Histoire vécue Psychologie > Angoisses - Phobies > Hypocondrie      (202 témoignages)

Préc.

Suiv.

Comment vivez vous votre cyclothymie?

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 18/08/11 | Mis en ligne le 04/04/12
Mail  
| 699 lectures | ratingStar_236655_1ratingStar_236655_2ratingStar_236655_3ratingStar_236655_4
Bonjour, à la recherche d'informations sur cette maladie, j'ai eu un peu de mal à trouver des témoignages récents… Bipolaire ou cyclothymique, ou rien de tout ça ? Je ne sais pas. J'ai fait le test qu'on trouve sur le blog "cyclothymie et vérité", je fais un score de 13. Pendant des années j'ai voulu nier que mon état était pathologique. Je me disais que j'étais nulle, qu'il fallait que j'arrête mon cinéma, que je faisais des montagnes de rien du tout. Mais c'était tellement fort, ces émotions, que ma volonté n'arrivait à rien. D'un autre côté je savais très bien cacher tout ça sous une bonne humeur constante, mes amis (nombreux) me prenaient pour une boute-en-train. Puis à une période assez dramatique de ma vie où tout semblait s'écrouler, j'ai fini par admettre que j'avais un problème qui ne relevait peut-être pas simplement de mon caractère… Mais je n'avais jamais entendu parler de bipolarité ni de cyclothymie. Et visiblement mes médecins non plus. Le mot a été prononcé : Dépression. J'ai été traitée à l'Effexor pour ça. J'ai perdu mon travail, mais c'était un soulagement car je ne supportais plus de voir des gens. Au bout d'un an j'ai arrêté les antidépresseurs, contre l'avis de mon médecin. Je déteste prendre des médicaments, instinctivement j'ai peur de la dépendance… peut-être que je sens que ce serait vite fait pour moi de devenir une intoxiquée chronique. Ayant un passé pas facile notamment au niveau familial, j'ai suivi plusieurs thérapies brèves, toutes m'ont aidé même si aucune ne m'a vraiment guérie. C'est en tout cas à cette époque que j'ai développé des symptômes que je retrouve maintenant en lisant sur le sujet : j'alterne des périodes de déprime et de fatigue intense, pendant lesquelles je n'ai envie de voir personne, où tout me semble insurmontable, où j'ai peur des gens, du regard, du jugement… avec des périodes où tout semble me réussir, où je crée avec bonheur (j'ai commencé à peindre pendant ma "dépression", et devant un certain succès auprès de mes proches, j'ai commencé à exposer) , où je fais énormément de sport, je n'ai jamais envie de dormir… J'entame souvent à ce moment là des projets, qu'ensuite je vois comme des contraintes qui me pourrissent la vie. Je ne maîtrise pas du tout le vocabulaire propre aux troubles bipolaires : je vois bien ce qu'est la dépression, mais la manie et l'hypomanie ? De plus mes phases sont parfois difficiles à qualifier, parfois j'ai l'impression d'être entre l'euphorie et la déprime… ou je connais les deux alternativement en l'espace de quelques heures. Globalement, comment ça se passe chez moi : il y a des épisodes où j'ai l'impression d'être normale, peut-être un peu tirant vers le haut, optimiste mais néanmoins bien lucide. Parfois j'en fais un peu trop dans mes activités, mais globalement pendant ces périodes, j'ai une bonne hygiène de vie, je prends soin de moi, j'ai un bon équilibre entre activités sportives, intellectuelles, ménagères, vie sociale raisonnable, créativité au-dessus de la moyenne des personnes "non-artistes" mais sans grand coup d'éclat… c'est aussi à ces périodes que je fais "avancer les choses" et où je construis des choses solides. C'est lors d'une de ces périodes que j'ai réussi à arrêter de fumer, par exemple. Et aussi que je me suis lancée dans des activités professionnelles qui durent encore maintenant, même si c'est assez intermittent. Parfois ces périodes sont entrecoupées de baisses d'énergie ou de quelques angoisses, mais ça passe, je gère. Ces périodes que je trouve "normales" (bénies) peuvent durer plusieurs semaines voire plusieurs mois. En général ça dégénère lorsque je commence à me sentir tellement en forme que j'en fais beaucoup trop : je multiplie les activités, les heures de travail, de sport, je délaisse les banales tâches quotidiennes et ma maison devient un foutoir, je n'ai plus sommeil, j'ai le