Les États-Unis, le dalaï-lama et les bouchers indonésiens. Seuls l'intervention de la flotte américaine en 1950 et le recours de Washington dans les années suivantes à la menace nucléaire peuvent empêcher l'armée populaire dirigée par les communistes de compléter la libération et l'unification du pays, en fermant ainsi pour toujours un des chapitres centraux de l'histoire de la "Chine crucifiée" . En plus de la sécession du parti Communiste Chinois insérait d'ailleurs cet événement dans un chapitre dédié à l' "évolution intérieure" du grand pays asiatique . Désormais au contraire, la gauche et en Italie même Il manifesto et Liberazione semblent aussi engagés à soutenir le séparatisme. C'est aussi à ce détail que l'on peut voir le triomphe idéologique, au-delà du triomphe militaire, remporté par les États-Unis dans la Guerre froide. Avant que celle-ci n'éclate, Washington n'éprouvait aucune difficulté à reconnaître l'appartenance du Tibet à la Chine, contrôlée alors par les nationalistes de Tchang Kaï-Chek. En publiant en 1949 un livre sur les relations États-Unis/Chine, le département d'État américain incluait une carte indiquant très clairement le Tibet comme partie intégrante du grand pays asiatique . Mais il commence à changer son orientation au fur et à mesure que se profile l'avancée de l'armée populaire conduite par Mao Tsé-Toung. Dès le 13 janvier 1947, George R. Merrel, chargé d'affaires américain à New Delhi, écrit au Président américain Truman pour attirer son attention sur l' "importance stratégique inestimable" de la région-toit du monde : "Le Tibet peut donc être considéré comme un bastion contre l'expansion du communisme en Asie ou du moins comme une île de conservatisme dans un océan de bouleversement politique" . De plus – ajoute le diplomate américain – il ne faut pas oublier que "le haut plateau tibétain […] en ces temps de guerre de missiles peut s'avérer le territoire le plus important de toute l'Asie" . Je tiens ces détails d'un auteur américain, fonctionnaire de la CIA pendant des décennies, comme il tient lui-même à nous le faire savoir. En s'y référant, il souligne la continuité entre le point de vue exprimé par la lettre à Truman que nous venons de citer et celui cher en son temps à l'Angleterre victorienne, engagée dans le "grand jeu" de l'expansion coloniale en Asie. En effet, à l'impérialisme britannique succède, après la Seconde guerre mondiale, l'impérialisme américain : le séparatisme tibétain est désormais appelé à servir "les intérêts géopolitiques des États-Unis" , en obligeant Mao à disperser ses forces déjà limitées et en posant donc les conditions d'un "changement de régime à Pékin" . Pour atteindre un tel but, des "guérilléros" sont entraînés au Colorado et ensuite parachutés au Tibet : ils sont ravitaillés par voie aérienne en armes, outils, appareils de retransmission etc. Et collaborent également – l'auteur et fonctionnaire de la CIA ne le cache pas – avec des "bandits Khampa à l'ancienne" . Tel est le contexte de la révolte de 1959. Là aussi, l'auteur en question nous est fort appréciable, non seulement pour l'information de première main qu'il fournit, mais aussi pour sa franchise. Il remarque que la révolte avait suivi immédiatement l'échec de la tentative des services secrets américains de provoquer des désordres en Chine à partir des Philippines. Sans se décourager, il fallait alors se concentrer sur le Tibet. Bien sûr – explique à cette occasion un haut dirigeant de la CIA, cité toujours par l'auteur-fonctionnaire de la même organisation – le déclenchement de la révolte avait "peu à voir avec l'aide aux Tibétains" . Il s'agissait au contraire de mettre en difficulté "les communistes chinois" . C'était la même logique qui présidait – expliquait ensuite le dirigeant de premier plan de la CIA – à la décision, prise par les services secrets américains à cette époque, d' "aider les colonels rebelles indonésiens dans leur effort pour renverser Soekarno" , coupable d'être "devenu trop tolérant envers les communistes de son pays" . Ayant échoué lors de sa première tentative, le coup d'État en Indonésie réussit pleinement en 1965 ; des centaines de milliers de communistes ou d'éléments considérés comme trop "tolérants" envers les communistes sont massacrés. Si les forces de la réaction et de l'impérialisme avaient réussi dans leurs menées séparatistes au Tibet, auraient-elles été moins féroces ? Un fait donne à réfléchir. Je le tire de l'intervention d'un professeur américain pour une revue américaine : c'est un agent de la CIA qui a organisé en 1959 la fuite du dalaï-lama du Tibet. L'agent vécut plus tard au Laos "dans une maison décorée avec une couronne d'oreilles arrachées aux têtes de communistes morts" . 