sentiment de vivre à 100%… C'est exaltant, j'adore la vie, je me sens plus forte. Les soirs deviennent des moments particulièrement critiques. Je retarde de plus en plus le moment d'aller me coucher. Les heures passent sans que je m'en rende compte. J'augmente ma consommation d'alcool au quotidien (alors qu'en phase calme, je n'en bois que deux ou trois fois par semaine et en très petite quantité). Il m'arrive de chercher la bagarre à mon conjoint. Je lui fais des drames pour n'importe quoi, et je finis par soliloquer en pleurant sur moi-même à 4 heures du matin, l'empêchant de dormir alors qu'il doit se lever tôt pour aller travailler. Ou alors je reste collée sur l'ordi, passant ma soirée à réagir à tout et à n'importe quoi sur Facebook, à mettre des commentaires que je m'empresse d'effacer le lendemain matin. J'ai des pertes de mémoire. Mais il y a pire dans les pétages de câble, c'est si je me retrouve dans un rassemblement de personnes de l'entourage mais que je ne connais pas très bien, ou qui me paraissent me mettre à l'écart en temps normal, ou un groupe que j'ai très envie d'intégrer… si à ce moment là (et c'est souvent le cas) , il y a consommation d'alcool, et que mon ami n'est pas avec moi, je perds tout contrôle. Parfois même avant d'avoir bu la moindre goutte, je commence à devenir une autre. Je deviens un vrai moulin à paroles. J'ai des avis sur tout, je participe à toutes les conversations… Le premier verre dure longtemps, ça me donne confiance car je crois gérer… mais après, ça n'arrête plus. Je ne me rends compte de rien. Apparemment la plupart des gens autour de moi ne s'en rendent pas compte non plus. Il paraît que je reste cohérente très longtemps. Je n'ai plus aucune fatigue ni conscience du temps qui passe. Je deviens amie avec tout le monde… Le lendemain j'ai des trous de mémoire évidemment, il me manque des bouts de la soirée… En général s'amorce alors la descente. Honte. Désespoir. Envie de disparaître. Idées de mort, la mort pour fuir cette réalité. Angoisse. Peur des autres. Peur de moi. Peur panique qu'il arrive du mal à ceux que j'aime. Je suis épuisée, j'ai du mal à tenir debout. Je dormirais toute la journée. Parfois quand la fatigue s'estompe, j'ai envie de faire du sport, mais je n'ose pas sortir de chez moi, par peur de croiser quelqu'un. Idem pour mes cours de peinture, pour des rendez-vous professionnels… j'annule tout. Quelque part en moi, j'aime toujours mes activités… mais j'ai peur du regard et du jugement des autres… Quand bien même ils ne sont au courant de rien. Je n'ai plus faim, je maigris. Souvent dans le même temps, je tombe malade. Je suis totalement consciente de ce que je considère comme une monstruosité. Jusqu'à maintenant j'avais toujours eu des doutes sur le fait que ce soit de la cyclothymie. En effet dès que je retombe dans une période "normale", je prends confiance, redeviens quelqu'un avec une estime de soi pas très costaude mais qui travaille dessus, et je me dis que j'ai peut-être tendance à être hypocondriaque… mais la dernière crise, qui remonte à 5 jours, a été édifiante et maintenant je n'ai plus aucun doute… J'étais dans une période normale depuis plusieurs mois. Il y a un mois environ, j'étais sûre d'être sortie de tous mes épisodes dépressifs et compagnie, j'écrivais à 3 heures du matin à un ami, lui disant comme je me sentais bien, et comme je faisais mille trucs tous plus intéressants les uns que les autres, que les journées étaient trop courtes, que je débordais d'énergie etc. 8 heures de sport par semaine en plus du reste, et je n'en n'avais pas assez. Je buvais chaque soir l'équivalent de 2/3 bières ou une demi-bouteille de vin. Et puis un après-midi j'ai commencé à me sentir très fatiguée et à avoir mal à la gorge. La fatigue s'est intensifiée, et j'ai commencé à me sentir complètement démoralisée… ça a duré quelques jours. Puis deux jours d'affilée, l'après-midi alors que j'étais dans la nature avec mon chien, j'ai eu pendant quelques heures une expérience extraordinaire, une perception accrue des choses, quelque chose de vraiment surnaturel… j'étais comme dans un état de grâce, je communiais avec mon environnement, c'était merveilleux toutes ces couleurs, ces sons, ces odeurs… tout ça sans prise d'aucune substance ! Ni alcool (je ne buvais qu'en soirée) ni médicament (et je n'ai jamais touché à la drogue) … j'avais plein d'idées de projets artistiques, très précis, je me voyais les mettre en oeuvre… c'était vraiment comme si mon intelligence et mes sens s'étaient décuplés. C'était magnifique, la vie était belle… j'aurais dû me méfier… et surtout ne pas aller ensuite à cette soirée, ou prévenir mon conjoint qu'il devait me contrôler… mais je n'ai pas vu arriver la catastrophe. Là j'ai perdu pied après seulement un verre. Un vrai cataclysme. Je suis rentrée à 6 heures du matin, ivre morte, je suis tombée plusieurs fois, je suis couverte de bleus. Et surtout, j'ai un "trou" de mémoire de 3 heures. Quelqu'un m'a ramenée chez moi, je ne sais pas qui. Qu'ai-je fait ? Je ne sais plus… Les 3 jours suivants je ne suis pas sortie, honte, envie de mourir… Mais ce qui est sûr, c'est que cette succession d'états différents, et surtout l'état quasiment mystique que j'ai vécu juste avant la crise, ne relève pas d'un état dépressif et que ça ressemble beaucoup à ce qu'on peut lire sur la cyclothymie. Comment je le vis : Je ne comprends pas comment on peut "aimer sa cyclothymie" (du nom d'un blog que j'ai croisé au hasard de mes recherches). Pour moi les phases "up" se terminent souvent très mal, par une alcoolisation et des comportements égoïstes qui font du mal à ceux qui m'aiment. C'est de l'autodestruction. La prise de risques peut entraîner des dommages pour autrui. Je trouve cela inacceptable. La créativité et l'extra-sensorialité qu'on peut avoir en "up" sont magnifiques mais se paient trop cher… j'ai envie d'une vie calme où mes proches puissent avoir confiance en moi tout comme j'ai besoin de pouvoir faire confiance aux autres. J'ai envie d'une vie saine où je suis en pleine conscience de ce que je suis, de ce que je fais. Lors de mes crises, je suis une autre, une personne inconnue qui me semble tout faire pour détruire celle qui a encore des rêves de douceur, d'épanouissement, pour lui faire perdre toute crédibilité alors que précisément j'ai si peu confiance en moi que j'ai vraiment besoin qu'on me soutienne et donc, d'avoir de la crédibilité. En fait, c'est comme si j'étais deux, deux opposées, deux ennemies. Comment pourrais-je aimer cela ? Je voudrais devenir normale, comme mon compagnon qui est bien équilibré, ce qui ne l'empêche pas d'être brillant dans son travail, heureux de bonheurs simples et d'une grande sensibilité artistique… Au contraire de beaucoup de témoignages, je n'ai jamais l'impression d'être invincible ou flamboyante ou belle ou intelligente… mon estime de moi reste toujours défaillante même dans les périodes "up"… simplement à ces moments là je suis plus optimiste, j'entrevois une partie de mon potentiel… mais j'ai toujours aussi peur du jugement et du regard d'autrui… et aussi peur de la perte… je continue à rechercher l'approbation, la reconnaissance… l'amour ? Je me pose plein de questions. Suis-je vraiment atteinte de l'une de ces maladies, ou est-ce que je fantasme ? Est-ce que l'abstinence totale d'alcool (c'est ce que nous avons décidé après ma dernière crise, mon ami et moi : plus une goutte pour moi, et il ne boira plus non plus en ma présence, pour me soutenir) peut m'aider à aller mieux ? Je l'espère, car sinon tout ça va mal finir…
  Lire la suite de la discussion sur psychologies.com


236655
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Angoissent qui reprennent de plus belle - angoisse et phobie

image

Bonjour. Après des galères personnelles dans lesquelles je suis encore, mes angoissent viennent se rajouter. J'avais réussi à plus ou moins les mettre de coté mais elles me rattrapent. Je suis hypocondriaque. Je ne vais presque jamais voir le...Lire la suite

A tous ceux qui ont des crises d'angoisse - angoisse et phobie

image

Bonjour à tous, Afin de poursuivre notre discussion concernant le lien qu'il peut y avoir entre tabac et crises d'angoisse, j'aimerais apporter mon témoignage. Avant tout, je tiens à préciser que certaines personnes sont par nature plus sujettes...Lire la suite


 
Voir tous les  autres témoignages