2. La CIA et Hollywood se convertissent au bouddhisme ! La révolte de la réaction tibétaine de 1959 ne remporte pas le succès escompté. Contacté et financé par les services secrets américains depuis bien longtemps, le dalaï-lama fuit en Inde. Une fois échouée la campagne à l'Est (en territoire tibétain et chinois) , Washington commence alors sa campagne à l'Ouest. Nous avons vu le dirigeant de premier plan de la CIA considérer le dalaï-lama comme un pion interchangeable de la politique américaine à l'instar des colonels-bouchers indonésiens. Désormais, ce même personnage est élevé au pinacle : il devient un leader de la non-violence, un modèle vivant de noblesse morale et de sainteté. La transfiguration gagne aussi le bouddhisme tibétain en tant que tel, présenté comme un ensemble d'exercices spirituels, de doctrines et de techniques d'élévation sublime au-dessus des misères du monde. L'industrie cinématographique américaine travaille à plein rendement pour diffuser ce mythe. Au début du XXe siècle, lorsque la compétition entre la Grande Bretagne et la Russie pour s'emparer du Tibet faisait rage, une rumeur se répandait selon laquelle le tsar en personne était devenu bouddhiste. Aujourd'hui au contraire aucun doute n'est possible : ce sont Hollywood et la CIA qui se sont convertis au bouddhisme ! Une conversion aussi extraordinaire ne pouvait que produire des miracles. Pendant des siècles, la culture occidentale a regardé avec mépris le bouddhisme tibétain, considéré comme synonyme de despotisme oriental, du fait de la centralité qu'il conférait à un soi-disant Dieu-Roi, sur lequel s'exerçait le mépris d'auteurs aussi différents que Rousseau, Herder, Hegel. Entre le XVIIIe et le XIXe, les lamas étaient considérés "non en tant qu'incarnation des lamas défunts [comme ils l'affirment], mais comme incarnation de tous les vices et de toutes les corruptions" . Lorsque la Grande Bretagne part ensuite à la conquête du Tibet, elle cherche à la justifier au nom de la nécessité d'apporter la civilisation jusque dans "cette ultime forteresse de l'obscurantisme" , à "ce petit peuple misérable" . Cela va de soi : l'arrogance et la tendance raciste de l'impérialiste ne font aucun doute, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut refouler les infamies de la théocratie tibétaine. Un fait tiré de l'historien anglais que nous venons de citer suffit pour éclairer sa vraie nature : le dalaï-lama en fonction au début du XXe siècle "était un des rares à avoir atteint sa majorité, étant donné que la majorité d'entre eux était éliminée durant l'enfance à la convenance du Conseil de Régence" . Désormais au contraire, grâce au miracle opéré par Hollywood (et la CIA) , le bouddhisme tibétain est devenu synonyme de paix, de tolérance et de spiritualité élevée. Tout est clair à présent : comme on l'a justement observé, sur la base de l'idéologie et des stéréotypes dominants, "les Tibétains sont des surhommes et les Chinois des sous-hommes" . Certains aspects du processus de sanctification du dalaï-lama et du bouddhisme tibétain sont vraiment comiques. Un élément essentiel de ce dernier est la structure de castes qui perdure aussi après la mort : si le corps des membres de l'aristocratie est inhumé ou brûlé, le corps vil des masses populaires est donné en pâture aux vautours. Il y a quelque temps, l'International Herald Tribune parlait d'une de ces funérailles plébéiennes où le prêtre détache morceau par morceau la chair des os du mort pour faciliter le travail des vautours, qui attendent déjà au sommet de la montagne. Il faut dire que la description était précise et minutieuse, mais elle était suivie de la déclaration d'un "savant" qui expliquait le tout dans une interprétation écologique ; mais il n'expliquait nullement pourquoi seul le corps des plébéiens était appelé à contribuer à l'équilibre environnemental. …
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283475
b
Moi aussi !
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